Peu en verve ces dernières semaines, les Sportingmen de la capitale ont rassuré leurs supporters sur leur état de forme, avant l'importantissime déplacement à Bruges, en étrillant au Parc Astrid le Germinal Beerschot Anvers sur la marque sans appel de 7 à 0. Au départ, rien ne laissait pourtant présager pareille avalanche. Tout d'abord parce que les Bruxellois avaient singulièrement marqué le pas au cours des deux mois écoulés, comme en atteste le bilan de dix points sur vingt et un qu'ils auront pris durant cet intervalle. En outre, les footballeurs de la Métropole s'étaient souvent érigés en giant-killers, pour eux,... même en terre bruxelloise.
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Peu en verve ces dernières semaines, les Sportingmen de la capitale ont rassuré leurs supporters sur leur état de forme, avant l'importantissime déplacement à Bruges, en étrillant au Parc Astrid le Germinal Beerschot Anvers sur la marque sans appel de 7 à 0. Au départ, rien ne laissait pourtant présager pareille avalanche. Tout d'abord parce que les Bruxellois avaient singulièrement marqué le pas au cours des deux mois écoulés, comme en atteste le bilan de dix points sur vingt et un qu'ils auront pris durant cet intervalle. En outre, les footballeurs de la Métropole s'étaient souvent érigés en giant-killers, pour eux,... même en terre bruxelloise.On rappellera par exemple que les banlieusards anversois avaient privé Anderlecht d'un sacre en Coupe de Belgique, au stade roi Baudouin, en 1997, en renversant complètement la vapeur (4-2) après avoir été menés à la marque par 2 à 0. Ces mêmes Ekerenois, devenus Kielmen suite à la fusion avec le Beerschot en 1999, avaient été les premiers, aussi, à priver les Mauve et Blanc de deux points à domicile la saison passée : 2-2. Cette année, les joueurs de Franky Van der Elst inspiraient davantage le respect encore, dans la mesure où ils avaient été les seuls, avant La Gantoise, à faire mordre la poussière aux troupes d' Aimé Anthuenis cette saison : 3 à 0 en quarts de finale de la Coupe de Belgique. De surcroît, les Anversois faisaient également figure d'équipe du deuxième tour en championnat : pas une seule phalange, en effet, n'avait pris un total plus élevé de points qu'eux pendant cette période : vingt. C'est assez dire s'ils s'assimilaient à un épouvantail. Aussi, Aimé Anthuenis n'était-il pas rassuré pour un sou avant cette rencontre. La preuve, c'est qu'il fit inscrire in extremis Jan Koller sur la feuille de match. Opéré à l'orteil, en tout début de semaine, la rentrée du géant tchèque aurait dû logiquement coïncider, au mieux, avec le voyage dans la Venise du Nord, ce 5 mai. Mais comme il était déjà en mesure d'enfiler une chaussure le week-end passé... Outre son importance dans la lutte pour le titre, l'un des autres attraits de cet RSCA-GBA résidait, bien sûr, dans le comportement de l'équipe anderlechtoise sans sa pièce-maîtresse, Jan Koller. Une fois seulement, cette saison, le goal-getter tchèque avait fait défaut en championnat. C'était à l'occasion du déplacement au Standard, au mois de novembre dernier, quand l'intéressé dut déclarer forfait en raison d'une petite pointe d'élongation. Pour les besoins de cette joute, il avait alors été doublé par Souleymane Youla, associé à la pointe de l'attaque à Tomasz Radzinski. Ce jour-là, le Canadien avait répliqué au but d'ouverture d' Ivica Mornar, permettant au Sporting de ramener un bon point de Sclessin. Cette fois, dans l'optique de ce match face au GBA, l'avant guinéen dut s'effacer au profit de son bon compère, Aruna Dindane. Il est vrai que les faveurs du coach anderlechtois, le gentil Souley ne les a plus depuis longtemps. Quand bien même il les aurait réellement eues un jour. Cédé sur base locative par Lokeren, pour trente millions de nos francs, Souleymane Youla disposait de neuf mois pour convaincre son nouvel entourage de lever l'option (90 millions supplémentaires) réclamée pour lui par son employeur à Daknam. Le hic, c'est qu'il n'a jamais eu vraiment l'occasion de prouver qu'il valait un tel débours. Tout d'abord parce que Jan Koller, avec qui il était en balance comme attaquant de pointe, est indéboulonnable. Ensuite parce qu'Anthuenis est tout simplement réfractaire à un système de rotation. Vingt fois plutôt qu'une, le coach anderlechtois aurait eu l'opportunité, s'il l'avait franchement voulu, de jeter son Guinéen dans la bagarre lorsque le score était quasiment acquis. Mais il ne s'y est guère résolu, tout comme il a d'ailleurs laissé sur le banc, plus souvent qu'à leur tour, des éléments comme Aruna Dindane, Besnik Hasi voire Patrick Van Diemen tout au long de la saison. Avant son match contre l'Excelsior Mouscron, où il avait remplacé Tomasz Radzinski, suspendu, le 30 mars dernier, Souleymane Youla n'avait guère été utilisé plus de trois heures, toutes compétitions confondues, par son entraîneur. Compte tenu de son prix de location, sa présence entre les lignes se chiffrait alors à cent cinquante mille francs par minute de jeu effective! Encore heureux que Souley ait contribué, sur le fil, à la victoire des Mauve et Blanc en Ligue des Champions, à Eindhoven, en faisant en sorte que ses couleurs ramènent non seulement les trois points de la victoire mais aussi treize millions de francs de ce court déplacement. Sans quoi, le débours consenti pour lui aurait été très lourd. On ne nous ôtera pas de l'esprit que Souleymane Youla valait plus que ces quelques montées au jeu furtives. Contre le GBA, sa pointe de vitesse aura en tout cas déposé sur place, à trois reprises, le back gauche des Coalisés, Tony Herreman. Sans compter que le Guinéen fut aussi à la base de l'action qui permit à Tomasz Radzinski de fixer les chiffres définitifs. Le RSCA avait jusqu'au 30 avril pour se prononcer sur l'avenir de Souleymane Youla. Avant cette date-butoir, les dirigeants du Sporting avaient pris langue avec leurs homologues de Lokeren pour revoir à la baisse la somme de nonante millions exigée en échange de sa liberté. Mais ils s'étaient heurtés à une fin de non-recevoir. Il est vrai que l'intérêt ne manque pas pour le Guinéen, courtisé depuis longtemps par trois clubs français : le Stade de Rennes, Lille et le RC Strasbourg. Dans ces conditions, il n'était évidemment pas question de le brader. Pour lui, Anderlecht a de toute façon d'ores et déjà trouvé une solution de rechange : le Nigerian Ode Thompson, acquis à Harelbeke pour cinquante millions. Bien campé sur ses jambes, vif et alerte, il présente, aux dires d'Aimé Anthuenis, la qualité d'inscrire plus facilement un but que Souleymane Youla. Cette tare, l'entraîneur anderlechtois la relève chez Aruna Dindane également. Préféré à Souleymane Youla pour entamer la partie face au GBA, le jeune Ivoirien a manifestement éprouvé quelques difficultés à entrer dans le match. Et, surtout, à bien terminer ses actions. Tantôt il commettait un dribble de trop, tantôt encore il se signalait par une dernière passe trop approximative. Comme sur cette action géniale où, en position de deux contre un, il envoya le ballon précipitamment dans les pieds d'un adversaire au lieu de servir Tomasz Radzinski, esseulé, au point de penalty. Dans le cas de l'Ivoirien, tout comme dans le chef de Souleymane Youla, il est quand même permis de se demander si, nantis d'un temps de jeu plus long, ils n'auraient pas nettement mieux servis le Sporting. Un constat qui peut être étendu tout aussi bien au gardien Zvonko Milojevic. Cueilli à froid au moment où il dut remplacer Filip De Wilde au pied levé, Milo aura manqué singulièrement de rythme et de tonus lors de ses premières apparitions entre les perches. Ce qui joua un tour pendable au club bruxellois en Ligue des Champions, d'ailleurs. Mais depuis qu'il se sent investi de la confiance de tous, le portier yougoslave a atteint une autre dimension, davantage en phase avec ses réelles qualités. En deuxième mi-temps, face au GBA, Aimé Anthuenis modifia quelque peu ses batteries. Alors qu'avant la pause, il s'était prononcé pour un 4-4-2, avec Tomasz Radzinski et Aruna Dindane en pointe, soutenus par Alin Stoica, il opta cette fois pour un 4-4-1-1 avec le seul Canadien devant, assisté par Alin Stoica dans un rôle d'attaquant en retrait, à l'image d'un Marc Degryse au RSCA jadis. Dans cette disposition-là, Anderlecht aura probablement joué sa meilleure mi-temps depuis très longtemps, même s'il convient d'en nuancer la portée, malgré tout, en raison de l'infériorité numérique de l'adversaire. Avec Aruna Dindane sur l'aile droite et Yves Vanderhaeghe dans un rôle plus central, à côté de Walter Baseggio, l'équipe du Sporting était bien plus équilibrée, en tout cas, qu'avant le thé, lorsque le Roularien était appelé à manoeuvrer en décalage sur ce flanc. Dommage qu'en cours de campagne, cette option n'ait pas été davantage utilisée par Aimé Anthuenis. Même si la titularisation de Jan Koller eût alors amené l'entraîneur anderlechtois à devoir sacrifier un autre élément. A l'arrière, par exemple. Compte tenu du volume de jeu de Bart Goor à gauche et d'Yves Vanderhaeghe sur la partie droite du terrain, cette initiative n'aurait pas dû poser le moindre problème. En championnat, du moins. Reste à voir, toutefois, si elle sera appliquée la saison prochaine. Car, pour le moment, on semble quand même s'orienter, au Sporting, vers la reconduction du système prisé par Aimé Anthuenis cette année. A cette nuance près que certains noms auront changé : l'Egyptien Tarek El Said à la place de Bart Goor, en partance pour le Hertha Berlin et, vraisemblablement, Mark Hendrikx en succession de Didier Dheedene, transféré à Munich 1860. A gauche, un troisième homme pourrait suivre l'exemple de ses deux compères, car Tomasz Radzinski ne désespère toujours pas trouver acquéreur sous d'autres latitudes. Avec Ode Thompson, l'entraîneur anderlechtois dispose déjà d'une solution de rechange, même si le profil du joueur épouse davantage celui de Souleymane Youla que de l'ailier vif-argent canadien. C'est pour cette raison qu'un deuxième joueur oeuvrant en Belgique est, pour l'instant, objet de sollicitude de la part du Sporting : Ahmed Hossam, la petite perle égyptienne de La Gantoise. Rarement, un jeune joueur (18 ans) aura autant fait l'unanimité autour de son nom au Sporting. Constant Vanden Stock, le président d'honneur des Mauve et Blanc, en est fou, à l'instar d'ailleurs d'Aimé Anthuenis. "C'est vrai qu'il est très impressionnant", confesse le mentor du Sporting. "Vitesse, technique, détente verticale, sens du but : il a tout pour réussir une grande carrière. A son âge, il n'a toutefois pas encore le potentiel d'un réel leader d'attaque. C'est pourquoi je vois en lui davantage un soutien qu'un véritable avant de pointe". A ce niveau, tout reste à faire pour le Sporting car il est désormais acquis que Jan Koller ne fera pas de vieux os au Parc Astrid, lui qui est en contacts avancés avec Fulham. Reste à voir quelles sont les possibilités, pour Aimé Anthuenis, à ce niveau. Car les joueurs qui présentent la même physionomie que le Tchèque ne courent pas les rues : il y a là Bob Peeters chez nous -mais sa tête est mise à prix pour 290 millions et son contrat pèse très lourd sur un budget- ou encore John Carew à Valence, Tore-André Flo chez les Glasgow Rangers et Carsten Janker au Bayern Munich. Autrement dit, tous des footballeurs impayables. Dès lors, après avoir modifié son système (en passant du 5-3-2 au 4-4-2), Aimé Anthuenis ne sera-t-il pas amené, dans les mois à venir, à plancher sur une nouvelle variante s'il n'obtient pas un succédané parfait à Jan Koller? Avec les réserves d'usage, le match contre le GBA a prouvé que le Sporting n'était pas nécessairement démuni lorsqu'il devait se passer de son homme providentiel. Cet enseignement mérite, à coup sûr, une mûre réflexion. Bruno Govers