Malgré la défaite contre le Standard, les bons résultats actuels de Charleroi ressemblent à s'y méprendre à ceux de l'année passée, à pareille époque. S'ensuivit un pillage des richesses carolos durant le mercato hivernal. Cette année, les caisses sont pleines et rien ne pousse les dirigeants carolos à vendre. Pourtant, des offres pour trois joueurs sont déjà tombées et voilà désormais l'administrateur délégué du Sporting, Mehdi Bayat, confronté à un dilemme : pouvoir rentabiliser des offres sans renier sa parole.
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Malgré la défaite contre le Standard, les bons résultats actuels de Charleroi ressemblent à s'y méprendre à ceux de l'année passée, à pareille époque. S'ensuivit un pillage des richesses carolos durant le mercato hivernal. Cette année, les caisses sont pleines et rien ne pousse les dirigeants carolos à vendre. Pourtant, des offres pour trois joueurs sont déjà tombées et voilà désormais l'administrateur délégué du Sporting, Mehdi Bayat, confronté à un dilemme : pouvoir rentabiliser des offres sans renier sa parole. " On a été clair : notre priorité est aujourd'hui le projet sportif. L'année passée, on a cédé des joueurs pour régler les problèmes financiers. Mais j'avais été clair : on ne vendra pas trois joueurs à chaque mercato. Pas question de réitérer cette opération en janvier ! On a pris des engagements vis-à-vis de nos partenaires et supporters. A moins évidemment d'une offre qu'on ne refuse pas. Mais même mon discours envers les joueurs a changé. Avant, ils avaient la garantie qu'ils pouvaient partir en cas d'offre. Aujourd'hui, on leur a expliqué qu'ils s'inscrivaient dans un projet. " On a donc compris que Charleroi ne lâchera pas tous ses joyaux. Mais pourquoi pas un si jackpot à la clé il y a ? Sport/Foot Magazine a fait le tour des trois joueurs les plus bankables. Comment est-il arrivé à Charleroi ? Cela fait maintenant un an et demi qu'il porte le maillot carolo. " Le PSG nous l'avait proposé une première fois mais ses conditions salariales étaient impossibles pour nous car il disposait d'un très bon contrat au PSG ", raconte Mehdi Bayat, administrateur délégué. " Puis son agent est revenu vers nous en disant qu'il avait trouvé un arrangement avec le club parisien. Evidemment, un joueur qui sort du noyau pro du PSG et qui a disputé l'un ou l'autre match avec Zlatan Ibrahimovic, ça ne se refuse pas ! " Quelle est sa progression ? Depuis qu'il est arrivé à Charleroi, tout le monde loue ses qualités techniques. " Sans doute le plus gros potentiel du noyau ", nous a souvent dit Felice Mazzu. Et pourtant, Kebano a longtemps constitué un cas désespéré, alternant le bon et le moins bon sur un terrain. La saison passée, il n'était pas parvenu à sortir de l'ombre de Danijel Milicevic et Onur Kaya mais le départ de ces deux-là devait lui donner de nouvelles responsabilités, qu'il a mis longtemps avant d'accepter. " Ce n'était qu'un joueur d'action qui pouvait parfois rester trop longtemps invisible dans un match ", relate Alex Teklak. En début de saison, c'est Enes Saglik qui occupait ce poste de régisseur mais la confirmation du 4-5-1 et la nécessité d'avoir un patron technique dans cet entrejeu, combiné à la reprise en main d'un Kebano peu professionnel, a abouti à l'éclosion définitive de l'ancien joueur du PSG. Depuis un mois, il marche sur l'eau et est devenu le vrai patron technique de cette équipe. C'est donc tout sauf un hasard si la bonne passe actuelle du Sporting coïncide avec le retour de Kebano dans l'équipe. Kebano, c'est l'instinct avant tout. Il a un côté insaisissable et indéchiffrable. " Avant, il demandait tous les ballons dans les pieds et ne commençait l'action qu'à cette condition ", ajoute Teklak. " Aujourd'hui, il a développé d'autres qualités, notamment ses courses dans les 30 derniers mètres. Il a compris comment tourner autour d'un point de fixation comme Cédric Fauré ". Tout le mérite de cette transformation en revient à Mazzu qui l'a éduqué tactiquement et à Mehdi Bayat qui ne le lâche pas d'une semelle. Quel est son prix ? De par sa position et son rayonnement, vu son âge (22 ans), il constitue le joueur le plus bankable du Sporting. Reste à convaincre les acheteurs que sa mentalité et sa régularité sont aujourd'hui en accord avec son potentiel. Les scouts commencent à se renseigner et son prix oscille actuellement entre 1 et 2 millions d'euros. Un mois de décembre équivalent à son mois de novembre verrait sa valeur se rapprocher du 2 millions d'euros. De toute façon, le Sporting ne veut pas entendre parler d'un départ en dessous de cette somme. Son récent statut international (après toutes ses classes en équipe d'âge de France, il a opté pour la République Démocratique du Congo pour le compte de qui il a marqué son premier but pour sa première sélection face à la Côte d'Ivoire) ne va faire qu'augmenter sa valeur. Va-t-il partir ? A priori pas tout de suite. Si Charleroi veut viser les play-offs 1 la saison prochaine, il doit pouvoir convaincre ce type de joueur de rester au club encore un an. Acquérir du temps de jeu, devenir un titulaire indiscutable (statut qu'il commence seulement à avoir) puis partir pour une belle somme, voilà le plan du Sporting à son égard. Mais le joueur a toujours avoué qu'il ne comptait pas demeurer longtemps à Charleroi. A priori donc le cas le plus difficile à gérer pour la direction carolo. Car un tel joueur doit d'abord se sentir bien où il est pour que son talent s'exprime. Comment est-il arrivé à Charleroi ? C'est Luka Peruzovic qui a fait des pieds et des mains pour qu'il signe à Charleroi. La scène se passe en fin de saison 2012-2013. A l'époque, après un intérim, Peruzovic est placardisé dans un rôle de directeur technique, envoyé visionner des joueurs renseignés à la direction carolo. L'agent de Sébastien Dewaest avait parlé avec Mehdi Bayat qui avait décidé d'envoyer Peruzovic à un match de Roulers. Celui-ci revient emballé. " Il me dit - tu dois signer ce joueur. Je lui réponds que j'ai déjà reçu d'autres rapports moins tranchants que le sien. Il me répond - Moi, je te le dis. Si tu ne le fais pas, tu n'as rien compris ", explique Mehdi Bayat qui décide de renvoyer Peruzovic à un second match de Roulers. Peruzovic confirme sa première impression et sous son insistance, Mehdi Bayat négocie avec le joueur. " De plus, j'aimais bien son CV qui mentionnait une formation à la française et j'ai tout de suite senti sa hargne et son envie de gagner sa place ". Dewaest signe donc à l'été 2013. Quelle est sa progression ? Enorme. Arrivé sur la pointe des pieds dans la défense carolo au cours de la saison passée, il est aujourd'hui un phénomène. Comparé à Philippe Albert pour son gabarit et son parcours (il vient de D2), il n'a pourtant pas encore la relance de l'Ardennais. Il fait plus penser aux débuts de Daniel Van Buyten. Même intransigeance dans les duels, même facilité à marquer des buts sur phases arrêtées, et même physique travaillé au quotidien. Quand il met le pied, il n'y va pas de main morte et paraît assuré de repartir avec le ballon. Sans compter qu'il défend debout, sans tacler, ce qui distingue aujourd'hui les grands défenseurs. Avec Javier Martos, qui possède les qualités qu'il n'a pas encore (relance et placement au cordeau), il forme une des meilleures charnières centrales du pays. Une des plus complémentaires et des plus stables en tout cas. " Comme c'est un joueur d'impact physique, il va toujours être dépendant, dans sa carrière, de celui qui évolue à ses côtés. Il ne faudra jamais l'associer à quelqu'un qui lui ressemble trop. Charleroi l'a compris puisque les deux hommes de la défense s'entendent très bien ", analyse Teklak. Après une première saison réussie (il avait d'ailleurs remporté le Zèbre d'Or 2013-2014), il avait débuté l'actuelle campagne en mode mineur. En disant que certains se croyaient plus beaux que ce qu'il n'étaient et se reposaient sur leurs lauriers, Mazzu visait clairement Dewaest qui a très bien compris le message. " Son début de saison laisse penser que le garçon n'est pas encore à maturité. Il n'avait qu'une saison derrière lui. Il a encore besoin de manger des matches et d'apprendre à vivre avec ce statut ", ajoute Teklak. Il s'est ressaisi et confirme de semaine en semaine, que ce soit face aux équipes mineures ou aux cadors. Aujourd'hui, il paraît évident qu'il sera un jour ou l'autre amené à franchir un palier. " Il possède un certain charisme et fait souvent tourner le rapport psychologique à son avantage face à des gabarits comme le sien ", dit Teklak. On l'a vu face à Tom De Sutter contre Bruges ou Alexandre Mitrovic face à Anderlecht. Reste désormais à le voir à l'oeuvre face à des gabarits plus petits et techniques. Quel est son prix ? Lui aussi doit se situer dans une fourchette entre 1 et 2 millions d'euros, avec le désavantage, par rapport à Kebano, d'occuper un poste défensif. Mais comme la tendance observée cet été est de sortir également de grosses sommes pour les défenseurs, le Sporting peut encore rêver de toucher un beau pactole pour un joueur acquis pour une croûte de pain à Roulers. Va-t-il partir ? Son nom circule à Lokeren si les Waeslandiens devaient se séparer d'Alexandre Scholz, courtisé par Anderlecht et dont le prix a été fixé à 4 millions d'euros par Lokeren. Si le deal capote, Anderlecht pourrait se tourner vers Dewaest, 23 ans, même si le directeur général, Herman Van Holsbeeck a nié. Autant Lokeren ne botte pas tellement le joueur, autant Anderlecht ne le laisse évidemment pas insensible. " Pour tout le respect que j'ai pour le club, je ne pense pas que Lokeren soit une destination tellement plus emballante que Charleroi ", affirme Mehdi Bayat. Sauf que Lokeren est réputé très bon payeur, un argument que Mehdi Bayat devra contrecarrer en revalorisant le contrat de son défenseur central. Comment est-il arrivé à Charleroi ? Il y a un an, Charleroi prépare son mercato d'hiver, nécessaire pour commencer à combler les trous financiers. Les dirigeants ne le savent pas encore mais en un mois, ils vont réussir à boucler un effort qui devait être réparti sur trois périodes de mercato grâce aux ventes de David Pollet, Kaya et Milicevic. A l'époque, Mehdi Bayat négocie le départ de Kaya et cherche donc un remplaçant à son ailier. Il se tourne vers le marché français. " On nous a proposé quatre, cinq profils différents ", explique Bayat. " Finalement, on a retenu la candidature de Clément Tainmont. On avait alors deux options, vu qu'il lui restait six mois de contrat à Châteauroux : soit le prendre gratuitement en juin, soit s'arranger avec les dirigeants de ce club. Comme Kaya partait, on ne pouvait pas attendre et on a opté pour la deuxième option. " Là encore, c'est Peruzovic qui a fait pencher la balance après l'avoir visionné. Quelle est sa progression ? Il a très bien débuté son séjour à Charleroi. A tel point qu'après un mois d'acclimatation, il a permis, avec Cédric Fauré et Dieumerci Ndongala, à Charleroi de lutter en play-offs 2 jusqu'au bout. Cependant, à l'instar de plusieurs piliers comme Dewaest ou Fauré, son début de saison n'incita pas à l'optimisme. Trop inconstant, parfois sur le banc, il ne semblait pas continuer sur sa lancée de la saison passée. Mais lui aussi a connu un déclic en octobre. Aujourd'hui, la plupart des mouvements dangereux naissent sur son côté et il possède sans doute l'un des centres les plus purs de D1. " C'est un peu l'ailier à l'ancienne comme on en voyait encore beaucoup il y a dix ans ", analyse Teklak. " Il se sert de ses qualités et masque ses défauts. Comme il sent très bien le jeu et qu'il a un sens inné du déplacement, il arrive à parfaitement éviter les duels. " Il n'a certes pas la capacité des médiaux modernes à repiquer vers le centre mais son profil à l'ancienne le rend très intéressant de par sa rareté. Il a une bonne frappe et aime s'engouffrer dans l'espace. " Il se rend disponible en mouvement et marque tous ses buts en venant de la deuxième ligne ", lâche Teklak. Quel est son prix ? Charleroi a déjà reçu une offre à 700.000 euros, ce qui est déjà conséquent si on prend en compte qu'il a 28 ans et n'a plus qu'un an et demi de contrat. Va-t-il partir ? Vu le montant de l'offre et son âge, Tainmont est plus susceptible de partir que les deux autres joueurs, plus jeunes et plus importants pour le projet. A ce prix-là, on comprend que les dirigeants carolos se mettent à réfléchir, au risque d'ouvrir la boîte de Pandore. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: BELGAIMAGETainmont est le plus susceptible de partir : il a quasi 29 ans et n'a plus qu'un an et demi de contrat. " Sauf le respect que j'ai pour Lokeren, je ne pense pas que ce club soit une destination plus emballante que Charleroi. " Mehdi Bayat à propos de l'intérêt de Lokeren pour Sébastien Dewaest