La vie de Mesut Özil se lit comme un conte. Elle commence dans de petites villes allemandes vieillottes et se poursuit à Madrid et à Londres. A l'énoncé de son nom, le monde virtuel des réseaux sociaux se partage en likes et hates. Il est un des joueurs allemands les plus populaires dans le monde.
...

La vie de Mesut Özil se lit comme un conte. Elle commence dans de petites villes allemandes vieillottes et se poursuit à Madrid et à Londres. A l'énoncé de son nom, le monde virtuel des réseaux sociaux se partage en likes et hates. Il est un des joueurs allemands les plus populaires dans le monde. Özil (27 ans) a effectué ses débuts en équipe nationale il y a sept ans. Un an plus tard, au Mondial 2010, il est devenu un joueur important de l'équipe, médaille de bronze en Afrique du Sud. Il a disputé tous les matches de la Coupe du Monde suivante, enlevée par la Mannschaft. Mais, alors qu'il a fêté son 75e match jeudi dernier dans le dernier match de poule contre l'Irlande du Nord, son nom n'est presque jamais scandé quand il porte le maillot de l'Allemagne. Peu de matches sont d'ailleurs associés à Mesut Özil dans la mémoire collective. C'est étrange car sur internet, aucun international allemand n'est aussi populaire que lui. Il compte 40 millions de supporters dans le monde entier. Un succès dont Toni Kroos, Jérôme Boateng ou Bastian Schweinsteiger ne peuvent que rêver. Pourquoi donc est-il accueilli si froidement dans son pays, comme s'il était un étranger ? Peut-être les supporters allemands ne comprennent-ils pas bien son style de jeu. Si c'est ça, il doit faire avec. Car Mesut Özil a cessé d'expliquer qui il est, ce qui le motive et comment il faut interpréter son football. " Les commentaires des gens, qu'ils soient positifs ou négatifs, ne m'intéressent pas ", a-t-il relevé après Allemagne-Ukraine, au premier tour. " Pour moi, seule compte la volonté de l'entraîneur. Il me fait confiance et j'ai bien joué. " Les critiques ont été rudes, après les premiers matches. Özil avait été invisible. On n'avait même pas remarqué sa présence sur le terrain. Ce n'est pas la première fois que le médian est attaqué après un match international. Ça ne risque pas d'arriver à Thomas Müller, qui joue à ses côtés. Contre l'Ukraine, Müller n'a pas montré plus mais l'Allemagne n'y a pas consacré d'article, elle n'en a même pas pipé mot. C'est comme ça quand on est le chouchou de la nation. Özil, par contre, n'est pas apprécié. Il a quitté sa patrie à l'issue du Mondial 2010, d'abord pour Madrid puis pour Londres. En quelques années, depuis qu'il a signé pour Arsenal, car à Madrid, il n'était pas vraiment à sa place, sa valeur marchande est passée à 46 millions d'euros. Depuis, la plupart des amateurs allemands de football ne le voient plus en action, sauf en équipe nationale. Au Brésil, il n'occupait pas sa place de prédilection, dans l'axe, en soutien offensif, et il n'était pas au mieux de sa forme. Ça ne l'a pas empêché de serrer les dents et d'apporter sa contribution au titre mondial. Mais ça n'a pas répondu aux attentes élevées qu'ils s'était lui-même fixées. Mesut Özil voudrait devenir le Zinédine Zidane allemand, un artiste, qui marque, délivre des assists, réalise des actions et offre des prix à son pays. Il a déjà gagné la Coupe du Monde mais jusqu'à présent, ça ne lui a valu ni appréciation ni applaudissements. Özil a bien amené le but de Schweinsteiger contre l'Ukraine mais le capitaine a focalisé toute l'attention : en inscrivant un but, il avait signé un come-back remarquable. Ce sont pourtant de tels moments qui font d'Özil un joueur si utile pour l'équipe. Le médian est avant tout un fantastique valet, qui s'efface pour les autres. Il a une large part dans les buts inscrits par ses coéquipiers et pas seulement durant ce tournoi. La saison dernière, à Arsenal, il a été impliqué dans 19 buts. Nul n'a délivré plus d'assists en Premier League. Özil est le premier footballeur à être le meilleur passeur dans trois grandes compétitions européennes. Durant la saison précédant le Mondial sud-africain, il avait réussi le plus d'assists de Bundesliga pour le Werder Brême. Quatre ans plus tard, il a remis ça au Real et maintenant avec Arsenal. Dans les grands tournois aussi, peu de joueurs placent aussi souvent leurs coéquipiers devant le but. Même quand le paisible et timide dribbleur se trouve au premier poteau, il cherche encore un coéquipier mieux placé au lieu de tenter sa propre chance. " Certains me disent que je devrais être plus égoïste ", commente-t-il à ce propos, " mais je suis ainsi fait. Je préfère céder le ballon à un partenaire mieux placé. " A l'EURO de Pologne et d'Ukraine, il a été impliqué dans sept buts. Où qu'il se trouve sur un terrain de football, Özil prépare la route vers le succès. " Il possède quelques qualités que peu de joueurs occupant la même position ont ", explique le sélectionneur Joachim Löw. " C'est pour ça qu'il est si précieux pour l'équipe. Sa technique et sa dernière passe sont géniales. " Au sein de la Mannschaft, un seul footballeur a disputé les 19 matches du Mondial 2010, de l'EURO 2012 et du Mondial 2014. Oui, Özil. ManuelNeuer, Philipp Lahm,Schweinsteiger et Müller en sont à 18 rencontres. Ce chiffre montre à quel point le médian d'origine turque parvient à rester en forme à l'issue d'une longue saison mais aussi à quel point le sélectionneur compte sur lui. Pourtant, il ne recueille pas d'applaudissements en Allemagne. On y a d'ailleurs parlé davantage de lui quand, peu avant l'EURO, il a posé en vêtement traditionnel, en pèlerinage à la Mecque. La polémique a fait plus de bruit que son utilité pour l'équipe nationale. Özil n'en parle pas, il ne se défend pas et du coup, il s'éloigne de plus en plus de l'Allemagne au fil du tournoi. Juste avant celui-ci, il a quand même accordé une interview au Kicker, soulignant que la barre était placée haut pour le champion du monde : " Je veux gagner cette coupe. C'est possible, notre équipe en est capable. " Contre l'Irlande du Nord, il a été élu joueur du match, après deux premières parties moins bonnes. C'est un premier pas. PAR MICHAEL HORENI - PHOTO BELGAIMAGEUn seul Allemand a joué tous les matches du Mondial 2010, de l'EURO 2012 et du Mondial 2014 : Mesut Özil.