En juin 2006, notre enquête sur les finances du Sporting de Charleroi avait révélé des chiffres alarmants : depuis la création de la société anonyme (juillet 2000), chaque exercice s'était soldé par une perte énorme (environ 3 millions les trois premières années, 2 millions la quatrième, 1 million la cinquième). En janvier dernier, le club a déposé à la Banque Nationale son bilan pour l'exercice juillet 2005-juin 2006. Principal enseignement : la balance s'est inversée, le Sporting a enregistré un bénéfice de 525.000 euros. Tentons de comprendre comment ce revirement a été possible et essayons de lire dans l'avenir financier du club.
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En juin 2006, notre enquête sur les finances du Sporting de Charleroi avait révélé des chiffres alarmants : depuis la création de la société anonyme (juillet 2000), chaque exercice s'était soldé par une perte énorme (environ 3 millions les trois premières années, 2 millions la quatrième, 1 million la cinquième). En janvier dernier, le club a déposé à la Banque Nationale son bilan pour l'exercice juillet 2005-juin 2006. Principal enseignement : la balance s'est inversée, le Sporting a enregistré un bénéfice de 525.000 euros. Tentons de comprendre comment ce revirement a été possible et essayons de lire dans l'avenir financier du club. Si le dernier exercice enregistré s'est terminé sur un bénéfice, le bilan du club depuis sa constitution en SA reste un gros problème. La perte reportée (tout ce que le club a perdu année après année), qui était de 12.067.000 euros en juin 2005, était encore de 11.542.000 euros un an plus tard. Et la rubrique capitaux propres (capital social, donc l'argent injecté par les administrateurs, moins la perte reportée) indique toujours un négatif de 8 bons millions - le capital social est de 3.500.000 euros. Le bénéfice dégagé durant l'exercice 2005-2006 s'explique essentiellement, selon le rapport et les chiffres remis par le club à la BNB, par l'augmentation des recettes liées au sponsoring et la hausse des droits TV. Le contrat avec Belgacom est entré en vigueur juste au début de cet exercice comptable et ce nouveau contrat a permis à un club de milieu de tableau comme Charleroi de doubler ses recettes TV (de 800.000 à 1,6 million d'euros environ). L'augmentation des recettes de sponsoring évoquée par le CA est aussi une réalité : tous les sponsors du Sporting ne versent pas une fortune, mais ils sont tellement nombreux (la preuve par le maillot) qu'ils rapportent beaucoup. Et demain ? Depuis qu'il a contracté ses emprunts (couverts par la Ville) pour un montant total de 7,5 millions, le club ne remboursait que les intérêts (environ 500.000 euros par an au cours des 3 derniers exercices). Mais 2007 est une année charnière puisqu'il faudra bientôt rembourser aussi le capital : soit une dépense annuelle supplémentaire proche de 400.000 euros, avec la première échéance en juillet. Soit près de 80 % du bénéfice dégagé durant l'exercice 2005-2006. Le Sporting en a-t-il les moyens ? Cela dépendra par exemple de l'affectation de l'argent récolté en transferts depuis l'été 2006. Les ventes ou locations de François Sterchele, Bertrand Laquait, Cyril Théréau, Sébastien Chabaud et Dante doivent avoir rapporté entre 3 et 4 millions - c'est secret défense mais l'estimation doit tenir la route. Cette somme servira-t-elle prioritairement à mettre du beurre dans les épinards d' AbbasBayat, qui a déjà injecté une fortune (de ses sociétés et de sa cassette personnelle) dans le club ? Ou est-ce un bas de laine pour demain ? Sur un plan purement commercial, ces ventes et locations sont des coups de génie : tous ces joueurs étaient arrivés pour trois fois rien et jouaient pour des cacahuètes, puis ils ont rapporté gros au club. Mais ces départs ne cadrent pas avec le discours de la direction, qui annonce que ses finances sont saines, que l'avenir financier n'est pas du tout menacé et que l'ambition se situe au niveau du podium de notre championnat. Ce discours signale aussi, par exemple, que le Sporting n'a pas de dettes. Pour le manager général des Zèbres, un emprunt bancaire n'a rien d'une dette : " Quand vous empruntez pour payer votre maison, vous n'êtes pas endetté ". C'est un raisonnement très personnel... Pour les specialistes, quand on emprunte, on s'endette. Purement et simplement. Dans son rapport remis à la BNB, le conseil d'administration du Sporting signale que le club est toujours engagé dans deux litiges qui pourraient avoir une incidence sur son état financier au cours des prochaines années : la plainte des riverains suite à l'agrandissement du stade avant l'EURO 2000 (ils réclament un dédommagement mais le Sporting se considère - à raison - comme étranger à ce dossier, n'étant que locataire des installations) et l'affaire Oulmers qui pourrait obliger la FIFA à payer une note salée aux Bayat. On doit y ajouter un troisième dossier : celui d'un terrain synthétique destiné au centre d'entraînement de Marcinelle dont l'aménagement et le financement (un peu plus de 400.000 euros) interpellent la justice. Il a été payé par le Sporting (emprunt de 400.000 euros contracté durant l'exercice 2004-2005) avec la promesse contractuelle que la Ville finirait indirectement par le subsidier. C'est dans ce cadre que la Régie Foncière avait prévu d'acheter 2.500 places (à 5 euros) par match durant les saisons 2005-2006 et 2006-2007. Total : 425.000 euros et la boucle était bouclée... Mais la tutelle a décrété que ce marché était illégal et la vente de places à la Régie Foncière a donc été annulée au cours de la première saison. Le club sera-t-il finalement remboursé pour son investissement ? Récemment, la justice a interrogé l'ancien bourgmestre Jacques Van Gompel sur ce dossier. L'achat de places avait été arrangé par Claude Despiegeleer, mais la justice pense sans doute que le chef de la Ville était forcément au courant. Tout comme il était peut-être au courant de la façon dont on a choisi la société qui a aménagé le terrain synthétique. Pas d'appel d'offres, donc infraction à la loi sur les marchés publics. Despi aurait affirmé à l'époque qu'une seule entreprise avait les compétences nécessaires pour aménager un terrain aussi spécifique. Dans le dos du bourgmestre ou avec son aval ? Les enquêteurs cherchent la réponse. Le Sporting va-t-il se faire chatouiller comme l'ont été les autres grands clubs sportifs de Charleroi ? Jean-Jacques Viseur, le nouvel échevin des Finances, marche sur des £ufs : " Je sais beaucoup de choses mais je ne peux rien vous dire pour l'instant. Nous sommes occupés à constituer un groupe de travail qui doit analyser en profondeur la nature des liens entre la Ville et le Sporting. Certaines choses sont très délicates. Il est probable que la couverture des emprunts par la Ville sera revue, par exemple. Nous devrons aussi voir ce qui figure exactement dans le contrat d'achat de places qui devait permettre de financer le terrain synthétique. Ce contrat est-il conforme ou pas ? Une chose est certaine : l'achat de places de cette façon n'est pas autorisé. Et il est possible que le club soit finalement obligé de payer lui-même son synthétique ". PIERRE DANVOYE