Fin juillet, il valait mieux ne pas être un sportif américain du top mondial A quelques jours d'intervalle, Floyd Landis (30 ans, vainqueur du Tour de France) et Justin Gatlin (24 ans, champion olympique et du monde en titre du 100 mètres, co-détenteur du record du monde en 9.77 avec Asafa Powell) sont tombés de leur piédestal. En cause : deux contrôles antidopage (effectués par isotope de carbone sur échantillon d'urine) positifs à la testostérone.
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Fin juillet, il valait mieux ne pas être un sportif américain du top mondial A quelques jours d'intervalle, Floyd Landis (30 ans, vainqueur du Tour de France) et Justin Gatlin (24 ans, champion olympique et du monde en titre du 100 mètres, co-détenteur du record du monde en 9.77 avec Asafa Powell) sont tombés de leur piédestal. En cause : deux contrôles antidopage (effectués par isotope de carbone sur échantillon d'urine) positifs à la testostérone. Le monde du sport a été aussi secoué qu'au moment de l'éclatement des affaires Ben Johnson en 1988 et Festina- Richard Virenque en 1998, sauf que, cette fois, tout arrivait en même temps. Au moment d'écrire ceci, la contre-expertise de Landis avait été effectuée et confirmait le fait qu'il était bel et bien positif. Pour Gatlin, on attendait toujours, mais en matière de dopage, c'est évidemment rarissime que le verdict positif soit infirmé... La testostérone est une hormone stéroïde androgène, elle est produite naturellement par les testicules des hommes et les ovaires des femmes (la quantité étant environ vingt fois supérieure chez les premiers) et elle participe à la croissance normale de l'être humain, agissant sur le développement des organes génitaux et des caractères sexuels secondaires masculins. Une fois l'âge adulte atteint, la testostérone a surtout des effets sur la masse musculaire, la densité osseuse, la force, la libido, la puissance sexuelle et l'énergie mentale et physique. On l'administre sous sa forme synthétique (elle a été isolée pour la première fois à partir de testicules d'un taureau en 1935) pour raisons médicales quand son taux diminue chez les hommes avec l'âge. Pas étonnant qu'elle soit utilisée comme dopant en sport et administrée par divers moyens (injection, oralement, crème, gel, spray ou... patch placé sur le scrotum pendant plusieurs heures avant la compétition). Aujourd'hui, testostérone est le nom de tout ce qui était appelé stéroïdes anabolisants. Landis a été pris lors d'un contrôle au Tour de France au soir de la 17e étape qui se terminait à Morzine où il a joué à la locomotive et Gatlin après un relais couru le 22 avril à Kansas City, au début de la sa saison américaine en plein air. Le premier risque une suspension de deux ans par l'UCI (Union Cycliste Internatoniale) et le second d'être radié à vie par l'IAAF (la Fédération Internationale d'Athlétisme Amateur) étant donné qu'en 2001 il avait été contrôlé positif aux amphétamines. Gatlin avait été suspendu pour deux ans dans un premier temps mais fut autorisé à revenir en compétition en 2002 quand l'IAAF décida que les amphétamines avaient été prescrites médicalement pour un problème de déficit de concentration. Mais on lui avait bien dit qu'en cas d'autre test positif il serait suspendu à vie... Le test effectué sur Landis a déterminé que son taux de testostérone était trop élevé et non naturel. Son médecin personnel Brent Kay a admis que son rapport entre testostérone et épitestostérone était de 11 à 1 alors que chez les sportifs on peut arriver de façon normale à un rapport 4/1 mais que chez la plupart des gens le rapport est 1/1 ! Landis a expliqué qu'il possède, en fait, un taux naturel de testostérone plus élevé que la normale, alors que les scientifiques sont certains qu'il s'agit d'un apport exogène, c'est-à-dire venue de l'extérieur. L'avocat du coureur, Luis Sanz, a immédiatement admis qu'il s'attendait à ce que l'échantillon B soit également positif, mais que son client subirait des test hormonaux pour prouver que son taux de testostérone est naturellement très élevé... En ce qui concerne Gatlin, son clan admet directement que l'apport est exogène. Son coach jamaïcain Trevor Graham affirmant que Gatlin est la victime d'un complot, qu'on l'a saboté. Mais comment croire Graham ? Il a été le coach de tas de sprinters américains champions du monde ou de très haut niveau ( Dennis Mitchell, Jerome Young, les frères Harrison, Michelle Collins, Patrick Jarrett et Tim Montgomery) et du lanceur CJ Hunter qui furent tous pris à un moment ou un autre pour doping. La seule star qu'il coache et qui n'a pas été prise mais est sous lourdes suspicions est Marion Jones. Elle a été successivement mariée puis divorcée de Hunter et Montgomery ! Graham a aussi été celui qui (par vengeance ou dans un échange avec les autorités américaines lui garantissant l'impunité) avait lancé en 2003 le scandale BALCO, du nom d'un laboratoire pharmaceutique californien. Au départ, c'est le fisc américain qui mit à jour un trafic de stéroïdes d'anabolisant pour sportifs de haut niveau. Un autre nom énorme fut livré en pâture dans le scandale BALCO : celui de Barry Bonds, sans doute le plus grand joueur de baseball de tous les temps qui évolue aux San Fransisco Giants. Il a été relié à l'affaire ainsi que son entraîneur personnel Greg Anderson, convaincu de trafic de stéroïdes. Landis et Gatlin ont immédiatement nié. Le premier rappelant qu'il prenait également régulièrement des médicaments (dont de la cortisone) pour soigner une hanche nécrosée suite à un accident et qui devra être opérée en septembre) ; et qu'il se soignait également pour un problème de la thyroïde. Des journalistes l'ont fait rire jaune en lui demandant si le whisky et la bière bus après avec ses équipiers au soir du cataclysme dans l'ascension vers La Toussuire avaient pu avoir une influence sur le test. Blague à part, il est scientifiquement prouvé que le rapport entre testostérone et épitestostérone peut être altéré par une mauvaise manipulation, une contamination bactérienne et l'usage d'alcool. Gatlin se défendait moins : il sentait que l'étau se resserrait et qu'une seconde infraction signifierait une suspension à vie. Landis fait songer à Lance Armstrong à plus d'un point : Américain au maillot jaune, il accède au plus haut niveau alors qu'il flirte avec la maladie. Comme si une condition de semi éclopé ou cancéreux devenait un passage obligé pour prester. En prenant des médicaments dont un homme sain n'a pas besoin ? On sait que les accusations ont plu sur le septuple vainqueur du Tour de France. Notamment de la part du journal L'Equipe, d'une kiné en mal de confidence et d'une ancienne amie (épouse d'un collègue de peloton) qui était là quand le cancérologue demanda à Lance s'il s'était jamais dopé et si oui avec quoi. Il aurait répondu : - Oui : stéroïdes, EPO, cortisone... Aujourd'hui, devenu un symbole de la lutte anti-cancer, Lance dément. Et c'est facile pour lui : il n'a jamais été pris. Les stéroïdes anabolisants ont une longue histoire sportive aux Etats-Unis. On sait depuis quelques dizaines d'années qu'ils peuvent à la fois augmenter la densité et la qualité musculaire mais également favoriser la récupération dans des proportions importantes. Au départ, c'est comme engrais musculaire qu'ils furent popularisés dès les années 60 quand leur utilisation explosa dans les activités sportives américaines où le volume musculaire était important. On ne parvint à les détecter qu'au milieu des années 70, alors qu'on voyait depuis des années footballeurs américains et lanceurs sans foi ni loi gonfler dans des proportions importantes. Al Oerter, champion olympique au lancer du disque en 56, 60, 64 et 68 devenu artiste peintre ne l'a jamais caché. Rappel piquant : les survivants des camps de concentration se virent prescrire des anabolisants à grande échelle, mais c'est le sport étatique des pays de l'Est européen qui allait ensuite mettre en évidence que les coureurs et les nageurs de demi-fond et de fond pouvaient également bénéficier des stéroïdes. Progressivement, ils devinrent LA vitamine absolue de bien des sportifs de haut niveau et se sont rapidement implantés dans l'american way of life surmédicalisée, avide de bien-être et traquant le look à tout prix. Besoin de tuyaux ? Regardez sur Internet. Avec les anabolisants, on attrape beaucoup plus rapidement des gros biceps, des pecs d'acier et des abdos en forme de tablettes de chocolat. Et tant pis pour l'acné ? Pourtant, c'est un bon signal d'alarme des effets secondaires effrayants des hormones mâles synthétiques. En plus des boutons, il y a le développement de l'agressivité, l'hirsutisme (même pour les failles), la voix grave (idem), l'impuissance, l'arrêt des règles et le fait de favoriser les cancers. Votre serviteur se souvient du cas d'un culturiste d'origine turque sous stéroïdes, habitant Ixelles, qui vit un cancer de testicule exploser et le tuer en quelques jours. Son père nous avait raconté que son fils avait mal à un testicule : " En deux jours, il avait la taille d'une balle de tennis, en quatre celle d'un pamplemousse et puis le cancer s'est généralisé ". Quand on a parlé de la maladie d'Armstrong partie d'un testicule, ce fut difficile de s'empêcher de penser à feu l'anonyme bodybuilder bruxellois... Les gens qui consomment sont connus pour être acariâtres et violents. Un exemple : Barry Bonds battait ses copines. Dans le milieu de l'athlétisme belge que l'on a parfaitement connu de l'intérieur, on a connu des gars qui ont " pris " pour progresser et qui y sont parvenus mais ça se voyait dans les perfs et dans le look. Dix kilos de muscles en un an, ça ne passe pas inaperçu. Aux Etats-Unis, il a fallu attendre longtemps avant de voir retirer les anabolisants des pharmacies où on les achetait sans prescriptions. Et quand ce fut le cas, la frontière mexicaine n'était finalement jamais très loin et les trafics juteux et fructueux virent le jour. Encore maintenant, c'est par là que BALCO s'est nourri. Et qu'a fait la police ? Pas grand-chose. On a mis du temps à poursuivre efficacement les consommateurs d'anabolisants parce que la majorité des flics -look et condition physique obligent - en étaient aussi. Mais qui n'en étaient pas ? Dans trop de salles de fitness, les trafics sont en place et pénètrent forcément aussi ces villes réservées aux retraités fortunés en Californie ou Arizona où il fait bon vivre sous le soleil. Et où on se dope massivement pour rester le moins vieux possible. Ce n'est pas par hasard que les maladies sexuellement transmissibles y explosent de façon étonnante pour des tranches d'âge élevées ! Autre exemple qui montre à quel point ces produits sont implantés aux USA : dans une enquête réalisée en juillet par Golf Digest (le plus grand magazine américain de golf), 60 % des médecins interrogés dans le cadre d'une enquête sur la santé dans ce sport estiment que la testostérone peut aider à être plus performant en golf. Bref, c'est la panacée. Erik Wymeersch le sprinter belge qui participait cette semaine à l'EURO d'athlétisme de Göteborg n'a pas eu droit à une préparation idéale puisqu'il a été emprisonné une douzaine de jours en juin, soupçonné qu'il était de détention et de consommation de produits dopants. Mais comme l'enquête a été suspendue, il a été libéré sans être inculpé. En rien informée par la justice, la Ligue Royale Belge d'Athlétisme l'a sélectionné pour les épreuves individuelles (mais pas le relais). Elle craignait d'être citée par Wymeersch si elle ne le faisait pas... Cet épisode belge fait un petit peu tache. Récemment, juste avant le Tour de France, on avait pu compter sur le gouvernement espagnol et son opération de police baptisée Puerto pour exclure du Tour de France les dopés au sang qu'étaient Jan Ullrich et Ivan Basso. Les états français et italiens sont dans le même état d'esprit. Ce n'est que comme ça qu'on peut espérer lutter conte les tricheurs. JOHN BAETE