Pendant l'échauffement, avant son premier match de Premier League sous le maillot de Manchester, Wayne Rooney faisait encore figure de zombie. Mais tout avait changé lors d'un match de Ligue des Champions contre Fenerbahçe. 6-2 ! Les 68.000 supporters jubilaient, dans la tribune : " Roo-ney, Roo-ney ! "
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Pendant l'échauffement, avant son premier match de Premier League sous le maillot de Manchester, Wayne Rooney faisait encore figure de zombie. Mais tout avait changé lors d'un match de Ligue des Champions contre Fenerbahçe. 6-2 ! Les 68.000 supporters jubilaient, dans la tribune : " Roo-ney, Roo-ney ! " Il avait marqué trois buts dans la compétition la plus relevée d'Europe, avec une détermination qui a même surpris les experts. Christoph Daum, l'entraîneur des Turcs, se pâmait d'admiration : " Il pourrait devenir le joueur du siècle ". La direction de Manchester United a décidé d'emblée d'exposer le maillot numéro huit, porté par le débutant, dans le musée du club. Suite à sa fracture du pied au Championnat d'Europe, l'avant avait été sur la touche pendant 95 jours. Son management avait pris ce délai à profit pour le transférer d'Everton à un des clubs les plus riches du monde, contre 37 millions d'euros. Mais quelques jours avant l'exploit contre les Turcs, le FC Middlesbrough arrache un nul 1-1 à Old Trafford. Au terme de la rencontre, Rooney évite les journalistes, il ne leur accorde pas une syllabe en passant devant eux, ses yeux sont rivés au sol. C'est l'entraîneur qui assume son travail de relations publiques. " Wayne était quelque peu fatigué ", l'excuse Alex Ferguson. Il requiert un brin de compréhension, compte tenu de sa longue indisponibilité. " Il a réussi un hattrick fantastique en Ligue des Champions mais on ne peut en exiger autant à chaque match. Il m'appartient de le faire progresser prudemment, sans accroître la pression plus que nécessaire. N'oublions pas qu'il n'a que 18 ans et encore un long chemin à parcourir. Il faut être prudent avec les jeunes joueurs, aussi bons soient-ils. Je vais veiller sur Wayne ". A ce jour, la carrière de Rooney est courte. Il n'a eu 19 ans que le 24 octobre dernier et ses statistiques (arrêtées il y a une semaine) sont encore modestes finalement : 9 matches et 6 goals avec ManU en Premier League, 3 matches et 3 buts en Ligue des Champions. Avec l'équipe nationale, il a déjà disputé 19 matches et inscrit 9 buts. Mais le bonhomme est une star. Dans tous les sens du terme pour le public anglais. On sait qu'il a récemment crashé la Ford qu'il avait reçue en extra pour une publicité qui lui a rapporté 2,25 millions. Et il ne se cache pas pour fréquenter, par exemple, le Prohibition Bar de Manchester, en soirée, en compagnie de Rio Ferdinand, le chef de la défense et son collègue en équipe nationale. Quand il y passe plusieurs heures d'affilée, ce qui aurait provoqué ailleurs un débat de fond sur l'éthique professionnelle et les loisirs des footballeurs grassement payés ne provoque guère plus qu'une plaisanterie respectueuse à l'heure du petit déjeuner, de la part des Anglais. Rooney est la fierté du berceau du football depuis qu'il a marqué quatre buts en trois matches à l'EURO, en juin dernier. Le public l'aime parce qu'il n'est pas raffiné comme David Beckham sans pour autant avoir l'allure de moine de Michael Owen. Rooney personnifie la culture du footballeur britannique. Il est coiffé comme un para, possède les oreilles décollées et un cou de taureau. Ce footballeur de rue est de Croxteth, une cité ouvrière du nord-est de Liverpool. Dans les airs, un hélicoptère patrouille, les sirènes hurlent, beaucoup de ces petites maisons rouges sont couvertes de graffitis, brûlées ou recouvertes de planches. Il y a un an encore, la nouvelle idole de l'Angleterre habitait ici, avec ses parents, Jeannette et Wayne senior, ainsi que ses frères John et Graham, au numéro 75 de la Stonebridge Lane. Dans le jardin, la famille élevait des poulets. Les vacances, elle les passait dans un terrain de camping, au Pays de Galles. La mère cumulait deux jobs, comme femme d'ouvrage et aide cuisinière. Elle bottait le derrière de Wayne quand il rentrait avec un pantalon déchiré. Le père, un ancien boxeur amateur, est au chômage. Il est un fanatique supporter d'Everton, le club local. A la naissance de Wayne, il lui a acheté une vareuse du club. Il l'a emmené au stade alors qu'il avait six mois. Souvent, il le traînait au Western Approaches, un pub glauque juste à côté de la poste. Le Wezzy, comme les gens du quartier appellent la gargotte, a aussi une équipe de football de gamins. C'est la première équipe de Wayne. Il avait alors sept ans et fréquentait la Our Lady and St Swithin's Catholic Primary School. Une fois par semaine, il avait deux heures de football sous la direction de Tony McCaul, le directeur de l'école, un homme mince à la barbe grise : " Wayne était tranquille et réservé mais il changeait dès qu'il montait sur le terrain. Là, il débordait de vie. Il courait, trichait, il voulait toujours avoir le ballon. Il jouait avec détermination ". L'enthousiasme de Rooney et sa rage de vaincre l'ont distingué des autres enfants. A huit ans, un scout de l'académie du FC Everton l'a repéré. Il a été un élève orgueilleux. Il s'entraînait bien avant que les autres n'arrivent et que la séance proprement dite ne commence. Quand les autres rentraient chez eux, il passait dans la salle de musculation en salle. Même s'il raffolait des frites et des hamburgers, aucun autre joueur ne connut un succès aussi foudroyant à l'académie. Mordant comme un roquet, Rooney s'est vu surnommer the dog. A 14 ans, il jouait avec les joueurs de 18 et à 15 ans, Tottenham Hotspur a proposé 4,5 millions pour lui. A 16 ans, enfin, ce talent d'exception a rejoint l'équipe fanion d'Everton. Il gagnait 120 euros par semaine. Jusque-là, Rooney n'avait jamais été sous pression. Il continue d'ailleurs à jouer avec instinct. On l'a particulièrement remarqué le jour où il a emballé pour la première fois l'Angleterre. Le 19 octobre 2002, Everton affrontait Arsenal à Goodison Park. A la 81e minute, Rooney entra au jeu. Le score était de 1-1. Peu avant le coup de sifflet final, il rafla le ballon et le propulsa dans le but, d'un tir des 23 mètres. Il était ainsi le plus jeune buteur de tous les temps en Premier League. Une sensation. Arsène Wenger, l'entraîneur d'Arsenal, déclara ensuite que Rooney était un attaquant complet, polyvalent, doué techniquement, bourré de joie de jouer. Pendant que ses compatriotes ne parlaient que de lui, le héros rentrait à la maison pour aller jouer avec ses copains de Croxteth dans la rue. Tous les grands journaux anglais ont voulu interviewer Rooney, ensuite. Même le New York Times et Discovery Channel demandèrent un rendez-vous. Le club refusa toutes les demandes. Ian Ross est RP d'Everton. Dans son petit bureau, il explique : " Wayne est un gentil garçon mais il n'est pas très cultivé. Il préfère jouer que lire. Les journalistes auraient exploité cette lacune ". Donc, avec l'accord de l'entraîneur d'Everton, David Moyes, il se charge de le protéger. La jeune star, qui a raté à deux reprises l'examen théorique du permis de conduire, a été systématiquement tenue à l'écart de la presse. Puis Rooney signa son premier contrat professionnel. Il devait donner une conférence de presse : pas moyen de faire autrement. Sky TV retransmit l'événement en direct. Ross l'avait préparé pendant une heure mais quand Rooney découvrit les journalistes et les photographes, il se mit à trembler. Le jeune qui ne connaissait pas la peur sur les terrains était paralysé et ne parvint pratiquement pas à formuler un mot. En dehors des feux de la rampe, Rooney se défait de sa timidité. Là, il a tendance à se dévergonder. A Liverpool, il fréquente les bars. Au début de l'année, une femme sur laquelle il aurait craché a failli déposer plainte contre lui. La fête d'anniversaire de sa fiancée, Coleen McLoughlin, âgée de 18 ans, s'est achevée en bagarre rangée à deux heures du matin. La presse torchon parle aussi de ses visites auprès de prostituées et de son goût pour la bière. Suite à ses escapades, les supporters l'ont surnommé Wazza, pour rappeler Gazza, le surnom du turbulent Paul Gascoigne, jadis le brillant régisseur de l'équipe nationale qui buvait, saccageait ses chambres d'hôtel et rossait sa femme. Agé de 37 ans, Gascoigne n'est plus qu'une épave. Mais tout cela ne nuit en rien à sa popularité. David Beckham, qui a succédé à Gascoigne comme joueur le plus populaire, reste suspect aux yeux des supporters les plus populaires. Beckx sent le parfum, Rooney la sueur d'homme. Cela plaît au manager de Rooney. Paul Stretford, un ancien vendeur d'aspirateurs, qui conseille l'avant depuis deux ans : " Wayne n'est pas une £uvre d'art, il est authentique, réel. Je ne veux pas qu'il perde ce charme ". Son style permettrait à Rooney de gagner " incroyablement beaucoup de fric ". Jusqu'à présent, les sociétés qui font appel à Rooney pour la pub, dont Nike et Coca-cola, paient 3,2 millions par an. Bientôt, Stretford va négocier une collaboration de longue durée avec quatre ou cinq grandes sociétés, qui verseront " des sommes records ". C'est aussi Stretford qui a arrangé le transfert de Rooney d'Everton à Manchester United. A Liverpool, on raconte qu'il a incité ses clients à quitter Everton et qu'il a lancé les racontars quant aux sorties de Rooney dans les matches en déplacement, pour faciliter son départ. Il aurait aussi fait augmenter l'indemnité de transfert grâce à une offre de Newcastle, pour encaisser un plus gros pourcentage. Stretford a finalement touché 2,25 millions sur le transfert. Les supporters d'Everton ont envoyé des menaces de mort au manager et ils ne pardonnent pas son départ à Rooney non plus. Ils se sentent trahis par leur idole. Quand ils chantent, lors des matches à domicile -Levez-vous si vous détestez Rooney, nul ne reste assis. A l'arrière de la tribune, en lettres bleues sur fond blanc, un mot en grand : Judas. Sur la façade d'une maison, non loin du stade, quelqu'un a peint : -Rooney doit mourir. Et ceux qui empruntent la M62 de Liverpool vers Manchester peuvent lire : - Rooney nous a trahi contre du fric. L'ambiance n'est pas meilleure devant le Gems Youth Centre, Gillmoss Lane, où Rooney a joué au tennis de table, dans le temps. Un teenager grommelle : - Le s... aurait pu rejoindre n'importe quel club. Chelsea ou l'étranger. Mais pas United. Manchester est à 50 kilomètres de Liverpool et United est tout ce que n'est pas le FC Everton : les actions sont cotées en Bourse, United a sa propre chaîne TV et des trophées à la pelle. C'est précisément ça qui pourrait poser problème. Le vainqueur de la Ligue des Champions 1999 est une machine à performances, une entreprise de niveau mondial qui aligne des stars internationales comme Ruud van Nistelrooij et Cristiano Ronaldo. Et on attend de Rooney qu'il s'épanouisse pour atteindre leur pointure. Quand United a présenté Rooney, qui s'exprime en dialecte, les journalistes n'ont pu lui poser de questions. Le manager Stretford a dû jurer que Rooney n'acceptait aucune interview. Ferguson veut le flanquer d'un joueur expérimenté, en guise de mentor. Il a aussi exigé que Rooney déménage à proximité du complexe d'entraînement û loin des tentations de la ville. Maik Grossekatöfer, ESMLe public l'aime parce qu'il N'EST PAS RAFFINé comme Beckham sans pour autant avoir L'ALLURE DE MOINE d'Owen.