PELÉ MBOYO

" C'est quelqu'un qui arrive à tirer le maximum de tes capacités. Avec lui, tu joues à 120 % et il te donne beaucoup de confiance. Tu te rends compte très vite que si tu l'écoutes et que tu le suis, ça ne peut que t'être bénéfique. C'est ce qui est arrivé pour de nombreux joueurs comme ThomasFoket, BrechtDejaegere et SvenKums, évidemment. Quand je suis arrivé à Courtrai, j'étais un joueur anonyme mais il me voulait à tout prix et m'a expliqué pourquoi de façon très claire. Il connaît tous les joueurs, je ne sais pas comment il fait.
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" C'est quelqu'un qui arrive à tirer le maximum de tes capacités. Avec lui, tu joues à 120 % et il te donne beaucoup de confiance. Tu te rends compte très vite que si tu l'écoutes et que tu le suis, ça ne peut que t'être bénéfique. C'est ce qui est arrivé pour de nombreux joueurs comme ThomasFoket, BrechtDejaegere et SvenKums, évidemment. Quand je suis arrivé à Courtrai, j'étais un joueur anonyme mais il me voulait à tout prix et m'a expliqué pourquoi de façon très claire. Il connaît tous les joueurs, je ne sais pas comment il fait. Il cerne parfaitement tes qualités et tes défauts. Par exemple, je n'ai jamais été un grand joueur de tête. Sur corner, du temps de Courtrai, je restais en dehors de la surface de réparation, alors que les autres coaches m'imposaient dans le rectangle. Au VK, je jouais aussi numéro 10 car j'ai toujours été un joueur plus altruiste que buteur et ça, il l'avait parfaitement compris. Ce n'est qu'après, vu que je marquais assez facilement, qu'on a tenté de me transformer en killer. Vanhaezebrouck établit un diagnostic très précis de toi mais aussi de l'adversaire. Avec lui, une séance vidéo ne se limite pas aux images du dernier match mais tu visualises tous les défauts de l'équipe que tu t'apprêtes à affronter. Je me rappelle qu'avant de rencontrer l'Anderlecht de MbarkBoussoufa, qui était à l'époque très fort sur papier, il nous avait compilé une vidéo de tous les défauts des Mauves. En sortant de la séance, on était convaincu qu'on pouvait les bousculer, notre mentalité avait changé et on a réussi à prendre un point. J'ai toujours dit qu'avec Vanhaezebrouck, le foot c'est de la musique. Tu joues les yeux fermés, c'est fluide. Quand j'observe les buts de Gand, je revois les mêmes séquences de mon époque à Courtrai. Ça n'a rien du hasard, c'est parfaitement réfléchi et préparé. Vanhaezebrouck a besoin de bosser avec des joueurs humbles, prêts à apprendre, et met alors sur pied une équipe de soldats. Dans le management aussi, il est juste. N'importe qui peut se retrouver sur le banc quand ça va moins bien, comme il l'a fait avec MosesSimon. Les stars, pour lui, ça ne veut rien dire. Il n'était pas sévère, c'est plutôt un bon père de famille mais quand il n'est pas content de toi, là t'as un problème. C'est largement le meilleur entraîneur que j'aie connu. Et j'ai toujours été convaincu qu'il entraînera un jour au sommet du foot européen. En tout cas, il a les qualités pour. Vanhaezebrouck, c'est comme un père pour moi. Je l'avais d'ailleurs conseillé à MichelLouwagie du temps où j'évoluais à Gand mais ça n'avait pas pu se faire. Peut-être qu'un jour, j'aurai la chance de recroiser son chemin. "" Hein m'a réveillé au bon moment en refusant de m'aligner à mon meilleur poste, dans l'entrejeu, à Courtrai. Je devais d'abord me renforcer. Il estimait que je n'étais pas suffisamment développé physiquement. Il m'a donc d'abord placé sur le flanc. Comme je voulais à tout prix jouer dans l'axe, j'ai entamé un travail au fitness et j'ai suivi un programme personnel concocté par le docteur Jean-Pierre Meert. Au début, c'était quelque peu contre mon gré car je me croyais plus malin mais non, Hein avait raison. Il n'a pas beaucoup changé au fil des années. Hein a toujours été passionné, très attentif aux détails. Il n'est jamais satisfait. Le lendemain du titre, une primeur pour beaucoup, il nous a prévenus que nous devrions travailler encore plus dur pour atteindre un niveau supérieur. Durant nos entretiens d'évaluation, il n'a cessé de me répéter que je devais améliorer mes statistiques personnelles, en matière de buts et d'assists. Il insiste également là-dessus pendant les petits matches. Hein nous place sans cesse devant des défis. Pour le moment, il veut que mes ballons en profondeur arrivent dix mètres plus loin. Il exige qu'on s'exécute, qu'on réagisse à ses propos. Il nous confronte régulièrement à nos qualités et à nos défauts par le biais de vidéos. Celui qui a pris une mauvaise décision l'apprend et doit s'y prendre autrement la fois suivante. Parfois, comme je suis capitaine, il me convoque dans son bureau, pour connaître mon avis sur certaines situations de jeu. Il m'écoute vraiment. Il est beaucoup plus ouvert au dialogue qu'avant, surtout avec le staff technique et les joueurs, mais c'est lui et lui seul qui prend la décision finale. Si son idée lui semble la meilleure, il l'appliquera. Hein essaie de reproduire à Gand le jeu de courtes passes appliqué par Pep Guardiola à Barcelone puis au Bayern. Il nous montre les actions offensives du Barça : le joueur qui fonce seul devant le gardien a toujours deux possibilités de passe. Nous, en revanche, avons tendance à nous arrêter en comptant sur le joueur qui a surgi devant le but pour conclure l'action. Ceci dit, Hein est aussi capable d'apprécier des choses, comme par exemple l'interaction entre Danijel Milicevic et BrechtDejaegere en Coupe contre le FC Malines. Il était vraiment heureux parce qu'ils avaient exécuté exactement ce qu'il voulait. " " Hein m'a fait progresser à Courtrai en relevant progressivement la barre à l'entraînement. Il l'a fait avec tous les footballeurs en lesquels il croyait. Celui qui le suit reçoit beaucoup en retour et peut aller loin. En revanche, ceux qui ne le suivent pas sont vite classés et ils essaient de régler leurs comptes. Mais, globalement, on n'entend plus guère parler d'eux par la suite. Il n'accepte pas les pseudo-vedettes qui se montrent une fois toutes les quatre semaines. Regardez les résultats de Gand après ses exploits européens : il garde tout le monde les pieds sur terre et parvient à motiver chacun. Ses entraînements sont vraiment top. Je l'ai vu du premier coup. Chaque exercice est pensé en fonction du style de jeu de l'équipe. Nous répétons chaque exercice jusqu'à ce qu'il soit parfait, quitte à continuer le lendemain. Il a créé son propre système, très difficile à défendre, et il nous l'inculque en très peu de temps. Chacun sait dans les moindres détails ce qu'il doit faire en perte et en possession du ballon. Quand on l'a et qu'on sait où les autres vont se déplacer, on peut vraiment jouer au football. Les autres grands clubs n'ont pas de structure, ils tâtonnent et changent constamment. Même si Gand tourne moins bien, il conserve une véritable équipe sur le terrain. Chaque match est suivi d'une analyse pointue : qu'est-ce qui a bien fonctionné, qu'est-ce qui peut être amélioré ? On s'y exerce alors spécifiquement. Peu d'équipes le font ou s'y prêtent à suffisance. Il y a trois ans, quand Courtrai a récupéré Elimane Coulibaly fin août, nous avons pensé qu'il ferait une bonne doublure à Ivan Santini. Mais Hein a procédé avec deux avants de grande taille. Toute la semaine, il nous a entraînés à attaquer avec eux, à placer la pression et, dès le premier match, ce fut un succès. C'est le point fort de Hein et c'est pour ça qu'il est top. Supérieur aux entraîneurs moyens. Car Gand n'a pas été champion grâce à des joueurs de classe mondiale qu'il pouvait se contenter d'aligner, n'est-ce pas ? La griffe de l'entraîneur est très claire. Nous lui devons ce succès. Je suis très heureux que ses mérites soient unanimement reconnus car, à une certaine époque, beaucoup de gens étaient sceptiques, voire se moquaient de lui, parce que, s'appuyant sur son assurance, sa vision et son approche, il se lançait dans des déclarations qui laissaient à penser qu'il se prenait pour mieux qu'il n'était réellement. Je suis fier d'avoir travaillé quatre ans avec lui. C'est une période qui me laissera toujours un bon souvenir. "" Je dois naturellement beaucoup à l'entraîneur, certainement pour m'avoir aidé à atteindre mon niveau actuel. Avant tout, je n'avais encore jamais vécu une préparation physique aussi intense. Elle a profité à tout le noyau, pas seulement à moi. L'été passé, l'entraîneur nous avait prévenus que la barre serait relevée, que nous ne pouvions donc pas invoquer la moindre excuse. Nous avons vraiment puisé dans nos ressources pendant la préparation. Nous avons souffert. Nous en sommes maintenant largement récompensés. Malgré un long parcours, je me sens encore frais et affûté. Même en fin de match, je peux continuer à sprinter sans être à bout de souffle. Nous marquons aussi beaucoup en fin de rencontre : nous profitons alors de notre domination physique. Sentir qu'on continue à progresser est formidable. Pas seulement sur le plan individuel mais aussi et surtout collectivement. L'entraîneur ne tolérera jamais le moindre relâchement. C'est aussi grâce à l'entraîneur que nous lisons plus facilement le jeu, que nous gérons plus intelligemment certaines phases. C'est indispensable pour émarger à l'élite ou espérer réaliser quelque chose en Ligue des Champions. En tant qu'avant, j'ai l'avantage que Hein Vanhaezebrouck et son adjoint, Rudi Cossey,soient d'anciens défenseurs. Comme Bernd Thijs, d'ailleurs, ils me parlent beaucoup des mouvements que je dois opérer pour me détacher des défenseurs centraux. Il s'agit souvent de détails mais ils sont précieux. C'est la première fois de ma carrière qu'on m'explique ces choses aussi soigneusement, avec autant de professionnalisme. Quand j'applique attentivement ces conseils, je sens que je suis meilleur. L'entraîneur trouve tous les jours des stimuli pour que nous tendions vers une certaine forme de perfection. Il cherche constamment des options pour renforcer son système tactique. Dans son schéma, il est capital que nous exécutions minutieusement les tâches en perte et en possession de balle. Il aime parler de pousser quand nous pressons l'adversaire dans son camp. Il faut l'enfermer, le priver de solutions, le pousser à commettre des fautes. Quand nous avons le ballon, nous devons nous démarquer et rester en mouvement. Sinon, il commence à gesticuler ! Nous travaillons soigneusement les phases arrêtées aussi. Nous possédons déjà d'innombrables options et sommes en mesure de surprendre tout le monde. L'assurance de l'entraîneur déteint sur le groupe. Nous ne redoutons personne sans pour autant sombrer dans l'arrogance. Je pense que c'est une mentalité saine. Croire en ses moyens permet d'aller loin. A quoi servent dix joueurs repliés devant leur but ? Nous sommes récompensés de notre style de jeu en Ligue des Champions. C'est cette atmosphère positive qui a conduit la direction à offrir un meilleur contrat à l'entraîneur. C'est une excellente chose pour la continuité car Gand continue à grandir et veut rester à ce niveau. Le système est en place et les joueurs se trouvent de mieux en mieux. En fait, nous avons envie de plus encore. "" Je suis profondément reconnaissant à son égard. C'est en grande partie grâce à lui que je suis devenu la personne et le footballeur que je suis. C'est lui qui m'a mené au sommet. J'étais très difficile à gérer. Quand je suis arrivé à Courtrai, il m'a immédiatement remis les pieds sur terre. Nous avons été champions de D2 mais j'étais sur le banc. En fin de saison, il a toutefois précisé qu'après les vacances, tout le monde repartirait à zéro. C'était un signal : je me suis entraîné comme un fou à Dakar. Courtrai avait embauché de nouveaux avants mais j'ai saisi ma chance et j'ai été ensuite transféré à Gand. Ceux qui connaissent Hein savent qu'il a un coeur en or. Mais il ne tolère pas les joueurs qui se croient plus importants que le groupe. Il faut vraiment se fondre dans le noyau. Il sait ce qui est nécessaire pour connaître le succès mais ce qui est le plus frappant chez lui, c'est qu'il est très normal. Il n'a certainement pas le gros cou, il est proche des joueurs et d'un abord très facile. Familial. Je ne puis le répéter assez, en mon nom et en celui de mon entourage : - Merci, Hein. "PAR THOMAS BRICMONT, CHRISTIAN VANDENABEELE & FRÉDÉRIC VANHEULE - PHOTOS BELGAIMAGE