L'homme est peu prolixe, c'est un euphémisme. La conférence de presse qui présentait le nouvel arrivant a apparemment frappé les esprits des journalistes présents sur place. " Je suis là pour marquer des buts. Point. Si je n'avais pas été obligé de venir à cette conférence de presse, je serais déjà parti. "
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L'homme est peu prolixe, c'est un euphémisme. La conférence de presse qui présentait le nouvel arrivant a apparemment frappé les esprits des journalistes présents sur place. " Je suis là pour marquer des buts. Point. Si je n'avais pas été obligé de venir à cette conférence de presse, je serais déjà parti. " Voilà qui a le mérite d'être clair. LukaszTeodorczyk n'est pas venu à Bruxelles pour être populaire mais bien pour se relancer après deux saisons difficiles au Dynamo Kiev. Et le moins que l'on puisse dire c'est que " Teo " n'a pas traîné : avec 5 buts lors de ses six premiers matches, il rappelle les débuts de NicolasFrutos, lui aussi buteur à 5 reprises en six rencontres. L'ex-goléador argentin n'a d'ailleurs pas hésité à déclarer avec une pincée d'égo-trip : " Teodorczyk est le meilleur attaquant d'Anderlecht depuis mon départ en 2010. " Pour en avoir le coeur net, on s'est renseigné en Pologne sur la réelle valeur du néo-puncheur mauve et blanc. " Dans le championnat polonais, Teodorzcyk a prouvé qu'il était un vrai buteur. Mais, s'il vous plaît, ne le comparez pas avec quelqu'un comme RobertLewandowski qui boxe dans une tout autre catégorie. Cette comparaison n'a aucun sens, " clame WlodzimierzLubanski, qui fit les beaux jours de Lokeren dans les années 70 et fut désigné comme le plus grand joueur polonais du 20e siècle. " D'ailleurs, on a souvent jugé Teodorzcyk trop court pour l'équipe nationale. Malgré le fait qu'il inscrivait de nombreux buts lors de sa dernière saison en Pologne, on n'en a jamais fait le futur de la sélection, ni une référence du foot polonais. D'ailleurs, je ne pense pas que ce soit un attaquant promis au plus haut niveau. S'il n'a pas réussi au Dynamo Kiev, je le vois difficilement s'imposer dans une très grande compétition. Par contre, je ne suis pas surpris qu'il s'adapte aussi vite dans le championnat belge. Hormis ses qualités de buteur, il a un physique robuste mais surtout c'est un attaquant capable de combiner dans les petits espaces, ce qui est une donne non négligeable quand on joue dans un club comme Anderlecht. " " Lukasz vous a semblé introverti ? Ça ne m'étonne pas du tout. Il était comme ça en Pologne aussi ", explique Radoslaw Nawrot, journaliste polonais qui suit le Lech Poznan où Teodorczyk a joué entre janvier 2013 et juin 2014 avant de signer au Dynamo Kiev. " Il a toujours eu des difficultés avec les journalistes, il se méfie d'eux. Il pense que les journalistes ne sont pas nécessaires, il les voit quasiment comme une menace. Je l'ai rencontré à plusieurs reprises à Poznan mais il avait du mal à se libérer. Il n'aime clairement pas les interviews, c'est quelqu'un de compliqué à aborder. Si vous le rencontrez après une défaite, bonne chance pour qu'il s'exprime ou qu'il vous explique les raisons de l'échec. Je pense que sa personnalité renfermée avec les médias s'explique par une jeunesse quelque peu difficile. Il a grandi à Zuromin dans une petite ville de quelques milliers d'habitants à une centaine de kilomètres de Varsovie. Son frère a fait de la prison, je ne pense pas que ça a toujours été rose pour lui. Mais c'est quelqu'un de dur dans le bon sens du terme, avec une vraie personnalité et décidé à réussir. C'est un vrai professionnel, en tout cas sur le terrain. Concernant les à-côtés, c'est autre chose. Il a aussi connu des problèmes avec les supporters quand il était à Poznan après les avoir critiqués. C'est un buteur mais ce n'est pas un grand buteur d'après moi. Il a cependant d'autres qualités qui permettent aux autres joueurs de s'exprimer. A son arrivée au Lech Poznan, ça n'a pas été facile. Il était arrivé en janvier 2013 et n'a marqué qu'une fois en une moitié de saison. En revanche, la saison qui a suivi, Lukasz a véritablement explosé. Il s'est retrouvé en sélection et a même inscrit deux buts face à la Roumanie lors de ses débuts. Mais il reste toutefois en retrait des Lewandowski ou Milik. Il arrive qu'on le compare à l'attaquant du Bayern parce qu'ils sont tous deux passés par Poznan mais la comparaison s'arrête là. Par contre, je sais que Teodorczyk a énormément d'ambitions et il est revanchard par rapport à son passage ukrainien. " " J'ai pu l'observer à plusieurs reprises quand il évoluait en Pologne et il a pas mal progressé en quelques années ", témoigne le sympathique MarcinZewlakow qui fit les beaux jours de Mouscron et de Gand. " Teodorzcyk est le prototype de l'attaquant complet : il est costaud, rapide et efficace devant le but, que ce soit des deux pieds ou dans le jeu aérien. Mais ce qui me plaît le plus dans son profil, c'est que malgré sa taille, sa stature, c'est tout le contraire de l'attaquant statique qui attend qu'un ballon échoue dans le rectangle. Teodorzcyk étouffe et fatigue une défense pendant 90 minutes. Il n' a pas réussi au Dynamo Kiev où la concurrence était rude mais il a montré qu'il avait envie de retrouver sa place en sélection en s'imposant à Anderlecht, dans un club qui reste un nom en Europe. On voit qu'il a faim et il l'a prouvé avec une très belle entrée en matière. Comme je l'ai dit, ce n'est pas uniquement un renard des surfaces, Teodorczyk est capable de se créer des occasions à lui seul grâce à ses déplacements, ses courses et sa qualité de frappe. Que ce soit en solo ou grâce au travail d'un équipier, sur 90 minutes, il va toujours se créer une occasion, c'est sa grande force. C'est un attaquant qui ne se cache pas et qui dégage beaucoup d'enthousiasme, ça ne m'étonne pas que le public anderlechtois l'ait aussi vite adopté. Teodorczyk est un attaquant qui aime avoir quelqu'un à ses côtés, mais je pense qu'il peut évoluer dans n'importe quel système. C'est une grande chance pour un coach d'avoir un attaquant comme lui, car il peut modifier ses plans sans toucher à son attaquant de pointe. Il occupe parfaitement les espaces et il peut aussi bien décrocher que prendre la profondeur. Concernant la sélection, il faut rester réaliste : le numéro un est connu avec Lewandowski, tandis que le poste de numéro 2 est occupé par ArkadiuszMilik qui a débuté très fort avec Naples. Il doit donc lutter pour occuper le poste de troisième attaquant. D'ailleurs le sélectionneur semble lui faire à nouveau confiance puisqu'il l'a sélectionné pour le match au Kazakhstan au début de ce mois. La presse était même surprise que le coach national, AdamNawalka, ne profite pas de la bonne passe du nouvel attaquant d'Anderlecht pour le faire monter au jeu. Les échos que l'on reçoit de lui sont en tout cas extrêmement positifs. Ça montre qu'il se sent à nouveau bien après deux saisons compliquées en Ukraine. Et quand il est bien dans sa tête, il est capable de tout. " " Quand j'ai vu pour la première fois Lukasz Teodorczyk, ce n'était pas vraiment intentionnel puisque j'étais parti en Pologne scouter un flanc droit ", se remémore DanielRenders, ex-entraîneur adjoint d'Anderlecht et, à l'époque, scout pour le Sporting. " On était en 2012 et je dois dire que la rencontre n'était pas d'une grande qualité. Mais j'avais été séduit par l'attaquant du Polonia Varsovie. Et pourtant, Teodorczyk évoluait dans une petite équipe (le Polonia Varsovie allait mettre la clef sous le paillasson peu de temps après, ndlr) mais il avait réussi à se mettre en évidence sur les quelques ballons qu'il avait reçus. J'avais noté que, malgré sa stature, c'était un numéro neuf qui ne ménageait pas ses efforts, quelqu'un capable de fatiguer les défenses alors qu'il était un peu seul sur son île ce soir-là. A mon retour, je n'avais pas pu faire un rapport complet, j'avais simplement rédigé quelques lignes à son sujet. Quand son nom est réapparu cet été dans les discussions, je me suis souvenu de cette rencontre. Teodorczyk n'est pas arrivé au club sur base d'un rapport de scouting. D'ailleurs, je ne sais pas vous dire par quel biais il est arrivé au club. Mais RenéWeiler a sûrement dû donner son aval après l'avoir vu sur base de vidéos. En tout cas, aujourd'hui, c'est une réussite au vu de ses stats mais aussi de par sa présence sur le terrain. C'est un joueur qui prend pas mal de place et qui n'hésite pas à mouiller son maillot. " " Ce que je retiens surtout de Lukasz, c'est que c'est un guerrier. Il est extrêmement fort mentalement. Quand il est arrivé au club, en 2013, ça a été compliqué pour lui. Il ne marquait pas et les supporters et les médias le critiquaient. J'ai vu pas mal d'attaquants souffrir de cette pression, lui n'a jamais eu de difficultés à composer avec ça. C'est quelqu'un qui ne lâche rien, jamais. La saison d'après (2013-2014), il l'a débutée sur le banc et quand il est monté au jeu, il a directement donné un assist et marqué un but. Il pourrait être écarté plusieurs mois que ça ne changerait rien pour lui. Il aurait toujours cette envie de montrer ses qualités. A partir du moment où ses coéquipiers ont compris comment il fallait le servir, il devient vraiment redoutable. Ça demande une petite période d'adaptation même si à Anderlecht, il semble déjà lancé. C'est aussi une personne qu'il faut apprendre à connaître, qui peut paraître froide de prime abord, qui a toujours eu du mal avec les journalistes. Je lui disais que ça faisait partie du métier et qu'il devait l'accepter. Il se disait qu'il allait se battre contre ça et changer les mentalités. Mais ce n'est pas un grand communicateur. Plutôt un guerrier. Et, en Pologne, on aime ça car la vie n'est pas facile pour tout le monde. Au cours de sa superbe saison chez nous, l'intérêt des clubs étrangers a été grandissant. Il était très proche de signer avec le Red Bull Leipzig mais le club allemand s'est étonnamment retiré après que Teo eut contracté une petite blessure à la cuisse en juin 2014 lors d'un match avec l'équipe nationale. Il y a eu aussi de l'intérêt de deux clubs de Premier League en fin de mercato. Mais il avait donné sa parole au Dynamo Kiev, et n'a jamais voulu la renier. Et pourtant l'Angleterre offrait bien plus d'argent. " PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGE