Dans le train à grande vitesse AVE 9636, qui effectue en deux heures et demie la jonction entre Madrid et Séville, tout était calme, ce jour-là. Peu de passagers avaient remarqué que les footballeurs du Real Madrid occupaient un des wagons. L'équipe se rendait au match retour des demi-finales de la Copa del Rey, contre le FC Séville. A son arrivée dans la métropole andalouse, la direction aura sans doute réalisé qu'elle avait eu une mauvaise idée en faisant emprunter les transports en commun à des vedettes comme David Beckham, Zinedine Zidane, Ronaldo, Raúl, Roberto Carlos et Luis Figo. Un millier de personnes se pressaient à la gare Santa Justa pour accueillir l'équipe du Real. Les filles étaient en pleurs, les mères étaient en pleurs, les hommes étaient en pleurs. La situation a dégénéré quand on a fait tomber quelques barrières. Les policiers présents ont eu le plus grand mal à contrôler la situation.
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Dans le train à grande vitesse AVE 9636, qui effectue en deux heures et demie la jonction entre Madrid et Séville, tout était calme, ce jour-là. Peu de passagers avaient remarqué que les footballeurs du Real Madrid occupaient un des wagons. L'équipe se rendait au match retour des demi-finales de la Copa del Rey, contre le FC Séville. A son arrivée dans la métropole andalouse, la direction aura sans doute réalisé qu'elle avait eu une mauvaise idée en faisant emprunter les transports en commun à des vedettes comme David Beckham, Zinedine Zidane, Ronaldo, Raúl, Roberto Carlos et Luis Figo. Un millier de personnes se pressaient à la gare Santa Justa pour accueillir l'équipe du Real. Les filles étaient en pleurs, les mères étaient en pleurs, les hommes étaient en pleurs. La situation a dégénéré quand on a fait tomber quelques barrières. Les policiers présents ont eu le plus grand mal à contrôler la situation. David Beckham remue particulièrement le grand public. Le regard rivé au sol, entouré par deux gardes du corps, il s'est frayé un chemin vers la sortie de la gare. Brusquement, une fille lui a sauté au dos et lui a enlacé le cou, poussant un grand cri. Les gardes du corps ont dû la jeter au sol pour libérer le joueur. Beckham est resté de marbre. De la main droite, il a remis de l'ordre dans sa chevelure, redressé son col et rejoint péniblement le car des joueurs, à quelques mètres de là. Une fille avait profité de l'incident pour se glisser dans le bus. Lorsqu'elle en est sortie, agitant triomphalement son appareil photo, les gens l'ont applaudie comme si elle était elle-même un joueur du Real. Ces scènes sont légion où qu'apparaissent les joueurs madrilènes. Dans le Sud de l'Espagne, en stage à Kunming, en Chine, pendant un match amical à Tokyo, pendant les entraînements de Las Rozas, dans la banlieue madrilène : l'ordre public est menacé où que se trouvent les joueurs du Real. Si cette équipe provoque un engouement mondial, c'est par la froide stratégie que mène le président du club. Depuis qu'il en a pris la tête il y a quatre ans, Florentino Pérez, le patron du groupe ACS, une des entreprises de construction les plus influentes d'Espagne, enrôle chaque saison une mégastar. En l'espace de quatre ans, cette politique a coûté la bagatelle de 220 millions d'euros, pour les seules indemnités de transfert. A ce prix-là, Pérez attire tous les héros qu'il veut dans la capitale ibérique. En 2000, il a chipé le Portugais Luis Figo à Barcelone. Un an plus tard, il a attiré le Français Zinedine Zidane, qui évoluait à la Juventus. Le Brésilien Ronaldo a quitté l'Inter en 2002 et en 2003, c'est l'Anglais David Beckham qui a effectué le même chemin, en provenance de Manchester United. Le transfert de Beckham s'intègre parfaitement dans les projets de Pérez, qui veut bâtir un empire mondial du football, qui atteigne tous les continents. L'opération a été rentable à plus d'un point de vue. Beckham, l'icône publicitaire de la Grande-Bretagne, incontestablement le footballeur le plus populaire du monde, fait le bonheur du département marketing du Real. En cinq mois, celui-ci avait déjà écoulé un million de maillots frappés du numéro 23 de Beckham. Il apporte aussi un plus sportif, ce dont les observateurs n'étaient pas vraiment convaincus, au début, contrairement à ce qu'ils pensaient des trois premiers achats. On avait l'impression que ce n'était qu'un gigantesque coup de pub. Même ses tests médicaux, à l'hôpital de La Zarzuela, ont été retransmis en direct à la télévision, pour un million d'euros. Le football que produisent les artistes du Real est spectaculaire mais aussi redoutablement efficace. Le Real s'est qualifié pour la finale de la Coupe d'Espagne. En Ligue des Champions, ils n'ont pas encore essuyé la moindre défaite et se sont qualifiés sans Ronaldo et Roberto Carlos au détriment du Bayern pour les quarts de finale, tout en étant en tête du championnat espagnol. Le Real ne devient fragile que quand il est privé de Zinedine Zidane. Sans le Français, il a ainsi peiné face à son principal concurrent, le FC Valence, et n'a échappé à une première défaite à domicile que par le biais d'un penalty accordé dans les arrêts de jeu. Cette affiche a tenu tout le pays en haleine. Plus de 500 journalistes étaient accrédités et dans la loge du président du club, on pouvait apercevoir du beau monde, à commencer par José María Aznar, le Premier ministre. Le Real déchaîne les passions comme encore jamais en football. Cette atmosphère de folie est perceptible au Paseo de la Castellana, à un jet de pierre du stade Bernabeu, où la rédaction du journal sportif Marca occupe le deuxième étage du numéro 66. Deux millions et demi de gens achètent le journal, jour après jour, ce qui en fait le quotidien le plus lu en Espagne. Le minimum est de six pages par jour sur le Real. Pour un choc contre Valence, l'orgie de photos et d'articles atteint jusqu'à 18 pages. Sept jours sur sept, une équipe de 15 rédacteurs et photographes ne s'occupe que du Real. Le moindre détail, aussi insignifiant soit-il, est monté en épingle. Il suffit que Beckham apparaisse à l'aéroport de Barajas avec un jean déchiré pour que, le lendemain, Marca y consacre la totalité de sa une. De Beckham, sur cette photo, on ne voit plus que la déchirure du pantalon. José Felix Diaz (37 ans) est le chef de la cellule " Madrid ", de loin le département le plus important de Marca. Depuis onze ans, Diaz se penche sur le Real Madrid. S'il désire parler au président Pérez, il l'obtient dans les plus brefs délais, par téléphone. S'il souhaite une interview avec, disons, Raúl, il convient avec lui d'un rendez-vous pour le dîner. Peu de journalistes bénéficient de pareil traitement de faveur. L'afflux de vedettes au Real a donné des ailes au tirage de Marca. Diaz : " La folie a commencé avec Zidane ". Il admet que son journal n'a plus de liens aussi étroits avec toutes les stars, comme c'était le cas quand le Real employait surtout des joueurs ibériques. Zidane réserve l'exclusivité de ses commentaires à L'Equipe, Beckham offre un traitement de faveur au quotidien londonien The Sun. Le capitaine de l'équipe nationale anglaise était depuis deux mois à Madrid quand il a enfin accepté une visite de Marca, pour une séance photos. Diaz : " Ce qu'il nous a fourni à cette occasion n'était pas vraiment profond ". Le renvoi du coach Vicente Del Bosque, à la fin de la saison dernière, n'a pas facilité la tâche de Marca. Del Bosque était un monument et il approvisionnait discrètement le journal en informations internes. Ce limogeage est d'ailleurs un bel exemple de l'intransigeance de Pérez, un maniaque de la globalisation, dans l'exploitation du mythe madrilène. Il confie toujours les positions-clefs du club à des protagonistes qui sont susceptibles d'accroître encore le prestige du club. Del Bosque a été remercié le lendemain du titre national du Real. Ce n'est pas la première fois que le club renvoie un entraîneur qui vient de remplir sa vitrine : en 1998, Jupp Heynckes a subi le même sort après avoir remporté la Ligue des Champions. Le cas Del Bosque était nettement plus sensible. Joueur, puis directeur de l'école des jeunes et enfin entraîneur de l'équipe fanion, il avait servi le club pendant 35 ans et engrangé moult succès. Le Real, c'était Del Bosque, et Del Bosque était le Real. " La façon dont le Real m'a jeté m'a fait l'effet d'un uppercut ", confie Del Bosque, qui n'a toujours pas d'autre travail. Où aller, effectivement, quand vous avez consacré toute votre vie au Real ? " Je mentirais en affirmant que j'ai complètement digéré ce renvoi " dit-il. Ce fameux dimanche de juin, Del Bosque trinquait avec Pérez, pour fêter le titre, au Meson Txistu, un établissement agrémenté de tables rustiques et de lumières tamisées du quartier Castillejos. Le lendemain, à onze heures du soir, le directeur sportif, Jorge Valdano, ex-international argentin, lui apprit qu'il était limogé, dans un coin du stade. Jusqu'à présent, jamais encore Del Bosque n'a obtenu d'explications de la part de Pérez. Voici la déclaration officielle de celui-ci : " Del Bosque est très traditionnel. Nous cherchons quelqu'un de plus moderne ". Ensuite, le président d'évoquer vaguement une " stratégie ", " la préparation physique " et le fait que " notre équipe va devenir encore plus forte ". Au fond, Pérez ne remet absolument pas en cause les capacités de Del Bosque. C'est plutôt son image qui l'ennuyait. Del Bosque ne parle qu'espagnol. Avec ses yeux rougis, sa barbe mal taillée et sa large face, il ressemblait plutôt à un paysan, atterri par hasard au milieu de la prospère société madrilène. En d'autres termes, il n'était pas assez télégénique. Or, seule la télévision permet de conquérir le marché mondial : pour Pérez, l'entraîneur du Real doit impérativement posséder une forte aura. Carlos Queiroz, le successeur de Del Bosque, répond parfaitement au profil. Agé de 50 ans, né au Mozambique, il a l'air plus intelligent, parle quatre langues et est raffiné jusqu'au bout des ongles. Manifestement, sa modeste biographie en tant qu'entraîneur ne constitue aucun handicap. Ce qui compte, c'est qu'il a été entraîneur adjoint de Manchester United et pouvait donc être l'homme de confiance de David Beckham au Real. Think big. Le principe de Pérez focntionne. L'homme ne tolère donc pas la moindre contradiction. Alors que les club européens épargnent pour survivre financièrement, y compris les formations prestigieuses qui taquinaient le Real jusqu'il y a peu, le boom de sa Dream Team ne semble pas connaître de limites. Cet été, le Real repartira pour une tournée prestigieuse de relations publiques qui tient plus du show que du sport. Les destinations de ce nouveau voyage : New York, Los Angeles, Tokio, Yokohama, Pékin et Bangkok. Ensuite, la sélection retourne en Chine. Somme garantie : 25 millions d'euros. Le Real a besoin de cet argent car cet été, Pérez veut encore ferrer un gros poisson û ne serait-ce que pour assurer sa réélection au poste de président en juillet, bien qu'en fait, nul ne doute de la reconduction de son mandat. Les noms circulent déjà : le Néerlandais Ruud van Nistelrooy de Manchester United et le Français Thierry Henry d'Arsenal tiennent le haut de l'affiche. Pérez aime les attaquants, qui conviennent parfaitement à l'image qu'il veut donner du Real Madrid. Conséquence de ces transferts à venir : une des vedettes va devoir s'en aller. Ces dernières semaines, les rédacteurs de Marca ont remarqué que Luis Figo n'était pas de très bonne humeur. Le Portugais craint que ses jours ne soient comptés. Le départ de Figo rimerait bien avec le mode de pensée de Pérez. Il y a quatre ans, Figo était la promesse électorale de ce magnat de la construction. Maintenant, le médian a accompli son devoir et rempli sa mission. Michael WulzingerOn parle maintenant de l'arrivée de RUUD VAN NISTELROOY ou THIERRY HENRY