Jeu de mots facile, j'admets : j'ai pas pu m'empêcher, surtout que le gaillard est immense. Vous m'auriez interrogé juste avant, j'aurais juré mes grands dieux que Thibaut Courtois serait Soulier d'Or... et mes grands dieux m'auraient ensuite trouvé petit pronostiqueur foireux !
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Jeu de mots facile, j'admets : j'ai pas pu m'empêcher, surtout que le gaillard est immense. Vous m'auriez interrogé juste avant, j'aurais juré mes grands dieux que Thibaut Courtois serait Soulier d'Or... et mes grands dieux m'auraient ensuite trouvé petit pronostiqueur foireux ! Soit, la chaussure jaune est donc pour Matias Suarez. Un beau joueur offensif, comme il y en a peu dans notre championnat, modeste qui plus est, pas péteux pour un sou. Un de ces stylistes desquels vous et moi espérons des gestes hors du commun quand nous venons au foot. C'est aussi un gars qui n'est constant et indiscutable que depuis quatre mois : dans un club certes leader, mais qui ne domine pas la compète en écrasant ses poursuivants ! Et un attaquant qui commence seulement à buter comme on souhaitait qu'il bute... ce qui m'épate moins que la perf de goleador d'un Guillaume Gillet durant ces derniers mois ! Gillet, 118 points à l'élection, c'est trop peu comparé aux 230 de Suarez : lequel n'illuminera la lecture future du palmarès que s'il brille demain (à Anderlecht ou ailleurs) bien plus que jusqu'à présent ! On ne saura qu'alors si ce Soulier d'or fut étoile filante... Courtois l'a dans le baba, je suis un grand naïf, j'aurais dû m'en douter. Les analystes affirmaient pourtant que le vainqueur 2011 serait celui d'une demi-saison, et personne n'avait été prépondérant comme Thibaut dans les résultats de son équipe au cours d'un seul semestre ! Certes, les gardiens ne sont pas les bien-aimés des trophées individuels, dommage pour un Victor Valdés, voire un Silvio Proto ou un Sinan Bolat à notre échelle : mais si fiables soient-ils, les gardiens des teams qui honorent leur statut de favoris n'épateront jamais la galerie autant que leurs petits camarades offensifs. A l'inverse, Courtois avait eu l'immense privilège d'être champion avec une équipe outsider, le privilège d'être bombardé plus souvent qu'à son tour, celui de résister quasi chaque semaine avec brio, d'exposer son talent bien plus qu'au sein d'un onze dominateur. Hélas, ça n'a pas suffi. Plus que le fait, anachronique en foot, d'élire le Soulier d'Or sur l'année civile, c'est le fait de voter en deux fois qui a désavantagé Courtois : car si l'on ne votait qu'en décembre (pour tout qui presta en Belgique, en tout ou en partie, au cours de l'année écoulée), les résultats collectifs entérinés en juin pèseraient davantage dans la balance, et l'on hésiterait davantage à encenser (prématurément) ceux qui ne viennent de briller qu'en première moitié de saison ! Sans oublier qu'un trophée individuel, à performance ou talent similaire, s'obtient plus facilement quand on évolue dans un club de légende plutôt que de seconde zone. Lors du titre de Genk, la part de Courtois dans le résultat a bien sûr été soulignée, mais pas assez. Les raisons du succès étaient décortiquées de midi à quatorze heures, de l'efficacité de Jelle Vossen à la science de Frankie Vercauteren, en passant par Kevin De Bruyne, Courtois, Daniel Tözser et d'autres... En moi pourtant, l'impression demeurait sans cesse que cette équipe, défensivement surtout, ne devait son classement qu'aux parades hebdomadaires de son dernier rempart. Cela rappelle le cas de Simon Mignolet lors de l'accession de Saint-Trond aux play-offs 1 en 2010 : on a glorifié Guido Brepoels pour avoir tiré le meilleur d'une bande d'anonymes mais il eut bien du mal dès l'année suivante une fois Mignolet parti ! Le but n'est pas ici de minimiser le rôle des coaches, il est de magnifier l'importance de certains gardiens ; importance qu'on ne réalise pleinement qu'après leur départ ! Tenez, je vais aussi citer l'exemple de Manchester United ! Plus que la retraite (récemment interrompue) de Paul Scholes, les 38 ans de Ryan Giggs, les frasques de Wayne Rooney ou la blessure de Nemanja Vidic, je suis persuadé que si Man U apparaît cette année un peu plus faiblard, c'est d'abord parce que ni David de Gea, ni Anders Lindegaard, ne parviennent à prendre dans l'équipe l'importance qu'avait Edwin van der Sar, immense gardien sobre. PAR BERNARD JEUNEJEANLors du titre de Genk, la part de Courtois dans le résultat a été soulignée, mais pas assez.