Six points d'avance sur le Club Bruges et dix sur le Standard après quatre journées à peine: Anderlecht n'a manifestement pas loupé son entrée en matière en championnat cette saison. Pourtant, malgré son leadership, le Sporting n'a toujours pas vraiment fait l'unanimité autour de ses prestations. Face aux Bleu et Noir, dimanche dernier, chacun s'accordera à dire que les Bruxellois ont été bien payés avec les trois points. Une remarque que l'on avait déjà entendue, auparavant, à Saint-Trond et devant le Germinal Beerschot. Alors, que vaut réellement ce RSCA qui a singulièrement changé de physionomie cet été? C'est, globalement d'abord, puis secteur par secteur, la question que nous avons posée à quelques glorieux anciens de la maison qui ont fait office, depuis lors, de consultants chez nous: Georges Heylens, Bertrand Crasson, Filip De Wilde et Wim De Coninck.
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Six points d'avance sur le Club Bruges et dix sur le Standard après quatre journées à peine: Anderlecht n'a manifestement pas loupé son entrée en matière en championnat cette saison. Pourtant, malgré son leadership, le Sporting n'a toujours pas vraiment fait l'unanimité autour de ses prestations. Face aux Bleu et Noir, dimanche dernier, chacun s'accordera à dire que les Bruxellois ont été bien payés avec les trois points. Une remarque que l'on avait déjà entendue, auparavant, à Saint-Trond et devant le Germinal Beerschot. Alors, que vaut réellement ce RSCA qui a singulièrement changé de physionomie cet été? C'est, globalement d'abord, puis secteur par secteur, la question que nous avons posée à quelques glorieux anciens de la maison qui ont fait office, depuis lors, de consultants chez nous: Georges Heylens, Bertrand Crasson, Filip De Wilde et Wim De Coninck. Heylens: Il reste indéniablement des réglages à faire, surtout en défense. Mais vu le tirage, le coup est manifestement jouable. A domicile, l'équipe doit être en mesure de prendre 6 voire 7 points sur 9. En déplacement, elle peut espérer glaner l'une ou l'autre unités aussi dans la mesure où elle témoigne aujourd'hui d'une plus grande consistance offensive. Crasson: Le Sporting a bénéficié d'un bon tirage et peut nourrir des ambitions. D'autant plus que son équipe paraît plus compétitive que par le passé et mieux armée, aussi, sur le plan mental avec des joueurs qui en veulent. De Wilde: Si le Sporting n'a pas su se montrer dominant face au Club Bruges, peut-on attendre qu'il affiche cette maîtrise face à des formations plus corsées encore comme l'AC Milan ou Lille? Car il ne faut pas s'y tromper, les Français sont forts. Dès lors, la prudence est de mise. De Coninck: En compétition belge, je me demande où le Sporting va perdre des points. En Ligue des Champions, c'est une autre histoire. Mais compte tenu de leur potentiel offensif, les Mauves doivent être capables de fournir une bonne réplique. Surtout dans leurs installations. Heylens: La qualité du recrutement. Dans sa campagne de transferts, le Sporting a privilégié la qualité plutôt que la quantité, comme il en a souvent été par le passé. Trois millions d'euros, c'était le prix que sa direction payait autrefois pour l'acquisition de trois joueurs moyens. Cette fois, elle n'a pas hésité à placer la barre plus haut encore pour ne s'assurer les services que d'un seul élément, tel Mbark Boussoufa ou Lucas Biglia. Avec le résultat que l'on sait sur le terrain puisque ces deux-là, pour ne citer qu'eux, confèrent incontestablement un plus à l'équipe. Crasson: Bizarrement, la hausse de technicité due à l'arrivée au Parc Astrid d'habiles manieurs de ballons comme Ahmed Hassan et Mbark Boussoufa est allée de pair aussi avec une plus grande pugnacité sur le terrain. Ces deux-là, ainsi que les nouveaux venus argentins ne mettent pas seulement leurs qualités de joueur au service du collectif mais font montre également d'une combativité de tous les instants. Au Sporting, cette saison, inspiration rime manifestement avec transpiration. De Wilde: Je ne sais pas s'il y a tellement de différences. La saison passée, après quatre journées, le Sporting comptait dix points. Après un neuf sur neuf, il avait en effet été contraint au partage à Genk: 3-3. C'était peut-être son meilleur match car auparavant, l'équipe n'avait pas été transcendante, loin s'en faut. Cette année encore, je ne trouve pas que le niveau ait été très fameux jusqu'ici. Et c'est un miracle qu'Anderlecht possède le maximum des points car il a souffert mille morts à Saint-Trond et face au Germinal Beerschot. Même contre le Club Bruges il peut s'estimer verni. En l'espace de quatre rencontres, je constate que mon ancien coéquipier Daniel Zitka a déjà été sacré à deux reprises homme du match. C'est inhabituel dans le chef d'un gardien chez les Mauves. C'est dire s'il reste pas mal de travail à effectuer. Surtout en ce qui concerne les automatismes. De Coninck: Après un départ mi-figue mi-raisin, Anderlecht m'a réellement épaté à Westerlo et au Real Madrid. Face au Club Bruges, l'équipe n'a pas persévéré sur cette lancée mais elle n'en a pas moins fait le break, déjà, avec la concurrence. Par rapport à l'année dernière, elle fait montre d'une meilleure emprise sur le cours d'un match. Et tout particulièrement en déplacement, où elle était vulnérable. Certains joueurs n'étaient jamais aussi saignants qu'à domicile, dans un passé récent. Je songe entre autres à Nenad Jestrovic. De ce point de vue-là, le Sporting a incontestablement gagné au change avec l'arrivée de Mémé Tchité. Qu'il évolue au Parc Astrid ou loin de ses terres, le puncheur africain constitue toujours le même danger. L'ancien Standardman est la bonne surprise de ce début de saison, dans la mesure où il prouve qu'il n'est pas seulement un joueur de contres mais qu'il parvient également à tirer son épingle du jeu dans un football plus élaboré. Heylens: J'ai été agréablement séduit par la prestation du jeune Liégeois, aussi bien à Westerlo que face au Real Madrid, même s'il ne s'agissait là que d'une joute amicale. Quand il peut prendre l'intégralité du flanc droit à son compte, l'ancien Standardman est sans conteste à l'aise. Reste à voir s'il peut l'être tout autant lorsqu'il doit museler un adversaire direct. Nicolas Pareja, de son côté, s'impose peut-être comme le patron qui a cruellement manqué au sein de la défense depuis le début de la saison. Au stade Santiago Bernabeu, il a en tout cas régné en maître à l'arrière dès qu'il est entré au jeu. Et contre le Club Bruges, il a été tout aussi souverain en ne commettant, de surcroît, pas le moindre accrochage sur l'attaquant qui se présentait dans sa zone. Du grand art! Crasson: Les exemples d'éléments offensifs qui reculent dans le jeu ont toujours été monnaie courante à Anderlecht. Surtout sur le flanc droit où Georges Heylens, Gilbert Van Binst et moi avions été tous trois reconvertis comme backs après avoir débuté aux avant-postes. Pourquoi Jonathan Legear ne marcherait-il pas à son tour sur ces mêmes traces? Même si je reste convaincu que le meilleur de tous, au back droit, c'est toujours Anthony Vanden Borre. Mais lui-même doit pouvoir s'en convaincre. Quant à Nicolas Pareja, sobre et appliqué contre le Club Bruges, il me paraît effectivement bien parti pour constituer le compliment idéal de Jelle Van Damme ou de Roland Juhasz, qui présentent tous deux un profil relativement similaire. De Wilde: Jonathan Legear est d'un naturel plus offensif qu'Anthony Vanden Borre. Si chez ce dernier le travail défensif laisse déjà à désirer, je ne pense pas que le Liégeois, compte tenu de sa propre inclination, constitue une solution de rechange idéale. Lors du Championnat d'Europe des - 19, il m'a surtout séduit par ses qualités d'infiltreur et de passeur. A mes yeux, il est davantage un ailier ou un demi qu'un back. Reste que les places sont chères au Sporting et qu'à l'image d'un Mark De Man, milieu de formation reconverti à la place de stopper, l'ancien Standardman a peut-être envie de s'inscrire dans la durée à une place qui n'est pas la sienne. Par rapport à Vanden Borre, il a déjà l'avantage d'être un véritable homme de flanc alors que le jeune international n'a jamais caché qu'il préférait évoluer dans une position plus centrale. Pour ce qui est de Nicolas Pareja, je préfère ne pas me prononcer car je ne l'ai pas vu suffisamment à l'£uvre jusqu'ici, même s'il m'a laissé une bonne impression au Real Madrid et contre le Club Bruges. De Coninck: Le Nicolas Pareja que j'ai vu à l'£uvre contre le Real Madrid et le Club Bruges a sans conteste l'étoffe d'un patron. Je suis sûr qu'à son contact, des éléments comme Jelle Van Damme ou Roland Juhasz vont sensiblement se bonifier. Notre compatriote est pétri de talent, c'est indéniable. Mais après deux années sur le banc, il doit retrouver le bon rythme. C'est une affaire de temps. Pour ce qui est de la position de back droit, c'est sûr qu'Anderlecht a des solutions avec Anthony Vanden Borre ou, à présent, Jonathan Legear. En Belgique, le concours de ces garçons sera suffisant. Reste à voir si ce jugement pourra être étendu aussi à la Ligue des Champions. Heylens: L'année dernière, la créativité reposait essentiellement sur les épaules du Suédois. Il en résultait un Anderlecht autoritaire quand Zet avait de bonnes jambes ou qu'il était exempt de marquage. Dans le cas contraire, en revanche, le Sporting était des plus poussifs. C'est ce qui expliquait, dans une large mesure, son manque de répondant en dehors de ses installations. Cette saison, je constate que les impulsions offensives ne dépendent plus d'un seul homme mais bel et bien de quatre joueurs: Mbark Boussoufa, Ahmed Hassan, Lucas Biglia et Bart Goor. Cette diversité est évidemment synonyme d'une plus grande richesse dans le jeu. D'autant plus que ces garçons opèrent sur toute la largeur du terrain. Le danger vient à présent de partout alors qu'il était davantage confiné à un seul secteur il y a quelques mois à peine. Crasson: Suite à la fin de carrière de Zet, le numéro 10 a sans doute vécu au Sporting. Comme bon nombre d'équipes huppées, les Mauves procèdent aujourd'hui avec des inspirateurs excentrés et deux ratisseurs au milieu, même si Lucas Biglia occupe une position plus avancée sur le terrain par rapport à Yves Vanderhaeghe, à inclination plus défensive. Le jeune Argentin, qui fait preuve d'une activité inlassable entre les lignes, est un adepte du jeu en un temps. Comme sur les flancs, Mbark Boussoufa et Ahmed Hassan font preuve du même pouvoir d'accélération, le football déployé est à présent plus rapide. Et cette vitesse fait d'Anderlecht un team moins prévisible aussi. De Wilde: En attendant le retour de Nicolas Frutos, le Sporting a tablé jusqu'ici sur des éléments comme Mbark Boussoufa, Ahmed Hassan et Lucas Biglia comme pourvoyeurs de Mémé Tchité. Cette richesse offensive nécessite la présence d'un bon demi défensif. J'ai cru que Christian Leiva allait être celui-là mais contre toute attente, c'est good old Yves Vanderhaeghe qui s'est imposé jusqu'ici comme pare-chocs devant la défense. Avec sa foi qui soulève les montagnes, je crois que la concurrence aura fort à faire pour le bouter hors de l'équipe. De Coninck: Ce que Lucas Biglia a montré en deuxième mi-temps au Real Madrid, c'était ni plus ni moins la toute grande classe. L'Argentin constituait un entrejeu à lui seul, ce qui n'est pas un mince mérite. Au début, l'ex-médian d'Independiente a cherché logiquement sa place. Après deux mois au Sporting, il cerne déjà parfaitement les contours de sa mission. S'il poursuit sur cette voie, il sera à n'en pas douter le grand bonhomme de cette compétition. Vu ses prestations à Westerlo et à Chamartin, je ne suis pas étonné qu'un garçon de sa trempe figurait sur les tablettes du sélectionneur José Pekerman dans l'optique de la Coupe du Monde. A mes yeux, il n'aurait pas détoné dans le groupe des 23 internationaux de son pays en Allemagne. C'est extraordinaire qu'Anderlecht ait pu attirer quelqu'un de cette valeur. Même s'il me semble d'ores et déjà acquis que le Petit Prince ne fera pas de vieux os au Parc Astrid. Au stade Santiago Bernabeu, chacun aura pu voir ce qu'il avait dans le ventre et, surtout, dans les pieds. Dès lors, je mets ma main au feu qu'il aboutira en Liga espagnole dans les plus brefs délais. Heylens: L'Argentin et son compère africain n'en sont qu'au début de leur collaboration. Il est donc trop tôt pour émettre un jugement pertinent sur eux. Mais une chose est sûre: s'ils parviennent à accorder leurs violons, ils constitueront à coup sûr une paire plus performante que celle formée par leurs illustres devanciers. Car il ne faut pas oublier que le Tchèque et le Canadien avaient 27 ans au moment où ils ont connu de concert leur saison de grâce en 2000-01. Nicolas Frutos en a 25 et Mémé Tchité 22 à peine. Leur marge de progression est donc encore très importante. Crasson: Koller-Radzinski, c'est ce qu'Anderlecht a sûrement fait de mieux depuis le début de ce millénaire. Compte tenu de leur profil, il est logique que Nicolas Frutos et Mémé Tchité suscitent la comparaison avec ceux qui les ont précédés à la pointe de l'attaque voici une demi-douzaine d'années. Pour moi, le duo actuel est peut-être plus prometteur encore que l'ancien dans la mesure où l'Argentin me paraît plus complet que Jantje tandis que Tchité a un sens du but encore plus aiguisé que le Canadien. De Wilde: Jan Koller et Tomasz Radzinski s'entendaient comme larrons en foire, tant sur le terrain qu'en dehors des stades. Il en a résulté une complicité sans égale entre eux. En raison de ses origines polonaises, le Canadien se sentait proche de son compère, avec qui il conversait d'ailleurs dans une sorte de dialecte slave. Peut-on attendre une même relation entre un Argentin et un Africain, que pas mal de choses séparent? C'est encore à prouver. D'autre part, s'ils sont alignés ensemble, qui fera les frais de leur titularisation dans la division offensive. Contre le Club Bruges, Ahmed Hassan et Mbark Boussoufa ont prouvé toute leur utilité. Grâce à leurs actions géniales, ils sont indispensables au sein du onze de base. Mais il est impensable de coupler ces deux-là au tandem Frutos-Tchité, a fortiori en Coupe d'Europe, sans quoi le Sporting pencherait trop vers l'avant. Même si Tchité marque comme il respire actuellement, je me demande dans quelle mesure il ne se révélera pas davantage utile lors des rencontres en déplacement plutôt qu'à domicile, où Frutos me paraît plus à même de jouer le rôle d'ouvre-boîtes. De Coninck: Pour moi, Nicolas Frutos s'apparente bel et bien à Jan Koller. Mais dans l'effectif anderlechtois actuel, c'est Mbark Boussoufa qui me semble le plus proche du Canadien. A Gand, le Marocain officiait souvent comme deuxième attaquant derrière Dominic Foley. C'est dans ce registre qu'il a fait fureur. Associé à un pivot de qualité supérieure, comme Frutos, cette association-là devrait logiquement faire des dégâts. Reste que sans l'Argentin, Anderlecht peut se tirer d'affaire aussi, tant le talent offensif abonde cette saison. Les départs de Nenad Jestrovic et Christian Wilhelmsson ont été largement compensés.l bruno govers et geert foutrÉBruno Govers et Geert Foutré