Ils présentent tous deux la particularité d'être d'origine tchèque et d'avoir convergé de concert à Anderlecht, l'été dernier, où ils ont, depuis lors, forcé les portes de l'équipe fanion non sans avoir connu un moment d'émoi. Daniel Zitka (ex-Lokeren) et Martin Kolar (ex-Bohemians Prague) reviennent sur leur saison chez les Mauve et Blanc.
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Ils présentent tous deux la particularité d'être d'origine tchèque et d'avoir convergé de concert à Anderlecht, l'été dernier, où ils ont, depuis lors, forcé les portes de l'équipe fanion non sans avoir connu un moment d'émoi. Daniel Zitka (ex-Lokeren) et Martin Kolar (ex-Bohemians Prague) reviennent sur leur saison chez les Mauve et Blanc.Daniel Zitka: Au plan collectif, je suis resté quelque peu sur ma faim. Une deuxième place finale en championnat a beau offrir des perspectives européennes intéressantes, je n'en espérais pas moins un titre ou, à défaut, une victoire en Coupe de Belgique. Le RSCA est malheureusement loin du compte et a dû se contenter, en définitive, d'un seul véritable coup d'éclat cette saison: sa qualification pour les huitièmes de finale de la CE2 au détriment des Girondins de Bordeaux, qui demeurent quand même une référence en France. D'un point de vue personnel, j'ai été, dans l'ensemble, davantage gâté, même si des événements récents ont tempéré mon enthousiasme. Au départ, je n'aurais pu rêver d'un sort meilleur, dans la mesure où j'ai très tôt été appelé à remplacer Filip De Wilde, qui avait commencé cette campagne, comme prévu, avant de devoir céder sa place pour cause de blessure. Après des débuts laborieux, durant lesquels j'avais encaissé trop de buts, à mon goût, j'ai fini par trouver mon rythme de croisière, contribuant à l'instar de mes partenaires à une bonne fin de premier tour. A la reprise, sans réaliser des matches d'anthologie, je pense avoir poursuivi sur cette lancée jusqu'à ce malencontreux épisode à Panathinaïkos, où je me suis complètement blousé sur la phase amenant le goal d'ouverture des Grecs. Une certaine presse a voulu ma peau, à ce moment-là, d'autant plus que, dans l'intervalle, Filip De Wilde était redevenu complètement opérationnel. Je sais gré à l'entraîneur de m'avoir maintenu sa confiance en ne cédant pas à la pression de l'entourage. Je n'ai pas le sentiment d'avoir déçu depuis lors et mon propos, désormais, est de conserver ma place de manière définitive. Si j'y parviens, je serai en avance sur mon tableau de marche, en ce sens que je n'espérais être titulaire à part entière qu'à partir de l'exercice 2003-2004. Martin Kolar: J'attendais davantage, moi aussi, sur le plan collectif. D'autant plus que le Sporting avait entamé la compétition de manière très autoritaire avec neuf points en trois matches en dépit de déplacements difficiles à Westerlo et au Standard. La suite aura été nettement moins glorieuse à tous points de vue, car non seulement l'équipe est rentrée dans le rang mais moi aussi, je n'ai soudain plus eu voix au chapitre. Mon ultime apparition dans le onze de base coïncida avec notre visite à l'Antwerp, lors de la cinquième journée. Un match qui s'était soldé par le premier revers de la saison: 2-1. Après coup, Hugo Broos changea de conception tactique en passant du 4-4-2 au 4-3-3. Dans cette configuration-là, il n'y avait plus de place pour Gilles De Bilde ainsi que pour moi. De fait, ce n'est qu'en raison du retour au schéma initial que j'ai à nouveau joui d'un retour en grâce. Et j'espère être reparti du bon pied. Entre mon éviction et mon repêchage en Première, j'ai en tout cas vécu les moments les plus pénibles de ma jeune carrière. Car sur des problèmes physiques, dus à mon jusqu'au-boutisme sur le terrain, sont venus se greffer des ennuis familiaux. Mes parents, enchantés par la tournure des événements à mes débuts ici, n'ont pas compris pour quel motif j'avais subitement perdu pied. Et ils ont cru bon devoir se mêler de tout. Il y eut souvent de la tension dans l'air, alors que j'avais précisément besoin de sérénité. A la longue, je suis à la fois parvenu à régler ces affaires privées et à retrouver tout mon tonus sur le terrain. Et seul m'importe l'avenir à présent. Affaire d'étatZitka: Je me doutais fort bien qu'en raison du statut du RSCA, je n'y retrouverais pas la même sérénité, en tous domaines, qu'à Lokeren. Il n'empêche que je suis sidéré par le contraste énorme de l'un à l'autre, alors qu'au classement les deux clubs se tiennent de très près, malgré tout. Ici, tout est monté en épingle tout de suite. Quand Lokeren perd à domicile contre Beveren, on parle d'un accident de parcours. Mais quand Anderlecht subit un revers contre Westerlo, c'est la révolution. En réalité, le moindre petit fait sortant de la norme prend des allures d'affaire d'état au Parc Astrid. Cela vaut aussi bien pour les résultats que pour certaines phrases anodines. En début de saison, je me souviens vous avoir dit que la notion de groupe n'était manifestement pas la même ici qu'à Daknam. C'est inouï ce que cette remarque a pu déranger au sein du noyau alors qu'elle se voulait constructive. Depuis lors, j'ai appris à tourner sept fois la langue en bouche avant de répondre à une question. Kolar: Par rapport aux Bohemians, où la vie s'écoulait paisiblement, l'effervescence est évidemment beaucoup plus grande ici. Et, manifestement, rien n'est jamais acquis. Je l'ai vécu personnellement en étant évincé de l'équipe dès le premier contretemps. Ce qui me surprend, c'est cette remise en question perpétuelle. Chaque fois qu'un résultat ne correspond pas à l'attente, on change tout: les hommes, le système. Et on remet en cause aussi les compétences de chacun. Je crois que tout le monde aurait davantage à gagner si on s'en tenait à une ligne de conduite plus rigide. Compte tenu de la diversité des nationalités au Sporting, il ne faut pas compliquer inutilement la donne, selon moi, en multipliant les variantes sur le terrain. Rôder un seul système n'est déjà pas aisé quand on parle des langues différentes. Alors pensez s'il faut en maîtriser plusieurs. Il n'est pas étonnant qu'il y ait des incompréhensions dans tous ces cas. Je l'ai moi-même vérifié en ne sachant jamais à quoi Aruna Dindane voulait en venir à Genk, par exemple. Quoi de plus normal, car je n'ai jamais combiné avec lui en pointe, en début de saison, puisqu'il était suspendu. Et lorsqu'il est revenu dans le parcours, c'est Ki-Hyeon Seol qui jouait à ma place. Tout cela corse la difficulté. Vous étiez deux titulaires indiscutables dans vos anciens clubs respectifs mais avez dû composer avec la concurrence au Parc Astrid. Comment l'avez-vous vécue?Zitka: Il n'y a jamais eu de problèmes relationnels entre Filip De Wilde et moi. Je pense qu'il a apprécié mon attitude au départ, quand j'ai dit que vu ses états de service et son vécu, aussi bien en championnat qu'en coupe d'Europe, il était logique qu'il soit prioritaire. Dans un même registre, l'ancien gardien des Diables Rouges me renvoie la balle, actuellement, arguant que mes prestations ne motivent nullement un changement. En vérité, ce qui nous divise, c'est l'entourage et, désolé de le dire, la presse en particulier. Dès que l'occasion se présente, une certaine frange en profite pour essayer de mettre le feu aux poudres. Ceci, je le précise, ne vaut pas que pour moi. Le coach, la direction et plusieurs de mes coéquipiers se sont de la sorte retrouvés sans raison dans la tourmente. C'est ce qui est le plus difficile à vivre, pour moi. Il y a souvent loin de la réalité du terrain, ou du vestiaire, à celle des journaux. Je n'en veux pour preuve que mon match au Pana. Après coup, j'ai été immédiatement consolé par l'un ou l'autre partenaires, qui estimaient être autant fautifs que moi sur la phase du but initial. Comme Walter Baseggio, par exemple, qui avait laissé trop de liberté à Emmanuel Olisadebe. Les jours suivants, à en croire les quotidiens, je ne faisais plus l'unanimité chez mes coéquipiers, qui réclamaient le retour de Filip De Wilde. Il n'en était rien, finalement, mais j'ai retenu la leçon. Ici, certains se font un malin plaisir à vouloir déstabiliser tout ce qui touche à Anderlecht. C'est triste. Kolar: J'ai d'emblée réussi au-delà des espérances, l'été dernier, en étant titulaire dès le début de la saison. Ensuite, vu le changement tactique et mon propre essoufflement, j'ai parfaitement admis que le coach joue la carte de Ki-Hyeon Seol, qui était réellement très performant à son retour de la Coupe du Monde. Ce que j'ai moins bien digéré, par contre, c'est la titularisation de Mark Hendrikx, à un moment donné, à la même position que moi. Car elle était réellement la résultante d'un grand chambardement, entendu que le Limbourgeois avait commencé la saison au poste de back droit. J'ai vu dans ce choix une motion de méfiance à mon égard. Et comme j'avais aussi des problèmes privés, j'ai touché le fond durant cette période. Si Daniel Zitka doit une fière chandelle à Hugo Broos, qui a continué à avoir pleinement foi en lui, moi, je tiens à rendre hommage à Franky Vercauteren pour la manière dont il m'a secondé pendant ces moments difficiles. Dans l'attente de jours meilleurs, il a beaucoup travaillé avec moi. Et, en particulier, les centres. Il m'a fait comprendre que mes appuis et ma frappe pouvaient encore être grandement améliorés. Je ne pouvais bien sûr pas rêver de meilleur instructeur que lui dans la mesure où il n'a pas son égal pour alerter un partenaire au prix de ces centres bananes dont il a le secret. J'ai passé des heures et des heures à peaufiner cette technique sous sa direction. A présent, j'ai beaucoup moins de déchets à ce niveau. Je n'ai pas peur de dire que ma qualité de passe est proche de celle de Ki-Hyeon Seol, qui est lui aussi un orfèvre en la matière. Il suffit de songer au centre au cordeau qui a permis à Nenad Jestrovic d'inscrire le premier but à Bordeaux. C'était franchement du grand art! A présent, je suis en mesure de le faire, moi aussi. Et le Coréen le sait. Dans ces conditions, je ne suis pas surpris qu'il songe à quitter Anderlecht (il rit).Examen de conscienceZitka: Je tiens bien évidemment à conserver mon statut de numéro 1 au goal et glaner l'un ou l'autre trophée. Jusqu'à présent, je n'ai rien remporté dans ma carrière. J'aurais aimé combler cette lacune dès cette année mais, par la force des choses, je dois reporter mes ambitions à la saison prochaine. J'ose espérer que tout le monde fera un examen de conscience afin que plus jamais, dans les années à venir, nous ne vivions une saison aussi mièvre. Le Sporting a de bons joueurs mais Bruges a un collectif nettement mieux huilé. Au risque de faire froncer certains sourcils, je dis et je maintiens que nous avons gaspillé trop de points en raison d'un individualisme exacerbé. Il faudra gommer cette lacune si nous ne voulons pas nous retrouver à nouveau les mains vides au terme de la compétition à venir. Kolar: Moi aussi, je veux durer dans cette équipe, même si la concurrence ne sera pas de tout repos avec des garçons comme Dennis Calencov ou Maarten Martens. Mais j'ai quand même bon espoir de faire mon trou. Pour le reste, je rêve de participer à la Ligue des Champions avec les Mauves. Il y a trois ans, je vibrais, à Prague en voyant Jan Koller à l'oeuvre, avec le Sporting, à Old Trafford. Je n'osais imaginer que ce serait mon lot, un jour. Et pourtant, compte tenu de son potentiel, le club peut y arriver. Dès l'année prochaine déjà, pourquoi pas? Nous avons notre sort en main pour terminer à la deuxième place. A nous de le saisir à pleines mains. Bruno Govers "Il y a souvent loin de la réalité du terrain à celle des journaux" (Daniel Zitka)"Je dois tout à Franky Vercauteren" (Martin Kolar)