Le football est un sport collectif. C'est un cliché, mais aussi une vérité que l'on a parfois tendance à perdre de vue, tant on a tendance à vouloir mettre en exergue les prestations individuelles des joueurs. Souvent, on considère qu'une équipe qui a beaucoup acheté - a fortiori lorsqu'il s'agit de joueurs de qualité - s'est renforcée. Les répercussions dans le collectif ne sont pourtant pas toujours celles qu'on attendait. En football, lorsqu'on ne s'appelle pas le Real Madrid et qu'on n'a pas de joueurs galactiques capables de forcer la décision sur une erreur individuelle (et encore : combien de titres les Merengues ont-ils gagnés ces dernières années ?), tout est question d'alchimie, de dosage, d'automatismes.
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Le football est un sport collectif. C'est un cliché, mais aussi une vérité que l'on a parfois tendance à perdre de vue, tant on a tendance à vouloir mettre en exergue les prestations individuelles des joueurs. Souvent, on considère qu'une équipe qui a beaucoup acheté - a fortiori lorsqu'il s'agit de joueurs de qualité - s'est renforcée. Les répercussions dans le collectif ne sont pourtant pas toujours celles qu'on attendait. En football, lorsqu'on ne s'appelle pas le Real Madrid et qu'on n'a pas de joueurs galactiques capables de forcer la décision sur une erreur individuelle (et encore : combien de titres les Merengues ont-ils gagnés ces dernières années ?), tout est question d'alchimie, de dosage, d'automatismes. Il y a deux ans, le Standard avait fort bien commencé le championnat, en réalisant un 10 sur 12 très encourageant lors de ses quatre premiers matches. Mais ensuite, il avait connu un mois de septembre catastrophique, sanctionné par trois défaites d'affilée : contre Genk, au Cercle Bruges et contre La Louvière. Entre ces deux périodes, il y avait eu un match de l'équipe nationale, mais surtout cette fameuse date du 31 août, souvent fort perturbante pour les Rouches. Ceux-ci avaient profité des dernières heures de la période des transferts pour engager trois nouveaux joueurs : GonzaloSorondo, MickyMumlek et EmileMpenza. Trois joueurs de qualité, personne ne le contestera. Pourtant, l'arrivée de ces trois " renforts " a débouché sur un 0 sur 9. Coïncidence ou pas ? A l'époque, DominiqueD'Onofrio avait nié la relation de cause à effet. C'est logique : un entraîneur doit protéger son groupe et défendre la politique menée par ses dirigeants. D'ailleurs, si l'on questionne les principaux intéressés dans ce genre de débat, on doit s'attendre à des réponses bateaux, du style : " Tous les bons joueurs sont les bienvenus ", " Le championnat est long et on aura besoin de tout le monde " ou encore " Deux bons joueurs parviennent toujours à s'entendre sur le terrain ". Pourtant, le Standard en place depuis le début de la préparation avait été déstabilisé l'espace de quelques semaines par l'arrivée de corps étrangers. Il a fallu trois semaines à l'entraîneur liégeois pour intégrer les trois nouveaux joueurs. Par la suite, les choses se sont mises en place et le Standard a recommencé à prendre des points. Mais ceux perdus pendant les réglages n'ont pas été récupérés. Cette saison-ci, nous pouvons citer d'autres cas semblables. Pourtant, la qualité individuelle des joueurs n'est nullement en cause. Le Brussels avait commencé le championnat sur les chapeaux de roues. L'équipe s'affirma comme un bloc très difficile à man£uvrer. Son point faible semblait surtout résider dans l'étroitesse du noyau fort. Conscient du problème, AlbertCartier a logiquement demandé à ce qu'il soit élargi. Mais pourquoi a-t-il insisté pour engager MarioEspartero ? Ce n'est pas dans ce secteur-là que le bât blessait le plus. Avec RichardCulek et AlanHaydock, le Brussels était paré au poste de milieu défensif. L'arrivée du joueur français, dont nous ne mettons pas les qualités en cause, a déstabilisé un bloc bien en place. Pour son premier match sous le maillot rouge et noir, à Westerlo, Esparte-ro a évolué à sa place de prédilection : milieu défensif, aux côtés de Haydock. Dès lors, Culek a dû avancer d'un cran et évoluer comme milieu offensif, en soutien du seul attaquant de pointe, KristofSnelders. Le Brussels a pris l'eau à Westerlo, s'inclinant 3-0 quasiment sans combattre. L'engagement dont les joueurs avaient témoigné lors des premiers matches n'était plus qu'un souvenir. Pour le match suivant, le derby bruxellois face à Anderlecht, Albert Cartier avait redistribué les rôles : Culek avait retrouvé sa place aux côtés de Haydock en milieu défensif et c'est cette fois Espartero qui avait avancé d'un cran, pour occuper le poste de milieu offensif. Le Brussels arracha un bon point dans le derby, avait retrouvé son engagement (c'est sans doute normal lorsqu'on affronte Anderlecht) mais Espartero n'était pas heureux. Il ne cacha pas qu'il considérait toujours le 6 (c'est ainsi que les Français désignent les milieux défensifs) comme sa place de prédilection. Et il reconnut que, depuis son arrivée, il y avait désormais trois n°6 pour deux places dans l'équipe... A Cartier de faire son choix, donc. Contre Charleroi, ce ne fut pas difficile : Espartero s'était mis lui-même hors-jeu, en brossant un entraînement. Mais il provoqua une mini-crise dans le club. Cartier présenta même sa démission, refusée par JohanVermeersch. Chacun fit amende honorable et Espartero retrouva sa place. Cartier n'est toutefois pas au bout de ses peines. Il ne veut se passer ni de Haydock, ni de Culek, ni d'Espartero, et continue à chercher le meilleur système de jeu pour intégrer tout le monde. Il est passé du 4-4-2 au 4-5-1. A La Louvière, Espartero était toujours milieu offensif, mais comme ce match coïncidait avec le retour d' IgorDeCamargo, il fallait aussi trouver une place pour KristofSnelders, très en forme depuis le début de la saison. L'Anversois glissa sur le flanc droit. Or, chacun s'accordait à reconnaître que, depuis le début de la saison, l'un des points forts du Brussels était l'entente et la complémentarité du duo Snelders-De Camargo en pointe. Il n'est pas question, ici, de débattre sur des thèmes tels que : " SilvioProto est-il le meilleur gardien de Belgique ?" Ou encore :" A-t-il sa place à Anderlecht ?" Pas question, non plus, de condamner l'ex-Louviérois sur base des premiers matches laborieux qu'il a livré sous le maillot bruxellois : à Southampton et à Genk, où il s'est chaque fois retourné à trois reprises. Non, le débat est ailleurs. A Anderlecht, la nécessité d'engager un nouveau gardien de talent s'était fait sentir après les bourdes commises par TristanPeersman et DanielZitka la saison dernière. A partir du moment où le Sporting avait décidé de pêcher dans l'étang belge, l'engagement de Proto (ou de BertrandLaquait) coulait de source. Mais le transfert a traîné, et entre-temps, Zitka avait retrouvé une certaine sérénité lors des premiers matches amicaux. On ne pouvait rien lui reprocher. Puis, Proto est arrivé. Attendu comme le Messie par certains, il est surtout tombé comme un cheveu dans la soupe. Comment gérer son arrivée ? L'aligner directement ? Le faire patienter quelques semaines, le temps qu'il trouve ses marques dans son nouvel environnement ? La pression s'est intensifiée sur FrankieVercauteren, mais aussi sur les gardiens qui ont rapidement compris que ni l'un ni l'autre n'aurait plus le droit à l'erreur. Proto l'a reconnu, un peu exaspéré : " C'est fou, on analyse tout au crible, je me demande même parfois si certains ne guettent pas l'erreur imminente ". C'est effectivement ce qui s'est produit. Proto et Zitka ont, tout à tour, commis des erreurs : l'un à Southampton et à Genk, l'autre à Chelsea. Des erreurs montées en épingle dans toute la presse. On se serait cru revenu un an plus tôt, lorsque Zitka et Peersman alimentèrent les chroniques. La difficulté du choix, pour Vercauteren, s'est encore trouvée accentuée par le fait que Proto réalisa une grande prestation en équipe nationale contre la Grèce alors qu'il avait fait, à ce moment-là, de Zitka son n°1. Aujourd'hui, il y a des partisans de Proto, de Zitka, d'une tournante et d'une hiérarchie bien établie. La tâche de Vercauteren s'est compliquée. Et que doit penser JanVan Steenberghe ? Le médian français en est à son troisième club néo-promu en Belgique : Mons, Ostende et Roulers. Les deux premiers sont descendus, mais il ne faut pas nécessairement y voir un mauvais présage pour les Flandriens de DennisVanWijk. Eric Joly est arrivé dans la Cité de la Rodenbach à la fin de la période des transferts, alors que le vainqueur du tour final de D2 (que beaucoup considéraient au départ comme un oiseau pour le chat) avait entamé son premier championnat de l'élite de manière plutôt encourageante : des défaites très honorables, subies sur un score Arsenal à Saint-Trond et au Club Bruges, et surtout deux victoires à domicile, contre Beveren (1-0) et Lokeren (4-0). Les néo-promus dégageaient l'image d'un groupe solidaire, très difficile à man£uvrer. Ils ne pratiquaient pas un football très académique et abusaient de longs dégagements, mais avec leur engagement jamais démenti, ils donnaient un signal à leurs adversaires : pour prendre des points face à eux, il faudrait aller au charbon. Un seul joueur affichait une technique appréciable : l'attaquant français WagneauEloi, auteur de jolis buts. C'est précisément pour accroître le niveau technique de l'équipe, et surtout pour adjoindre à l'entrejeu un joueur capable de conserver le ballon, qu'Eric Joly a été engagé. Résultat ? Depuis lors, Roulers n'a plus gagné. Faut-il y chercher, pour autant, un lien de cause à effet ? Difficile à dire. Des partages à Charleroi et contre La Gantoise ne doivent, à priori, pas être considérés comme de mauvais résultats. Et la blessure du solide RockyPeeters, auteur d'un triplé contre Lokeren, a sans doute pesé dans la balance également. Il n'empêche, Van Wijk a dû remodeler la composition de son équipe pour intégrer Joly. Contre La Gantoise, le 4-4-2 en vogue depuis le début de la saison avait été remplacé par un 3-5-2 à l'ancienne, avec deux stoppeurs ( JamesLahousse et ChemcedineElAraichi) et un libero ( DaanVaesen). Un cran plus haut, l'habituel milieu droit KoenDeVleeschauwer arpentait tout le flanc droit (en l'absence de l'habituel arrière droit PieterjanMonteyne) et l'habituel flanc gauche MaximeAnnys arpentait tout le flanc gauche (en l'absence de l'habituel arrière gauche BjörnDeConinck). FrédéricVanderbiest remplissait son rôle habituel de milieu défensif et SébastienDufoor (second attaquant en début de saison) occupait une position de milieu offensif (en l'absence de l'habituel titulaire du poste Rocky Peeters). Joly, lui, occupait une position hybride en milieu de terrain : ni tout à fait milieu défensif, ni tout à fait milieu offensif. Cela fait beaucoup de changements pour intégrer un seul joueur, convenons-en. Roulers avait-il besoin d'Eric Joly ? L'avenir nous l'apprendra. Son arrivée à Ostende, lors du mercato hivernal l'an passé, avait fait beaucoup de bien aux Côtiers même s'il n'était pas parvenu à maintenir le club en D1. A Roulers, c'est un peu la même histoire : on incruste un joueur technique dans un collectif qui tire sa force du travail, de l'abnégation et du don de soi. Sur le long terme, un club qui engage un bon joueur finit souvent par y trouver son compte. Les plus forts émergent, la loi de la jungle est aussi celle du sport. Et tant pis si l'équipe qui termine la saison n'est pas celle qui l'avait entamée. Mais, sur le moment même, l'intrusion d'un corps étranger peut parfois dérégler tout le système. Et, souvent, les points perdus pendant cette période-là ne se rattrapent pas. DANIEL DEVOSproto ou zitka ? on se croit revenu une saison plus tôt, lorsque zitka et peersman alimentaient les chroniques