Didier Frenay et ses associés (belges et étrangers) travaillent dans toute l'Europe et gèrent la carrière de 120 joueurs environ, dont près de 35 footballeurs de notre championnat. Il accepte mal l'opinion que le grand public se fait souvent des agents de joueurs.
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Didier Frenay et ses associés (belges et étrangers) travaillent dans toute l'Europe et gèrent la carrière de 120 joueurs environ, dont près de 35 footballeurs de notre championnat. Il accepte mal l'opinion que le grand public se fait souvent des agents de joueurs. " Nous sommes des apporteurs d'affaires ", explique- t-il. " Pourquoi le métier d'agent de joueurs ne devrait-il pas exister alors qu'on rétribue les chasseurs de têtes qui font un travail semblable au nôtre ? Le boulot des agences d'intérim correspond aussi à ce que nous faisons, et les bureaux d'agents de joueurs sont d'ailleurs officiellement considérés comme des agences d'intérim dans la législation flamande. La grosse différence, c'est que nous devons voyager sans arrêt, avec tous les frais que cela sous-entend : avions et hôtels, en plus de factures de téléphone colossales et de l'entretien d'une infrastructure. Tout cela sans aucune garantie de retour sur investissement. Nous ne pratiquons pas un métier à revenu garanti ". Frenay pointe du doigt la difficulté qu'il y a à travailler dans un univers où les législations û locales et internationale û s'entrechoquent : " Dès que nous traitons avec un club flamand, qui se bornera à appliquer la réglementation de la Région flamande, nous bafouons les règles de la FIFA. Le système appliqué en Flandre a clairement été imaginé par des gens qui ne connaissent pas le foot. Il comprend plusieurs aberrations. Un agent qui a guidé un joueur pendant plusieurs années peut se faire plaquer du jour au lendemain par le joueur en question si celui-ci décide de conclure son transfert avec un autre agent. Aucun dédommagement n'est prévu. Et nous jouons dans un grand jeu d'hypocrites parce que les clubs sont prêts à accepter n'importe quel agent û même s'il n'est pas reconnu û à partir du moment où ça les intéresse ". Les avocats qui travaillent dans le football constituent, selon Frenay, un autre danger : " Les avocats ne me dérangent pas, mais qu'ils annoncent au moins la couleur. Ils doivent être soit avocats, soit agents de joueurs. Il y en a qui portent les deux casquettes et je ne suis plus d'accord. Ils profitent de leurs contacts en tant que juristes pour conclure des transferts de footballeurs. Ce ne sont rien d'autre que des agents déguisés. Ils ont sans doute plus de plaisir à traiter un transfert de joueur qu'un divorce ou un chien écrasé, mais qu'ils renoncent alors complètement à leur métier d'avocat ". On entend parfois que les agents belges de joueurs ont peur d'utiliser la loi de 78, craignant de se faire griller sur notre marché. " C'est faux ", affirme Frenay. " Qu'est-ce que ça veut dire, être grillé ? Même si un agent avait recours à la loi de 78, des clubs belges reviendraient vers lui s'ils étaient intéressés par un de ses joueurs. Mais j'avoue que cette loi, si elle est utilisée par des agents peu scrupuleux qui ne pensent qu'à leur propre intérêt, est une arme dangereuse ". Les clubs risquent-ils, à l'avenir, de ne plus proposer que des contrats de très longue durée (comme cela se fait en NBA) pour éviter le piège de la loi de 78 ? " Impossible ", tranche Didier Frenay. " C'est irréalisable dans la pratique. Trop dangereux pour les clubs, qui se retrouveraient ainsi avec des contrats très lourds et de très longue durée sur les bras. Sans aucune garantie de voir les joueurs concernés justifier leur salaire pendant autant d'années ". D'après Frenay, la frénésie boursière a étouffé nos clubs. " C'est un des effets pervers de l'arrêt Bosman. Pour éviter de voir ses joueurs partir pour rien, on a offert des contrats faramineux et sur une longue durée. En espérant une revente au prix fort, en cours de contrat. C'était de la pure spéculation, comme à la Bourse. On s'est mis à investir sur des valeurs potentielles, en pensant au jackpot. J'ai vu des gars de 20 ans dont les indemnités de déplacement ou d'autres avantages en nature correspondaient au salaire de base que j'avais à leur âge. De mon temps, il fallait avoir joué dix ans en D1 pour avoir droit à une certaine reconnaissance financière. Ce raisonnement a tué pas mal de clubs. Entre-temps, ils ont compris et sont redescendus sur terre. Et les footballeurs l'acceptent mal ".