Il n'est déjà plus le successeur de Franky Van der Elst: la comparaison est désormais caduque car Timmy Simons (25 ans) a imposé son nom, son style, sa simplicité, sa patience et son intelligence tactique. Mercredi passé, Bruges a souffert le martyre face à Donetsk afin de se qualifier pour la Ligue des Champions. Les Ukrainiens étaient même parvenus à ouvrir la marque en première mi-temps.
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Il n'est déjà plus le successeur de Franky Van der Elst: la comparaison est désormais caduque car Timmy Simons (25 ans) a imposé son nom, son style, sa simplicité, sa patience et son intelligence tactique. Mercredi passé, Bruges a souffert le martyre face à Donetsk afin de se qualifier pour la Ligue des Champions. Les Ukrainiens étaient même parvenus à ouvrir la marque en première mi-temps. Bruges doutait mais avant les quartiers d'orange de la mi-temps, Timmy Simons étonna en restant très calme au micro d'un journaliste de VT4, la chaîne commerciale qui retransmettait le match: "Nous avons un problème car notre adversaire masse beaucoup de joueurs dans la ligne médiane et fait preuve d'un gros engagement physique. Il s'agira de trouver la parade. Je reste totalement confiant même si ce n'est pas évident..." Un autre joueur se serait peut-être énervé à sa place. Il y avait des paquets d'euros en jeu et une qualification pouvait donner encore plus de piment à sa carrière. 45 minutes, deux prolongations et une séance de tirs au but plus tard, le conditionnel n'était évidemment plus de mise: Bruges s'était qualifié pour le grand bal européen.Timmy Simons participa lui aussi à l'exercice de vérité et trompa calmement le grand gardien de Donetsk. Le médian brugeois ne se dépara pas de son flegme habituel. Etonnant pour un gars de 25 ans, certes, mais qui ne joue au top belge que depuis deux ans. Avant de porter la tunique bleue de Bruges, il militait gentiment à Lommel. Si ce n'est pas le grand écart, c'est bien imité même si son équipier campinois Daniel Nassen avait rapidement affirmé: "Timmy ne tardera pas à devenir Diable Rouge..." Simons passera encore un cap en Ligue des Champions via les duels contre le FC Barcelone, Galatasaray et le Lokomotiv de Moscou. Cela ne lui monte pas à la tête et il affirme souvent: "Je sais d'où je viens. En 1998, je jouais encore à Diest, en D3".Là, il fait office d'icône pour les jeunes qui veulent l'imiter où même pour les anciens qui ont noté sa progression en songeant aux autres légendes du stade de la Warande: Agustin Riveros ou Jos Heyligen. Une foule de clubs de D1 s'étaient intéressés au jeune médian diestois. Son père lui conseilla de faire preuve de patience: "Si tu continues à progresser, ils reviendront frapper à ta porte". Le football étant sa religion, Timmy Simons abandonna ses études de kinésithérapie. Son père ne lui laissa cependant pas le temps de lézarder au soleil. Timmy se retroussa les manches afin de travailler dans l'entreprise familiale de placement de portes et de châssis de fenêtres en PVC. Debout à six heures du matin, mallette, tartines au fromage, thermos de café: les journées étaient longues et épuisantes sur les chantiers. "Ce fut une expérience utile et je sais ce que cela veut dire de se cracher dans les mains, de s'aider les uns les autres, de bien terminer des travaux difficiles", dit-il. "Footballeur pro, c'est un beau métier mais je n'étais pas moins heureux quand je gagnais ma croûte avec mes mains. D'ailleurs, en D3, il m'arriva aussi de bosser dans un restaurant pour mettre du beurre dans les épinards. Le soir, j'étais crevé mais si tout cela était à refaire, je le referais sans la moindre petite hésitation".Bruges l'a acheté pour 500.000 eurosEn 1998, il quitte Diest et son job d'ouvrier pour signer un premier contrat professionnel. Un premier pas prudent qui devint un choix de rêve; sous la direction de Harm Van Veldhoven, il devient le régulateur de la ligne médiane du petit club de Campine. Après deux ans, 64 matches et cinq buts en D1, Timmy Simons est devenu un des meilleurs "tipp-ex" de Belgique. Il efface sans cesse les erreurs des autres, permet à son équipe de réécrire son jeu. Simons mérite alors son surnom à Lommel: Tim Spirit. Un résumé parfait de sa façon de voir le football, c'est-à-dire en ne jurant que par le collectif. Bruges remarque ses qualités mais aussi ce profil psychologique intéressant. Les Brugeois sont connus pour leur avarice mais ces bons commerçants n'hésitent pas à dépenser un demi million d'euros pour s'offrir Timmy Simons et le souffler à Genk et au FC Malines. Un placement en or pour Bruges en 2.000. Lommel, qui chutait en D2, avait besoin de cet apport financier pour préserver son noyau et revenir le plus vite possible au sein de l'élite. Bruges avait déjà déniché Fadiga dans les sables de la Campine et espérait réaliser un nouveau coup fumant. Lommel avait entretenu l'espoir de vendre Simons à l'étranger mais le joueur ne l'entendit pas de cette oreille: "Cela viendra peut-être un jour mais je préférais d'abord tenter ma chance dans un grand club belge". Quand il débarque à Bruges, Tim ne roule pas des mécaniques, laisse les autres choisir une voiture rapide, se débrouille avec une camionnette avant de recevoir une Peugeot. "On peut en rire mais, moi, cela ne me dérange pas de rouler au volant d'un véhicule utilitaire", affirme alors Simons. "De toute façon, j'avais l'habitude de le faire quand je m'affairais chez mon père". Plus étonnant: alors que les jeunes de son âge possèdent plusieurs GSM, il n'a acheté son premier portable qu'après sa première sélection en équipe nationale. L'Union Belge avait eu du mal à l'atteindre pour lui communiquer la grande nouvelle. "Mes voisins de palier l'avaient appris avant moi en écoutant la radio", se souvient-il. "J'ai dès lors décidé de céder à la mode du GSM..." Il a aussi conseillé à son amie , Kathy, de garder son emploi de professeur de cuisine dans un établissement pour enfants ayant des difficultés scolaires. Il a peur de mettre tous ses oeufs dans un seul panier et se méfie encore du mirage aux alouettes que peut être le football. Trond Sollied tombe tout de suite sous le charme de cet infatigable arpenteur des pelouses. Simons n'est pas un frimeur, un crack du dribble, un artiste mais il joue juste, calibre parfaitement ses passes, bouche tous les trous dans la ligne médiane, etc. Le coach norvégien le destine à un grand avenir en équipe nationale. "Agréable à entendre mais je sais que tout est fragile dans le monde du football", relève-t-il prudemment. "Trond Sollied avait également dit que Tjorven DeBrul était le meilleur stopper de Belgique. Deux semaines plus tard, il prenait place sur le banc des réservistes brugeois.La vérité d'un jour n'est pas nécessairement celle du lendemain". Mais, qu'il le veuille ou pas, il a remplacé petit à petit Franky "Fox" Van der Elst dans le coeur des supporters brugeois. La comparaison était-elle sage? Au fil de sa carrière, VDE est devenu le dépositaire du jeu brugeois. Son impact était évident mais personne ne l'avait prévu quand il débarqua du RWDM: à son arrivée à Bruges, l'actuel coach du GBA traîna plus dans son éclosion que Timmy Simons. Son trésor physique était moins évident que celui de Simons (1,86 m, 79,5 kilos). Le gars de Diest ne s'embarrassa pas du jeu des comparaisons. Il devint l'homme d'un système, celui de Sollied et brilla car il ne cherchait pas à crever l'écran: le salaire de la modestie valait le coup d'oeil. Tout ne fut pourtant pas rose. Simons prit aussi quelques coups sur la tête. A Lyon, Bruges encaissa une terrible élimination européenne. Simons se souviendra longtemps de la perte de balle de José Duarte en fin de match, de la joyeuse remontée du terrain d'Eric Carrière au but de l'élimination signé par Sonny Anderson. En championnat, Bruges est battu au sprint par Genk mais leur médaille d'argent les qualifie quand même pour les éliminatoires de la Ligue des Champions. Simons et ses camarades se consolent aussi en empochant la Coupe de Belgique au nez et à la barbe de l'Excelsior de Mouscron. Arrière central en équipe nationaleMais c'est l'équipe nationale qui symbolise le mieux sa percée . Robert Waseige le sélectionne une première fois le 25 avril 2001 pour un match amical contre la Tchéquie. La suite ira très vite et, étrangement, c'est face au même adversaire tchèque, que Simons s'installe plus fermement en équipe nationale. Après l'échec de Zagreb face à la Croatie, la Belgique hérite de la Tchéquie en matches de barrage pour la Coupe du Monde. Robert Waseige mise à fond sur la fraîcheur brugeoise. A raison: les Diables Rouges s'imposent tant à Bruxelles qu'à Prague. Un exploit pour le pays, une confirmation pour le gendre idéal qu'est Timmy Simons. L'Asie l'attend et la Coupe du Monde sera une réussite totale pour le joueur de Bruges. Robert Waseige a une idée en tête mais il ne la dévoile pas tout de suite: il est le premier à vouloir confier les clefs de la défense à Timmy Simons. Le Liégeois procédera par des étapes dictées par les événements et la vie de groupe de l'équipe nationale. A Saitama, le coach fédéral opte pour deux médians défensifs car si Simons est en forme, Yves Vanderhaeghe crache le feu et revient dans le coup après avoir cédé sa place au... Brugeois. De plus, il était évident que le Japon, avec ses stars émigrées en Europe, allait mettre la pression devant son public. Un fameux sujet de conversation car la Belgique n'avait-elle pas pris la mesure de la France avec un seul aspirateur en match amical à Paris avant la Coupe du Monde? Le nul (2-2) qui conclut Belgique-Japon fit couler beaucoup d'encre car certains estimèrent alors qu'il était regrettable de jouer avec deux pare-chocs. Se passer de l'un des deux, c'était aussi, au-delà d'un choix tactique, se priver d'un Diable Rouge en grande forme. "Avec deux essuie-glaces, c'est plus facile face à une équipe qui met la pression", avança Simons. "Un des deux peut contrôler le meneur de jeu adverse, l'autre a alors la possibilité d'avance d'un cran mais ce n'est pas facile car il faut reprendre sa position".. Critique avec lui-même, il estime que ses perfs auraient pu être meilleures face au Japon et surtout contre la Tunisie: "Je peux mieux faire et je dois plus mettre le nez à la fenêtre ".Timmy Simons ne monta au jeu qu'à la 78e minute de jeu contre la Russie, à la place de Gert Verheyen mais son apport fit du bien. La suite, ce sera ce match de légende contre le Brésil le 17 juin au Wing Stadium de Kobe. Robert Waseige devine qu'il y a complémentarité entre Timmy Simons et Daniel Van Buyten. Simons se place toujours bien, réagit vite, sent le jeu, gomme, corrige tandis que le Marseillais règne dans les airs. Eric Van Meir n'entrait plus dans les plans de Waseige en raison de son manque de vitesse et Glen De Boeck était légèrement blessé. Ce dernier espérait jouer mais l'avis négatif du médecin (qui étonna le Mauve) conforte Waseige dans ses certitudes: c'est le moment de tester un nouvel alliage au centre de la défense belge. Le succès est total. Le duo fait merveille face aux Brésiliens. Simons anticipe, coupe, annule, relance et révèle une personnalité de grand arrière central, de patron de la défense belge. Anthuenis prolonge l'expérience de Waseige Hélas pour lui, il détourne, légèrement mais suffisamment, le tir de Rivaldo qui surprend Geert De Vlieger.La Belgique quitte la Coupe du Monde la tête haute avec, en prime, la naissance d'un duo fameux duo d'arrières centraux. Timmy Simons a encore progressé dans la hiérarchie du football belge en Asie. "Je fais de mon mieux", dit-il toujours. "Et je m'adapte: le coach choisit le concept tactique, les footballeurs l'appliquent" A Bruges, Timmy Simons a gardé sa place de médian défensif mais, en équipe nationale, Aimé Anthuenis a prolongé, en Pologne, l'expérience brésilienne de Robert Waseige. Timmy estime qu'il est encore trop tôt pour lui afin de s'implanter définitivement au coeur d'une défense mais l'équipe nationale, c'est un contexte à part. Les Diables ne jouent que quelques fois par an. Un petit sacrifice collectif est vite oublié et cela lui permet d'exprimer plusieurs facettes de son talent. Après la Coupe du Monde,il entend prendre part à l'EURO 2004 et cela passe par un bon départ samedi face à la Bulgarie. Les patrons du club de la Venise du Nord vont lui proposer bientôt une amélioration de son contrat qui court jusqu'en 2005. Même s'il est en situation favorable, il précise: "Je suis content avec ce que j'ai et je ne suis pas du genre à demander plus d'argent tous les jours. Je n'ai pas d'exigences et un club respecte plus les joueurs qui s'en tiennent à ce qui a été convenu. Maintenant, si on me propose plus avant la fin de mon contrat, tant mieux". C'est cela aussi Tim Spirit.Pierre Bilic"C'est toujours le coach qui décide et le joueur qui doit s'adapter""Je suis content de ce que j'ai à Bruges"