Houthalen dort encore lorsque Domenico Olivieri quitte son lit! Il est debout dès 6 heures. Gâtés, les footballeurs professionnels? L'ancien capitaine de Genk est un cas à part. Lorsqu'il jouait au Racing, dix minutes lui suffisaient pour rejoindre le complexe d'entraînement. Depuis qu'il est à La Louvière, le régime est fort différent: cinq ou six fois par semaine, il se farcit 320 km. Près de 2.000 bornes pour préparer le match du week-end!
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Houthalen dort encore lorsque Domenico Olivieri quitte son lit! Il est debout dès 6 heures. Gâtés, les footballeurs professionnels? L'ancien capitaine de Genk est un cas à part. Lorsqu'il jouait au Racing, dix minutes lui suffisaient pour rejoindre le complexe d'entraînement. Depuis qu'il est à La Louvière, le régime est fort différent: cinq ou six fois par semaine, il se farcit 320 km. Près de 2.000 bornes pour préparer le match du week-end! Olivieri quitte sa maison sur le coup de 7 heures et passe chez son libraire avant de monter sur l'autoroute. Sa rutilante Mercedes est restée au garage. Il utilise sa Ford Galaxy, vestige de son long séjour au Racing Genk. Direction l'aéroport de Liège-Bierset où l'attendent, à 8 heures, quatre coéquipiers. Didier Xhardez réside à Theux, près de Verviers, à 140 km de La Louvière. Benoît Thans est toujours établi à Chaudfontaine (110 km). Adrian Aliaj vit à Boncelles (115 km) et Onder Turaci à Liège (idem). A l'approche de Namur, ils chargeront Thierry Siquet (Naninne, 70 km). Si l'ambiance dans la voiture est bon enfant, il y a des règles à respecter. Pas question d'attendre les retardataires non-excusés, par exemple. "A 8 heures précises, nous quittons Bierset", explique Olivieri. "Sauf si le joueur qui n'est pas là nous a prévenus qu'il aurait deux ou trois minutes de retard. Il nous est arrivé quelques fois de démarrer sans Onder et Adrian (il rit). Dans ce cas-là, ils sont obligés de prendre leur propre voiture pour aller à La Louvière". Il n'est en effet pas question d'arriver en retard au Tivoli. Tous les joueurs sont tenus de s'y présenter à 9h15 au plus tard pour l'entraînement de 10 heures. L'entraîneur veille et inflige des amendes. Daniel Leclercq a déjà signalé qu'il n'appréciait pas que des joueurs de La Louvière habitent à l'autre bout du pays. "Je le comprends tout à fait", dit Olivieri. "Je ne vais pas être hypocrite et dire que tous ces déplacements sont une bonne chose pour un footballeur. Mais pour moi, c'est la moins mauvaise solution. J'ai signé pour deux ans à La Louvière mais il n'est pas certain que j'y jouerai toujours la saison prochaine. Tout dépendra évidemment du maintien ou non. Je n'allais pas imposer à toute ma famille de déménager, peut-être pour quelques mois seulement. Ma femme travaille à la bibliothèque de Zonhoven et j'ai un enfant qui va à l'école près de chez nous. Je ne pouvais pas remettre tout cela en cause. Pour être efficace sur un terrain, j'ai besoin de me sentir bien dans ma peau. Et pour moi, ce bien-être passe par une vraie vie de famille dans une région où je suis heureux. Si je suis toujours à La Louvière la saison prochaine et que l'entraîneur n'accepte plus mes déplacements, il faudra réfléchir à une autre solution. Mon propre avenir n'a de toute façon aucune importance par rapport au futur de ce club. L'obligation du maintien doit éclipser tous les petits problèmes personnels. Il nous reste trois rendez-vous pour sauver notre saison. Notre série de huit matches sans défaite ne nous a pas permis de nous mettre à l'abri: c'est dur à vivre. Nous devons encore jouer contre Genk, La Gantoise et Mouscron. Si les Gantois n'ont plus d'espoir de qualification européenne à ce moment-là, cela fera trois équipes n'ayant plus rien à perdre ou à gagner dans ce championnat. Cela pourrait être notre chance. Je suis tellement obsédé par le maintien de La Louvière que je ne serai même pas spécialement ému quand nous recevrons Genk. Je l'étais au match aller car c'est toujours spécial de rejouer pour la première fois contre son ancien club. J'ai vu que les supporters de Genk ne m'avaient pas oublié et cela m'a fait plaisir. Mais le stade de l'émotion est passé". Au Racing Genk, une clause du contrat de chaque joueur stipule qu'il doit habiter dans un rayon de 30 km autour du stade. Jan Moons fait exception en résidant à une centaine de bornes, le long de la frontière hollandaise, mais il est à la recherche d'une maison dans la région de Genk. "Quand j'étais dans ce club, le noyau comptait presque exclusivement des Limbourgeois et des étrangers qui ne voyaient aucun inconvénient à venir s'établir près de Genk", signale Olivieri. "C'est différent à La Louvière, où il y a beaucoup de joueurs belges originaires de plusieurs régions. On n'abandonne pas aussi facilement ses racines". A Anderlecht, les joueurs sont tout à fait libres de s'installer où ils le souhaitent. Bart Goor fait le trajet entre Geel et Bruxelles, Yves Vanderhaeghe retourne chaque soir à Roulers, Lorenzo Staelens n'avait jamais quitté son domicile de Menin. Est-ce bien raisonnable? "Il est impossible d'être tout à fait frais à l'entraînement quand on a d'abord fait deux heures de voiture", reconnaît Olivieri. "Quand je descends, j'ai les jambes raides. Le plus dur pour moi n'est pas de me lever très tôt le matin mais de retrouver toutes mes sensations physiques quand l'entraînement commence. Et lorsque je rentre à la maison, je ne suis pas toujours en pleine forme, évidemment. Si nous avons eu deux entraînements, je suis même complètement cassé. Dans ces cas-là, je ne suis pas chez moi avant 19 heures. Cela me fait une douzaine d'heures d'activité. Plus la saison avance, et plus ça devient lourd. Les journées de congé me font le plus grand bien. Les trajets pèsent physiquement, mais aussi mentalement pour celui qui conduit. Il faut se concentrer au volant, puis manifester une autre forme de concentration sur le terrain. C'est pour cela que nous changeons presque tous les jours de chauffeur. Celui qui ne conduit pas peut dormir ou se détendre en lisant un journal. Il ne faut pas non plus sous-estimer le stress dû aux horaires. Dès qu'il y a des files à cause d'un accident, du mauvais temps ou de travaux, nous craignons d'arriver en retard à La Louvière. Si j'étais seul pour faire la route, je n'aurais pas tenu le coup longtemps. En groupe, c'est différent. Je suis seul pendant 110 km par jour, entre Genk et Liège. Cela me suffit largement". Tous les Louviérois de la Galaxy bleue n'ont pas les mêmes capacités de pilote. Turaci déteste conduire sous la pluie alors que Xhardez est unaniment considéré comme le meilleur conducteur de la bande.L'ambiance dans la voiture n'est plus la même qu'il y a quelques mois. "Au premier tour, quand les défaites s'enchaînaient, l'atmosphère était parfois pesante", dit Olivieri. "Surtout le lundi matin. Nous repartions pour une semaine de longs trajets en nous demandant si nous avions une chance de prendre l'un ou l'autre point le week-end suivant. Il y avait parfois de longs moments de silence. Depuis que nous réussissons des résultats, nous sommes beaucoup plus enthousiastes. Benoît Thans et Didier Xhardez se chargent de mettre de l'ambiance, de raconter des anecdotes de leur carrière et de bonnes blagues. Nous avons tous des caractères différents mais le mélange est bon".C'est un Thans en petite forme qui embarque à Bierset. Il est rentré, dans la nuit, de Prague où il a commenté avec Marc Delire le match Tchéquie-Belgique pour la RTBF. Le nul des Belges est le principal sujet de conversation, mais c'est surtout la performance de la France face au Portugal (4-0) qui a impressionné les Loups. Le fait de se retrouver plusieurs fois par semaine pour ce voyage crée des liens entre ces six joueurs, qui se font la bise quand ils se retrouvent. Mais il n'est pas question de clan pour autant, sur le terrain. "Benoît Thans parle beaucoup avec tous les joueurs vu qu'il est le capitaine de l'équipe", signale Olivieri. "Didier Xhardez également car il doit donner des ordres, en tant que gardien. Et moi aussi parce que je dois commander la défense". Le tempérament plus calme de Turaci et Aliaj se manifeste durant le trajet. Ils jouent les marmottes sur la troisième banquette, exiguë. Turaci a du mal à y placer ses 190 cm et les deux joueurs sont pour ainsi dire enlacés pendant une bonne heure... Autre sujet de conversation: les problèmes que rencontre Virton pour obtenir sa licence. Xhardez y jouait encore il y a deux ans. "Ce serait vraiment dommage qu'on refuse à la Province du Luxembourg d'avoir enfin un club en D2", dit-il. Thans le taquine: "C'est bête, tu as déjà signé là-bas pour la saison prochaine..." Xhardez ne sait effectivement pas quel maillot il portera dans quelques mois. Comme la plupart des joueurs de La Louvière. Il faudra attendre le verdict du championnat pour connaître la consistance du noyau pour l'exercice 2001-2202.Thans a vite trouvé ses marques à La Louvière. Au même titre que Domenico Olivieri, également arrivé en cours de saison, il est considéré comme le principal artisan du réveil des Vert et Blanc. Malgré ses 220 km quotidiens, il a l'impression d'aller chez son voisin quand il quitte Chaudfontaine pour La Louvière. En début de saison, ses voyages à Beveren avaient failli le dégoûter du football."J'ai tout essayé pour éviter les embouteillages. Je passais un jour par Anvers, le lendemain par Bruxelles, le troisième jour encore par un autre côté. Une enfer. J'ai parfois mis trois heures pour arriver à Beveren. Le matin, je devais partir à six heures et demie. Je trouve, moi aussi, qu'il est important de rester dans sa région quand on s'y sent bien. Quand j'étais à Westerlo, je faisais les trajets et cela ne me posait pas de problème. Même chose quand je jouais à l'Antwerp: je ne devais pas traverser le ring d'Anvers, c'était toute la différence avec Beveren. Quand j'étais à Lens, j'habitais en France mais je revenais souvent à Chaudfontaine. J'en avais besoin. Plus de 50% des joueurs de D1 en Belgique habitent à une demi-heure ou plus du stade. Ce n'est pas un problème à partir du moment où on reste raisonnable. J'en ai connu qui exagéraient. Pierre Drouguet a fait pendant trois ans plus de 400 km par jour: il jouait à Courtrai et habitait toujours à Verviers. Et Dirk Rosez faisait encore plus fort quand il était au Standard: il habitait près d'Alost et partait à 5 heures du matin pour éviter les embouteillages. En arrivant à Liège, il dormait une bonne heure dans sa voiture, avant le début de l'entraînement! Virton en deuxième division, j'imagine ce que cela donnerait. Ce club devrait absolument se renforcer et il ne trouverait pas grand-chose dans la région. Bonjour les navetteurs..." Thierry Siquet a lui aussi l'impression de s'entraîner dans son jardin. Il a joué durant deux ans à Ekeren tout en habitant à Bruges, où il s'était installé quand il était au Cercle. Ce qui représentait près de 250 km quotidiens. "La première année, ça s'est très bien passé car je prenais Laurent Dauwe à Gand. Mais la deuxième saison, j'étais seul et c'était très pénible. Je ne pourrais plus le refaire aujourd'hui. C'est toujours plus chouette à deux. Mais il vaut mieux que ce soient deux copains. Si ce sont deux mecs qui ne savent pas se sentir, autant que chacun prenne sa voiture!" Pierre Danvoye