Bart Verhaeghe est dans le vestiaire. Le premier matin, avant que quiconque ait touché un ballon et en pleine canicule, il signifie aux joueurs qu'ils devront travailler d'arrache-pied. Les entraîneurs n'aiment pas trop voir leur président dans le vestiaire car qui sait comment ça se termine ? Va-t-il aussi leur donner des consignes tactiques, voire même son avis sur la composition ?
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Bart Verhaeghe est dans le vestiaire. Le premier matin, avant que quiconque ait touché un ballon et en pleine canicule, il signifie aux joueurs qu'ils devront travailler d'arrache-pied. Les entraîneurs n'aiment pas trop voir leur président dans le vestiaire car qui sait comment ça se termine ? Va-t-il aussi leur donner des consignes tactiques, voire même son avis sur la composition ? Mais Ivan Leko (39 ans) a déjà travaillé sous les ordres d'un propriétaire dominateur, à Saint-Trond. L'année précédente, il a fait partie du staff du PAOK Salonique. N'oubliez pas qu'en plus, il a achevé sa carrière de joueur au Sporting Lokeren de Roger Lambrecht, qui n'hésitait pas à conduire sa voiture à proximité du terrain d'entraînement. Le très jeune Ivan Leko dispose d'autres atouts. Il est issu d'une famille croate d'ingénieurs. Parallèlement à sa belle carrière sportive, il était un crack en math et a étudié l'économie. Certes, il a un tempérament sudiste mais il se laisse rarement entraîner par des émotions primaires. Durant ses quatre saisons au Club, il ne s'est échauffé qu'une seule fois : à l'encontre de Jacky Mathijssen. Il a reconnu avoir exagéré et a regretté ses propos. Il s'agissait d'une divergence de visions. Leko ne se retrouvait pas dans le jeu physique de Mathijssen et plaidait pour un football rapide de combinaisons. Surtout, il avait explosé après une défaite à laquelle il avait assisté du banc, frustré. Au Germinal Beerschot, Aimé Anthuenis et Jos Daerden avaient aussi remarqué que Leko détestait le banc, comme Peter Maes à Lokeren. Une fois, Leko a marqué le but de la victoire et fait signe qu'on le remplace, puisqu'il avait assuré la victoire. Le lendemain, il s'est racheté avec du champagne et de la tarte. Dans ses interviews, Leko n'est jamais rentré dans sa coquille au premier soupçon de critique venu. Joueur, il plaisantait sur ses limites et ses traits de caractère moins plaisants. Intelligent et sociable, il parvenait à prendre les commandes d'un groupe. Il a été capitaine des jeunes de l'Hajduk et des sélections nationales croates jusqu'en espoirs et a enfilé le brassard de l'équipe A de Split à 22 ans. A l'époque, il était déjà un peu entraîneur, lisant parfaitement le jeu et réfléchissant à la tactique. Il avait d'ailleurs été rapidement convaincu qu'il irait plus loin au poste d'entraîneur que comme footballeur. Dès son premier jour à Bruges, il a rayonné d'assurance, de passion, il a montré son sens du détail et a piqué au vif ses joueurs. Il place l'accent sur une pression rapide et un jeu vif. Il ne vise pas nécessairement un jeu vertical mais un football précis. " Attack the ball ! "" Find solution ! " Dans ces moments, ses nouveaux adjoints, Rudi Cossey et EdwardStill, doivent renvoyer aussi vite et précisément les ballons sortis. Le premier était T2 quand Leko jouait à Lokeren et il a travaillé avec le second à Saint-Trond. Jouer en un temps sous pression est ce qu'il y a de plus difficile mais Bruges est un grand club, même s'il règne encore une certaine incertitude sur la qualité du noyau dont va disposer le nouveau T1. Sept joueurs ont déjà été enrôlés mais on ignore encore leur impact. Après GermanMera (27 ans), le robuste défenseur central gaucher colombien qui a signé en janvier, l'ailier néerlando-ghanéen EltonAcolatse (21), le défenseur central serbe Erhan Masovic (18), l'avant nigérian Emmanuel Bonaventure Dennis (19) et le gardien belge Guillaume Hubert (23), Bruges a accueilli MarvelousNakamba (23) et JordiVanlerberghe la semaine passée. Mais qui va partir ? Certainement José Izquierdo, peut-être BjörnEngels et LudovicButelle ainsi que Ricardovan Rhijn et StefanoDenswil. Les journaux font même état des transferts de Hans Vanaken et Jelle Vossen. Nakamba est une doublure pour Timmy Simons (40). Il y a cinq ans, le Zimbabwéen gaucher a passé un test au Cercle mais a préféré Nancy et a éclos à Vitesse ces deux dernières saisons. Il est devenu le meilleur récupérateur d'Eredivisie. Les observateurs le décrivent comme un buffle, un bulldozer, un aspirateur, un médian défensif très dur, impitoyable, au tacle rude. Un professionnel accompli, aussi. La presse néerlandaise estime qu'il doit encore améliorer la précision de ses passes. Comme les autres internationaux du Club, il était encore en congé la semaine dernière. Vanlerberghe (Malines) peut également occuper le milieu défensif, dans un autre registre que Nakamba : il est précis et rapide, même quand il est sous pression. Il est plutôt offensif. Il a longtemps joué en pointe ou sur le flanc dans les sélections nationales d'âge, jusqu'à ce qu'Aleksandar Jankovic le fasse reculer, parfois même en défense centrale ou latérale. C'est étonnant dans la mesure où cet amateur de piano ne possède pas les qualités typiques d'un défenseur comme la dureté ou l'agressivité. On le dépeint comme le remplaçant d'Engels, qui rêve de l'étranger, mais à l'entraînement, il a surtout affiché des qualités offensives. Le matin, il les a montrées pendant un exercice de possession du ballon avec beaucoup de monde sur une surface restreinte. Il a été un des premiers à démêler le chaos. L'après-midi, il a joué au milieu offensif pendant un exercice de construction depuis l'arrière, avec trois options de chaque côté : 1) l'arrière va en profondeur, 2) le médian offensif joue en profondeur et 3) l'ailier joue en profondeur. Leko s'explique verbalement mais s'aide des pieds et des mains. Les supporters apprécient l'enthousiasme communicatif du nouvel entraîneur et s'ils ne reconnaissent pas encore tous les joueurs, ils comprennent la tactique que Leko leur inculque. Dans le petit match de clôture, Leko aligne un triangle médian : un joueur défensif (Claudemir) et deux offensifs (Vanaken à gauche, Vormer à droite). C'est nouveau. Il faut remonter à Trond Sollied pour voir un entraîneur composer ainsi son équipe dès son arrivée au Club. Samedi à Westkapelle, lors du premier match de ce nouveau cycle, nous découvrons aussi un Bruges doté du même trio médian offensif, avec un surnombre fréquent sur les flancs. En première mi-temps, Ivan Leko aligne : Butelle - Cools, Poulain, Denswil, Touba - Claudemir, Vormer, Vanaken - Acolatse, Vossen et Osei-Berkoe. Il les remplace ensuite par : Teunckens - Palacios, Mechele, Lemoine, De Bock - Simons, Vanlerberghe, Lynen - Vlietinck, Dennis et Limbombe. Beaucoup d'actions se déroulent comme à l'entraînement, notamment l'attaque qui amène le deuxième but : l'ailier gauche Osei-Berkoe revient vers l'axe pour se proposer entre les lignes, Claudemir lui passe le ballon, qu'il envoie en profondeur dans l'espace qu'il a laissé sur le flanc gauche à l'arrière Touba, dont le tir au deuxième poteau est converti par l'arrière droit Cools, qui a suivi le mouvement. Ce n'est pas un hasard si les arrières latéraux marquent trois des neuf buts : deux sont de Cools, l'autre de De Bock, les autres étant marqués par Acolatse, Vanaken, Osei-Berkoe, Vlietinck, Dennis et Vanlerberghe. L'équipe de P1 perd trop souvent le ballon pour qu'on puisse parler de vrai match mais le Club est affûté. Leko considère d'ailleurs cette partie comme un match : il n'y a pas eu de séance le matin et les joueurs sont en congé le lendemain. Il veut apparemment voir de la qualité et de la fraîcheur. Son coaching très actif le confirme. " Push, push ! "" And play, and play. "" Two-one, Bocky, two-one ! "" In the box, Jordi. Good Jordi, that's it. "Les passes ne sont pas toujours précises. Sinon, le score aurait pu être encore plus lourd mais Leko ne voulait pas que ses joueurs soient crispés. Si on observe les trois nouveaux, on pointe l'accélération d'Acolatse, la vivacité de Dennis et le danger que représente Vanlerberghe devant le but quand il s'infiltre. Ils ont tous marqué un but. Ensuite, Dion Cools a expliqué à Club TV qu'il fallait s'habituer aux directives du nouvel entraîneur mais qu'ils y étaient déjà bien parvenus durant ce premier match. Nous sommes encore très tôt dans la préparation. Westkapelle ne peut pas constituer de baromètre pour la suite et les supporters s'intéressent surtout aux futurs transferts. La semaine dernière, le manager général Vincent Mannaert a déclaré qu'il n'escomptait un rendement immédiat que de deux de ses sept transferts, soit de Mera et de Nakamba, rappelant que la période des transferts s'étendait jusqu'au 1er septembre. Le troisième tour de qualification de Ligue des Champions a lieu dans un mois. Il y a douze ans, quand Leko était arrivé au Club, il suffisait d'éliminer les Norvégiens de Valerenga IF pour se qualifier pour les poules de la LC. Maintenant, il y a un quatrième tour, avec des adversaires d'un tout autre rang. Pour l'heure, une semaine après le début du nouveau cycle, on ne peut pas encore dire si le jeune coach disposera des moyens requis pour atteindre cet objectif. PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTO BELGAIMAGELeko a rapidement été convaincu qu'il irait plus loin au poste d'entraîneur que comme footballeur. Nakamba était le meilleur récupérateur d'Eredivisie, il doit être le remplaçant de Simons.