Nous sommes dans les embouteillages du soir, à Douala mais le chaos est encore pire que d'habitude. On vient d'entamer de gigantesques travaux dans le centre-ville et le trafic est dévié. C'est le moment que choisit un paysan pour faire traverser son bétail. Le car des joueurs de l'équipe nationale zambienne, sous escorte policière, a la priorité absolue. Heureusement, Emmanuel a un quatre-quatre, qui lui permet de négocier trous et bordures sans encombres. Il est aussi un conducteur-fantôme de première classe. Nous arrivons donc juste avant minuit au lieu du rendez-vous : le Savoy Palmz de Limbe, l'hôtel où Hugo Broos et son adjoint belge SvenVandenbroeck résident avec leurs Lions Indomptables. Le team manager ouvre justement une bouteille de vin rouge.
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Nous sommes dans les embouteillages du soir, à Douala mais le chaos est encore pire que d'habitude. On vient d'entamer de gigantesques travaux dans le centre-ville et le trafic est dévié. C'est le moment que choisit un paysan pour faire traverser son bétail. Le car des joueurs de l'équipe nationale zambienne, sous escorte policière, a la priorité absolue. Heureusement, Emmanuel a un quatre-quatre, qui lui permet de négocier trous et bordures sans encombres. Il est aussi un conducteur-fantôme de première classe. Nous arrivons donc juste avant minuit au lieu du rendez-vous : le Savoy Palmz de Limbe, l'hôtel où Hugo Broos et son adjoint belge SvenVandenbroeck résident avec leurs Lions Indomptables. Le team manager ouvre justement une bouteille de vin rouge. BROOS : Oh, Alphonse, tu ne veux pas faire bonne impression ? Parce que lui, je le connais, il va écrire : le team manager est en train de boire du vin. VANDENBROECK : Et le coach doit suivre. BROOS : Le coach est obligé de suivre !Tu sais où vit Alphonse ? A Reims, dans la région du champagne. Il connaît les plaisirs de la vie. Alphonse sourit. Hugo Broos effectue un stage à Limbe, avant le match de qualification pour le Mondial contre la Zambie. Le Cameroun a obtenu un nul méritoire en Algérie lors de la première journée et tout le monde s'attend à une victoire, de préférence nette. C'est tout sauf évident car le temps des étoiles style Samuel Eto'o est révolu chez les Lions Indomptables. Le Mondial 2014 a été catastrophique, ponctué de désaccords sur les primes et de grèves des joueurs. Ils ont d'abord refusé de se rendre au Brésil puis ont été éliminés au premier tour, après trois revers et un goal-average affligeant de 1-8. En plus, le président a été condamné à quinze ans de prison pour malversations financières juste avant la Coupe du monde et après le tournoi, on a retrouvé le père du capitaine Nicolas N'Koulou mort carbonisé dans sa voiture en feu. Bref, Hugo Broos ne s'est pas retrouvé dans un coin de paradis en mars, quand il a mis le cap sur le coeur de l'Afrique, pour devenir sélectionneur du Cameroun. Dès le premier jour, il a été la cible des critiques. BROOS : C'est surtout dû au fait que la fédération avait établi une liste de cinq noms, sur laquelle je ne figurais pas. Chaque journal a fait la promotion de son candidat mais voilà, quelqu'un d'autre a été choisi, ce qui a fâché la presse. Au début, tout était négatif. Que pouvais-je faire ? Lors de ma présentation, un journaliste m'a demandé : -Si tu perds trois fois, que se passe-t-il ? J'ai répondu : - Que se passera-t-il si je gagne trois fois ? Durant cette conférence de presse, c'est tout juste si on n'a pas fusillé Roger Milla, ambassadeur du football camerounais. La presse lui reprochait de m'avoir choisi alors qu'il venait de faire ma connaissance à son domicile. -Je vais être franc, je ne vous connais pas. Il m'a prévenu que je faisais face à une tâche ardue. Mon contrat stipulait même mon renvoi immédiat si nous ne nous qualifiions pas pour la Coupe d'Afrique. Je savais donc que je pouvais me retrouver chez moi trois mois plus tard mais j'étais aussi convaincu que si nous parvenions à redresser la situation, nous resterions en poste un moment. Le choix de Broos était fondé : il s'est fait un palmarès en Belgique, il est sérieux et au-dessus de tous les lobbys, influences et intrigues qui divisaient les Lions Indomptables. Mais pourquoi établir une liste de cinq noms pour choisir quelqu'un qui n'y figure pas ? ALPHONSE : Je ne sais pas, c'était le coup du destin peut-être. BROOS : On ne me l'a pas dit non plus mais je suis presque certain qu'une des raisons de mon engagement est que je ne suis lié à personne ici et que je peux donc travailler de manière indépendante. Le président m'a dit : - Coach, il est important de gagner mais je veux te voir construire une équipe. J'ai dit à Sven : - Quoi qu'il arrive, je fais mon boulot comme je l'entends. ALPHONSE : Nous ne regrettons rien. Nous sommes contents et fiers de lui. " BROOS : Nous avons été dominés par l'Afrique du Sud, à Limbe, lors du premier match, et nous avons concédé un nul 2-2. Nos adversaires étaient jeunes et très vifs. Nous arrivions toujours trop tard, malgré notre bonne volonté. Pour le match retour, quatre jours plus tard, j'ai opéré cinq changements, qui ont apporté du punch à l'équipe. Le score est resté vierge, après une bonne prestation du Cameroun. En matière d'organisation, le nouveau sélectionneur a qualifié ce premier voyage de catastrophe intégrale. BROOS : Avant le voyage à Durban, nous avons été bloqués deux heures dans l'avion car on avait réservé un charter pour 58 personnes et nous étions une vingtaine de plus. Nous devions rentrer immédiatement après le match, à une heure du matin, mais l'aéroport était fermé. Nous n'avons pu le quitter qu'à quatre heures, avec un petit coucou qui a dû s'arrêter en Zambie pour refaire le plein. J'ai dit au président que si ça se reproduisait une seule fois, je ne venais plus ! Le médecin de l'équipe nous a rejoints. C'est un Camerounais qui vit depuis 26 ans à Bruxelles. BROOS : Le docteur. Doc William. Si tu as un problème cardiaque, c'est à lui qu'il faut t'adresser. De ce point de vue, tu es donc en de bonnes mains ici. (Il éclate de rire). On l'entend à gauche et à droite au Cameroun : Hugo Broos est parvenu à briser le pouvoir des cadres de la sélection, le pouvoir des joueurs chevronnés qui arrangeaient les choses à leur avantage. Il a notamment boudé le capitaine Stéphane Mbia (30 ans) et le gardien Carlos Kameni (32 ans). Ça lui a valu encore plus de critiques mais en interne, son audace a suscité le respect. BROOS : Je ne dis pas que c'était un mauvais groupe mais on a eu l'impression que quelque chose coinçait. On a compris ce que c'était dès le premier match. Sur les 25 joueurs sélectionnés, sept devaient être sacrifiés, puisque je ne pouvais coucher que 18 noms sur la feuille d'arbitre. Deux d'entre eux, MichaelNgadeu-Ngadjui et Sébastien Bassong, ont couru vers Alphonse juste après la présentation tactique : -Réserve-nous un billet pour la maison. Pourtant, ils savaient que celui qui ne pourrait pas supporter la concurrence ne serait plus sélectionné. Ça évite des problèmes par la suite. Donc, je leur ai annoncé qu'ils étaient rayés de la liste. Alphonse m'a dit que ça avait secoué le groupe. Broos a posé d'autres jalons. " Il fallait une ligne de conduite claire. Prenez Kameni. Je ne l'ai pas repris contre la Mauritanie car il était à peine rétabli d'une opération au genou. Je lui ai téléphoné pour lui expliquer que j'allais offrir sa chance au jeune Joseph Ondoa (20 ans), qui avait été brillant à deux reprises contre l'Afrique du Sud. Il n'était pas content mais soit. Au stage à Nantes, André Onana (20 ans), le gardien de l'Ajax, arrive avec un jour de retard. Je lui dis : -Fais tes valises et retourne d'où tu viens ! Il me fallait un gardien. J'ai appelé Kameni pour lui expliquer ce qui s'était passé et lui ai demandé s'il voulait bien venir quand même. - Quand l'équipe nationale a besoin de moi, je suis là. J'arrive mardi ! Alphonse a arrangé les vols. Mais le mardi après le déjeuner, je reçois un SMS de Kameni : il a un problème. Sa petite fille est hospitalisée et il va me tenir au courant. A midi, je reçois une radio de la tête de la petite, via WhatsApp. Je la montre au médecin, qui me dit ne pas y voir grand-chose. Puis il remarque : - La radio date de plus d'une semaine. J'ai envoyé un message à Kameni : - Tu viens ou tu ne viens pas ? Depuis, je n'ai plus eu de nouvelles de lui. Le président m'avait dit, à mon embauche : - Coach, j'espère que vous pouvez remettre de la discipline dans le groupe car ce n'est pas la qualité principale des Camerounais. " Broos n'a pas cédé et les résultats l'ont maintenu en selle. Tout a commencé par une brillante prestation fin mai à Nantes, contre la France. L'équipe locale ne s'est imposée que grâce à un coup franc de Dimitri Payet à la 90e : 3-2. Quatre jours plus tard, le Cameroun s'est imposé 0-1 en Mauritanie, assurant sa qualification pour la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) en janvier, au Gabon, voisin du Cameroun. BROOS : Ce match en France nous a fait avancer de deux pas. Ensuite, dans des conditions difficiles, nous nous sommes qualifiés. Nous étions lancés. VANDENBROECK : Quand nous avons quitté l'aéroport, aucun bus n'était disponible. Nous sommes montés dans trois minibus, avec nos valises. Nous avions les genoux contre le menton. BROOS : Après avoir dû poireauter deux heures pour obtenir nos visas. VANDENBROECK : Presque trois heures, coach. BROOS : Le lendemain, à midi, tout le monde est arrivé au déjeuner à l'heure mais le repas n'était pas prêt. Je suis allé m'expliquer en cuisine. Pendant le match, j'ai pris une bouteille sur la tête. La rencontre se déroulait sur un terrain synthétique en si mauvais état qu'on ne pouvait pas y jouer normalement. La Mauritanie, deuxième du groupe, a gagné tous ses matches en balançant de longs ballons. Nous avons encore gagné deux matches à domicile sans intérêt : 2-0 contre la Gambie pour la CAN et 2-1 en match amical contre le Gabon. Pour l'occasion, nous avons repris des joueurs locaux et ceux qui n'avaient pas encore beaucoup joué. Nous avions visionné des matches du championnat domestique dans ce but. C'était aussi une expérience. La dernière fois, nous avons découvert un terrain sans herbe. Les lignes avaient été tracées à la main et zigzaguaient. Les gens ont apprécié notre présence. Apparemment, tous les sélectionneurs ne s'étaient pas donné cette peine. Nous avons recruté trois joueurs du championnat camerounais et nous avons continué à en suivre quelques autres. Nous avons déjà changé beaucoup de choses. Le secrétaire-général me l'a encore dit il y a quelques jours : un des aspects qui les réjouit le plus, c'est que ma gestion est transparente. " La transparence est plutôt rare au Cameroun. Le pays est 130e sur 167 au Global Corruption Barometer de Transparancy International. Il se fait tard et l'adjoint AlexandreBelinga prend congé. Le lendemain, il part au Cap-Vert pour visionner le Burkino Faso, un des adversaires du Cameroun en poules de la CAN. BROOS : Tu pars ? Allez, bon voyage. A la semaine prochaine, Alex. Alex a assuré l'intérim pendant trois mois, entre le limogeage de Volker Finke et l'arrivée de Broos. Il figurait sur la fameuse liste des cinq candidats et jouissait du soutien d'une partie des joueurs. Broos affirme que ce n'est pas pour ça qu'il l'envoie visionner des matches. BROOS : Voyager en Afrique n'est pas évident mais ça ne lui pose pas de problème. Il n'a d'ailleurs pas de billet pour le match. VANDENBROECK : Il donne cours à la CAF (Confédération Africaine de Football, ndlr) et connaît partout des gens qui peuvent l'aider. BROOS : Je voulais que Sven m'accompagne, pour avoir un adjoint dont j'étais certain de la loyauté mais depuis lors, tout le staff s'entend bien. Le préparateur physique est un Français qui travaille avec les jeunes de Marseille. L'encadrement est plutôt professionnel. Le lendemain, avant l'entraînement de l'après-midi, nous nous promenons avec Broos dans le port de pêche de Limbe. Tous les Camerounais veulent poser avec lui pour la photo. Le Belge initialement conspué devient très populaire. BROOS : Le négativisme initial était surtout l'oeuvre des managers des autres candidats, qui alimentaient la presse. C'était triste, au début. Je sentais qu'on cherchait à interpréter chaque mot, chaque acte. On a appelé ma première sélection la " sélection des malades . On m'a aussi dit : - Tu n'as encore rien prouvé à l'étranger ! On a écrit qu'en Algérie, au JS Kabylie, j'avais fui à cause des mauvais résultats. C'est faux. Un de mes joueurs a été mortellement touché par une pierre après un match. Albert Ebossé, un Camerounais, d'ailleurs. Je n'oublierai jamais ce qui s'est passé. Des joueurs se sont précipités dans mes bras en pleurant comme des enfants. Une heure et demie après le match, 5.000 personnes se bousculaient devant l'hôpital. La police était impuissante. Les gens sont entrés. Ils ont fait des photos de ce gamin sur son lit de mort et les ont postées sur internet. Ce que j'ai vécu est inimaginable. Mais ce n'est pas pour ça que je suis parti. Je suis parti parce que le président voulait se mêler de la composition de l'équipe. Il m'en veut toujours. Avant le match en Algérie, il a déclaré que le Cameroun ne pourrait jamais gagner avec Broos comme entraîneur. " Depuis la qualification pour la CAN, il est plus agréable de travailler au Cameroun. BROOS : Il se passe toujours des choses impensables à nos yeux. Parfois, elles s'arrangent assez vite mais elles peuvent aussi poser un réel problème. C'est enrichissant pour nous aussi. Au début, nous avons râlé mais il faut tout connaître, dans la vie, hein ! (Il rit). Lundi, au début du stage à Limbe, il a inspecté le terrain. Le gazon n'avait plus été tondu depuis le dernier match en septembre et était très haut. BROOS : Ils étaient en train de le tondre avec une machine conçue pour les petits jardins. Ils devaient s'arrêter tous les quinze mètres pour vider le sac. Je leur ai demandé s'ils n'avaient pas une tondeuse plus grande. Si mais elle était en panne. Depuis longtemps mais elle n'était toujours pas réparée. Quand je suis revenu avec Alphonse après le petit-déjeuner, ils avaient fait quatre longueurs. Il leur restait un quart de terrain à faire pour 16h30, le début de l'entraînement, mais entre-temps, ils avaient trouvé une deuxième tondeuse. Le départ de l'hôtel pour l'entraînement est une attraction aussi. Le déplacement ne se fait pas avec le car des joueurs mais avec un bus de remplacement. L'habituel, peint aux couleurs du Cameroun et orné du nom des Lions Indomptables, est tombé en panne entre Yaoundé, la capitale, et Limbe. Il n'est manifestement pas encore réparé. A la porte du Savoy Palmz, une Jeep d'escorte remplie d'agents de police en équipement de combat, mitraillettes comprises, attend le bus. L'un d'entre eux, bien que son visage soit dissimulé par une écharpe, se dirige vers nous quand nous sortons notre appareil photo et nous interdit de prendre des clichés mais plus tard, dans le stade, plusieurs policiers prendront des selfies d'eux-mêmes avec les joueurs et le coach, la mitraillette au cou. Le plan est clair : conférence de presse à cinq heures puis entraînement. Mais ça se déroulera autrement. Il y a une réunion dans la salle de presse. En attendant qu'elle soit achevée, Broos va donc regarder l'entraînement des Zambiens, entre les portes. A 17h30, la salle de presse est toujours occupée, à son grand mécontentement, et il décide de donner l'entraînement avant de s'adresser à la presse. Apparition surprenante dans le stade : le président de la fédération, Tombi A Roko Sidiki, en habit ocre traditionnel et chaussures ad hoc. Nous l'abordons alors qu'il va au bord du terrain mais un homme en costume nous interrompt : il s'agite parce que le soir tombe et que l'éclairage n'est pas encore allumé. C'est vite réglé. Apparemment, l'homme chargé d'appuyer sur le bouton avait disparu un moment. Hugo Broos doit son job à Tombi A Roko Sidiki. Il qualifie notre compatriote de grand entraîneur, issu d'un pays qui émarge à l'élite mondiale. " Ce qu'il a réussi en Belgique avec de grands clubs a suffi à me convaincre de lui accorder sa chance. Pour le moment, nous sommes satisfaits de son travail. " L'entraînement s'achève comme toute séance des Lions Indomptables commence et finit : joueurs et membres du staff, des chrétiens et un musulman, forment un cercle et prient. Durant la conférence de presse, Hugo Broos déclare que le Cameroun peut prendre la mesure de la Zambie s'il atteint son niveau habituel. Il est confiant. " Le mental de cette équipe est grand. " Quand on l'interroge sur les joueurs non repris, il insiste, tout comme son nouveau capitaine Benjamin Moukandjo, sur le fait que seuls les footballeurs sélectionnés comptent. Parmi les journalistes, Evelyne Owona Essomba. Elle travaille pour la radio et la télévision camerounaise. Plusieurs de ses collègues nous ont recommandé de nous adresser à elle pour analyser le travail des Lions Indomptables et d'Hugo Broos. " Ce que nous voyons déjà, c'est que ce jeune groupe en formation a plus d'esprit d'équipe et de discipline. Il y avait plus d'egos avant, des joueurs sûrs de leur place, qui se prenaient pour des vedettes, formaient des clans et posaient des conditions à la sélection d'autres joueurs. Ils pouvaient même se permettre de ne pas obéir à l'entraîneur. Hugo Broos est intervenu. Il est très discret et ne s'occupe pas des critiques. On l'a pourtant énormément critiqué, voire rejeté mais il est resté concentré sur son travail et maintenant, beaucoup de gens comprennent qu'il l'ont sans doute jugé trop vite. Mais les Camerounais sont impatients. Ils veulent toujours gagner. Donc, contre la Zambie, ça va être le vrai test. " Une autre surprise attend l'équipe à sa sortie du stade : le bus de remplacement est en panne aussi. Les joueurs sont convoyés dans des voitures et des minibus. La police aide le staff. " Voilà de la matière pour la presse ", nous dit un Broos amusé. " Je vois ça d'ici : - Broos emmené par la police. " La Jupiler Pro League est représentée durant match. Sur un côté de la tribune principale pendent des banderoles du joueur du Standard Collins Fai et de Sébastien Siani, capitaine d'Ostende. Seul ce dernier est titularisé. Il va être le meilleur homme du match. Il est l'un des Camerounais les plus présents d'emblée. Plaque tournante de l'entrejeu, il surgit toujours au bon endroit et fait exactement ce qu'il faut. Ce n'est pas le cas de plusieurs de ses coéquipiers. Ils attendent d'avoir le ballon pour réfléchir. Ils perdent ainsi un temps précieux face à un adversaire combatif et défensif. La première mi-temps est faible. L'égalisation sur penalty juste avant le repos est prometteuse. De fait, les Camerounais exercent ensuite plus de pression et ils se fraient un chemin par la gauche. Malheureusement, ils restent trop peu présents dans le rectangle et le gardien zambien dégage deux ballons promis à la lucarne en fin de partie, le premier sur une passe de Siani et le deuxième sur son tir personnel. 1-1, c'est un mauvais résultat, d'autant qu'au même moment, le Nigeria bat l'Algérie. Or, seul le premier du groupe est repris pour le Mondial et le Nigeria a désormais quatre points d'avance sur le Cameroun. C'est l'émoi dans la salle de presse. Hugo Broos est soumis à un feu nourri de questions. On remet tout en question. Quelqu'un lui demande même s'il travaille pour le Cameroun. C'est l'hilarité quand un des journalistes fait remarquer qu'il manquait un maillon créatif entre l'entrejeu et l'attaque et qu'Eric Maxim Choupo-Moting, de Schalke 04, n'a pas été sélectionné alors qu'il aurait pu remédier à cette carence. " Mais il est blessé ", réagit Broos. " Réfléchissez avant de parler. " De tous côtés, des collègues affirment qu'il n'est pas blessé. L'un d'eux avance qu'il est difficile de comprendre qu'un entraîneur reprenne un joueur comme Anatole Abang, du club danois de D2 Hobro IK, et pas un joueur de Bundesliga. " Ho, stop, stop ! " intervient Broos, piqué au vif. " Vous mentez en disant qu'il n'est pas blessé. A moins qu'il ne mente lui-même ? Ou le médecin de Schalke ? S'il affirme être blessé, avoir reçu une infiltration lundi et ne pas pouvoir s'entraîner avant jeudi, pourquoi devrait-il venir jusqu'ici ? Ne commencez pas à dire qu'un blessé doit jouer. Désolé mais je ne marche pas. S'il n'est pas blessé, c'est lui que vous devez démolir, pas moi. Vous devez vous en prendre à ceux qui ne veulent pas jouer pour le Cameroun. " Broos reconnaît qu'il est difficile de changer la mentalité avec laquelle certains joueurs entament les matches mais il insiste : il s'est fâché à la mi-temps et il a observé une réaction ensuite. " C'est très dommage que nous n'ayons pas gagné ", conclut-il, " mais ça ne change pas grand-chose. Nous savions que nos matches contre le Nigeria seraient cruciaux. En l'espace de six mois, nous avons effectué un grand pas en avant mais nous ne sommes pas encore au bout du chemin. Il y a encore beaucoup de travail. Ce n'est pas une raison pour critiquer tout et tout le monde. C'est trop facile. Je n'ai pas entendu ces échos lors des matches précédents. Si j'aligne les joueurs que vous demandez et qu'ils ne sont pas bons, vous demanderez pourquoi je les fais jouer. Soyez corrects ! " Evelyne Owona Essombaobserve le cinéma d'un coin de la salle. Nous lui demandons ce que les journaux vont publier demain. " Oh, " répond-elle en souriant, " on va le massacrer, Hugo Broos. Ah oui, c'est très camerounais. " Nous interrompons Broos un instant, quand il se dirige vers le bus. " Je savais que ça viendrait. Maintenant, tout est mauvais. Mais c'est le cadet de mes soucis. Nous continuons à travailler. " Il y a une bonne nouvelle quand même : le bus démarre du premier coup. Et disparaît dans la nuit noire. PAR CHRISTIAN VANDENABEELE AU CAMEROUN - PHOTOS CHRISTIAN VANDENABEELE" Mon contrat stipulait mon renvoi immédiat si nous ne nous qualifiions pas pour la Coupe d'Afrique des Nations. " - HUGO BROOS " Lors de ma présentation, un journaliste m'a demandé : -Si tu perds trois fois, que se passe-t-il ? Je lui ai répondu : - Et que se passera-t-il si je gagne trois fois ? " - HUGO BROOS " Ce qu'on va publier demain ? On va le massacrer, Hugo Broos. Ah oui, c'est très camerounais ". - EVELYNE OWONA ESSOMBA, JOURNALISTE CAMEROUNAISE, APRÈS LE NUL CONTRE LA ZAMBIE