Les derniers matches des Diables Rouges ont permis à la Belgique de se hisser à la hauteur de l'Ecosse, le pays d'accueil de Joos Valgaeren, actif au Celtic où il a réalisé un triplé historique : championnat, Coupe nationale et Coupe de la Ligue. Les journalistes de ce pays lui posent bien des questions au sujet de l'équipe nationale lors des matches de qualification.
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Les derniers matches des Diables Rouges ont permis à la Belgique de se hisser à la hauteur de l'Ecosse, le pays d'accueil de Joos Valgaeren, actif au Celtic où il a réalisé un triplé historique : championnat, Coupe nationale et Coupe de la Ligue. Les journalistes de ce pays lui posent bien des questions au sujet de l'équipe nationale lors des matches de qualification. "Ce sera passionnant jusqu'au bout", dit-il. "Je reste convaincu que la Croatie, l'Ecosse et la Belgique ont le même pourcentage de chances de se qualifier avec, peut-être, un petit avantage à la Croatie. Elle est venue à Bruxelles pour jouer le 0-0 et s'est montrée très organisée. On a peut-être l'impression qu'elle n'était pas capable de plus mais, selon moi, elle a fait exactement ce qu'elle devait. Je la considère comme légèrement favorite mais l'écart n'est pas grand". Le point arraché par les Diables à Glasgow pourrait donc revêtir une importance capitale. Comment les Ecossais ont-il réagi? "Ils ont rejeté la faute sur tout le monde, y compris sur les ramasseurs de balles! Je vous le jure, c'était dans le journal: Craig Brown leur reprochait d'avoir rendu le ballon trop vite. Dix secondes auraient pu faire la différence. Evidemment, les journalistes se sont jetés sur une telle affirmation. Pour eux, l'Ecosse a vraiment joué avec son bonheur: mener 2-0 contre une équipe réduite à dix et se faire rejoindre, cela équivaut à une défaite". Les Ecossais ne devraient-ils pas ne s'en prendre qu'à eux mêmes? "Ils estiment en effet qu'ils ont encaissé deux buts évitables. Cela fait des années qu'ils répètent qu'ils peuvent faire souffrir toutes les équipes, qu'ils sont capables de ne pas encaisser mais qu'ils marquent difficilement. Et voilà que quand ils mènent au repos et à domicile, ils sont incapables de défendre leur avance. Paul Lambert, mon équipier au Celtic, disait que nous avons eu de la chance mais je lui ai répondu que je n'en avais rien remarqué parce que, bien que réduits à dix, nous les avons mis sous pression et nous avons inscrit deux buts de la tête. Alors, qu'on ne vienne pas nous reprocher d'avoir eu de la chance. Pour moi, les Ecossais n'ont effectivement à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Finalement, il a reconnu que je n'avais pas tort". Cela fait maintenant plus d'un an que Valgaeren fait partie du noyau de l'équipe nationale. Il a effectué ses débuts à Charleroi le 23 février 2000, face au Portugal et compte déjà 13 sélections. Hormis le match en Ecosse, il a toujours joué les 90 minutes. Pourquoi fut-il moins bon à Glasgow? "C'est une énorme déception pour moi. Etais-je nerveux? Je suis passé à côté de mon match, ce sont des choses qui arrivent. Cette saison, j'ai livré 50 rencontres avec le Celtic, plus une dizaine avec les Diables et Ecosse-Belgique fut le plus mauvais d'entre eux. Je me sentais bien, d'autant que j'avais joué la semaine précédente. Mais le premier but, c'est pour ma pomme, je n'ai aucune excuse". Hormis les nuls en Ecosse et contre la Croatie, la Belgique a tout gagné jusqu'ici. On peut dire que la campagne de qualification pour la Coupe du Monde se passe comme prévu. Et Valgaeren semble faire partie des valeurs sûres : "Me suis-je fait une place en équipe nationale? Je me sens un peu mieux au sein du groupe mais la concurrence est énorme. Van Buyten a beaucoup de talent et de puissance physique. Je trouve qu'il est dangereux de se considérer comme titulaire en équipe nationale parce que le sélectionneur a l'embarras du choix, ce qui n'est pas toujours le cas dans un club". Titulaire en équipe nationale, triplé avec le Celtic: a-t-il livré une saison parfaite? "On peut toujours faire mieux. Je regrette que nous n'ayons pas atteint le cap des cent points alors que c'était possible. Nous avons également perdu notre premier match à domicile (1-2 contre Dundee) à l'occasion de la dernière journée et nous avons été éliminés prématurément par Bordeaux en Coupe d'Europe".Pourquoi le Celtic est-il beaucoup plus fort que les autres clubs écossais? "Nous sommes plus réalistes. Derrière, nous ne prenons pour ainsi dire pas de risque. Les trois défenseurs ne font que défendre. Nous pouvons jouer au football mais l'entraîneur n'aime pas le risque et nous l'évitons. La seule chose qui m'embête un peu, c'est de jouer à gauche. J'y ai atterri après mes blessures. Nous avons tellement de talent dans l'entrejeu et en pointe que c'est suffisant pour faire la différence. Nos meilleurs joueurs? Larsson se détache évidemment, avec ses 53 buts. Mais au milieu, il y a aussi Lambert. Une grave blessure à la cheville l'a écarté des terrains pendant deux mois mais il est revenu plus fort et plus agressif que jamais après la trêve". Est-il vrai que Larsson peut désormais déterminer lui-même son salaire? "Je ne sais pas d'où les journaux belges sortent cette information. Mais Larsson est très respecté en Ecosse. Ce n'est pas un joueur qui attend le ballon dans le rectangle. Il travaille, tackle et défend. C'est un excellent footballeur, doté d'une mentalité exceptionnelle. Le Celtic ne veut pas le lâcher mais de là à dire qu'il peut déterminer lui-même son salaire..." Les journaux disent également que Martin O'Neill, le manager, succédera la saison prochaine à Alex Ferguson à Manchester United. "Il ne faut pas croire tout ça. Dans chaque interview, O'Neill répète que le Celtic est son employeur et qu'il le respecte. Mais c'est vrai qu'on peut le comparer à Ferguson. Une fois sa décision prise, il n'en change pas. Il ne doute jamais et c'est comme cela que cela doit se passer dans les grands clubs. Sur le plan tactique, il est très clair: nous jouons en 3-5-2, les défenseurs défendent et c'est aux autres de faire la différence. Il est également toujours positif, il ne casse jamais personne. C'est un Irlandais fonceur". Un type très stable, également. Lorsqu'il était manager de Leicester City, il n'effectuait jamais beaucoup de transferts. "Au Celtic, il a amené quatre joueurs mais a surtout réussi à sortir du trou des éléments qui, l'an dernier, n'avaient pas du tout confiance en eux. Tout le monde dit que notre succès est avant tout le sien: celui de la stabilité, de l'esprit de groupe. Est-ce le hasard ou a-t-il bien mené sa barque? Je penche pour la seconde hypothèse. Tout le club avait soif de victoires car il y avait 32 ans que le Celtic n'avait plus réussi le triplé...mais sur le plan européen, il y a vingt ans qu'il n'a plus passé l'hiver. Je trouve formidable que nous ayons pu tenir le coup. En championnat, un faux pas est vite oublié mais en Coupe, cela ne pardonne pas. Hormis la défaite (5-1) chez les Rangers, je ne vois pas un seul match où nous ayons quoi que ce soit à nous reprocher. Nous avons parfois été moins bons mais nous avons gagné parce que nous nous sommes comportés comme des pros".Dans quel domaine a-t-il le plus progressé, Joos? "Sur le plan défensif. Tant à Roda qu'à Malines, je jouais une fois derrière, une fois dans l'entrejeu. J'avais déjà dit à Sef Vergoossen que je préférais rester en défense mais Roda était mon employeur et je devais le respecter. Si Vergoossen estimait que je pouvais rendre plus de services dans l'entrejeu, je devais accepter. Il est cependant un fait que je me sens mieux derrière. Le Celtic m'a acquis en tant que défenseur et c'est ainsi qu'il m'utilise. Cela m'a permis de progresser, d'être plus efficace... (il rit)... même si cela ne s'est pas vu contre l'Ecosse". Est-il plus dur sur l'homme? "Oui. Les équipes jouent davantage sur leur physique, plus encore qu'en Belgique ou aux Pays-Bas. En Hollande, même les petits clubs cherchent une solution technique, y compris face à l'Ajax ou au PSV. Ici, le jeu est beaucoup plus direct, on met la pression sur l'adversaire et on utilise le corps s'il le faut. Derrière, pas question de perdre un duel. J'aime anticiper mais je le fais moins". Le football écossais, pour tout le monde, c'est un duel entre le Celtic et les Rangers. Et pour le reste? "J'ai été surpris par la difficulté que nous avions à imposer notre jeu en déplacement. Le football écossais n'est peut-être pas le plus beau mais il est axé sur le résultat. Le Bayern ne joue pas de façon très académique non plus et pourtant il est champion d'Europe. Il y a eu des périodes où le Celtic ne touchait pas un ballon mais où nous trouvions les ressources physiques pour sauver les meubles pendant un quart d'heure et nous finissions par l'emporter". Mais le Celtic est-il capable de tuer un match? "Pour moi, c'est la grande leçon que nous devons retenir de Bordeaux. Pendant 75 minutes, ce club nous a laissés nous déchaîner puis il a mis la pression pendant le dernier quart d'heure et inscrit un but magnifique. Dans les prolongations, nous étions complètement cuits physiquement et Bordeaux nous a assassinés. C'est cela que nous devons apprendre. Reste à voir ce que nous pouvons faire en Ligue des Champions. Lambert l'a remportée une fois et il dit que c'est possible. Mais les Rangers, malgré tout leur talent individuel, n'ont jamais franchi le premier tour. Ce qu'il y a de bien, en football, c'est que c'est l'équipe qui compte. Il ne suffit pas d'acheter les meilleurs". Vu de l'extérieur, tout semble facile au Celtic. Et lui, est-il surpris? "Oui, un peu. Je m'attendais à plus de difficultés à être titulaire. Je pensais devoir puiser dans mes réserves pour m'imposer car, en Belgique, je n'étais tout de même qu'un footballeur moyen. Mais tout se passe bien et ce football semble taillé sur mesure pour moi car il est très rapide et très physique. Les résultats ont joué en ma faveur et je suis revenu de l'EURO en pleine forme. Après la trêve hivernale, j'étais un peu fatigué, au même titre que quatre ou cinq autres joueurs. Je ne m'attendais pas à disputer autant de matches. Je ne me suis donc jamais entraîné aussi peu que cette saison. Parfois, à l'échauffement, je sentais bien que je devais faire attention et tout finissait toujours par s'arranger. Les entraînements étaient bien dosés, les Britanniques ont beaucoup d'expérience en la matière. Les entraînements sont étrangement calmes: on ne tackle pas, on ne se rentre pas dedans. Au début, je me disais que tout était cool mais, dès qu'on entame un match, on vous tackle à hauteur de l'oreille. Manifestement, cela n'étonne personne. Quand je demandais à sauter un entraînement, on me le permettait. A Roda, il fallait être blessé pour cela. Nous nous entraînions toujours à la limite, parfois au-delà, et cela portait ses fruits également puisque nous avons remporté la Coupe. Ici, on en fait moins et pourtant cela semble tout aussi efficace. Au point de vue de l'alimentation, on est également beaucoup plus regardant sur le continent, surtout à Roda, où nous avions même un diététicien. Le Celtic en a un aussi mais nous sommes beaucoup plus libres. On nous dit que nous sommes presque tous internationaux, que nous pouvons manger ce que nous voulons à condition d'être bons le samedi!" Peter T'Kint