La défense en diagonale

Ferrera : " Il s'agit d'une sorte de couverture mutuelle mais on a vu que ce genre de défense a coûté très cher à Bruges, lors de son déplacement à Turin, puisque les Blauw en Zwart ont encaissé l'unique goal de la rencontre à cause de ce choix. On a dit que le but incombait à Gunther Vanaudenaerde qui ne tenait pas bien Alessandro Del Piero mais c'est incorrect de prétendre cela. On a remarqué que Bruges pratiquait cette défense diagonale, c'est-à-dire trois défenseurs de biais par rapport au ballon. En agissant de la sorte, les défenseurs brugeois ont supprimé le hors-jeu et ont placé leur gardien Tomislav Butina dans une situation inconfortable. Il est scotché sur sa ligne et maintenu dans son but. Il ne sait pas et ne peut pas intervenir car sa défense joue trop bas.
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Ferrera : " Il s'agit d'une sorte de couverture mutuelle mais on a vu que ce genre de défense a coûté très cher à Bruges, lors de son déplacement à Turin, puisque les Blauw en Zwart ont encaissé l'unique goal de la rencontre à cause de ce choix. On a dit que le but incombait à Gunther Vanaudenaerde qui ne tenait pas bien Alessandro Del Piero mais c'est incorrect de prétendre cela. On a remarqué que Bruges pratiquait cette défense diagonale, c'est-à-dire trois défenseurs de biais par rapport au ballon. En agissant de la sorte, les défenseurs brugeois ont supprimé le hors-jeu et ont placé leur gardien Tomislav Butina dans une situation inconfortable. Il est scotché sur sa ligne et maintenu dans son but. Il ne sait pas et ne peut pas intervenir car sa défense joue trop bas. Pourquoi avoir alors choisi ce type de défense ? Cet aspect de couverture mutuelle rassure car on peut toujours compter sur un partenaire. Mais c'est une fausse idée. Cela ne fait que donner encore davantage de profondeur à l'adversaire. A la Juventus, si Bruges avait disposé sa défense en ligne, au niveau du grand rectangle, il n'y aurait jamais eu but. Soit Del Piero se retrouvait hors jeu, soit le gardien pouvait intervenir en sortant. On ne peut donc pas imputer le but à Vanaudenaerde. Ce n'est pas une faute de marquage ni d'anticipation mais un mauvais positionnement collectif ". " Généralement, sur phase arrêtée, l'adversaire se démarque en allant vers le but. C'est ce qu'on nomme le démarquage positif. Mais il existe une autre possibilité : se démarquer en s'éloignant du but. C'est ce qu'a fait Hernan Crespo sur le deuxième but de Chelsea à Anderlecht. Il se place dans le rectangle puis démarre en quittant la zone proche du but et en emmenant son défenseur. C'est la seule manière d'avoir son garde-chiourme dans le dos. Ce dernier ne sait pas intercepter le ballon et ne peut être qu'en retard. Résultat : soit Crespo se libère et frappe directement au but, soit il prolonge le ballon à quelqu'un de mieux placé. C'est ce qui s'est passé. Ricardo Carvalho s'est retrouvé seul car son opposant (ici Mbo Mpenza) est obnubilé par le premier ballon et il ne s'attend pas à ce que ce soit le deuxième qui se montre décisif. Comment contrer cela ? Il faut placer des gens en première zone et apprendre aux joueurs à défendre sur le deuxième ballon. Dans cette optique, on peut relancer le débat de l'utilité ou non d'hommes au poteau. En les retirant, cela permettrait d'avoir deux hommes disponibles en plus. On en mettrait un en première zone et l'autre en seconde, tous les deux libres de marquage mais capables d'anticiper les actions ". " On voit que le foot anglais dispose désormais d'une vraie puissance financière et sportive mais on peut également se rendre compte, sur le plan du jeu, qu'il s'uniformise. Du moins pour parler des quatre clubs représentés en Ligue des Champions. Que ce soit Liverpool, Arsenal, Manchester ou Chelsea, ils évoluent tous avec quatre défenseurs, un flanc gauche, un flanc droit, deux médians récupérateurs et deux attaquants placés l'un derrière l'autre. Evidemment, chaque formation garde sa spécificité. Chelsea brille dans ses reconversions qu'elles soient offensives ou défensives. Manchester conserve son jeu en peu de touches en gardant le ballon au sol. Arsenal maîtrise la contre-attaque et Liverpool garde une très bonne possession de ballon. Cependant, les Reds ne sont pas encore au niveau des autres, notamment si on compare les flancs. C'est sans doute pour cette raison qu'ils n'ont pas encore voix au chapitre dans la lutte pour le titre et, s'ils se montrent constants en Ligue des Champions, c'est plus par miracle qu'autre chose. Pour s'en convaincre, il suffit de se remémorer la finale ou la qualification pour les huitièmes de finale la saison passée où ils avaient terminé à égalité de points (10) avec l'Olympiacos. Même si Manchester connaît actuellement une phase de reconstruction suite à certains départs importants comme celui de Roy Keane et à l'introduction de plusieurs jeunes comme Darren Fletcher, le foot anglais est celui qui a le plus progressé. Les Anglais se sont européanisés suite à l'arrivée de joueurs et d'entraîneurs étrangers. A part Manchester et son coach écossais Alex Ferguson, les trois autres formations sont dirigées par des techniciens non britanniques ( Arsène Wenger à Arsenal, José Mourinho à Porto et Rafael Benitez à Liverpool). Mais ils ont également innové en imposant un nouveau type de récupérateur. Avant, celui-ci ne devait que défendre. Puis, on a eu des milieux défensifs qui défendaient et relançaient. Maintenant, ils récupèrent, relancent et marquent à l'image de Michaël Essien, Frank Lampard, Steven Gerrard ou Paul Scholes. C'est une spécificité anglaise. On ne trouve pas ce type de joueurs dans le championnat espagnol ou italien. C'est le gros problème, par exemple, de Barcelone. C'est une très grande équipe mais son milieu de terrain ( Deco, Xavi et Rafael Marquez) ne marque pas assez. C'est pour cette raison que les dirigeants ont acquis, au dernier mercato, le Néerlandais Marc van Bommel. Le Real souffre du même mal. Ils ont transféré Thomas Gravesen qui est un énorme relayeur mais qui n'a aucune présence dans le rectangle adverse. En Italie non plus, ils n'utilisent pas encore ce récupérateur moderne mais cela n'est pas un obstacle à leurs performances. La Juventus évolue avec deux médians défensifs ( Emerson et Patrick Vieira) qui marquent, à eux deux, cinq buts sur un championnat. Pas plus. C'est d'ailleurs à se demander s'il ne faut pas trouver là, la vraie raison du départ de Vieira d'Arsenal. Cela fait partie de la modification du jeu et selon moi, il s'agira du poste qui va le plus fortement évoluer durant les prochaines années. Pendant dix ans, c'est le gardien de but qui a dû subir les plus profonds changements. Maintenant, c'est au tour du médian central. On va arriver à un médian tout terrain ". PROPOS RECUEILLIS PAR STéPHANE VANDE VELDE