12 mai 2010. Le lendemain de ses 18 ans, Thibaut Courtois, le troisième gardien du Racing Genk, s'installe confortablement devant son petit écran pour suivre la finale de l'Europa League, qui oppose l'Atlético Madrid à Fulham. Il assiste aux exploits de David De Gea, d'un an son aîné, et actif maintenant à Manchester United. Los Colchoneros remportent la coupe 2-1. Le citoyen de Bilzen rêve : " Jouer pour l'Atletico, ce serait chic, non ? " Pourtant, rien ne lui permet d'imaginer que deux ans plus tard, à 19 ans, il succédera à De Gea et enlèvera le même trophée, grâce à une victoire 3-0 contre l'Athletic Bilbao. Ni qu'aujourd'hui, le 9 avril 2014, il disputera un match qualificatif pour les demi-finales de la Ligue des Champions, face au FC Barcelone, et qu'il sera considéré comme un des meilleurs gardiens de but du monde.
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12 mai 2010. Le lendemain de ses 18 ans, Thibaut Courtois, le troisième gardien du Racing Genk, s'installe confortablement devant son petit écran pour suivre la finale de l'Europa League, qui oppose l'Atlético Madrid à Fulham. Il assiste aux exploits de David De Gea, d'un an son aîné, et actif maintenant à Manchester United. Los Colchoneros remportent la coupe 2-1. Le citoyen de Bilzen rêve : " Jouer pour l'Atletico, ce serait chic, non ? " Pourtant, rien ne lui permet d'imaginer que deux ans plus tard, à 19 ans, il succédera à De Gea et enlèvera le même trophée, grâce à une victoire 3-0 contre l'Athletic Bilbao. Ni qu'aujourd'hui, le 9 avril 2014, il disputera un match qualificatif pour les demi-finales de la Ligue des Champions, face au FC Barcelone, et qu'il sera considéré comme un des meilleurs gardiens de but du monde. Hasard ? Peut-être, car il a souvent joué un rôle décisif dans la carrière du talentueux Limbourgeois. Pour le même prix, il aurait pu être un volleyeur ou un joueur de champ en Promotion. Il y a dix ans, Genk avait voulu poster ce garçon élancé de douze ans dans le but mais lui voulait rester à l'arrière gauche. Le club l'avait alors placé devant un dilemme : devenir gardien ou partir. L'adolescent, qui ne s'entendait pas avec un entraîneur des jeunes, décide dès lors de s'en aller mais ailleurs, on ne le juge pas assez bon. Dégoûté du football, Courtois se tourne vers le volleyball, le sport que son père Thierry et sa mère Gitte ont pratiqué au plus haut niveau et auquel il s'est déjà adonné, en duo avec sa soeur Valérie, dans la version beach. Le destin en décide autrement : la période de transferts vient de s'achever et Courtois ne peut plus être recruté. Il décide donc de se reconvertir en gardien. Il était logique que le Racing Genk lui voie plus d'avenir à ce poste. Trois ans plus tôt, l'entraîneur, Marcel Nies, lui avait demandé s'il ne voulait pas prendre place dans le but à l'occasion d'un tournoi U9 en Allemagne. Courtois avait accepté, puisque ça lui permettait de jouer tous les matches, et il avait été élu meilleur gardien du tournoi. Par la suite, il a alterné champ et but mais Gilbert Roex, l'entraîneur des gardiens, a décelé son énorme potentiel : " Il est calme, il possède une excellente coordination, des réflexes fantastiques, il est engagé et comprend vite ce qu'on attend de lui... " Malgré ce changement définitif de poste et la confiance de Roex, l'avenir de Courtois au Racing Genk semble compromis quand, à 14 ans, il grandit très vite. Il souffre de toutes sortes de maux et il devient maladroit dans le but. Il contraste avec Koen Casteels, qui a le même âge mais qui est plus mûr physiquement. " Plusieurs entraîneurs de champ ont même voulu renvoyer Thibaut mais j'ai posé mon véto. Heureusement, le coordinateur des jeunes, Roland Breugelmans, m'a soutenu ", confie Roex. Le choix est bon car Courtois se développe rapidement. En avril 2009, le premier gardien, Davino Verhulst, est suspendu contre Gand, alors que les deux autres gardiens, Sem Franssen et Casteels, sont blessés. Pierre Denier, entraîneur ad intérim pour la énième fois, joue résolument la carte du Limbourgeois, qui fêtera ses 17 ans peu après. Pour lui éviter toute pression inutile, Genk lui interdit tout contact médiatique et les parents de Thibaut le protègent de leur mieux. Gitte, sa mère : " Un journal avait publié une photo d'une page de Thibaut. En titre : - Un gamin de 16 ans doit sauver Genk. Je lui ai dit que le journal n'était pas arrivé. " Elle sourit. Ça marche. Son fils réalise un très bon début, même s'il encaisse deux buts (2-2). Après, le gardien doit vomir, tant il a été stressé, mais pendant le match, il affiche beaucoup d'audace et joue sans complexe. Sa technique de frappe supérieure à la moyenne - des deux pieds, sa relance rapide, son positionnement, loin du but, et son sens de l'anticipation sautent aux yeux. C'est le fruit du travail de véritables experts comme Jos Beckx et Guy Martens, après Gilbert Roex. Après ce début, l'adolescent intègre le noyau A. Il se défait de sa timidité et s'épanouit. Courtois se fait charrier mais il riposte. Valérie est parfois victime de ses méfaits pas bien méchants. Il force le respect par son talent, son respect de la hiérarchie des gardiens et son professionnalisme. Ainsi, il ne consomme pas d'alcool et ne sort jamais. Sa sobriété dans le but, comme sa simplicité vestimentaire frappent. Quand il ne trouve pas de chaussures noires à sa taille, il en achète des grises qu'il teint lui-même. En espoirs, il fixe ses jambières sur ses bas avec du tape, comme beaucoup de footballeurs, mais à la mi-temps, il l'enlève : " Je ne veux pas qu'on dise que j'ai changé. " Ses parents lui ont insufflé sa modestie au biberon, comme l'amour du sport, car c'est le totem de toute la famille Courtois. La maison est aménagée en ce sens, d'une table de billard dans le living à un panier de basket, une table de ping-pong, un trampoline, une piscine et un terrain de beach-volley dans le jardin. Le jeune Thibaut y organise régulièrement des " Jeux olympiques de jardin ", des tournois de Wimbledon et des cyclocross sur un parcours qu'il aménage lui-même, avec ses voisins et son frère cadet, Gaétan. Un jour, il plonge malencontreusement dans la piscine avec son vélo... Courtois et ses copains ouvrent une page Facebook sur laquelle ils postent des séquences sous le nom de YardBrooz, les " frères de jardin ". Thierry, deux fois quatrième du championnat de Belgique de beach-volley, éveille l'esprit de compétition de son fils en l'emmenant à ses tournois et en le battant, au mental, dans des parties de tennis de table. " C'était toujours à la vie, à la mort. Quand j'étais mené, j'essayais d'intimider Thibaut : - Tu ne résistes pas à la pression, - Joue une fois de la main gauche... " Il forge le caractère de Courtois. Cette force mentale devient une de ses plus grandes qualités. " Thibaut ne sait pas ce qu'est le stress ", raconte Guy Martens. " Son côté je-m'en-foutiste lui permet de ne pas prêter attention à ses erreurs, là où d'autres gardiens se rongent les sangs pendant des jours, même en cours de match. " Pourtant, Courtois traverse un passage à vide mental en 2009-2010, sous la direction de Hein Vanhaezebrouck et le limogeage de celui-ci fin novembre n'y change rien : il a le sentiment que le Racing Genk croit davantage en Casteels. Il se laisse entraîner par des éléments négatifs du groupe et se révolte, jusqu'à ce que Guy Martens le remette à sa place : " Si tu continues comme ça, ça va mal se terminer. Ressaisis-toi ! " Le gardien s'exécute mais il accuse un retard important à l'école de sport de haut niveau de Genk, où il effectue des humanités générales en langues modernes depuis l'âge de 14 ans. Résultat : un C. Étrangement, c'est ce qui remet Courtois sur la bonne voie en sport. En été 2010, Hoffenheim souhaite le recruter comme troisième gardien. Ses parents placent leur fils devant un choix : rester à Genk et achever ses humanités ou partir en Allemagne et passer ses examens devant le jury central. Courtois veut à tout prix un diplôme. En plus, durant ces premières semaines de préparation sous la direction de Franky Vercauteren, il s'amuse bien et il décide de rester un an de plus. Une décision qui s'avère rapidement cruciale. À cause des problèmes administratifs qui suivent le transfert de Laszlo Köteles, Casteels et Courtois se relaient dans le but pendant la préparation. Pour le match aller du troisième tour préliminaire de l'Europa League contre les Finlandais de Turku, Vercauteren choisit Courtois, qui ne trahit pas sa confiance (1-5). Il n'en caisse qu'un seul but lors des trois matches suivants et à la mi-août, il signe un contrat professionnel jusqu'en 2014. Courtois prend son envol. Celui-ci ne s'interrompt un moment qu'en février, quand son grand-père, dont il était très proche, décède. Le jeune gardien dépose son maillot jaune sur le cercueil, le maillot de ses débuts en équipe-fanion. Il accompagne le cercueil dans la tombe. Après la réception, il s'astreint à un bref entraînement, en prévision du match du lendemain à Anderlecht. Courtois préserve le 0-1 jusqu'aux arrêts de jeu mais il doit s'avouer vaincu sur un heading de Roland Juhasz. Depuis, il récite le Notre Père avant chaque match, en hommage à son grand-père. Ce cérémonial l'aide aussi à hausser son niveau. Il connaît un ultime moment de gloire lors du dernier match des play-offs contre le Standard. Juste avant le repos, Eliaquim Mangala ouvre la marque mais en seconde période, Courtois est envahi d'un sentiment d'invincibilité. Il repousse trois superbes tirs cadrés et mène le Racing Genk au titre, avec Kennedy Nwanganga, qui égalise. Sa superbe saison fait monter sa cote sur le marché international. Tottenham, Manchester United, Liverpool, Newcastle, Schalke 04 : tous soumettent une offre mais Chelsea les surpasse, financièrement mais aussi par un plan quinquennal particulièrement élaboré. Pendant trois saisons, les Londoniens veulent faire mûrir le Limbourgeois dans un autre club, en Premier League ou à l'étranger, avant de le mettre en concurrence avec Petr Cech. Le gardien est convaincu. " Je veux relever le défi. C'est ce qui rend mon job amusant mais en Belgique, je ne peux plus viser plus haut. " Les négociations traînent. Le directeur général Dirk Degraen veut ses 10 % de la somme de transfert, selon Courtois, qui boude le match de gala contre Lyon. Deux heures plus tard, le transfert est conclu : 9 millions d'euros, c'est le deal le plus cher de l'histoire du Racing Genk. Chelsea envoie son gardien à Madrid fin juillet 2011, dans l'espoir qu'il puisse jouer le plus souvent possible à l'Atletico. Sergio Asenjo (21 ans) et Joel Robles (20 ans) avalent leurs tortillas de travers quand le géant belge débarque dans la capitale ibérique. Les deux gardiens pensaient déterminer entre eux qui serait le nouveau numéro un, après le départ de David De Gea, mais ils assistent aux débuts officiels de Courtois fin août, en Europa League, à Vitoria Guimaraes. Ensuite, le gardien belge enchaîne quatre matches de championnat, durant lesquels il ne se retourne qu'une seule fois. L'entraîneur Gregorio Manzano le comble de louanges et les supporters tombent sous le charme du Belge, qu'ils surnomment la Tarentule, parce qu'on dirait qu'il a huit bras, ou la Tortue, parce qu'il conserve son calme en toutes circonstances tout en se retirant dans sa coquille pendant les matches. Courtois poursuit sur sa lancée. Le remplacement de Manzano par Diego Simeone en hiver ne le prive pas de sa place. Le gardien tire même profit du style plus défensif de l'Argentin. Après le Nouvel-An, il préserve ses filets à neuf reprises en 21 parties, notamment grâce à la progression qu'il poursuit à Madrid : il saisit mieux le ballon, améliore son jeu de position et son coaching et se concentre encore plus, surtout face aux adversaires de moindre calibre. Il prend aussi sept kilos de muscles, accusant 90 kg sur la balance, grâce aux exercices de renforcement et de stabilisation que lui a conseillés Lieven Maesschalk. À la mi-mai 2012, il connaît un nouveau sommet à Bucarest : il enlève l'Europa League. Il y a quinze ans qu'un Belge n'a plus brandi une Coupe d'Europe : c'était Marc Wilmots avec Schalke 04, en Coupe UEFA. Dans nos colonnes, Geert De Vlieger déclare que Thibaut Courtois est le meilleur gardien belge de tous les temps. Trois mois plus tard, Wilmots promeut le Limbourgeois numéro un de la génération actuelle, à l'occasion du match amical contre les Pays-Bas. Philippe Vande Walle, l'entraîneur des gardiens, souhaitait conserver SimonMignolet, mais le sélectionneur sait à quel point une victoire en Coupe d'Europe booste la confiance. Courtois ne déçoit pas et début octobre, il est brillant, préservant ses filets de quelques arrêts de classe dans les matches cruciaux de qualifications en Serbie (0-3) et contre l'Ecosse (2-0). C'est un stimulus de plus pour le portier, qui est resté à l'Atletico. André Villas-Boas, l'entraîneur de Chelsea, aurait souhaité le récupérer plus vite que prévu, au détriment de Cech mais le Portugais est renvoyé en mars et l'affaire est close, d'autant que Courtois préfère prolonger son séjour dans la capitale espagnole. Il s'est aisément intégré au club comme à la vie et il a appris l'espagnol en un rien de temps. Une école de langues l'invite même à venir expliquer comment il y est arrivé en aussi peu de temps. Tout se passe bien sur le terrain aussi. L'Atletico remporte la Supercoupe d'Europe, se qualifie pour la Ligue des Champions grâce à sa troisième place en championnat et gagne la Copa del Rey pour la première fois depuis 1996, en battant le Real 1-2, grâce à Courtois et à la défense en fer des Colchoneros, qui n'ont encaissé que 29 buts en 37 matches. Courtois est le septième étranger seulement à enlever le prestigieux Trofeo Zamora, qui récompense le gardien le moins passé de Primera División. À la fin de l'année, il est également sacré meilleur gardien du championnat. Un mois plus tard, sans le vouloir, le Belge lance un hype internet : le Thibauting. Les amateurs de football imitent son sauvetage, les bras largement écartés. Au terme d'une deuxième saison fructueuse à l'Atletico, Courtois peut retourner à Chelsea mais il n'est absolument pas certain de parvenir à convaincre José Mourinho de le préférer à Petr Cech et il reste en Espagne. Il comprend que se retrouver sur le banc à Londres lui ferait perdre sa place en équipe nationale au profit de Simon Mignolet. Ce n'est pas une bonne idée en prévision du Mondial, que Courtois ne veut rater à aucun prix, d'autant qu'il vient de reprocher, dans notre magazine, un manque de respect pour son statut de numéro un à son concurrent. Il n'a que 21 ans et il n'est qu'au début de son plan de carrière, confie-t-il en septembre dernier à HUMO. " Je veux participer à la Coupe du Monde 2014 et à la suivante, de même qu'à une troisième. Si tout se déroule comme je l'ai prévu, je vais encore jouer pendant dix ou douze ans au plus haut niveau. Ensuite, j'achèverai ma carrière en Amérique ou au Racing Genk. " Mais d'abord, il veut remporter des trophées. Beaucoup de prix. A l'Atletico, qui est toujours en lice pour le titre et la Ligue des Champions, et l'année prochaine à Chelsea ? Ou toujours à Madrid ? Courtois doit dévoiler ses projets cette semaine. Une chose est certaine : " Je veux devenir le meilleur gardien du monde. " Il revient au Limbourgeois de conférer un poids supplémentaires à ses paroles ce mercredi soir contre Lionel Messi et le FC Barcelone. PAR JONAS CRÉTEUR" Il ne sait pas ce qu'est le stress. Son côté je-m'en-foutiste lui permet de ne pas gamberger. " Guy Martens, son ancien entraîneur à Genk A Madrid, les fans le surnomment la tarentule. Car on dirait qu'il a 8 bras.