Les intéressés ne supportent pas trop les comparaisons, affirmant plutôt jouer dans des registres différents. Pourtant, Christian Benteke (24 ans) et Romelu Lukaku (22 ans) seront toujours concurrents, qu'ils le veuillent ou non. En sélection aussi, la discussion quant à leurs qualités respectives va bon train, d'autant qu'ils sont muets depuis un certain temps : Big Ben a marqué un goal lors de ses treize derniers matches, Lukaku deux en 14 joutes.
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Les intéressés ne supportent pas trop les comparaisons, affirmant plutôt jouer dans des registres différents. Pourtant, Christian Benteke (24 ans) et Romelu Lukaku (22 ans) seront toujours concurrents, qu'ils le veuillent ou non. En sélection aussi, la discussion quant à leurs qualités respectives va bon train, d'autant qu'ils sont muets depuis un certain temps : Big Ben a marqué un goal lors de ses treize derniers matches, Lukaku deux en 14 joutes. Avant le derby de la cité des Beatles, Sport/Foot Magazine a interrogé ceux qui connaissent bien les deux joueurs ou qui les suivent. Il a également donné la parole aux protagonistes eux-mêmes. ROMELU LUKAKU : La veille, j'étais encore à l'école. Quand j'ai appris ma sélection, je suis passé à Anderlecht avant de prendre le chemin de l'hôtel Conrad. J'ai fêté mes débuts contre la Croatie. Un match difficile, qui s'est soldé par une défaite 1-0. Mais je savais que ça pouvait être le début d'une belle histoire. LUKAKU : If I can't de 50 Cent. Je le connais par coeur. LUKAKU : Mes deux premiers buts, contre la Croatie. J'aurais pu citer le Mondial mais je traversais une période durant laquelle le football ne me procurait pas beaucoup de plaisir. LUKAKU : Mon remplacement contre la Russie, au Mondial. J'ai montré un aspect de moi que peu de gens connaissent. Normalement, je contrôle toujours mes sentiments. LUKAKU : On a un homme fort dos au but et un qui est fort face à la cage. C'est la complémentarité dont on a besoin quand on procède avec deux attaquants. Ce n'est pas parce que nous avons la même taille que nous avons le même style de jeu. Christian cherche plutôt la combinaison alors que je veux réaliser des actions et marquer. Everton évolue en 4-4-2 et Arouna Koné est mon Benteke. Il est plus avancé et j'évolue autour de lui, avec une grande liberté. LUKAKU : L'approvisionnement est meilleur. A Anderlecht, j'avais Biglia, Suarez et Boussoufa, ce qui n'était pas mal du tout mais c'est encore mieux maintenant. Je suis devenu plus malin, aussi. LUKAKU : Mourinho en est un. (Il réfléchit. ) Guardiola et Wenger. Dans cet ordre. LUKAKU : Jan Vertonghen. Il est rapide, bien plus qu'on ne le pense. Ça ressort moins en équipe nationale car il joue au back. Vincent Kompany est vif et il donne des coups. Crois-moi, après le match, ça se sent. John Terry : très fort. Je m'attends aussi à une fameuse résistance de la part de Kurt Zouma à Chelsea. D'ici deux ou trois ans, il sera un joueur de format international. LUKAKU : Stamford Bridge et Old Trafford. LUKAKU : Aucun car jouer en Premier League, c'est le rêve. En Belgique, je pourrais en citer dix ! LUKAKU : Jamais. J'ai changé mes habitudes cet été. Je m'occupe moins de football car j'exagérais. Je ne regarde plus que des matches en direct. D'ailleurs, cette émission est trop tardive : si je joue le dimanche, je dois me coucher plus tôt. Mais mon frère et ma mère me téléphonent quand on parle de moi. LUKAKU : Un but comme contre la Suède, un tir des 25 mètres. J'ai senti que j'avais bien frappé le ballon. LUKAKU : La brown sauce ! C'est horrible. Et les haricots le matin. Je ne comprends pas. Pourtant, nous, les Congolais, aimons les haricots mais ça, non ! LUKAKU : J'habite à Manchester, pas à Liverpool mais celle-ci est une vraie ville de football. LUKAKU : Ronaldo, le Brésilien, puis Anelka et Drogba, quand j'ai tenté de mieux comprendre le football. LUKAKU : Wayne Rooney. C'est vraiment un bon footballeur. Il est fort de la tête, il a le sens du but. Nous avons souvent joué l'un contre l'autre et nous avons failli évoluer de concert, à l'occasion d'un match de gala pour Duncan Ferguson. Malheureusement, je me suis blessé et j'ai dû déclarer forfait. Je le regrette toujours. LUKAKU : Il y a toujours un mais à mes prestations. Quand je marque, on dit : oui mais la défense était mauvaise. Je ne ressens pas au pays le respect dont je jouis en Angleterre alors que j'ai quand même une aptitude : marquer. Les gens ne comprennent-ils donc pas que je suis bon dans ce que je fais ?CHRISTIAN BENTEKE : En équipe A ? Je ne sais plus, j'ai une mauvaise mémoire. Je sais que c'était au stade Roi Baudouin mais ne me demande pas contre quelle équipe. (En 2010, contre la Bulgarie, 2-1, ndlr). BENTEKE : Une chanson calme d'un artiste français. Je pense avoir réussi mais bon, ça n'a duré que trente secondes. BENTEKE : La qualification pour la Coupe du Monde, même si, finalement, je n'ai pu y participer. BENTEKE : Ma blessure juste avant le Mondial. Au début, j'en ai vraiment souffert. Pendant le premier match, je pensais sans arrêt que j'aurais dû être sur le terrain. Mais j'essaie toujours d'être positif et de regarder en avant. Ma famille m'a beaucoup entouré à ce moment-là et ça m'a aidé à surmonter ce cap. BENTEKE : Nous sommes différents et donc complémentaires. Je m'adapte facilement à mes coéquipiers. Finalement, ça se résume à ceci : il faut entraîner les automatismes à l'entraînement. C'est parfois difficile avec les Diables Rouges car Romelu et moi sommes rarement dans la même équipe durant les petits matches. BENTEKE : L'expérience. En Belgique, on a souvent critiqué mon inefficacité mais j'étais alors à l'aube de ma carrière. BENTEKE : José Mourinho et Pep Guardiola. Ne serait-ce qu'à cause de leur palmarès : ils ont tout gagné. Leur approche est complètement différente et c'est aussi pour ça que je voudrais travailler avec les deux. BENTEKE : Il n'y a que ça en Angleterre. Souvent, j'ai même plus de problèmes contre les défenseurs des petites équipes. BENTEKE : Manchester City, Arsenal et Manchester United. Et le moins bien ? BENTEKE : Stoke City est toujours un déplacement embêtant. BENTEKE : Pas souvent car j'essaie de regarder l'émission en direct. Je veux voir les buts et les résumés des autres matches. Je suis aussi curieux de savoir ce qu'on dit de moi. Si c'est positif, ça me booste. Les Anglais sont très corrects dans leurs analyses : si tu es bon, ils le disent. En Belgique, c'est souvent différent mais bon, je ne veux pas relancer la polémique. BENTEKE : Un tir de loin dans la lucarne. Mon premier but pour Liverpool était beau. BENTEKE : Rien ne me dérange. A part le climat, peut-être, surtout à Liverpool. BENTEKE : Il y a beaucoup de choses à faire à Londres, bars et restaurants abondent. C'est touristique. Liverpool et Birmingham sont plus paisibles. Je me rends souvent à Londres, comme beaucoup de joueurs, car on nous y laisse en paix. Birmingham accueille un mélange de nationalités. C'est la plus grande ville d'Angleterre après Londres. Je m'y sentais chez moi. Mais je ne m'enracine jamais. Je ne suis attaché qu'à Liège, où j'ai grandi. BENTEKE : Thierry Henry. Il débordait de classe sur le terrain et en dehors mais je ne l'ai jamais rencontré. Je ne suis pas du genre à aborder les gens. Par exemple, je ne demande jamais le maillot d'un autre. Je ne l'échange que quand un joueur ami me le demande. Je conserve ces maillots pour les montrer plus tard à mon fils. BENTEKE : J'aurais aimé jouer avec Thierry Henry. Il conférait de la profondeur au jeu et j'aurais pu en profiter. BENTEKE : (il réfléchit longtemps). Je ne vois pas. AndyHunter, journaliste au Guardian, suit le football à Liverpool. Il soupèse le début de championnat de Benteke et de Lukaku. " Une comparaison ne serait pas vraiment honnête car Lukaku en est à sa troisième saison à Everton. Il y est devenu très populaire. Les supporters l'adorent et toute l'équipe tourne autour de lui. Le manager, RobertoMartinez, pratique régulièrement la rotation en attaque mais sans jamais toucher à Rom. Everton a pris un début étonnamment bon. Il va sans doute disputer une belle saison. L'équipe est tributaire de la forme de Lukaku. Parfois, il est fantastique, d'autres fois, il est catastrophique. Mais quand il est dans un bon jour, comme contre Southampton, il est inarrêtable. La situation de Benteke et de Liverpool est différente. Benteke est sous pression, de même que le coach et l'équipe. Il est exclu de revivre le début de saison catastrophique de l'année dernière. Benteke a coûté très cher et même s'il n'est pas un mauvais joueur, beaucoup d'observateurs se posent des questions. Il y a trois ans, quand BrendanRodgers est arrivé à Liverpool, il a immédiatement renvoyé AndyCarroll parce qu'il ne voulait pas d'avant-centre qu'il fallait approvisionner en longs ballons. Il voulait des combinaisons, des passes courtes, en s'appuyant sur des avants rapides qui mettent la pression. Comme c'était possible avec LuisSuarez. Benteke est plutôt un avant-centre et de fait, les défenseurs ont recours aux longs ballons. " C'est possible quand les autres opèrent la jonction mais ce n'est pas le cas à Liverpool. " Benteke est souvent esseulé. L'analyse vidéo du match contre Manchester United a montré que son coéquipier le plus proche se trouvait généralement à vingt mètres. Il travaille d'arrache-pied et il a déjà été crucial. Surtout par son but contre Bournemouth, un match difficile que Liverpool a gagné par le plus petit écart. Son superbe début contre United lui a également valu des applaudissements. Benteke a réussi ses débuts, jusqu'à présent, mais son équipe ne tourne pas bien. En ce sens, TimSherwood, son entraîneur à Aston Villa, avait raison de dire qu'il ne comprenait pas bien le choix de Benteke : la saison passée, de toutes les équipes, c'est Liverpool qui a délivré le moins de passes décisives alors que Benteke en a justement besoin. " LievenMaesschalck, le spécialiste de la revalidation, a déjà travaillé avec Benteke et Lukaku à plusieurs reprises. Il a fait plus ample connaissance avec eux quand il était membre du staff technique des Diables Rouges. Il les trouve relativement similaires, qu'il s'agisse de leur caractère ou de leur physique : " Des professionnels accomplis, très pris par leur métier et doté d'une attitude positive. Christian est peut-être un rien plus introverti. Il se remet en question mais il gère les déceptions avec sérénité. Regardez comment il a digéré son forfait pour la Coupe du Monde : en moins de six mois, il était rétabli de sa blessure au tendon d'Achille. Travailler avec lui est un rêve : il est consciencieux, il donne les bonnes informations et réfléchit. Ça se traduit par une grande fidélité, qu'on retrouve dans son entourage. Romelu est plus expansif, plus jouette aussi mais au fond, il est comme Christian. Rom respire le football et est très ambitieux. " Leurs surnoms en Premier League ne trompent pas : The Tank (Lukaku) et The Beast (Benteke). On ne vous appelle pas comme ça pour vos passes courtes. Les capacités physiques des deux hommes ont fait impression outre-Manche. Maesschalck sait que des jours aussi puissants ont besoin d'une approche spéciale. " A cette nuance que Romelu est un rien plus robuste que Christian. Mais ils ont été mûrs très tôt, tous les deux, et ils ont la physionomie d'un sprinter : le dos creux et un bassin avancé. Ça requiert des exercices spéciaux pour renforcer la mobilité et la solidité des hanches. Heureusement, ils ont grandi dans de bons clubs formateurs belges. Compte tenu du contexte, ils sont rarement blessés. Romelu, par exemple, n'a jamais eu de blessures musculaires. " Jean-François Gillet s'est déjà retrouvé maintes fois face à face avec eux, en tant que troisième gardien de l'équipe nationale. Il compare les aptitudes à la finition de Romelu Lukaku et de Christian Benteke : " Ils font tous les deux peur à leur adversaire et requièrent énormément d'attention des défenseurs. Leurs coéquipiers en profitent. C'est parfois frustrant pour eux car ils sont attaquants et ils veulent marquer. On oublie trop souvent qu'ils sont encore très jeunes : 22 et 24 ans. En principe, ils peuvent encore évoluer dix ans en équipe nationale et ils vont se bonifier car ils ont un point commun : ils aiment apprendre. En équipe nationale, ils s'attardent après l'entraînement : passes, tirs, action homme contre homme, contrôle puis tir en un temps... En fait, ils exercent tous les aspects. Romelu a un tir très dur du gauche mais il peut aussi placer son tir de l'intérieur. Christian contrôle et place mieux son tir. Leur personnalité se reflète dans leur style de jeu : Romelu est un bloc, une force de la nature et il joue très physiquement. Quand il fonce vers le but, le gardien doit avoir peur d'être piétiné. Christian s'appuie plus sur le football. Il est très facile de jouer avec lui : on peut lui laisser le ballon, il aidera l'équipe à hausser son niveau. Homme contre homme, il use de pas plus courts que Romelu. Quant à son jeu de tête, il est évidemment phénoménal. " PAR MATTHIAS STOCKMANS - PHOTOS NIKE" Un compliment dans Match of the Day, ça te booste. " CHRISTIAN BENTEKE " Je ne ressens pas en Belgique le respect dont je jouis en Angleterre. " ROMELU LUKAKU