MON NOM

Taiwo Awoniyi (21 ans) : " Chez les Yoruba, mon clan, le premier-né de jumeaux est toujours appelé Taiwo, même si c'est une fille. Taiwo veut dire celui est qui est arrivé le premier. Le second s'appelle Keinde, celui est est venu en dernier. C'est donc le nom de ma soeur jumelle. Les parents peuvent évidemment donner un prénom supplémentaire à leurs enfants. Pour moi, ils ont choisi un nom biblique. Je m'appelle donc Taiwo Michael Awoniyi. Mais à Ilorin, ma ville natale, tout le monde m'appelle Taiwo ! Et je ne suis donc pas le seul à porter ce nom.
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Taiwo Awoniyi (21 ans) : " Chez les Yoruba, mon clan, le premier-né de jumeaux est toujours appelé Taiwo, même si c'est une fille. Taiwo veut dire celui est qui est arrivé le premier. Le second s'appelle Keinde, celui est est venu en dernier. C'est donc le nom de ma soeur jumelle. Les parents peuvent évidemment donner un prénom supplémentaire à leurs enfants. Pour moi, ils ont choisi un nom biblique. Je m'appelle donc Taiwo Michael Awoniyi. Mais à Ilorin, ma ville natale, tout le monde m'appelle Taiwo ! Et je ne suis donc pas le seul à porter ce nom. En plus de ma jumelle, j'ai deux soeurs et deux frères aînés. Nous avons d'abord vécu dans un appartement deux chambres à Ilorin. C'était un enfer. Parfois, nous n'avions à manger qu'une ou deux fois par jour. Mes parents sont issus d'une famille chrétienne et ils croyaient fermement que tout finirait par aller bien. Ma mère était vendeuse. La marchandise qu'elle vendait dépendait des périodes : du bois de chauffage, des vêtements, parfois de la nourriture. Mon père travaillait à la prison et il percevait un salaire mensuel mais il ne permettait pas d'envoyer tous les enfants à l'école. Mon père trouvait pourtant les études très importantes. Il était convaincu qu'il aurait eu une vie meilleure s'il avait reçu une formation. Donc, quand il ne pouvait pas payer les factures, il se rendait parfois à l'école pour supplier le directeur de ne pas nous renvoyer. Il lui arrivait d'emprunter de l'argent à des gens, auxquels il devait ensuite rembourser le double. Mes parents ont tout fait pour nous permettre d'avancer dans la vie. La moindre des choses était de se battre pour y parvenir. Un de mes frères a fréquenté l'université d'Ilorin et est devenu professeur. Un autre possède une boutique de vêtements. Une de mes soeurs est pharmacienne, une autre infirmière. Ma jumelle suit des études universitaires. J'ai fréquenté l'école jusqu'à quinze ans. Mon père voulait que j'aille à l'université puis, un moment donné, il a réalisé qu'il devait me laisser suivre ma voie. Les traditions sont importantes pour les Yoruba. Quand je reviens au Nigeria et que je retrouve mon père, je ne lui serre pas la main. Je m'incline. (Il se met à quatre pattes et s'étend comme pour faire un pompage, ndlr.) Le respect et l'honnêteté sont des valeurs fondamentales de notre éducation. Le meilleur footballeur nigérian de tous les temps ? J'ai du mal à choisir entre Nwankwo Kanu et Jay-Jay Okocha. Des joueurs d'exception. En plus, ils jouaient toujours avec le sourire. Il faut s'amuser en jouant. J'essaie également de sourire car je n'aurais jamais imaginé pouvoir jouer dans un encadrement comme celui-ci. Tout semble facile, ici. Je n'ai encore rencontré personne qui ne puisse manger deux fois par jour. Il y a bien des pauvres en Belgique aussi mais leur situation n'est certainement pas comparable à celle des gens dans de nombreux coins d'Afrique. Je ne souhaite pas m'exprimer à propos de la manière dont le président s'attaque à l'organisation terroriste Boko Haram. Globalement, je pense que chacun, en son for intérieur, sait s'il agit bien ou mal. Je regrette toutefois que le Nigeria fasse souvent la une ici à cause des kidnappings et de Boko Haram. On dirait que le Nigeria grouille de terroristes. Or, ce phénomène frappe aussi la Belgique, l'Allemagne et la France. Les kidnappeurs et Boko Haram sont des thèmes importants au Nigeria mais ils ne prennent pas tout le pays en otage. A Ilorin, par exemple, chrétiens et musulmans cohabitent en paix. Je trouve important que les Nigérians se comportent bien à l'étranger car s'ils se distinguent dans le mauvais sens, les Belges vont à nouveau se dire que le Nigeria est un pays à problèmes. Si nous nous tenons bien, les gens comprendront qu'il ne faut pas mettre tous les Nigérians dans le même sac. De ce point de vue, j'assume une certaine responsabilité. "