Alors que le Sporting se débat dans les tréfonds du classement de la Ligue Jupiler, le Spirou accueille, ce soir, le prestigieux Real Madrid dans le cadre de l'Euroligue, la plus huppée des compétitions européennes. Il survole aussi le championnat et, ce qui ne gâte rien, véhicule une image sympathique.
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Alors que le Sporting se débat dans les tréfonds du classement de la Ligue Jupiler, le Spirou accueille, ce soir, le prestigieux Real Madrid dans le cadre de l'Euroligue, la plus huppée des compétitions européennes. Il survole aussi le championnat et, ce qui ne gâte rien, véhicule une image sympathique. " Je n'ai pas tous les éléments en mains pour juger le Sporting ", tempère d'emblée GiovanniBozzi. " Je me souviens qu'il y a quelques années, le Sporting se débattait dans d'inextricables problèmes financiers. AbbasBayat, il faut lui laisser ce mérite, a apparemment réussi à équilibrer le budget. De là à faire du Sporting son jouet, il y a sans doute un pas qu'il n'aurait pas dû franchir. Aujourd'hui, il veut peut-être récupérer son investissement. C'est compréhensible, même si les supporters l'acceptent difficilement et exigent des résultats sportifs. Au Spirou, on a la chance d'avoir EricSomme. Mais plus uniquement : le Patriarche, comme je l'appelle parfois, peut compter sur toute une équipe. A commencer par BenoîtCuisinier, le directeur commercial qui dispose d'un carnet d'adresses phénoménal, et JacquesStas, le manager sportif qui connaît le basket mieux que quiconque, a encore en lui une approche de joueur/entraîneur et dont les choix ont été particulièrement judicieux. " Les transferts sont, effectivement, des réussites. A commencer par JosephGomis et DemondMallet. " Gomis, c'est huit saisons en Espagne ! Après une rupture du tendon d'Achille, la saison dernière, il n'a plus retrouvé chaussure à son pied, ni en Espagne ni en France. Mallet, en plus de son talent, est respectueux de tout. De tous les joueurs américains que j'ai coachés, il est celui - avec MichaelHuger, jadis à Liège - avec lequel j'ai les meilleurs rapports. " Et puis, tout récemment, il y a eu l'engagement du Portoricain DanielSantiago (2m16), qui a passé plusieurs saisons en NBA et deux à Barcelone. " On a pesé le pour et le contre. On avait besoin d'un bigman, mais son incorporation ne risquait-elle pas de nuire à un collectif bien huilé ? Je ne regrette pas de l'avoir pris, même si cela m'oblige à sacrifier un joueur américain lors de chaque match de championnat. Il freine aussi l'éclosion du jeune Espoir belge IoannIarochevitch, mais celui-ci recevra ses minutes de jeu en Coupe de Belgique ou en championnat, face à des adversaires plus abordables. " Et puis, il y a AndréRiddick, le vétéran qui saute toujours comme un Marsupilami. " A Berlin, lorsqu'on s'est qualifié pour les poules après avoir franchi trois tours préliminaires, il avait les larmes aux yeux. A 37 ans, il découvre la plus huppée des compétitions européennes et en est très ému. " Les défaites s'y accumulent pour le Spirou : quatre en autant de matches. Mais la qualification est un véritable exploit et à chaque fois, il y a eu match : perdre de 8, 9 et 10 points à l'Olympiacos, Malaga et Bamberg, après avoir mené de surcroît, n'a rien de déshonorant. Orléans, qui avait éliminé Charleroi l'an passé, s'est pris des casquettes de 40 points la saison dernière. Bozzi : " Mon seul regret, c'est la défaite à domicile contre Rome. Ce soir-là, ce grand d'Italie, était prenable. " N'a-t-on pas été présomptueux en déclarant, dans la foulée de la qualification, qu'on visait la 4e place de la poule (sur six équipes) afin d'accéder au Final16, alors que chaque victoire à ce niveau doit être considérée comme un exploit ? " Il faut être ambitieux ", clame Bozzi. " Le plus facile aurait été de se dire, dès le départ, qu'on n'allait pas gagner un match. On aurait même pu snober les tours préliminaires de l'Euroligue, et même de l'Eurocoupe (la C2), pour participer à l'Eurochallenge (la C3), avec pour ambition d'atteindre le Final 4, comme Mons l'a fait en 2008. En Belgique, où la culture basket n'est pas ancrée, on n'y aurait vu que du feu. Or, franchir trois tours préliminaires d'Euroligue est bien plus difficile qu'atteindre le Final 4 de l'Eurochallenge. " D'un point de vue commercial, Charleroi est tombé dans une poule particulièrement attrayante : le Real, l'Olympiacos et Rome sont des clubs qui parlent au public. Entre autres parce qu'on les associe aux clubs de football du même nom. " Spirou-Real, c'est le match que tout le monde veut voir ", constate Bozzi. " Et pour moi, c'est l'occasion de me mesurer à mon idole, le coach italien EttoreMessina. Mon admiration pour lui remonte à ses débuts à Bologne, où il a réussi un parcours remarquable. J'ai eu la chance de le rencontrer lors de stages où il m'avait même accueilli à sa table. C'est à mes yeux, l'un des deux meilleurs coaches européens, avec ZeljkoObradovic du Panathinaikos, mais avec des méthodes très différentes. Autant le Serbe est un sanguin, autant Messina est un gentleman, qui fait passer ses discours de manière courtoise. " Le Spirou plaide pour une place accordée d'office au champion de Belgique en Euroligue. " Mais JordiBertomeu, le grand patron de l'ULEB (Union des Ligues Européennes de Basket), n'y est pas favorable. Il préfère accorder ses faveurs à l'Allemagne, qui peut compter sur un marché de 60 millions d'habitants, plutôt qu'à la petite Belgique. J'aimerais lui poser une question : - Sijedoissuivrevotreraisonnement, quefaites- vousdelaLituanieetdelaSlovénie ? " Petite précision : les trois participations de Charleroi à l'Euroligue l'ont été avec Bozzi comme coach. Durant les sept années qu'il a passées à Liège, le Spirou a dû se contenter de compétitions européennes d'une moindre envergure. " Mon meilleur souvenir ? J'espère que ce sera la victoire contre le Real Madrid, ce soir. Mais comment ne pas me souvenir de celle conquise contre le Maccabi Tel-Aviv, il y a plus de dix ans ? Le basket européen a bien évolué, depuis lors. A l'époque, les pivots étaient massifs et peu mobiles. Aujourd'hui, on leur demande de courir, de capter des rebonds et de tirer à distance. "Et Bozzi ? Est-il un meilleur coach qu'il y a un an, lorsqu'il avait fait chou blanc en Eurocoupe (la C2) et qu'il avait été critiqué après certaines défaites cinglantes en championnat ? " Après deux ans comme manager à Liège, il m'a fallu un peu de temps pour retrouver mes réflexes de coach. Je me suis aussi retrouvé à la tête d'une équipe construite par mon prédécesseur DrazenAnzulovic et qui restait sur deux titres d'affilée, ce qui lui avait peut-être coupé l'appétit. N'oublions pas beaucoup de blessés au début et le départ de MattWalsh, grand artisan des deux titres précédents. Ce qui m'a rendu crédibilité et sérénité, c'est le titre, tout simplement. " PAR DANIEL DEVOS - PHOTO: BELGA" Après deux ans comme manager, il m'a fallu un peu de temps pour retrouver mes réflexes de coach. "