Fin de saison. Pour la dernière journée, Albert Cartier compte bien faire participer tout son effectif à la fête. Déjà champion de Ligue 2, le FC Metz se déplace à Laval, qui ne doit absolument pas perdre s'il veut se maintenir. L'ancien coach du Brussels choisit de titulariser un jeune premier dans les cages.
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Fin de saison. Pour la dernière journée, Albert Cartier compte bien faire participer tout son effectif à la fête. Déjà champion de Ligue 2, le FC Metz se déplace à Laval, qui ne doit absolument pas perdre s'il veut se maintenir. L'ancien coach du Brussels choisit de titulariser un jeune premier dans les cages. Le petit vient de rater son permis, mais de réussir son baccalauréat scientifique, un an plus tôt, avec mention Bien. En ce 16 mai 2014, alors qu'il n'a pas encore soufflé sur ses vingt bougies, Thomas Didillon s'en sort une nouvelle fois avec les félicitations du jury. Au Stade Le Basser, il reste inviolé et s'impose en patron. Auteur de trois arrêts déterminants dans le premier acte, il semble même être l'un des seuls de son équipe à ne pas se sentir en vacances. " On avait passé toute la semaine à des soirées mondaines, que ce soit à la mairie ou au conseil général, pour fêter le titre ", souffle Cartier. " Mais là, je ne voulais pas qu'on passe pour des bouffons. À la mi-temps, je leur ai dit que je leur mettrai une semaine d'entraînement supplémentaire s'ils continuaient sur leur lancée. C'est Thomas qui nous a maintenus dans le match. " Au final, le marquoir ne bouge pas. 0-0, tout le monde est content. " C'était la première année où il se consacrait entièrement au foot ", continue Cartier, fan de son profil. " C'est nous qui l'avons poussé à poursuivre dans le foot, plutôt que dans les études universitaires. Parce que Thomas, ce n'est pas seulement un gardien, c'est aussi quelqu'un de très cérébral. " À l'époque, Didillon culmine déjà à plus d'un mètre 93. Sa manie de jouer haut et son aisance technique poussent France Football à le surnommer Thomas Price, l'un des deux héros de la série Olive & Tom. Les compliments à son égard traversent le Quiévrain, jusqu'à Seraing, où il débarque en prêt dans la foulée, au sein du club satellite des Messins. Malgré un été agité, les Rouge et Noir du Pairay réalisent un exercice surprise, terminant quatrièmes, au pied des play-offs. Au total, le natif de Seclin, dans le Nord, facture onze clean sheets. " Il nous a fait gagner pas mal de points ", sourit François Kompany, frère de, ex-coéquipier sérésien. " C'est un bosseur, qui n'a pas peur de la concurrence. Il pouvait être à nouveau prêté un an, mais il est retourné à Metz. " Mais d'abord, il découvre les plaisirs de la Cité Ardente. Yahya Boumediene, autre collègue qui se souvient de " quelqu'un de fort mature pour son jeune âge ", l'emmène faire un tour à la Foire de Liège. " Les Français ne connaissent pas les lacquemants et les croustillons... Là, il était tout content. Sinon, il était posé, avec sa petite copine, tranquille. " Parce que Didillon voit loin. En fin de saison, les joueurs se plaignent d'un manque de reconnaissance de la part de la direction quant à leurs performances. Thomas, 20 ans, est de ceux qui tapent du poing sur la table. Kompany : " Il n'était déjà pas gêné de parler devant tout le vestiaire. Pourtant, dans la vie de tous les jours, c'est plutôt quelqu'un de réservé. C'est ce qui fait son charme : il ne parle que quand il a des choses à dire. " Quoi qu'il en soit, son passage en Principauté lui permet de rallier l'équipe de France U20, qui dispute le prestigieux Tournoi de Toulon, en 2015. Aux côtés des mondialistes Presnel Kimpembe ou Thomas Lemar, il soulève le trophée après une séance de tirs aux buts victorieuse contre le Maroc. Après Tom, on le compare à Manuel Neuer, sans pression. " Je comprends le parallèle ", concède Cartier. " Il a une très bonne lecture du jeu, aussi bien de son équipe que de son adversaire. Thomas, ce n'est pas qu'un gardien. Il n'est pas absent du match, ce qui lui permet d'être dans l'anticipation. " " Il a toutes les qualités pour devenir un très bon gardien, mais il faut encore qu'il améliore son jeu au pied et qu'il soit plus calme ", tempère Philippe Hinschberger, alors son nouvel entraîneur en Lorraine, où il devient un élément-clé dans la remontée du club, qui vient de faire l'ascenseur. Soit le moment parfait pour devenir père, en août 2016, d'un petit Chad. " Avoir un enfant ne peut qu'avoir un effet positif car ça agrandit le cocon familial et ça te permet de te recentrer sur l'essentiel ", concède le principal intéressé, au Républicain Lorrain, qui ne compte toujours pas 21 printemps. Pour Cartier, cette sérénité fait " partie du personnage. Il n'y a pas que le foot qui occupe son esprit. Je le voyais souvent promener son chien dans les rues de Metz. Il dégageait une espèce de quiétude, de tranquillité... Les gens qui aiment les animaux ne peuvent qu'aimer les humains et les rencontres. " Justement, au même moment, un choc des cultures s'amorce. Les Graoullys engagent l'expérimenté Eiji Kawashima pour encadrer les portiers messins. Pour les quatre derniers matchs, Hinschberger veut provoquer un déclic et met Didillon sur le banc, au profit du Japonais. Les Grenats galèrent et jouent leur survie. Le coach s'explique, net : " On sortait d'un mois catastrophique, on prenait des branlées mémorables et on était la pire défense du championnat. Thomas était livré à lui-même et connaissait des difficultés à effectuer des arrêts " Le maintien validé, le néo-mauve repart titulaire dans les barres. Pour trois joutes, seulement. Même chose. Metz est à la dérive et le remplaçant d'Hinschberger, Frédéric Hantz, installe un turnover pas vraiment clair. Pour ne rien arranger, Didillon se blesse en décembre et doit se faire opérer, un mois plus tard, d'une hernie discale. Résultat : une descente et neuf petites apparitions au compteur. " C'est très bien qu'il quitte Metz ", juge Hinschberger. " Il va pouvoir se frotter à une autre pression, d'autres responsabilités. " Au Parc Astrid, Didillon se ramène dans la peau d'un keeper en devenir, loin de son " cocon ", mais avec un statut de numéro un " bis " finalement pas si différent. Après dix ans chez les Graoullys, il revient dans un pays qu'il connaît bien. De toute façon, peu importe. En 2015, après un match énorme à Sochaux, il avait dégainé une réplique devenue classique, à un journaliste de beIN lui rappelant le nombre de nationalités de son effectif : " On n'en a rien à foutre ! Franchement, on parle le même langage : celui du foot. " C'est dit.