Georg Kessler, son premier entraîneur
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Georg Kessler, son premier entraîneurKessler: "Personne n'a découvert Marc Degryse. Pas plus moi que les autres. Il s'est distingué grâce à son talent. J'ai simplement essayé de le développer. Il était tellement doué qu'il était impossible de passer à côté de lui. Le plus difficile est de choisir le bon moment pour offrir sa chance à un jeune. Nous avions un capitaine fantastique, Jan Ceulemans, qui l'a aidé. Jan savait accueillir les jeunes. L'entraîneur ne devait pas intervenir. Marc était attentif à tous les avis. Il assimilait tout et en faisait quelque chose. Je le comparerais à d'autres jeunes que j'ai connus: Wolfgang Overath, Johan Cruyff, Wim Janssen. Il était du même calibre sur le plan technico-tactique. Sa petite taille constituait un handicap, toutefois compensé par sa mobilité et sa vitesse. Mais, physiquement, il était quand même fort. Je ne me fais pas de soucis pour sa reconversion. Les grands joueurs ont l'habitude d'anticiper. C'est parce qu'ils pensent plus vite que les autres qu'ils sont capables d'émarger à l'élite dans n'importe quelle profession. Les grands ont le courage de tirer des leçons de leurs erreurs".Ceulemans: "Je devais avoir 23 ans la première fois que j'ai vu Marc. Je jouais depuis quelques années à Bruges. Un petit bonhomme a sonné à ma porte. Il voulait m'interviewer. Il avait environ 15 ans, il était intimidé mais il présentait bien. Quand il a rejoint le noyau, le courant est immédiatement passé entre nous. Je l'aime bien. Pourquoi? Je ne peux pas répondre. C'est ainsi.Je l'avais déjà vu quelques fois à l'oeuvre en équipes d'âge et je savais que ce gamin était capable de bien jouer. Au début, il était paisible. Mais ça a vite changé. Il apprenait plutôt en observant les gens qu'en posant des tas de questions. Au début, je l'ai quelque peu protégé. Tous les jeunes en ont besoin. Mais cette phase a été brève. On accorde plus rapidement sa chance à un jeune doué. Marc a été accepté grâce à ses qualités. Nous avions une bonne équipe mais nous avions besoin d'un technicien. Il nous a apporté cette touche, ce sens de l'action décisive.Après quelques années, il m'a annoncé qu'il avait la possibilité de rejoindre Malines. Quand il m'a dit combien il pouvait gagner là-bas, je lui ai conseillé de ne pas laisser passer sa chance. Comme Aad de Mos a finalement quitté Malines, Marc a prolongé d'un an à Bruges. Anderlecht et l'étranger ne l'ont pas changé. Il a toujours donné son avis. Il osait dire le fond de sa pensée à Henk Houwaart, par exemple, mais toujours avec correction et entre quatre-z-yeux. Lorsque nous nous rencontrons, nous trouvons toujours quelque chose à nous dire. Si nous nous trouvons à deux extrémités de la même pièce, sans en avoir convenu, nous nous retrouvons ensemble au bout de cinq minutes".Sollied: "A mon arrivée à La Gantoise, Degryse en était le joueur le plus chevronné. C'était le leader informel alors que Ramcic, le capitaine, était le meneur attitré. Je préfère d'ailleurs que le leader informel soit aussi le capitaine, pour éviter des conflits, mais Marc ne voulait pas être capitaine. Je le lui ai pourtant demandé. Il m'a expliqué ses motivations. Je ne les trahirai pas: ça reste entre lui et moi. J'ai accepté ses raisons. Travailler avec lui n'était pas difficile mais c'est logique: les bons joueurs fonctionnent plus facilement. Il ne ménageait pas ses efforts. Il était mon premier défenseur. Un avant n'a pas besoin de tackler. Un bon jeu de position lui suffit. Il ne brossait pas beaucoup d'entraînements mais il atteignait un âge auquel il devait se soigner lui-même. Il n'aurait pas joué aussi longtemps s'il n'avait pas aussi bien écouté son corps.Ce qui m'a frappé, c'est l'art avec lequel il joue en un temps. Il sait quand conserver le ballon et quand le céder. Il connaît la solution avant même d'avoir le cuir. C'est très rare pour un attaquant. C'est généralement l'apanage des médians axiaux".