J ean-Philippe Caillet (29 ans) est satisfait de ses débuts dans le championnat de Belgique. Difficile de dire, cependant, si le Français venu de Litex Lovech restera longtemps chez nous car il a de l'ambition. " Je vois plus loin que Genk ", dit-il. Vous avez dit cynique ?
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J ean-Philippe Caillet (29 ans) est satisfait de ses débuts dans le championnat de Belgique. Difficile de dire, cependant, si le Français venu de Litex Lovech restera longtemps chez nous car il a de l'ambition. " Je vois plus loin que Genk ", dit-il. Vous avez dit cynique ? " Le football belge est moins médiatisé qu'en France mais le championnat est plein de suspense et d'intensité car beaucoup d'équipes se valent. C'est très compétitif. Avant de venir ici, je me suis informé pour savoir à quoi m'attendre au niveau du football. On m'a dit que le style de jeu et la tactique étaient proches de la Premier League anglaise. Jusqu'ici, cela s'est confirmé. C'est très physique et les duels ont beaucoup d'importance. J'ai joué en D1 et en D2 française, c'est tout à fait différent. Le football français jouit quand même d'un certain prestige, beaucoup de joueurs étrangers talentueux veulent y jouer et cela se remarque surtout au niveau technique. Il ne faut pas non plus négliger le rôle des centres de formation. Dès notre plus jeune âge, nous sommes confrontés à un milieu très professionnel, tous les aspects du football nous sont minutieusement détaillés. J'ai été formé à Metz et, lorsque je suis parti jouer à l'étranger en 2005, j'ai bien remarqué que j'avais un plus gros bagage que les autres. Techniquement, physiquement et tactiquement, je performais à un autre niveau et je comprenais plus facilement. La France investit beaucoup d'argent dans le football et cela porte ses fruits car les jeunes joueurs talentueux sont détectés plus rapidement ". OK, mais la question se pose directement : pourquoi avoir décidé de tenter sa chance en Bulgarie ? " Je cherchais un défi. Litex est un bon club et je n'ai pas hésité. Ne vous méprenez pas sur le niveau : je suis convaincu qu'une demi-douzaine de clubs de D1 bulgare joueraient facilement le milieu de tableau en Ligue 1 française ! De plus, j'ai eu la chance de tomber sur Ljupko Petrovic, un entraîneur de grande classe. On remarquait rapidement qu'il avait l'expérience de grands clubs comme l'Etoile Rouge de Belgrade. Il m'a directement fait confiance en défense. Tout se passait très bien et, à la trêve hivernale, j'ai eu quelques propositions mais le club ne voulait pas me lâcher. En fin de saison, j'ai été élu Meilleur Défenseur Etranger. J'ai donc bien fait de signer en Bulga- rie. Les supporters de Litex m'appréciaient beaucoup et quand ça arrive, il faut en profiter. Car quand l'équipe a des problèmes, les supporters peuvent l'aider. Je pense que tous les joueurs aiment être soutenus par le public. Les fans de Litex me comparaient parfois à David Beckham parce que je marquais de temps en temps sur coup franc et à cause de mon style de vie un peu extravagant à leurs yeux. Il semble qu'ils étaient un peu choqués par les vêtements que je portais. Mais Beckham est un exemple pour moi. J'aime à la fois son mode de vie et son jeu. Mais bon : même si j'aime bien jouer le jeu avec les supporters, je ne me laisse pas facilement abattre par la critique. C'est une question de confiance en soi ". Caillet fait le vexé quand on lui dit qu'un transfert à Genk ne constituait sans doute pas un vrai pas en avant pour lui. Avec Litex, au moins, il disputait la Coupe d'Europe... " D'accord, Litex est une bonne équipe ", dit Caillet. " L'an dernier, elle a éliminé Genk de la Coupe d'Europe mais cela ne veut pas dire qu'elle a plus de potentiel. J'ai goûté aux joies de la Coupe d'Europe l'an dernier et j'ai envie de retrouver ces sensations. Ce sera peut-être pour plus tard mais, actuellement, cela ne m'empêche pas de dormir. Je suis à Genk pour progresser sur le plan sportif. Cela me semble plus évident qu'en Bulgarie, même si ce pays est plus professionnel que beaucoup de gens ne l'imaginent ". A son arrivée dans le Limbourg, les dirigeants de Genk ont été critiqués car la présence du Français freinait automatiquement la progression de jeunes talents belges comme Sven Verdonck. Il faut donc s'attendre à ce que le tricolore apporte un plus à l'équipe. Caillet : " Je suis content de mes premiers matches mais comme je suis arrivé tard et que j'ai manqué quelques matches de préparation, je cherche encore les automatismes avec mes équipiers. Je parle beaucoup. Le football actuel est surtout basé sur la tactique et, si on veut exécuter correctement un système, il faut sans cesse donner des consignes. Je peux devenir le patron de la défense, diriger l'équipe. A Litex, c'est moi qui décidais de ce qu'il fallait faire derrière, d'ailleurs. Si je suis des cours de flamand ? Non, j'estime que ce n'est pas nécessaire. Je tire mon plan avec le français et l'anglais. Peut-être que, plus tard dans la saison, je déciderai d'apprendre le flamand mais ce ne serait alors que pour mon enrichissement personnel car, en football, je n'ai pas besoin de cela. Je m'entends bien avec Tommy Mikulic. Nous nous parlons en serbe (il rit). En fait, je parle plutôt bulgare mais la différence est minime "... Sur le plan personnel, Caillet a choisi Genk pour se rapprocher de la France : " Je ne nie pas que l'aspect familial a influencé ma décision de venir en Belgique. En Bulgarie, je vivais seul car ma fille ne pouvait pas fréquenter l'école. Mais j'aime beaucoup l'étranger : je découvre d'autres mentalités, d'autres langues, etc. De ce point de vue, je suis plutôt aventurier. Je veux également découvrir la culture flamande. Les différences entre la Flandre et la Wallonie m'étonnent. Mais j'ai encore mes meilleures années devant moi. Je ne suis pas venu à Genk pour y finir ma carrière et je l'ai directement fait savoir aux dirigeants. J'ai signé pour trois ans mais, si j'ai la chance de progresser sportivement, pourquoi hésiterais-je ? J'ai peut-être joué longtemps en Ligue 2 française mais je ne pense pas y avoir perdu mon temps : j'ai progressé chaque année et je suis prêt pour les choses sérieuses ". A partir de quel moment considérerez-vous que votre saison est réussie ? " Je serai content si nous terminons devant le Standard, un club auquel il me semble qu'on nous compare sans cesse ici, à tort et à travers. Je lis dans les journaux que Genk doit hisser son niveau de jeu et que cette équipe manque de créativité ainsi que d'homogénéité mais les résultats sont là. Le Standard dispose soi-disant de joueurs créatifs mais où sont-ils au classement ? A chacun son style ! Nous devons viser l'Europe et pourquoi pas directement la Ligue des Champions ? Genk a le potentiel suffisant pour cela ". BERT BOONEN