Suite à un referendum organisé par le quotidien sportif italien la Gazzetta dello Sport, Ann Wauters a été élue joueuse européenne de l'année. "Ce titre est officieux, vous savez", tempère le joueuse (21 ans). "Le prix n'existe pas, je crois. C'est Cyriel Coomans, le président de la fédération, qui a monté en épingle ce titre honorifique".
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Suite à un referendum organisé par le quotidien sportif italien la Gazzetta dello Sport, Ann Wauters a été élue joueuse européenne de l'année. "Ce titre est officieux, vous savez", tempère le joueuse (21 ans). "Le prix n'existe pas, je crois. C'est Cyriel Coomans, le président de la fédération, qui a monté en épingle ce titre honorifique". Ann Wauters est ainsi faite: elle ne plane jamais.Comment avez-vous commencé à jouer?Ann Wauters: A 12 ans, une copine m'a suggéré de venir jouer dans son équipe, qui avait besoin d'une grande. Comme j'ai toujours eu une tête de plus que les autres, j'ai accepté. Ça m'a plu mais je n'y connaissais rien du tout, sauf qu'il fallait faire passer le ballon dans le panier. Ma famille n'est pas du tout sportive. Tout s'est accéléré.Grâce à ma taille. J'ai été sélectionnée en Cadettes provinciales et nationales. Au bout de trois ans, j'ai quitté Hermes St-Nicolas, qui n'avait pas d'équipe de dames, pour Alost, en D1.C'est très jeune?Oui. Je devais normalement jouer avec les Espoirs mais je me suis vite retrouvée en équipe fanion. Pourtant, j'ai longuement hésité avant d'accepter. Je me demandais ce que j'allais faire entre ces adultes. Je devais encore m'aguerrir physiquement mais cette étape m'a permis de gagner rapidement en maturité. A force de côtoyer des adultes, j'ai acquis plus d'indépendance que les filles de mon âge."Je ne savais pas que Valenciennes existait"Quand avez-vous réalisé que vous pourriez peut-être devenir professionnelle?Honnêtement, je ne savais pas que ce statut existait. Je n'avais jamais entendu parler de Valenciennes alors qu'il s'agit d'une grande équipe européenne, à moins de deux heures de route de chez moi. J'ai commencé à rêver de carrière il y a cinq ans, quand on a fondé la WNBA. J'ai découvert le vrai basket féminin à la télévision et je me suis dit que ça devait être formidable. J'ai commencé à rêver de jouer dans une équipe américaine de collège. Plusieurs équipes m'ont d'ailleurs téléphoné. Je me suis entraînée davantage, pour progresser. Je ne pouvais plus me contenter de deux ou trois séances par semaine à Alost. J'ai failli rejoindre l'Université de Chulane. Tout était en ordre quand l'entraîneur de Valenciennes m'a contactée. Il m'a demandé si j'accepterais de m'entraîner avec l'équipe en août. Ça a bien marché et nous avons trouvé un accord. Mes sentiments étaient mitigés: j'avais mangé la parole donnée à Chulane. Ces gens comptaient sur moi, et leur dire que je ne venais pas était pénible. D'un autre côté, j'avais compris que j'étais capable d'évoluer à Valenciennes et c'était quand même l'élite européenne.Comment se sont passées vos premières semaines là-bas? Vous n'aviez que 17 ans.J'étais la plus jeune mais le professionnalisme général m'a impressionnée. Jusque-là, j'avais joué avec des copines, dans une ambiance détendue. Là, chacune avait sa propre vie, loin du basket. J'ai compris que mon sport entraînait aussi des sacrifices. J'habitais seule dans mon petit appartement mais ça allait: je savais que ma famille n'était pas loin.A quoi avez-vous remarqué ce professionnalisme?Il y a avait deux séances par jour. Nous travaillions un jour les tirs, le lendemain la tactique, etc. C'était nouveau. Le staff était plus large, les déplacements longs, les adversaires plus fortes...Aviez-vous des idoles?Non. Je ne connaissais personne. J'assistais rarement à un match. Sauf à ceux d'Anvers, parfois. Mais parce que mon entraîneur à Alost, Claudia Van Horenbeeck, était mariée à Luc Smout, l'entraîneur-adjoint du RB Anvers.Vos partenaires vous traitaient-elles différemment à cause de votre âge? Etaient-elles jalouses?Ce sentiment est omniprésent mais pas au sein du groupe car nous poursuivons le même objectif. Certaines joueuses étaient même maternelles à mon égard. Le club m'a aussi réservé un bon accueil. J'étais très attachée à la kiné de Valenciennes et je sortais régulièrement avec les filles de l'équipe Espoirs.La pression a augmenté lors de la deuxième saison.Tout a changé au sein du club, y compris l'entraîneur, ce qui a fait douter l'équipe. Mais je savais qu'on voulait que j'en devienne un pion majeur. Cet été-là, j'ai d'ailleurs reçu plusieurs offres, de France, d'Italie. Mais je me plaisais à Valenciennes. Laurent Buffard m'a également dispensé des entraînements individuels. Il m'a fait progresser, comme Claudia Van Horenbeeck avant lui.Les Etats-Unis? Un meilleur encadrementQuels étaient ces entraînements?Claudia me faisait jouer avec les garçons. Je me retrouvais avec des joueurs de ma taille, qui sautaient plus haut que moi, qui étaient plus costauds. Buffard a mis l'accent sur le physique car j'affrontais des femmes de 26 ans.Après votre deuxième saison à Valenciennes, vous avez eu l'opportunité de jouer en WNBA. Le rêve se concrétisait...J'aurais pu rejoindre Cleveland un an plus tôt mais je souffrais du dos. Mon manager a entretenu le contact, et un an plus tard, le transfert a abouti. Plusieurs équipes de WNBA m'ont suivie pendant la saison, vidéos, comptes rendus et statistiques à l'appui. A la fin, des entraîneurs de WNBA étaient là pratiquement tous les jours.Cleveland vous a même prise en premier dans la draft.Oui. Tout a été retransmis en direct. On m'a fourré un micro sous le nez, les caméras tournaient. Je n'étais pas du tout préparée à cet intérêt médiatique.La WNBA correspond-elle à vos attentes?Un rêve se concrétisait. Jusque-là, je croyais que Valenciennes était méticuleux. Mais aux States, il y a des gens pour chaque tâche: les tapes, le massage, le courrier des supporters, une autre personne vous apporte de l'eau. Incroyable. Et l'Amérique reste le berceau du basket. Il y a une véritable culture sportive là-bas, les gens sont plus ouverts, aussi. Sportivement, j'en attendais davantage. Le niveau n'est guère différent de celui de l'Europe, c'était surtout l'encadrement. Je me demandais comment ils faisaient. D'autre part, les premiers mois ont été très durs. En mai, nous étions en camp d'entraînement. Il fallait se battre pour sa place. Ça pouvait être très dur. La rivalité était terrible. Mes yeux se sont ouverts. Pour moi, l'entraînement était très important mais ça restait de l'entraînement. Là, on se battait, oeil pour oeil, dent pour dent. Heureusement, cette concurrence s'est estompée quand l'équipe a pris forme.Vous a-t-on regardée d'un autre oeil?Je n'ai jamais été confrontée au racisme mais j'ai remarqué une certaine tension. D'un point de vue sportif, je ne peux qu'admirer les joueuses noires. Elles ont des possibilités physiques impressionnantes. Là-bas, on m'appelle the white girl from Europe. Aviez-vous des contacts avec vos collègues masculins des Cleveland Cavaliers?Non. Tout est séparé. L'année dernière, l'équipe a assisté à un match de playoffs. Ça en valait la peine. Après, j'ai compris que nous jouions dans le même stade, sur le même parquet. Ça fait quelque chose. Parfois, nous croisons les hommes dans les couloirs mais nous nous bornons à un hi. "13.000 personnes assistent à nos matches"Les vedettes de la NBA savent-elles qu'il y a une équipe féminine?Oui. Certains assistent à des matches des Rockers. Le basket féminin est nettement plus populaire là-bas. Nous jouons devant 13.000 personnes, et dans les grandes villes comme New York, Washington et Los Angeles, il y a parfois 18.000 spectateurs. La presse peut transformer une joueuse normale en star. Retournez-vous à Cleveland l'année prochaine?En principe oui, mais j'attends de voir comment la situation politique va évoluer.Pouvez-vous changer d'équipe?Non. J'ai un contrat avec la WNBA et c'est elle qui dispose de mes droits. Les Rockers m'ont choisie et j'ai un contrat de trois ans. Je n'ai rien à dire. Cleveland a le droit de me transférer sans me demander mon avis.La combinaison WNBA-Valenciennes doit être physiquement éprouvante?Dans quelques années, je devrai faire un choix, mais pour le moment, ça va. Je peux par exemple négocier avec Valenciennes pour ne participer qu'aux playoffs ou à la moitié du championnat.L'année dernière, tout vous a réussi: meilleure joueuse du championnat de France, du Final Four, d'Europe, sans oublier le titre et la Coupe avec Valenciennes. Ces récompenses font quelque chose, quand même?C'est chouette, mais prenez le titre du Final Four. Nous avons perdu la finale. Réussir le doublé m'a fait bien plus de plaisir.Ces trophées n'impliquent pas une pression trop forte pour une jeune femme?Sur le terrain, je remarque qu'on se fixe sur moi. Mais mes partenaires en profitent, donc ça ne me gêne pas. C'est inhérent à une carrière professionnelle. On attend beaucoup de vous et vous apprenez à vivre avec. J'ai la chance de faire partie d'une équipe de vedettes à Valenciennes. Je ne suis pas la seule star. Ça m'aide. C'est l'ironie du sort mais je joue moins que la saison passée. Nous sommes à quatre pour la position de centre. Le club nourrit l'ambition d'être champion d'Europe.La fédération vous utilise pour sa promotion. Ça ne vous gêne pas?Au contraire, j'aime revenir en Belgique et constater que le basket féminin fait son trou progressivement. L'équipe nationale se débrouille bien et le public nous soutient de plus en plus. Si ma popularité peut aider mon sport, pourquoi pas?Matthias Stockmans