Personne n'est épargné par le Covid-19. Les clubs de football tirent, traditionnellement, l'essentiel de leurs rentrées financières de quatre sources: les contrats de sponsoring, les recettes enregistrées les jours de match (ticketing, catering), les droits télévisés et les transferts. Cette saison, la donne a changé. Plus aucune recette n'est enregistrée les jours de match. Depuis le printemps 2020, on joue à huis clos. La Premier League a entrouvert ses portes début décembre, mais en ne laissant entrer qu'un nombre très limité de personnes. West Ham United a accueilli 2.000 supporters pour le match au sommet contre Manchester United. Le PSG joue devant des tribunes vides depuis un an. Idem pour le Bayern Munich et le FC Barcelone. La Jupiler Pro League fait un peu exception: six journées de compétition ont été disputées en présence d'un public limité. Ça a mis un peu de beurre dans les épinards, mais ce n'est pas grand-chose. Pas de public, cela signifie aussi moins de visibilité pour les sponsors. Ceux-ci n'ont pas quitté le navire, mais ont quand même réclamé des bons à valoir pour la saison prochaine.
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Personne n'est épargné par le Covid-19. Les clubs de football tirent, traditionnellement, l'essentiel de leurs rentrées financières de quatre sources: les contrats de sponsoring, les recettes enregistrées les jours de match (ticketing, catering), les droits télévisés et les transferts. Cette saison, la donne a changé. Plus aucune recette n'est enregistrée les jours de match. Depuis le printemps 2020, on joue à huis clos. La Premier League a entrouvert ses portes début décembre, mais en ne laissant entrer qu'un nombre très limité de personnes. West Ham United a accueilli 2.000 supporters pour le match au sommet contre Manchester United. Le PSG joue devant des tribunes vides depuis un an. Idem pour le Bayern Munich et le FC Barcelone. La Jupiler Pro League fait un peu exception: six journées de compétition ont été disputées en présence d'un public limité. Ça a mis un peu de beurre dans les épinards, mais ce n'est pas grand-chose. Pas de public, cela signifie aussi moins de visibilité pour les sponsors. Ceux-ci n'ont pas quitté le navire, mais ont quand même réclamé des bons à valoir pour la saison prochaine. Passons aux transferts. Cette source de revenus a aussi tendance à se tarir. En 2019-2020, les mouvements de transferts dans la Liga espagnole avaient généré 1,51 milliard d'euros de dépenses et 1,16 milliard d'euros de rentrées. À titre de comparaison, en 2020-2021, on en est à 414,7 millions d'euros de dépenses et 528,45 d'euros millions de rentrées. Les clubs préfèrent économiser et vendre. C'est la première fois que le bilan est positif depuis 2015. En soi, un tel assainissement est une bonne chose sur le plan économique, mais il y a le risque qu'il s'effectue au détriment du niveau qualitatif du championnat. Ce n'est pas encore prouvé, mais Cristiano Ronaldo est déjà parti, et Lionel Messi pourrait suivre. Les autres grands championnats n'échappent pas à la règle ( voir encadré): les clubs dépensent moins pour leurs transferts, mais les recettes découlant de la vente de joueurs diminuent également. Souvent de 50%. Si trois des quatre pieds qui soutiennent la chaise sur laquelle le football est assis s'effondrent, elle vacille forcément dangereusement. En fait, elle ne repose plus que sur la télévision. En France, on a inventé un mot pour cela: la télédépendance. Ce n'est pas un phénomène nouveau. En Angleterre, il y a des années que les clubs s'appuient lourdement sur la télévision. La part prise par la télé dans leurs revenus n'atteint pas 25 mais 60%. Pour les "petits" clubs, c'est encore davantage: à Bournemouth, c'était 88% la saison dernière. Pour les clubs du Big six, c'est plus variable: de 42 (Manchester United) à 53% (Tottenham). Ces clubs disputent chaque année une compétition européenne, souvent la Ligue des Champions, et en tirent également une bonne partie de leurs revenus. En outre, ce sont des world brands, avec les contrats de sponsoring à l'échelle mondiale qui en découlent. Les supporters se plaignent souvent de cette télédépendance, car les exigences du petit écran bousculent leurs habitudes. En Angleterre, le coup d'envoi traditionnel du samedi après-midi (15 heures), c'est de l'histoire ancienne depuis longtemps. Le week-end prochain, un seul match débutera à cette heure-là: West Bromwich-Brighton. Les autres rencontres se disputeront du samedi à 12h30 au lundi soir à 20 heures. Pour l'instant, on joue sans public, ça a donc moins d'impact, mais lorsque le public reviendra, ce sera une épine dans le pied des nostalgiques. Les clubs doivent réfléchir à la problématique. Une année sans public leur a appris que l'ambiance dans les stades était un élément incontournable. Une baisse du prix des tickets, l'allocation de subsides pour les matches en déplacement, et une limite géographique pour les matches du lundi soir: ce sont autant de pistes de réflexion. Lundi prochain, il y a un Everton-Southampton au programme. Pour les fans, ça ne devrait plus pouvoir exister à l'avenir. Ils veulent des déplacements limités le week-end. En Bundesliga, où les clubs sont encore très soutenus par les supporters, et en Liga espagnole, il y a également une forte opposition aux matches du lundi. L'avantage d'une telle importance des revenus télévisuels, c'est la certitude: on sait, pour toute la durée du contrat, à quoi l'on aura droit. Mais, si cette certitude s'effondre, c'est la catastrophe. Les clubs français en font actuellement l'expérience. Le 29 mai 2018, les clubs hexagonaux se considéraient comme très riches. Mediapro, un groupe hispano-chinois, s'était vu attribuer les droits pour la Ligue 1 et la Ligue 2 pour une durée de quatre ans (2020-2024). En échange d'une somme de 830 millions d'euros par an: 780 millions pour la L1, 50 millions pour la L2. Avec quelques autres détenteurs de droits (BeIN, Free), les clubs professionnels français étaient assurés de percevoir 1,15 milliard d'euros chaque année, à partir de 2020. Il ne faut dès lors pas s'étonner qu'ils aient subitement beaucoup dépensé sur le marché des transferts. En 2019, le montant global est passé de 619,17 millions d'euros à 840,2 millions d'euros. Celui qui se trouvait en L1 voulait y rester à tout prix. Hélas, Mediapro n'a pas tenu ses promesses. Les clubs l'ont rapidement constaté. Il était prévu que le contrat soit payé en plusieurs fois: toujours le 5 du mois, en août, octobre, décembre, février, avril et juin, avec un petit versement de 8,5 millions d'euros les 1er juillet et 1er janvier. Début octobre, juste avant le deuxième versement, Mediapro a annoncé vouloir renégocier l'accord pour des raisons liées au Covid. Le premier versement avait été effectué en retard, le deuxième (135 millions d'euros) n'a pas été versé du tout. Pour ne pas mettre les clubs en difficulté, la Ligue 1 a emprunté de l'argent, et l'a réparti entre les différentes équipes. En décembre, la société a de nouveau snobé un versement (127 millions d'euros). Les négociations avec Mediapro n'ont rien donné, et la firme s'est défaite de son contrat moyennant un dédommagement de 64 millions d'euros. Les clubs français se sont subitement retrouvés avec des contrats à honorer (le salaire mensuel moyen est de 50.000 euros), mais sans la manne de la télévision. BeIN a inclus Canal+ dans une partie du contrat, mais ces 330 millions ont à peine suffi à compenser les 260 millions empruntés par la Ligue professionnelle. La semaine dernière, une petite lumière est apparue au bout du tunnel: Canal+ a donné 35 millions d'euros pour le reste de la saison. Tous les contrats ensemble devraient rapporter environ 670 millions d'euros aux clubs. C'est 50% de moins que prévu. Le seul bénéficiaire, c'est l'amateur de football français. Au lieu de devoir payer toute une série d'abonnements pour pouvoir suivre son club favori, il pourra se limiter à une seule plateforme. La prochaine étape arrive dès maintenant: à quoi doit-on s'attendre pour les prochaines années? Qui offre quoi? En France, Mediapro avait misé sur 3,5 millions d'inscriptions pour sa nouvelle chaîne Téléfoot, mais n'a pas dépassé les 600.000 abonnés. Canal+ a aussi vu ses chiffres baisser. La moyenne de 851.000 téléspectateurs par match diffusé durant la saison 2019-2020 n'atteignait que la moitié de ce que le diffuseur enregistrait il y a dix ans. La fumée blanche proviendra peut-être de nouvelles formes de diffusion. Les Français regardent surtout en direction de l'Italie, où Mediapro a également fait une offre pour les droits télévisés de la Serie A, et principalement vers DAZN ou Amazon. Amazon a déjà découvert le sport depuis un moment. Il a sorti un documentaire sur les Spurs de Tottenham, et travaille sur un autre concernant le Bayern. On se demande quand le géant entrera en lice pour les droits télévisés. En Italie, on s'attendait à ce qu'Amazon entre en scène pour les négociations actuelles, mais ça n'a finalement pas été le cas. La France aura-t-elle la primeur? Les Français regardent aussi en direction de DAZN, qui s'offre la part du lion en Serie A. DAZN et Sky s'y partagent actuellement les droits: Sky retransmet sept des dix matches du week-end, DAZN les trois autres. Pour le nouveau contrat (2021-2024), Sky propose 750 millions d'euros par saison, DAZN en propose 840. La décision tombera prochainement. DAZN est également intéressé par l'acquisition des droits télévisés en France. Mais, après l'expérience malheureuse vécue avec Mediapro, chacun se demande si la base financière de ce concept est suffisamment solide. DAZN se considère comme le Netflix du sport. La société fait partie d'Access Industries et s'appuie sur des investisseurs américains. DAZN est disponible en anglais, en français, en allemand, en italien, en espagnol, en japonais et en portugais. Depuis décembre 2020, la diffusion est quasiment globale : 200 pays y ont accès à travers le monde. Deviendront-ils les nouveaux maîtres du jeu dans le domaine sportif? Les Italiens peuvent déjà y suivre en partie la Serie A et, au niveau international, la Premier League et la Liga. En Allemagne, on peut déjà suivre beaucoup d'autres compétitions sur cette plateforme. Bientôt, on pourra aussi y voir la Coupe du monde et la Ligue des Champions. Toujours en direct, mais aussi à la demande. Ce qui leur manque encore, ce sont les championnats nationaux les plus prestigieux. La Serie A sera-t-elle la première pièce du domino à tomber? Et les autres suivront-elles?