Miklos Lendvai: médian hongrois international, 26 ans, transféré du GBA à Charleroi en juillet 2001, look de rebelle, chouchou des supporters, un des meilleurs Carolos du premier tour, s'est blessé tout seul en match en novembre 2001: ménisque et ligaments croisés atteints, espère rejouer en fin de saison, manque cruellement dans l'entrejeu.
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Miklos Lendvai: médian hongrois international, 26 ans, transféré du GBA à Charleroi en juillet 2001, look de rebelle, chouchou des supporters, un des meilleurs Carolos du premier tour, s'est blessé tout seul en match en novembre 2001: ménisque et ligaments croisés atteints, espère rejouer en fin de saison, manque cruellement dans l'entrejeu.Tony Herreman: défenseur belge, 33 ans, transféré du GBA à Charleroi en juillet 2001, look de rebelle, chouchou des supporters, un des meilleurs Carolos du premier tour, s'est blessé tout seul à l'entraînement en janvier 2002: ménisque et ligaments croisés atteints, ne rejouera plus cette saison, manque cruellement en défense. Outre leurs points communs, ces deux joueurs sont liés par une vraie amitié. Comme on n'en rencontre guère dans le monde du foot. Ils vont faire leur rééducation ensemble et cela n'est pas pour leur déplaire.Comment est née votre amitié?Tony Herreman: Elle date de notre année commune au GBA. Nous avons le même caractère, la même rage de vaincre, la même ambition. Quand Micky est arrivé au GBA, il s'est directement lié à Justice Sandjon, qui avait joué plusieurs années en Hongrie. Ils ont le même tempérament. Comme j'étais aussi fort copain avec Sandjon, nous avons formé une bande de trois et nous étions toujours ensemble. Je me distinguais d'eux par mon caractère plus calme. Je n'ai pas la même agressivité dans les duels, je n'ai pas le sang chaud comme certains joueurs hongrois, dont Micky ou Urban. Sandjon et Micky sont deux braves gars, mais ils ne faut pas les énerver et ils le montrent clairement. Je me souviens d'un match amical contre un club étranger avec le GBA: cela avait dégénéré et ils ont fait le ménage. Heureusement, car sans eux, on aurait assisté à une bagarre générale. Dès que l'un de nous a un problème, il va vers l'autre pour lui en parler. Je ne discute pas de la même manière avec Micky qu'avec les autres joueurs. Il y a comme un fluide entre nous. Je n'hésite pas à lui confier les petits secrets de ma vie privée. J'ai le même genre de relation avec Frank Dauwen, mais elle avait mis plus de temps à se construire, à l'époque de notre passage commun à La Gantoise. Avec Micky, le contact s'est établi dès son premier jour au GBA. Nous nous faisons une confiance totale, sur le terrain et en dehors.Les yeux fermés pour ScifoEtes-vous venu à Charleroi parce que Micky y avait déjà signé?Herreman: Quand j'ai appris que je devais quitter le GBA sous peine d'être relégué dans le noyau B, ce fut comme si le ciel me tombait sur la tête. Le club venait de transférer Monteyne et, du jour au lendemain, je n'existais plus. D'ailleurs, j'attends toujours une vraie explication de Franky Van der Elst car j'avais l'impression de donner satisfaction au GBA. On m'a proposé un transfert dans un club grec, mais je n'étais pas chaud. Par contre, quand mon manager m'a parlé de l'intérêt de Charleroi, j'ai directement mordu. Micky m'avait dit qu'il était tombé sous le charme d'Enzo Scifo dès leur première rencontre. Il m'a dit: -Si tu parles une seule fois avec lui, tu signeras les yeux fermés. Autant j'étais malheureux en apprenant la décision de Van der Elst, autant je me suis senti revivre quand j'ai pu signer au Sporting. Je ne suis pas venu ici pour prendre une revanche, mais ma motivation est encore plus grande qu'avant, à cause de ce qu'on m'a fait à Anvers. Vous avez tous les deux un look de rebelle...Herreman: Je ne me sens pas rebelle. C'est vrai que je ne passe pas inaperçu. Mais mes cheveux longs, j'y tiens. C'est ma marque de fabrique, mon signe distinctif. Je ne les ai coupés que deux fois depuis mes débuts de footballeur professionnel, à Beveren. En début de saison, les supporters de Charleroi auraient voulu que je leur promette de couper ma queue de cheval si le Sporting se qualifiait pour la Coupe d'Europe. Je leur ai répondu que je passerais chez le coiffeur... si nous remportions le titre! Miklos Lendvai: On m'a déjà souvent traité de fou. C'est encore arrivé tout récemment, quand j'ai recommencé à jongler avec un ballon alors que je suis en pleine rééducation. Je reconnais que je suis un peu cinglé sur un terrain: les duels ne me font pas peur, je rentre dedans. Mais c'est surtout mon look qui interpelle. J'ai parfois des idées bizarres, des coups de tête. Je me suis autrefois fait percer une oreille à cinq endroits différents, j'ai aussi un piercing dans la langue. Et j'ai pas mal de tatouages: sur chaque épaule, sur le torse, sur l'avant-bras, sur le mollet. Il y a un viking qui fait la guerre, un lion, un fantôme, un symbole chinois qui correspond au diable... Pourquoi autant de thèmes guerriers? Je n'en sais rien (il rit). Dans le groupe, on me traite aussi de fou quand je raconte les bêtises que j'ai faites dans ma jeunesse. Les joueurs sont sciés quand je leur dis que les jeunes hongrois de ma génération n'avaient que deux solutions pour sortir de la misère: faire du sport ou travailler pour une mafia locale. J'ai beaucoup de copains qui ont choisi la mafia, certains sont tombés dans la drogue, ont fait la manche aux carrefours, volé, tué leur père ou leur mère... La base des gens simplesVous faites partie des joueurs que le public de Charleroi apprécie le plus.Herreman: Partout où je suis passé, j'ai été apprécié. Que ce soit à Beveren, à Ekeren, à La Gantoise ou au GBA, j'ai toujours entretenu des relations particulières avec les supporters. Ils voient que je me donne continuellement à 100% et, surtout, que je ne les snobe pas. Pour moi, le rôle d'un footballeur vis-à-vis du public ne s'arrête pas au coup de sifflet final: quel que soit le résultat, notre devoir est d'aller les saluer, les remercier. Après le match, je vais boire un verre à la buvette, pas dans les business-seats. Parce que c'est au milieu des gens simples que bat le coeur du Sporting. Je n'ai pas joué le match à Lommel, où Charleroi a été battu 5-1. J'étais dans la tribune avec mon beau-père et j'avais honte vis-à-vis des supporters qui avaient traversé la Belgique, payé leur place, et sont restés debout pendant deux heures dans le froid pour voir un spectacle aussi pitoyable. Ils ne méritent pas cela. Un jour, ils ont bloqué notre car sur le parking du stade quand nous partions jouer un match amical à Calais. Ils nous ont dit qu'ils voulaient revoir une vraie équipe sur le terrain et des joueurs qui avaient la tête au Sporting. Je leur donne cent fois raison. J'ai découvert ici des gens chaleureux et généreux. On dit en Flandre que Charleroi est une ville terriblement dangereuse, avec des cambriolages et des car-jackings à tous les coins de rues, mais ce n'est vraiment pas l'impression que me donnent les gens que je rencontre au stade ou dans la rue.Lendvai: J'étais déjà proche des supporters du GBA, mais ici, c'est encore beaucoup plus fort. J'ai vraiment l'impression de jouer pour des copains. Le public reste simple et j'estime que les joueurs doivent faire la même chose. Depuis que je suis blessé, j'assiste aux matches du Sporting au milieu du kop, aussi bien en déplacement qu'à domicile. J'ai pris moi-même l'initiative. C'est une expérience formidable. Je trouve que nos supporters sont relativement calmes quand l'équipe est en crise. J'ai connu autre chose en Hongrie. Quand j'étais à Ferençvaros, notre car a été arrêté sur l'autoroute après une défaite 6-0. Les supporters nous ont demandé des comptes, des coups se sont perdus au milieu de la circulation. Et quand nous avons voulu récupérer nos voitures sur le parking du stade, chacun avait ses quatre pneus crevés! Lors des matches qui ont suivi, on a vu un Ferençvaros autrement plus volontaire sur la pelouse...Le noyau devrait compenserCharleroi a commencé à s'écrouler suite à vos blessures: un hasard?Herreman: Il n'est pas normal qu'on explique la baisse de niveau de l'équipe par l'absence de deux joueurs, même si nous occupions des places importantes. Il y a 23 ou 24 gars dans le noyau, il doit quand même être possible de continuer à faire des résulats valables. Tous les joueurs ont des qualités, mais il y en a trop peu qui parlent sur le terrain. Frank Defays et Daniel Camus le font. C'est insuffisant. Un joueur comme Yazdani a besoin qu'on le guide en permanence, qu'on lui explique à quel endroit il doit se placer, quand il doit monter, etc. Je le faisais quand j'étais derrière lui, mais personne n'a pris le relais. Micky se chargeait de conseiller Dufer et Rojas qui, eux aussi, ont perdu leurs repères depuis quelques semaines. Lendvai: Les jeunes ont besoin qu'on les engueule continuellement. Il y a suffisamment de qualités dans le noyau pour jouer un meilleur classement, mais pas assez de caractère. Herreman: J'ai été marqué à vie par le discours que m'avait tenu Jos Daerden après sa double fracture tibia-péroné, quand nous étions ensemble à Ekeren. Il avait eu cet accident à 36 ans. Pourtant dès les premiers jours de sa rééducation, il m'avait juré qu'il reviendrait et qu'il finirait par reléguer sur le banc le joueur qui l'avait remplacé. Des gars prêts à bouffer le gazon, c'est ce dont Charleroi a le plus besoin. Lendvai: Camus m'a remplacé dans l'équipe, mais je vous promets qu'il n'aura pas la vie belle quand je serai rétabli. Je suis vraiment content qu'il fasse de très bons matches. C'est un joueur de caractère et je me reconnais en lui. Il aura quand même un fameux concurrent dans les pattes d'ici quelques mois. Et s'il y a une forte concurrence pour un poste aussi important que celui de demi défensif, c'est toute l'équipe qui en profitera. Constatez-vous une différence de mentalité entre Charleroi et le GBA?Herreman: Je regrette surtout que l'équipe baisse les bras au moindre coup dur. Dès que nous encaissons un but, c'est terminé. Alors que c'est justement dans ces moments-là qu'il faut montrer son caractère. On l'a encore bien vu contre Mouscron: nous dominons le premier quart d'heure, puis plus rien ne va dès que l'adversaire a marqué. Nous lui avons carrément offert les trois points. C'était tout à fait différent au GBA: l'équipe restait en place du début à la fin des matches, quel que soit le score. Le problème du Sporting est surtout mental. Même lors des petits matches à l'entraînement, il est fréquent que l'équipe menée abandonne toute ambition et attende sagement qu'on siffle la fin. Pierre Danvoye