On aurait dû s'en douter depuis cette première conférence de presse de janvier 2007 qui annonçait l'arrivée de David Beckham à LA Galaxy, club de la Major League Soccer en échange d'un contrat de cinq ans pour 250 millions de dollars...
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On aurait dû s'en douter depuis cette première conférence de presse de janvier 2007 qui annonçait l'arrivée de David Beckham à LA Galaxy, club de la Major League Soccer en échange d'un contrat de cinq ans pour 250 millions de dollars... La mise en scène médiatique du 12 janvier 2007 a lancé tout le cirque autour de l'international anglais. Elle avait lieu au club, mais Beckham n'était pas là. C'est ainsi qu'a commencé la carrière américaine du Grand Absent. Suivirent deux saisons et demie durant lesquelles Becks a joué sporadiquement et pas de manière particulièrement brillante. Les blessures lui causèrent des soucis mais il apparut très vite que son esprit était ailleurs. Et certainement pas focalisé sur LA Galaxy. La priorité de Beckham était - et est toujours - d'être titulaire en équipe nationale anglaise et d'accompagner l'équipe à la Rose en Afrique du Sud. Le club américain ne voyait pas d'inconvénient - et se réjouissait même - de ce que sa figure emblématique accumule les caps avec l'Angleterre, tout en sachant que cela jouerait au détriment du nombre et de la qualité de ses prestations avec les Galaxy. Le directeur général, Alexi Lalas, ne pouvait dissimuler sa joie à l'annonce de chaque sélection de Beckham et avait même promis un jour qu'il le conduirait à l'aéroport à chaque sélection. Beckham n'allait être à LA que l'ombre de Beckham. Son statut de célébrité fonctionna à plein régime lorsque ses maillots débarquèrent dans les rayons et que les fans se déplacèrent pour le voir jouer avec les Galaxy. Mais, à plusieurs reprises, les mêmes supporters furent déçus, parce que Beckham n'était tout simplement pas aligné. L'excellent livre de notre confrère Grant Wahl ( L'Expérience Beckham) nous détaille ainsi une anecdote cocasse quant à sa toute première apparition officielle sous le maillot de son club US. Le match en question était un amical contre Chelsea que Beckham, loin d'être en forme, n'aurait pas dû disputer. Mais les fans de LA Galaxy étaient impatients de le voir à l'£uvre et - surtout - la télévision avait monté la rencontre en épingle comme un vrai événement. On arrangea donc un pacte. Beckham monterait au jeu au cours de la seconde mi-temps et les joueurs de Chelsea ne le tacleraient pas. Beckham se promena donc une demi-heure sur le terrain, sans être dérangé. Sauf lorsque Steve Sidwell oublia les consignes, taclant l'international assez durement. Cela avait l'air sérieux, mais heureusement pour la TV et le marketing, Beckham y survécut. Les saisons 2007 et 2008 se poursuivirent dans la même veine ; Beckham ne faisant que de très brèves apparitions au jeu, et lorsqu'il lui arrivait de disputer 90 minutes, sa prestation était souvent blême. Galaxy n'était pas une bonne équipe et Beckham ne faisait rien pour remonter le niveau. Le seul à tout donner fut peut-être Landon Donovan, qui a tenté de tirer Los Angeles vers les playoffs, ce qui n'a pas réussi en 2007 et 2008. De manière évidente, mais secrètement, Donovan n'appréciait pas ce qu'il considérait comme un manque d'effort de la part de Beckham. Dans le livre de Wahl, Donovan révèle certaines anecdotes à propos du mari de Posh. L'incident le plus sérieux eut lieu à la fin de la saison 2008 lorsque Galaxy se rendit à Houston, déjà proche de l'élimination en playoffs mais conservant tout de même une chance mathématique de rester en lice. Ils devaient l'emporter pour rester dans la course. Il se fait que Beckham - le capitaine de l'équipe - était suspendu pour ce match et qu'il ne daigna même pas faire le déplacement avec ses partenaires, préférant passer son temps en Angleterre pour la promo d'un produit alimentaire, retournant directement sur Los Angeles ensuite ! Est-ce un manque de leadership, de professionnalisme ou d'engagement qui a tellement déplu aux supporters de Galaxy ? Un peu de tout ça, tous les éléments prouvant que Beckham n'a jamais vraiment eu la tête à Los Angeles. Par contre, lui et son salaire étaient les principaux responsables de l'inflation du prix des abonnements pour la saison ! Le passage ad intérim de Beckham à l'AC Milan (de janvier à mai 2009) a fini par convaincre ceux qui pouvaient encore douter de la réelle motivation de l'Anglais aux States. Cette façon de procéder a d'ailleurs plu à Fabio Capello, le sélectionneur de l'Angleterre, qui a torpillé la compétition MLS américaine en déclarant : " David Beckham sait très bien que s'il ne revient pas dans un grand championnat européen en décembre, il n'aura aucune chance de nous accompagner à la Coupe du Monde. " Lorsque Beckham fit, certainement à contrec£ur, son retour en MLS en juillet dernier, il fut accueilli par des huées et par un calicot le qualifiant d'imposteur. On ne peut pas dire qu'il fit le moindre effort pour apaiser les supporters. Cela aurait été tellement plus simple pour lui d'exprimer ses regrets que les choses ne se soient pas mieux déroulées. Au lieu de cela, il affirma qu'il n'avait aucune excuse à formuler. Il semble que Beckham ne soit pas seulement entouré de conseillers ridicules (les mêmes qui ont suggéré au LA Galaxy d'engager Ruud Gullit comme coach, ce qui fut une catastrophe) mais qu'il baigne dans un égo inexpugnable. On doute qu'il puisse à présent se débarrasser de son statut de personnage célèbre, on doute également qu'il puisse croire au fait qu'on puisse le détester. C'est pourtant précisément ce qui lui arrive aux Etats-Unis. La popularité de Beckham y est en baisse. Il a joué trois fois au Giants Stadium de New York. En 2007, il y avait 66.237 spectateurs, en 2008 seulement 46.754 et cette année, ils étaient à peine 23.238 à venir admirer les actions du médian anglais. Face à un tel désenchantement des fans, le commissaire de la MLS Don Garber se devait de réagir. Il le fit philosophiquement, disant que les huées par rapport à Beckham démontraient que les fans se souciaient de leur sport. Cette saison, les Galaxy ont atteint les playoffs. C'était quasiment une certitude dans la mesure où Bruce Arena avait eu la possibilité de construire une équipe plus solide et dont les trois gros transferts se sont révélés des coups dans le mille. Mais même si, à certaines occasions, Beckham est apparu rajeuni, le crédit ne lui en reviendra certainement pas vu qu'il a manqué presque une demi-saison. Beckham continue à insister qu'il s'est engagé vis-à-vis de LA Galaxy et qu'il reviendra pour une quatrième saison en 2010,... après un deuxième détour par Milan ! Le Los Angeles Times parle même de time-sharing en ce qui concerne le joueur. Et ce doit être vrai : pratiquement, ce sont désormais les deux clubs qui payent ce fameux quart de milliard de dollars ! 2010 est l'année où il espère connaître la gloire en Coupe du Monde avec l'Angleterre, en Afrique du Sud. En septembre dernier, lors du match contre la Croatie, qui assurait la qualification de l'Angleterre, Capello ne fit monter Beckham qu'à la 81e alors que le résultat était acquis (5-1). Par la suite, le coach italien ne l'a pas retenu contre l'Ukraine et l'a encore fait monter au jeu en cours de match contre le Belarus. C'est un signe : s'il compte toujours sur lui, Capello fait comprendre que sur base de ses matches américains, Beckham n'est pas au mieux de sa forme. Pourtant Beckham est hargneux. Pendant son été indien, il s'est battu avec un supporter adverse et un joueur adverse sur le terrain... Mais si le scénario ressemble pour l'instant à un mauvais road movie, Galaxy peut effectuer une bonne campagne de playoffs, qui a débuté le week-end dernier, et rafler le championnat MLS au passage. C'est tout à fait envisageable : aucune équipe ne domine réellement le championnat outre-Atlantique. Et si cela se réalise, on n'entendra plus les huées pleuvoir sur Beckham qui partirait le c£ur léger pour son deuxième intérim à Milan. Le coach Leonardo a d'ores et déjà dit qu'il était le bienvenu. Le Brésilien va sans doute insister sur le 4-4-2 et dans ce cas, il alignera Beckham sur la droite de l'entrejeu, en espérant qu'il multiplie les bons ballons à l'adresse de Pato et Ronaldinho. par paul gardner, world soccerSon scénario américain ressemble à un mauvais road movie...