Dans le hall de l'aéroport de Maastricht, où les joueurs de Genk prennent l'avion pour Liverpool, on peut lire l'inscription " One Team One Dream " sur une banderole. C'est beau mais ça sonne un peu faux. Après la défaite contre Eupen, le rêve se transforme petit à petit en cauchemar et on sent les joueurs déçus. La direction, elle, ne prend pas officiellement position.
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Dans le hall de l'aéroport de Maastricht, où les joueurs de Genk prennent l'avion pour Liverpool, on peut lire l'inscription " One Team One Dream " sur une banderole. C'est beau mais ça sonne un peu faux. Après la défaite contre Eupen, le rêve se transforme petit à petit en cauchemar et on sent les joueurs déçus. La direction, elle, ne prend pas officiellement position. Les premiers " Mazzù buiten " se sont fait entendre et à Genk, on sait que quand la tribune bouge, il est temps de faire quelque chose. Avant le départ, Dimitri de Condé a secoué quelques piliers du groupe et l'entraîneur. " Je suis déçu de la mentalité affichée par certains joueurs. À ce niveau, on ne choisit pas ses matches. Nous ne voulions pas jouer l'Europe au détriment du championnat mais c'est le cas. " On demande à Peter Croonen s'il a encore confiance en l'entraîneur. " C'est une partie du problème mais aussi une partie de la solution. Nous devons réagir et une belle occasion nous en est donnée contre Gand. " Comme De Condé, Mazzù est venu avec femme et enfants. À l'aéroport John Lennon, il n'hésite pas à poser devant un panneau sur lequel est écrit " Coach Stop ". Il semble plus détendu que ces derniers mois. Trois mille supporters et VIP accompagnent l'équipe, ce qui est beaucoup. On se balade, on écoute les Beatles et au dîner de presse, les journalistes dont c'est le premier déplacement européen avec Genk chantent. On n'a pas l'impression d'être au coeur d'une crise. Felice Mazzù n'a pas encore trouvé la bonne formule. À Liverpool, il opte pour un 5-3-2, comme Het Belang van Limburg l'avait prévu. Ça énerve d'ailleurs l'entraîneur : comment les journalistes étaient-ils au courant ? Un coach bien dans sa peau ne s'attarderait pas sur ce genre de détail mais ça fait un bout de temps que Mazzù ne semble plus très serein. Le désespoir se lit souvent dans ses yeux. Un observateur expérimenté du club fait remarquer qu'il semble vieillir un peu plus chaque semaine. La veille du match, plusieurs dirigeants de Genk ont assisté attentivement à la conférence de presse. On a demandé à Mazzù s'il était déçu par ses joueurs ? " Non, si on joue mal, c'est aussi ma faute. Je ne suis pas satisfait. " Mais il y a aussi des bonnes nouvelles. Lors de la conférence de presse de Liverpool, Jürgen Klopp a dit beaucoup de bien du centre de formation de Genk. Au coup d'envoi, on retrouve en effet quatre joueurs formés à l'académie : Divock Origi, Gaëtan Coucke, Bryan Heynen et Casper De Norre. Plus deux sur le banc : Maarten Vandevoordt et Dries Wouters. Sans parler de Thibaut Courtois, Kevin De Bruyne, Timothy Castagne et Siebe Schrijvers, qui disputent également la quatrième journée de Ligue des Champions. Ça fait huit ! Il faut y ajouter Kalidou Koulibaly et Ruslan Malinovskyi, qui sont passés par Genk. Sans oublier Leon Bailey, qui n'était pas repris avec Leverkusen la semaine dernière. Quoi qu'il arrive sur le terrain, Genk ne va donc pas si mal que cela. D'autant que l'après-midi, en Youth League, les jeunes font preuve de beaucoup de maturité et s'imposent sur le terrain de la Liverpool Football Youth Academy face à une équipe dont quatre joueurs ont joué en huitièmes de finale de League Cup la semaine précédente. Le défenseur néerlandais Sepp van den Berg a même disputé 22 matches d'Eredivisie avec PEC Zwolle. Même la presse locale est sous le charme et Ilias Takedine, le numéro 7 de Genk, se voit attribuer une meilleur cote que le médian droit de Liverpool, Harvey Elliot, plus jeune joueur de l'histoire de la Premier League, arrivé de Fulham pour 17 millions de livres l'été dernier. Le cardiologue Johan Van Lierde, président de l'école des jeunes, est aux anges. Le soir, Genk échappe à la raclée. Le 5-3-2 est le troisième système appliqué cette saison. Sur les flancs, De Norre et Joakim Maehle, qui aiment courir, se sentent comme des poissons dans l'eau. Les défenseurs centraux Jhon Lucumi et Carlos Cuesta sont également bien meilleurs tandis que le puissant Sébastien Dewaest marque des points dans les duels. Mais comme les semaines précédentes, le meilleur homme sur le terrain, c'est Sander Berge, que Jürgen Klopp félicite d'ailleurs à l'issue du match. Berge, qu'on s'attend à retrouver un jour en Premier League, a mal débuté la saison mais il joue de mieux en mieux. Après les matches contre l'Antwerp et Eupen, il a parlé de shit games. À Liverpool aussi, il dit ce qu'il pense. " L'an dernier, nous avions des automatismes, nous ne devions même pas réfléchir. Maintenant, nous devons trouver quelque chose, dominer et retrouver l'ADN de Genk, ce qui n'est pas le cas dans de nombreux matches. " Les félicitations de Klopp incitent à penser qu'il quittera le club en janvier. À Genk, on dit n'être au courant de rien et on ne s'en réjouit pas. La saison est mal engagée, on n'est plus habitué à cela. Au retour, Erik Gerits demande aux gens s'ils se sont bien amusés. Question étonnante dans la bouche du CEO d'un club en crise mais qui en dit long sur la mentalité de Genk : quoi qu'il arrive sur le terrain, le seul club encore structuré en ASBL veut conserver un esprit bon enfant. " Nous ne traversons pas notre période la plus facile mais à quoi servirait-il de tirer la tête lors d'un tel déplacement ? ", demande Gerits, qui n'est pourtant pas naïf. " Nous voulons rester un club familial et chaleureux mais nous voulons être européens chaque année. " Dimitri De Condé ne sait que penser. " D'un côté, je suis fier de notre prestation à Liverpool mais de l'autre je me demande comment nous jouons parfois aussi mal. Ce qui est possible contre Naples et Liverpool doit l'être en championnat de Belgique aussi. Je sais que ce n'est pas facile pour le coach mais nous devons être plus entreprenants. Il est vrai que les nouveaux n'ont pas encore apporté beaucoup mais personne n'a été constant, les piliers de l'équipe non plus. Nous avons montré trop peu de choses, nous ne nous remettons pas assez en question et nous n'allons pas suffisamment vers le but. Il n'y a plus d'excuses. Nous nous sommes fourrés dans un mauvais pas et nous allons souffrir jusqu'au play-offs." " Nous ne pouvons pas nous contenter de cela. Si les gens grondent, nous devons répondre. Sinon il ne faut pas vouloir jouer dans la cour des grands. " Genk est-il un grand club ? Pour De Condé, oui : il a remporté quatre titres et quatre coupes au cours des dernières décennies. Mais maintenant, tout va trop vite. " On se remet à peine du dernier mercato qu'on parle déjà des départs de Berge et Lucumi alors que je ne suis au courant de rien. " À Liverpool, ça ne se passe pas comme ça. Il mesure donc le chemin qui reste à parcourir. " Liverpool parvient à garder ses meilleurs joueur et à construire. Nous sommes un club formateur et nous devons déjà être content que les joueurs restent un an et demi à deux ans chez nous. Le tout est de pouvoir nous stabiliser en conservant notre modèle de façon à ce que les joueurs restent trois ans. " Peter Croonen estime qu'il n'a pas mis de pression sur les joueurs et l'entraîneur. " Genk doit être dans le top 6, sans quoi il y a automatiquement de la pression. " " Nous savions que les débuts seraient difficiles et qu'il faudrait du temps pour que la mayonnaise prenne mais nous espérions quand même que l'équipe soit plus stable en ce moment. Si nous voulons nous qualifier pour les play-offs 1, il est temps qu'on y arrive. Nous ne jouons pas suffisamment bien et il n'y a pas beaucoup de signes d'amélioration. Le match contre Gand est donc très important. Je ne parle pas seulement du résultat mais aussi de la manière. " En coulisse, on dit que si Genk hésite à limoger Mazzu, très apprécié sur le plan humain, c'est parce qu'il n'a pas de plan B. " Faux ", dit Croonen. " Nous savons que toute décision implique des conséquences mais cela ne veut pas dire que nous avons un plan B. Pour moi, c'est noir ou c'est blanc, pas gris. Actuellement, c'est blanc, sans quoi nous aurions déjà pris une décision. " Au lendemain du retour de Liverpool, Genk entamait la préparation du match contre La Gantoise. Pour Het Laatste Nieuws, seule une victoire pouvait sauver Mazzù. Et le moins que l'on puisse écrire, c'est que le match contre Gand a plutôt mal débuté avec un but inscrit d'entrée de jeu par Laurent Depoitre. Et au moment où le Racing semblait enfin pouvoir se rebiffer, c'est 0-2 par Jonathan David. De quoi mettre Genk définitivement KO. Après coup, un Felice Mazzù visiblement marqué s'étonnait du contraste entre ce que son équipe avait montré à Liverpool et ce qu'il venait de voir face à Gand. Il n'était pas le seul à se poser des questions. " Indigne de Genk ", fulminait Dimitri de Condé, conscient que le message du coach ne passait décidément pas en championnat. Un problème peut-être lié, en partie, au fait que la connaissance du néerlandais et, surtout, de l'anglais, langue véhiculaire au Racing, n'était pas assez maîtrisée par le T1. " Confiance et foi sont les deux aspects les plus importants du foot ", observait l'entraîneur des Gantois, Jess Thorup, après le match. Sont-ils encore d'application à la Luminus Arena ? Wait and see...