La Macédoine n'en est sans doute pas consciente. Mais elle a été le témoin privilégié de l'éclat du clan liégeois sur le football belge. Il y avait longtemps qu'on n'avait pas vu quatre joueurs liégeois (Axel Witsel, Christian Benteke, Nacer Chadli et Kevin Mirallas) fouler la pelouse du stade Roi Baudouin. Symbole d'un football liégeois en pleine renaissance et épanouissement. Et cela ne s'arrête pas à ces quatre valeureux Liégeois. Dans la sélection de Marc Wilmots pour la double confrontation face à la Macédoine, la province de Liège était la mieux représentée (sept joueurs), devant le Limbourg et Anvers (4), le Hainaut et le Brabant flamand (3), Bruxelles (2) et les deux Flandres (un chacune).
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La Macédoine n'en est sans doute pas consciente. Mais elle a été le témoin privilégié de l'éclat du clan liégeois sur le football belge. Il y avait longtemps qu'on n'avait pas vu quatre joueurs liégeois (Axel Witsel, Christian Benteke, Nacer Chadli et Kevin Mirallas) fouler la pelouse du stade Roi Baudouin. Symbole d'un football liégeois en pleine renaissance et épanouissement. Et cela ne s'arrête pas à ces quatre valeureux Liégeois. Dans la sélection de Marc Wilmots pour la double confrontation face à la Macédoine, la province de Liège était la mieux représentée (sept joueurs), devant le Limbourg et Anvers (4), le Hainaut et le Brabant flamand (3), Bruxelles (2) et les deux Flandres (un chacune). A quelques jours du clasico, Liège peut donc se montrer fière, elle qui écrase sa rivale bruxelloise en sélection. Et les mauvaises langues n'hésiteront pas à enfoncer le clou en notant que parmi les deux représentants bruxellois, un (Marouane Fellaini) a fini sa formation et débuté en pro au Standard ! Pourtant, Liège n'en est pas encore à dominer le football belge. Mais elle a relevé la tête et, dans le sillage d'un Standard conquérant et triomphant lors des titres de 2008 et 2009, a montré tout son potentiel. Comment expliquer cette éclatante santé et peut-on parler d'une identité liégeoise, à une époque où les grands clubs se piquent des talents et essaiment la Belgique entière pour trouver les perles rares ? " Historiquement parlant, la formation a toujours constitué une priorité pour les clubs liégeois ", relate Jean-François de Sart, directeur technique du Standard. " Dans les années 80, il y avait trois clubs liégeois en D1 (Seraing, FC Liège et Standard) et ils étaient réputés pour leur formation de jeunes. Surtout Seraing avec Francis Nicolay. Pour qu'un club ait cette image, il faut qu'il laisse aux jeunes l'opportunité de montrer leurs qualités. Au FC Liège, j'ai fait partie de la première génération de joueurs formés. A l'époque, nous étions cinq-six à avoir fait toutes nos classes au FC Liège. Puis une autre génération a suivi avec les Gaëtan Englebert, Pascal Renier ou Eric Deflandre. A l'époque, au Standard, c'était un peu plus compliqué car il y avait moins de possibilités d'intégrer l'équipe pro. Par la suite, le Standard a été le premier à proposer le foot-études avec une possibilité de pouvoir pousser ses études très loin tout en pratiquant du foot au haut niveau. La clé de la réussite de la formation du Standard vient de là. " La disparition de Seraing et la rentrée dans le rang du FC Liège ont également permis au Standard de bénéficier d'un certain monopole sur le terreau liégeois. " Un joueur liégeois rêvait d'aboutir au Standard ", résume José Jeunechamps, ancien entraîneur de jeunes au Standard et aujourd'hui adjoint d'Albert Cartier à Metz. " Mais naturellement il y avait une division des talents par trois. Maintenant, il n'y a plus de division. " Lucien D'Onofrio le constata et décida de pousser le Standard vers la voie de la formation en le dotant d'un outil alors unique en Belgique, l'Académie Robert Louis-Dreyfus, qui a, par la suite, bénéficié pleinement de résultats sportifs excellents. " Les années dorées du Standard ont entraîné le football liégeois dans son sillage ", continue Jeunechamps. Désormais, le club ne compte plus uniquement sur la région liégeoise pour attirer les talents. Fellaini et Michy Batshuayi, issus de Bruxelles, en sont les exemples parfaits. " Au Standard, ils reçoivent désormais des demandes de Mons, Charleroi ou Bruxelles ", dit Jeunechamps. " Le fils de Dany Verlinden a choisi le Standard plutôt que Bruges. N'est-ce pas significatif ? " Mais si le football liégeois a réussi sa mue, c'est en grande partie grâce à la multiculturalité. " Witsel, Pocognoli, Mpoku, Carcela, Fellaini, ce sont des noms qui fleurent bon l'intégration réussie. Ils ne s'appellent pas Piette ni Bodeux ", s'enthousiasme Daniel Renard, ancien journaliste à La Meuse et aujourd'hui secrétaire général du FC Liège. " Ils ont amené les caractéristiques des nations latines comme la fantaisie et la souplesse qu'ils ont combinées à la mentalité liégeoise particulière qui se transmet de génération en génération. Il y a 40 ans, il y avait déjà plein d'Espagnols et d'Italiens mais ils étaient cantonnés aux séries provinciales. Il a fallu l'éclosion de joueurs comme Enzo Scifo ou Raphaël Quaranta pour que les fils d'immigrés percent en D1. Liège a réussi à intégrer ces immigrés en raison de son côté accueillant. Avec les mineurs et la sidérurgie, Liège est habituée à un brassage de cultures. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si des tas de joueurs yougoslaves, comme Ljubomir Radanovic ou Edhem Sljivo ont décidé de rester à Liège une fois leur carrière de joueur terminée ! " Si Daniel Renard ne nie pas le rôle du Standard comme élément rassembleur pour tous ces talents, il nuance en disant que " tous ces joueurs ne sont pas le fruit d'un même moule. Witsel a débuté à Vottem avant de passer à Visé et au Standard ; Benteke a débuté à Pierreuse, Mpoku dans la région de Verviers. Ils ont d'abord choisi leur club de quartier avant de rallier le Standard. " " Oui, je pense ", lâche Daniel Renard. " Ce n'est pas pour rien que Tchantchès qui met des coups de boule à tout le monde est le symbole de la ville. Pendant de longues années, on avait l'image d'un foot plus précieux à Anderlecht et plus engagé au Standard. Plus on se dirigeait vers la Hesbaye et plus cela se remarquait. Et encore aujourd'hui, dans la région hesbignonne, on développe un football proche de celui de l'Angleterre des années 60. Au Standard, à côté de la furia des années 60, il y a eu des techniciens comme Wilfried Van Moer, Simon Tahamata, Sergio Conceiçao ou Axel Witsel mais ces techniciens étaient adorés du public car ils ajoutaient la grinta à la technique. Le plus bel exemple demeure Van Moer qui avait la classe mondiale mais se battait pour chaque ballon. Des joueurs doués comme Vladimir Petrovic, Nebosja Krupnikovic ou Benoît Thans furent des échecs au Standard parce qu'ils ne possédaient pas cet engagement. Tu ne peux pas te satisfaire de tes qualités techniques, tu dois aussi donner le reste. Voilà pourquoi les supporters respectaient des Didier Ernst ou des Théo Poel au Standard, des Moreno Giusto ou des Quaranta au FC Liège, qui n'étaient pas des génies. Cette imprégnation est inculquée très jeune. Les sélections provinciales liégeoises se rassemblent au pied du site minier de Blégny. C'est un symbole très fort. Une fois sur place, les éducateurs ne peuvent pas ne pas leur expliquer le lien entre la mine et le foot. " De Sart, qui a pourtant amené une petite révolution à l'Académie, corrobore ces propos : " On a mis de plus en plus l'accent sur les qualités techniques mais on insiste pour que la mentalité liégeoise demeure. Il nous faut des battants, des joueurs qui mouillent le maillot, un engagement maximum. C'est culturel, inscrit dans les gènes du Standard. A chaque âge, on répète le même message - On ne peut pas perdre notre identité. Et cela se remarque sur les joueurs qui sont passés par le Standard. Witsel, Fellaini, Sébastien Pocognoli ou Mirallas possèdent tous cette caractéristique liégeoise. " Pour Jeunechamps, " il y a certes un esprit liégeois mais l'identité dépend également des dirigeants. Au moment où Tomislav Ivic s'occupait des jeunes, l'accent était placé sur le pressing sur le porteur du ballon. De Sart a apporté une réflexion plus moderne, basée sur la circulation du ballon. " Un même esprit, deux idées du football. Le Standard s'est adapté au football actuel (plus technique et rapide) mais a gardé son ADN. PAR STÉPHANE VANDE VELDE- PHOTOS: IMAGEGLOBE" Witsel, Van Moer ou Tahamata étaient adorés des supporters parce qu'à côté de leurs qualités techniques, il y avait de la grinta. " (Daniel Renard) " Il nous faut des battants. C'est culturel, inscrit dans nos gènes. " (Jean-François de Sart)