Que pensez-vous de la vie d'entraîneur?

Thierry Pister (36 ans): Elle est nettement plus dure que celle de joueur. J'ai été un enfant gâté, comme tous les joueurs. Nous gagnons beaucoup d'argent et, en plus, nous obtenons des réductions partout, parce qu'on nous reconnaît. Un joueur n'a guère de soucis. Mais comme coach, je suis perfectionniste, sévère. Je n'ai jamais fini, même quand je dors! Mon principe, c'est qu'on peut toujours mieux faire.
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Thierry Pister (36 ans): Elle est nettement plus dure que celle de joueur. J'ai été un enfant gâté, comme tous les joueurs. Nous gagnons beaucoup d'argent et, en plus, nous obtenons des réductions partout, parce qu'on nous reconnaît. Un joueur n'a guère de soucis. Mais comme coach, je suis perfectionniste, sévère. Je n'ai jamais fini, même quand je dors! Mon principe, c'est qu'on peut toujours mieux faire. Les cartilages du genou étaient touchés. J'en avais marre. Puis j'ai chopé le virus de la course. Je me suis entraîné pour le marathon de Gand pendant un an et demi. Je courais de 70 à 80 km par semaine puis l'épreuve a été annulée, le budget n'étant pas bouclé. Sur ce, j'ai fait construire à Lovendegem et je n'ai plus eu le temps de courir. J'ai recommencé et cette fois, je veux courir le marathon en septembre! Mais je dois perdre 15 kg. Déjà avant, pendant les vacances, je prenais quatre ou cinq kilos. A Mons, mes journées étaient longues, je mangeais n'importe comment, souvent trop tard. Etant donné que beaucoup de personnes ne sont pas professionnelles, j'ai beaucoup de rendez-vous le soir. J'ai essayé de manger des tartines dans la voiture mais ce n'est pas l'idéal non plus. Le stress me fait grignoter. Oui. Pascale aussi mais elle mange encore de la charcuterie. Pas moi. Seulement du poisson. A Beveren, il y a quelques années, j'ai traversé une période de doute. J'ai consulté un réflexologue pour maigrir un peu. Je fumais comme un Turc. Je voulais arrêter. Il m'a dit que ce serait facile si je devenais végétarien. De fait, depuis quatre ans, je ne fume plus et je ne supporte plus la fumée : pas question qu'un invité fume chez moi. D'ailleurs, à Beveren, lors de ma première conférence de presse, dans la pièce qui me sert de bureau, j'ai été effrayé et j'ai demandé aux journalistes d'arrêter. On n'y fume plus.Enya (12 ans) ne dit jamais que son père est footballeur. Quand je suis devenu entraîneur de Beveren, ses compagnons de classe ne parlaient que de ça. Elle n'aime pas. Quand nous sommes à une terrasse, les gens me reconnaissent. Quand j'étais jeune, j'en étais fier. Maintenant, j'en ai marre aussi. En plus, elle voit que mon métier m'accapare. Je ne suis jamais là. Une fois, en Suisse, j'ai perdu une Coupe. Elle a pleuré. Pas parce que j'avais perdu: nous lui avions dit, en plaisantant, que nous ne pourrions pas acheter de lait! Elle avait cinq ans.Je m'occupe du jardin. Nous avons la pelouse du RC Genk. Je la tonds en lignes, comme un terrain de foot. Déformation professionnelle. Ça doit être parfait, sinon, je recommence. Pascale se moque de moi. J'ai aussi deux gsm, pourvus de deux lignes. On peut dire que je passe beaucoup de temps au téléphone! Regardez, Pascale lève les yeux au ciel. Je n'ai pas besoin de luxe. J'ai une Mercedes mais je roule 70 à 80.000 km par an et cette voiture allie confort et sécurité. Au foot. Une de ses copines était supportrice de Gand. Ce jour-là, j'ai déclaré à mes copains: -Moi, ce qui m'intéresse, c'est le foot, pas les filles. Mais j'ai suggéré que l'amie amène une autre fille, pour mes copains. C'était Pascale. Après, nous sommes allés boire un verre. Mes copains ne l'ont pas abordée. Moi bien. Ensuite, je l'ai emmenée deux fois dans une discothèque, ce que je déteste, avant qu'elle ne m'avoue qu'elle n'aimait pas non plus. Pascale Roorda (34 ans): Oui, puisqu'il n'est jamais là. C'est moi qui m'occupe des paiements et de toutes les formalités. Il a une carte bancaire dont il oublie le code, alors il me demande de l'argent de poche. D'après les échos, Thierry ne doit pas être facile au boulot. En revanche, à la maison, il l'est. Il dit que la vie est trop courte pour se disputer. Moi, je crie plus vite mais c'est fini après cinq minutes. S'il dit: -Pascale!, je sais qu'il est à bout. Il est curieux. Souvent parce qu'il se tracasse, d'accord. Je suis plus attachée que lui à la sécurité. Il n'est pas matérialiste. Il ramène ses problèmes à la maison et comme je lui ressemble, je me tracasse aussi. C'est frustrant de faire du bon travail sans qu'il soit reconnu. On juge trop à la tête du client.Oui. On peut ainsi parler d'autre chose. A Liège, nous nous sommes liés à Ingrid Berghmans et au Judo Neupré. Nous avons assisté à des combats. Oui et je ne comprends pas qu'une femme ne l'aime pas. Il faut épauler son mari. Je regarde plus de matches à la télé que lui: dans ces cas-là, il se rabat sur son ordinateur. Il lui arrive de me demander le nom d'un joueur qui ne lui revient plus. Avant, j'étais supporter d'Anderlecht. J'ai moi-même joué au DVK Gand, en D1. J'étais arrière gauche mais j'ai pris moins de cartes que Thierry! A 17 ans, je me suis déchiré les ligaments croisés. Voir quelqu'un rater un ballon m'énerve. Depuis une dizaine d'années, je pratique le power-aerobic, à raison de cinq heures par semaine. Je m'adonne aussi au body-combat. A fond, car si je ne transpire pas, j'ai l'impression de n'avoir rien fait. Plutôt laisser le ménage en plan que de rater une séance!En Suisse, je ne pouvais pas travailler, faute du permis ad hoc. D'ailleurs, là, peu de femmes travaillent. Ça m'a manqué. J'ai étudié la comptabilité, puis l'informatique. Je suis secrétaire à mi-temps dans une entreprise qui fournit des matières premières pour les brasseries. Le comble, c'est que je ne bois pas une goutte d'alcool! Je suis toujours Bobette... Ce travail me plaît car il est varié. Il me donne l'occasion de parler anglais, français, allemand, néerlandais. J'apprends l'italien.Thierry aimerait y vivre. Les Suisses sont sévères, renfermés mais quand ils vous acceptent, c'est pour la vie. Nous vivions en appartement. Moi qui aime la liberté. Mais le loyer était de 87.500 francs par mois. Les salaires sont élevés mais le coût de la vie aussi. Un kilo de hachis coûte 1000 francs. On ne peut pas choisir l'école. Tout est propre: il y a des bacs pour les chiens, par exemple. Ici, j'enrage quand je vois les maîtres laisser leur chien tout salir. On peut quand même prendre des journaux dans des sacs en plastique, dans la rue. Les gens sont honnêtes et paient le compte exact. C'est formidable pour le ski, que Thierry et moi aimons beaucoup. J'y ai été opérée du genou. L'assurance-maladie coûtait 12.000 francs par mois pour Enya et moi mais j'ai été traitée comme une reine: une chambre somptueuse avec balcon, le choix des plats... La facture est royale aussi. Un collègue suisse de Thierry a payé 200.000 francs pour l'accouchement de sa femme. Ici, on touche de l'argent!(Elle rit) C'est un grand mot. Je ne sais pas si nous resterons ici quand notre fille sera grande. En 14 ans de mariage, nous avons déménagé à dix reprises. Nous avons failli nous établir à Liège, une ville qui vit, où je pensais trouver facilement du travail, les néerlandophones y étant rares. Nous aimons l'Italie. Ce pays a tout: le soleil, la mer, les montagnes, un climat tempéré. la Toscane est magnifique et la nourriture délicieuse. Encore que les pâtes, pour Thierry... Les restaurants ne nous tentent guère. Nous aimons le cinéma, les films d'action, de suspense, de science-fiction.Pascale Piérard,