Le Français Gabriel Hanot, journaliste de l'Equipe, est celui qui a su unir les hommes et les enthousiasmes autour d'un projet révolutionnaire : la Coupe d'Europe des clubs champions devenue plus tard Ligue des Champions. Dans le foot, il joua le rôle de l'homme politique Robert Schumann qui avait créé l'Europe pour ne plus jamais revivre les horreurs de la guerre.
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Le Français Gabriel Hanot, journaliste de l'Equipe, est celui qui a su unir les hommes et les enthousiasmes autour d'un projet révolutionnaire : la Coupe d'Europe des clubs champions devenue plus tard Ligue des Champions. Dans le foot, il joua le rôle de l'homme politique Robert Schumann qui avait créé l'Europe pour ne plus jamais revivre les horreurs de la guerre. Le 3 avril 1955, Hanot réunissait les huiles de grands clubs dans les salons de l'hôtel Ambassador au Boulevard Haussmann, à Paris. Il y avait là RW Essen, Rapid Vienne, Anderlecht, Aarhus, Real Madrid, Hibernian, Stade de Reims, PSV Eindhoven, Voros Lobogo, Milan AC, Gwardia Varsovie, Sporting Portugal, Sarrebruck, Djugarden, Servette Genève, Partizan Belgrade. Chelsea déclina l'invitation suite à l'opposition de l'Angleterre, déjà allergique aux idées européennes... Quelques mois plus tard, le 14 juin 1956, le Real Madrid et le Stade de Reims disputaient la première finale de la grande Coupe d'Europe. Les Espagnols s'imposèrent 4-3 au terme d'un match de légende dirigé par l'arbitre... anglais Ellis. Deux des vedettes de cette grande soirée du Parc des Princes ne furent autres qu' Alfredo Di Stefano, le stratège argentin du Real Madrid, et Raymond Kopa, l'artiste français d'origine polonaise de Reims. Le foot était déjà un melting-pot d'artistes et de cultures du foot et depuis, ces grandes soirées européennes permettent de mesurer les progrès et cerner le chemin qui reste à parcourir, admirer le style et les atouts des grandes stars. Côté belge, en 1988, Eric Gerets était le capitaine du PSV qui remporta la C1 face à Benfica (0-0, 6-5 lors des tirs au but) : jamais un joueur belge n'avait vécu cela. Dix ans avant, le Club Bruges avait été battu en finale par Liverpool et en 1987, Jean-Marie Pfaff et le Bayern Munich avaient été repoussés par Rabbah Madjer et le FC Porto, 2-1. Raymond Goethals perdit une finale avec Marseille (0-0, tirs au but : 5-3) contre l'Etoile Rouge Belgrade en 1991 mais prit la mesure de l'AC Milan deux ans plus tard à Munich (1-0). L'histoire est parfois écrite par des joueurs dont le souvenir s'est injustement estompé. En 1955, la vedette d'Anderlecht est Jef Mermans, 56 présences et 28 buts en équipe nationale de 1945 à 1956. A 34 ans, le Bombardier est l'attaquant à suivre pour les débuts de son club sur la scène européenne le 7 septembre 1955, à Voros Lobogo, en Hongrie. Pourtant, après 7 minutes de jeu, c'est son équipier René Vanderwilt qui marquera le premier but belge en Coupe d'Europe. Hippolyte van den Bossche en signe deux autres et atténue la défaite (6-3) qui sera confirmée au retour (1-4). Les Mauves retiennent le nom du gardien magyar qui les rejoindra plus tard : Arpad Fazekas. Après avoir boudé les débuts de C1, l'Angleterre envoie finalement Manchester United sur le Vieux Continent. L'épreuve regroupe 32 clubs. Pour la première fois, la télévision belge transmet en direct la deuxième mi-temps d'un match de coupe d'Europe. Anderlecht est battu 0-2 et sera reçu au retour dans le stade de Manchester City jugé plus vaste. La note sera salée : 10-0. Les hommes de Matt Busby furent sans pitié pour le premier match disputé sur le sol anglais. Trois ans plus tôt, en match amical, les Mauves avaient battu Arsenal, champion d'Angleterre, à Londres (2-3), et le manager des Anglais Tom Wittaker leur avait dit : " Maintenant que vous avez battu les Gunners, vous pourrez aller partout dans le monde, en bombant le torse ". Autre émotion : lors de ce voyage, on fut longtemps sans nouvelles d'un avion de tourisme qui emmenait notamment l'épouse d' Eugène Steppé, le secrétaire général d'Anderlecht. Porté disparu, l'appareil se posa heureusement sur un aérodrome militaire. Eddy Wauters, l'actuel président de l'Antwerp, Vicky Mees et leurs équipiers posèrent de sérieux problèmes aux stars du Real Madrid en octobre 1957. Les Espagnols furent malmenés mais s'imposèrent 1-2 malgré deux tirs sur les bois signés par Mees et Jef Van Gool. Au retour, la pilule fut plus amère : 6-0. Il est vrai que Mees s'était blessé à l'entraînement et que son absence favorisa le Real. On revit les Merengue en Belgique lors de la finale remportée 3-2 après prolongations contre l'AC Milan. Le Standard mis au point par le terrible coach qu'était Geza Kalocsai balaya les Ecossais de Hearts of Midlothian : 5-1. Cet exploit est synonyme de première victoire belge européenne. Au retour, Jean Nicolay s'installe à la place de son frère Toussaint dans la cage liégeoise. Le Standard continue sur sa lancée et arrache le premier succès belge à l'étranger au Sporting Club Portugal de Lisbonne (2-3). En quarts de finale, le Standard prit la mesure de Reims à Sclessin (2-0) mais fut défait 3-0 au retour qui se disputa au Parc des Princes à Paris. Après une heure de jeu, Jean Nicolay arrêta un penalty. A 0-0, la cause semblait entendue mais à 10 contre 11, suite à la blessure de Jean Vincent, Reims trouva les ressources suffisantes pour retourner la situation. Le Standard était éliminé et déçu mais cette grande campagne européenne constitua le début du mythe des Rouches. Au pays de la gueuze, le whisky des Glasgow Rangers ne passe pas. En Ecosse, le vieux Henri Meert (39 ans) est rappelé afin de remplacer Félix Week, blessé, devant les filets bruxellois. Après 10 minutes, Meert est KO debout, reste au jeu mais passe la nuit à l'hôpital. Il y a de quoi avoir une migraine : 5-2. Au retour, Jacques Culot projette le petit ailier adverse, Scott, dans les balustrades mais les Ecossais s'imposent à la dure : 0-2. A la fin du match, le crâne bandé, Scott serre la main de Culot comme s'il ne s'était rien passé ! Après avoir fêté deux Souliers d'Or ( Fons Van Brandt en 1955 et Lucien Olieslagers en 1959), le Lierse émergea d'un point face à Anderlecht en fin de championnat. Il fit honneur à ce titre national en résistant bien au FC Barcelone en seizièmes de finale. Vaincu 2-0 en Catalogne malgré un brillant Robert Willems, le Lierse reçut son visiteur à... Anderlecht car le Lisp n'était pas pourvu de l'éclairage et ne désirait pas courir le risque de jouer l'après-midi comme l'Antwerp l'avait fait pour recevoir le Real Madrid. Barcelone s'imposa 0-3. Après avoir sorti, Frederikstad et Valkeakoski, les Rouches écrasèrent les Glasgow Rangers à Sclessin avec un grand Roger Claessen : 4-1. En Ecosse, les Liégeois s'installèrent au... Standard Hôtel. C'était bon signe. Les Rangers ne marquèrent leur deuxième but qu'à la 88e minute de jeu, sur penalty. Trop tard. En demi-finales, le Real reçut le Standard avec les honneurs dus à son rang et s'impose 4-0. Au retour, les Espagnols se contentèrent de la moitié de ce score : 0-2 avec un but de Ferenc Puskas entaché d'une faute de main. Le Roi et la Reine des Belges assistèrent à ce beau baroud d'honneur signé par des Liégeois emmenés par leur capitaine, Denis Houf, Paul Bonga-Bonga et un jeune joueur qui intéressa le Real : Léon Semmeling. Vainqueur à cinq reprises de la Coupe d'Europe, le Real n'avait jamais été éliminé de la scène continentale que par son ennemi héréditaire, le FC Barcelone. A Chamartin, les Mauves furent menés 2-0, égalisèrent par Paul Van Himst et Jean-Pierre Janssens. Di Stefano forgea une différence avant que Wilfried Puis ne fixe le résultat pour de bon : 3-3. Au Heysel, Jef Jurion, Mister Coupe d'Europe, entra dans l'histoire à cinq minutes de la fin : tir de loin, goal, qualification d'Anderlecht. Cet exploit historique précéda l'élimination du CDNA Sofia avant d'essuyer une terrible déception face au FC Dundee : 1-4. Ce soir-là, Anderlecht frisa la perfection dans le jeu mais regretta les mésententes entre Fazekas et Laurent Verbiest. En Ecosse, Dundee confirma ce succès (2-1) face à des Anderlechtois qui eurent bien des regrets. Après avoir vécu de grandes soirées européennes, le Standard ne se méfia pas assez des Suédois de Norrköping. L'entraîneur des Liégeois, Gusti Jordan, un Autrichien qui avait £uvré au Racing de Paris, manquait de rigueur. Le Standard s'imposa à Liège (1-0) mais fut bousculé en Suède (2-0) où Nicolay arrêta un penalty. Roger Petit s'intéressa à Bild, un des attaquants suédois, qui préféra un transfert aux Grasshoppers Zurich. Un seul tour et le Standard oublia ses ambitions européennes. Retrouvant sa superbe en Belgique, Anderlecht força d'abord un maigre 1-0 contre Bologne. Au retour, Jacky Stockman fit 2-1 à 60 secondes de la fin de la rencontre. Il venait de mériter son surnom : Zorro. Comme dans la chanson d' Henri Salvador, il était arrivé sans se presser, le grand Zorro, le beau Zorro. La belle eut lieu au Camp Nou, 0-0 après 120 minutes de jeu. A l'époque, pas de tirs au but : l'arbitre Zaraquigui lance la pièce. Elle retombe sur la tranche. Nouvel essai : Martin Lippens hurle sa joie, le sort a souri aux Mauves. Au tour suivant, les Beatles du FC Liverpool gagnent chez eux et à Bruxelles : 3-0 et 0-1. Anderlecht est allergique aux Britanniques. Après avoir éliminé Fenerbahce et Derry City, Anderlecht retrouva un Real Madrid vieillissant, Alfredo Di Stefano et Ferenc Puskas ayant quitté le club. A Bruxelles, Anderlecht s'impose dans son stade quelques jours après le décès de Laurent Verbiest (1-0, but de Paul Van Himst) avant d'être roulé dans la farine par l'arbitre au retour. Barberan exclut Jean Cornélis pour une faute légère, accorde un penalty imaginaire au Real après avoir oublié une brutalité de Gento sur le deuxième but du Real. Au bout du compte, cela fait 4-2 et une élimination douteuse. L'UEFA inflige un blâme à Albert Roosens, le président anderlechtois, qui critique durement l'homme en noir. Jacky Stockman était déchaîné et l'a attendu à la porte du banquet afin de lui demander " pourquoi il avait été dans son portefeuille ". Barberan disparut de la circulation mais son nom a longtemps été jeté à la tête des arbitres en méforme. Facile vainqueur de Haka Valkeakosken (1-10 et 2-0), Anderlecht est balayé par le grand Dukla Prague (4-1 dans la capitale tchèque, 1-2 à Bruxelles) bien emmené par un grand gardien de but, Viktor, et un génial meneur de jeu : Joseph Masopust qu'on admirera plus tard au Crossing de Molenbeek. Si Karl-Marx Stadt ne posa de problèmes aux Bruxellois (1-3 là-bas, 2-1 ici), le Sparta Prague procura des cheveux blancs à Anderlecht : 3-2 en Tchécoslovaquie, 3-3 à Bruxelles où Mraz (ex-Dukla) signa un grand match et égalisa à la 89e minute. Julien Kialunda fut commis exclusivement à la garde d'un joueur : Kvasniak qui joua aussi au Racing de Malines. Avant André Béres, aucun coach n'avait confié une telle tâche à un arrière mauve. Au deuxième tour, après avoir éliminé Glentoran Belfast (3-0, 2-2 en Irlande), Anderlecht résiste bien à Manchester United : 3-0 et surtout 3-1 à Bruxelles. Le retour fut spectaculaire et passionnant avec deux buts de Pummy Bergholz et un de Jan Mulder. A la fin du match, Bobby Charlton et ses équipiers applaudirent Paul Van Himst et ses camarades à leur retour aux vestiaires. Cette haie d'honneur constituait le plus beau des hommages à une grande équipe mauve. Nendori Tirana était un apéritif albanais (3-0 à Sclessin, 1-1 au retour) avant le plat consistant : le Real Madrid. A Liège, Erwin Kostedde marque le seul but du match et tout se joue au retour : 2-3. René Hauss, le jeune coach français réussit un coup de Chef : il laisse le grand Milan Galic (très déçu) sur le banc et le lance au combat en fin de match. Galic le remercie et ajoute son but à ceux de Louis Pilot et d' Henri Depireux. Après ce tour de force, le Standard sera éliminé par Leeds United. L'examen d'entrée fut potable face à Trondheim (0-2, 5-0 à Liège) mais l'étudiant rouche ratura sa copie contre le Legia Varsovie. Après le 1-0 de l'aller (but de Louis Pilot), la défense ne fut pas à la hauteur de sa réputation en Pologne et plia (2-0) sous les coups de Gadocha et de Deyna. Un but d' Henri Depireux fut annulé pour hors-je et Louis Pilot toucha un montant : c'était insuffisant pour cacher les lacunes. Décidés, les Liégeois franchirent deux obstacles (Linfield Belfast, 2-0 et 2-3 en Irlande où une bombe éclata à 200 m du stade pendant le banquet des joueurs, CSKA Moscou, 1-0 en URSS, 2-0 à Sclessin) avant d'en découdre avec l'Inter. Vaincu 1-0 en Lombardie, le Standard gagna 2-1 devant ses supporters avec des buts de Ludo Cvetler et Sylvestre Takac. Wilfried Van Moer et ses équipiers eurent droit à un marquage à la culotte. A dix minutes de la fin, Sandro Mazzola loba Christian Piot. A 1-1, le Standard trouva la foire de réagir. Takac fit 2-1 sur penalty mais l'Inter ne s'effondra pas. Le coach René Hauss a souvent affirmé que c'est ce soir-là que le Standard fut le plus grand à ses yeux. Après avoir joué à Liège et à Waregem, Jacky Stockman revint à Anderlecht. Zorro joua contre Velje (4-2, 0-3 au Danemark) mais ne marqua pas. Trnava s'imposa 1-0 à domicile et à Bruxelles. Au Parc Astrid, Georg Kessler lança un gamin dans la bagarre à 20 minutes de la fin du match : François Vander Elst. Ce fut insuffisant pour forcer la qualification mais le petit nouveau entamait une belle carrière. Cette année-là, Bruges comptait une pléiade de vedettes : Erwin Vandendaele, Pierre Carteus, Ulrich Le Fèvre, Raoul Lambert, Johan Devrindt, etc. Floriana La Valette ne pesa pas lourd (8-0, 0-2 au retour). Bâle fut ensuite battu à Bruges (2-1) avant une étonnante deuxième manche : 6-4. A la 68e minute, le marquoir indiquait 4-4. Chaque attaque était dangereuse. A trois minutes du terme, la sanction fut définitive : 6-4. Les Brugeois n'apprécièrent pas du tout ce festival offensif. Qualifications difficiles contre Slovan Bratislava (4-2 et 3-1 à Bruxelles avec un but sur le fil de Jean Thissen) et Olympiacos (5-1, 3-0 à Patras suite à une peine infligée au public du Pirée) où les supporters grecs réservèrent un accueil très chaud aux Belges : leur autocar fit un détour de 40 km avant de retourner à l'hôtel. Leeds United se paya ensuite le scalp mauve (3-0, 0-1 au Parc Astrid) et 33.948 supporters assistèrent au dernier match européen de Paul Van Himst pour le compte d'Anderlecht. Avec Paul Van Himst, le RWDM élimina Viking Stavanger (3-2, 0-1 en déplacement) mais chuta lourdement contre Hajduk Split : 4-0 en Croatie, 2-3 à Molenbeek. Le but bruxellois était défendu par Guy Léonard, le papa de Philippe. Bruges est au point, élimine le Steaua Bucarest (2-1, 1-1 en Roumanie) et le Real Madrid (0-0 à Malaga, Bernabeu ayant été banni suite à des incidents contre le Bayern Munich, 2-0 en Belgique) avant d'en découdre avec Borussia Mönchengladbach : 2-2 en Allemagne et 0-1 à domicile. Pour une fois, Raoul Lambert et ses camarades ne répondirent pas aux espoirs de leur public. Mais Ernst Happel avait confirmé les qualités d'une grande équipe finaliste de la Coupe de l'UEFA contre Liverpool en 1975-1976 : 3-2 en Angleterre, 1-1 à Bruges. Tout est bien en place et Bruges franchit les obstacles comme un coureur de 400 mètres haies : Kuopio Palloseura (0-4, 5-2 à domicile), Panathinaikos (2-0, 1-0 away), Atletico Madrid (2-0, 3-2 en Espagne), Juventus (1-0 à Turin, 2-0 à domicile) et c'est enfin le grand moment le 10 mai 1978 à Wembley : finale contre Liverpool. Handicapé par le forfait de Paul Courant et de Raoul Lambert, Bruges est battu 1-0, but de Kenny Dalglish. Ce soir-là, Bruges avait aligné l'équipe suivante : Jensen ; Bastijns, Krieger, Leekens, Maes ; Cools, De Cubber, Vandereycken ; Sörensen, Kü, Simoen. Aucune équipe n'oublie facilement la chance ratée en finale de Coupe d'Europe. Wisla Cracovie en profite et élimine tout de suite Bruges : 2-1 en Belgique, 3-1 au retour. Bruges retombe de haut. Les Suisses ne sourient pas plus à Beveren qu'à Bruges. Servette Genève s'impose 3-1 sur ses terres et signe un nul (1-1) au Pays de Waes. Plus tard, Beveren réussira de belles choses sur d'autres théâtres européens. A retenir : ce sont les premiers pas de Jean-Marie Pfaff en Coupe d'Europe. Il y en aura beaucoup d'autres, surtout avec le Bayern. Les belles années passées sous la direction de l'entraîneur autrichien Ernst Happel ne sont plus qu'un souvenir. Bruges est éliminé d'entre de jeu par le FC Bâle : 0-1 devant ses supporters et 4-1 en Suisse. Anderlecht, qui a remporté le championnat haut la main, avec 11 points d'avance sur Lokeren, fait également fureur, dans la foulée, en CE1 où, pour la première fois de son histoire, il accède en demi-finales face à Aston Villa, après avoir éliminé au préalable des gros calibres comme la Juventus et l'Etoile Rouge Belgrade. Les Sportingmen loupent toutefois le coche devant les Anglais : 1-0 à Villa Park et 0-0 au Parc Astrid. Aux dires du président Constant Vanden Stock, c'est cette année-là que les Mauve et Blanc auraient dû s'imposer dans la seule épreuve européenne qui manque à leur prestigieux palmarès. Le Standard, qui vient d'engranger un nouveau sacre après 11 ans d'attente sous la férule de Raymond Goethals est stoppé au deuxième tour de l'épreuve par la Juventus : 1-1 à Sclessin et 2-0 dans l'antre des Bianconeri. Willy Geurts, qui avait été le pourfendeur de la Vecchia Signora avec Anderlecht, un an plus tôt, en inscrivant trois des quatre buts de ses couleurs, est mis cette fois complètement sous l'éteignoir par un rugueux stopper répondant au nom de Sergio Brio. L'équipe turinoise s'articulait alors autour d'une demi-douzaine d' Azzurri qui avaient remporté le Mundial espagnol quelques mois plus tôt. Comme Marco Tardelli et Gaetano Scirea, entre autres. Après avoir atomisé les modestes Irlandais d'Athlone Town (2-3 en déplacement et 8-2 à Liège), les Standardmen héritent d'une deuxième formation des îles britanniques : les Ecossais de Dundee United. Un team jouable mais qui n'en réussit pas moins l'exploit de contraindre les Standardmen au partage à Sclessin : 0-0. A Tannadice Street, la bande à Raimundo est toutefois balayée comme un vulgaire fétu : 4 à 0. A sa décharge, on notera qu'il avait perdu dès le match aller son buteur providentiel, Horst Hrubesch, victime d'une déchirure du tendon d'Achille. Beveren, surnommé à l'époque le petit Anderlecht en raison de son jeu académique, a remporté au printemps précédent le deuxième titre de son histoire après celui conquis en 1979. Au premier tour, les joueurs du Freethiel ne font qu'une bouchée des modestes Islandais d'Akranes : 2-2 et 5-0. Au stade suivant, d'autres Nordiques se dressent sur leur route : les Suédois de l'IFK Göteborg. Défaits 1 à 0 en déplacement, les Beverenois s'imposent sur le même score, au terme des 90 minutes réglementaires, grâce à une réalisation de Peter Crève. Pendant les prolongations, les adversaires reviennent à la marque avant que Patrick Gorez inscrive un deuxième but pour les Flandriens. A la stupeur générale, le coach des Jaune et Bleu, Rik Pauwels, demande alors à ses joueurs de temporiser et de geler le ballon. L'homme était tout simplement convaincu que les buts marqués lors des prolongations n'étaient pas prépondérants au décompte final. Grave erreur ! Pour la deuxième fois de sa longue histoire, le RSCA échoue en demi-finales de la plus prestigieuse des épreuves européennes. Après les Anglais d'Aston Villa, ce sont les Roumains du Steaua Bucarest, emmenés par Tudorel Stoica, le père d' Alin, qui s'imposent : défaite 1 à 0 au Parc Astrid mais victoire 3-0 dans la capitale roumaine. Au même titre qu'Aston Villa, victorieux du Bayern Munich de la finale 82 à Rotterdam (1-0), les Roumains s'imposent eux aussi : 2-0 lors de l'épreuve des tirs au but, face au FC Barcelone, à Séville. Le héros est leur gardien, Helmut Ducadam, qui a tout arrêté ce jour-là. Même les pénos. Au cours de la campagne précédente, Anderlecht avait pris la mesure du Bayern Munich au stade des quarts de finale : revers 2-1 au stade Olympique, puis succès 2-0 au Parc Astrid. Un an plus tard, les Allemands savourent une éclatante revanche : 2-2 au RSCA et 5-0 en Bavière. Un Belge est tout particulièrement heureux ce soir-là : Jean-Marie Pfaff, transféré de Beveren par le club allemand quelques mois plus tôt. Battu par Anderlecht en finale de la Coupe de l'UEFA 1983 (1-0 au Heysel et 1-1 à l'Estadio da Luz), Benfica savoure sa revanche un lustre plus tard, en CE1 cette fois : victoire 2-0 dans ses installations et défaite 1-0 au Parc Astrid. Le lendemain, 17 mars, le défenseur des Mauves, Stephen Keshi, est à pied d'oeuvre à Rabat pour un importantissime match de poule, en phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations, face au Cameroun : 1-1. Pour avoir parfaitement muselé Roger Milla, le Nigérian est sacré homme du match 16 heures à peine après avoir joué contre le Portugais Rui Aguas... Pour la première fois depuis 1980 et sa double déroute contre le FC Bâle (0-1 dans la Venise du Nord et 4-1 en Suisse), le Club Bruges retrouve la C1. Après avoir écarté le champion danois Bröndby de leur route, les Bleu et Noir tombent sur une phalange logiquement à leur portée : l'AS Monaco. A domicile, les Flandriens s'imposent 1-0 grâce à un but de Dimitri M'Buyu. Sur le Rocher, ils sont toutefois laminés par les Principautaires : 6-1. Le grand bonhomme du match n'est autre que l'Ivoirien Youssouf Fofana, auteur d'un hat-trick. Malgré la défaite, sévère, l'un ou l'autre Brugeois marquent quand même des points au Casino, ce soir-là. Comme Marc Degryse, entre autres. Vainqueur de la Coupe des Coupes un an plus tôt face à l'Ajax Amsterdam (1-0 grâce à Piet Den Boer), le FC Malines, couronné champion en 1989, se produit pour la toute première fois sur la plus haute scène européenne. A ce stade, il fait de simples bouchées des Norvégiens de Rosenborg Trondheim (0-0 et 5-0) ainsi que des Suédois de Malmö : 0-0 et 4-1. Au troisième round, c'est le grand AC Milan emmené par le trio hollandais Frank Rijkaard-Ruud Gullit-Marco Van Basten qui se dresse sur la route des Sang et Or. Grâce à un Michel Preud'homme époustouflant, le Kavé ne doit s'avouer vaincu que lors des prolongations à San Siro (2-0). Par deux fois, au préalable, le match s'était soldé par un 0-0. A l'image de ce qui s'est passé un an plus tôt déjà, les Rossoneri arrêtent une nouvelle fois un club belge : le Club Bruges ce coup-ci. Après une agréable mise en jambes contre les Norvégiens de Lilleström (1-1 et 2-0), les Bleu et Noir réalisent d'abord l'exploit au stade Giuseppe Meazza où ils contraignent les Milanais à un nul vierge. Au retour, les troupes du président Silvio Berlusconi l'emportent sur le plus petit écart. Le fait saillant du match est la rentrée prématurée aux vestiaires de Marco van Basten, auteur d'un vilain coup de coude au visage du Brugeois Pascal Plovie. Résultat des courses : un £il poché que le défenseur traînera durant un bon mois. La Coupe d'Europe des Clubs Champions a vécu et fait place à la Ligue des Champions. Anderlecht, qui a régulièrement joué un rôle de précurseur est le premier à participer à l'épreuve après avoir écarté de sa route les Grasshoppers Zurich et le PSV Eindhoven entraîné par l'Anglais Bobby Robson. Versé dans une poule avec l'Etoile Rouge Belgrade, le Panathinaïkos et la Sampdoria, le Sporting récolte 6 points sur 12 et termine à la 3e place derrière les Italiens (8 points) et les Yougoslaves (6) mais qui comptent une victoire de plus (3 contre 2). A son tour, le Club Bruges participe à la phase des poules en LC après avoir franchi l'obstacle du Maccabi Tel-Aviv en préliminaires. A l'instar du RSCA, un an plus tôt, les Flandriens échouent à la troisième place de leur groupe derrière l'OM de Raymond Goethals, futur vainqueur de l'épreuve, les Glasgow Rangers et devant le CSKA Moscou. Les Brugeois prennent 5 points au total, soit 3 de moins que les Ecossais et 4 par rapport aux Phocéens. Anderlecht est à nouveau présent en Ligue des Champions où ses adversaires, au stade des poules, se nomment Milan, Werder Brême et FC Porto. Tout commence plutôt bien pour le Sporting, qui contraint les Rossoneri à un nul vierge. Par la suite, les Mauves mènent 0-3 au Weserstadion avant de s'écrouler d'une pièce en deuxième mi-temps : 5-3. Un uppercut dont ils ne vont jamais se remettre et qui marque le début d'une grande misère européenne en déplacement. Les Mauves ferment la marche de leur groupe derrière les Italiens, les Portugais et les Allemands avec 4 unités en 6 matches. Le déclin, amorcé une année plus tôt, se poursuit pour le Sporting, pourtant versé d'office en phase de poules. Mais Benfica, l'Hajduk Split et le Steaua Bucarest s'avèrent trop forts pour une équipe bruxelloise qui, d'une saison à l'autre, a perdu quelques-uns de ses plus beaux fleurons : Philippe Albert, parti à Newcastle United et Luc Nilis, transféré au PSV Eindhoven, notamment. Anderlecht conclut à nouveau à la dernière place derrière les Portugais, les Croates et les Roumains. L'entraîneur allemand Herbert Neumann a pris la relève du Hollandais Jan Boskamp, qui a signé un triplé en championnat avec les Mauves mais qui n'est jamais parvenu à sublimer ses ouailles en LC. Après 51 jours à peine, la direction du RSCA se rend compte qu'elle fait fausse route avec son nouveau technicien. Mais il est déjà trop tard : battu 0-1 par les Hongrois de Ferencvaros, le club bruxellois ne réussit pas à renverser la vapeur au retour malgré la reprise en main de l'équipe par Raymond Goethals. Un intermède qui n'est que de courte durée puisque le Bos reprendra les commandes en cours de route. Eliminé d'emblée par une équipe hongroise l'année précédente, notre représentant en LC, le Club Bruges cette fois, n'est franchement pas plus heureux pour ses retrouvailles à ce niveau contre une autre formation du bloc de l'Est : le Steaua Bucarest, qui s'impose en qualifications : 2-2 au stade Jan Breydel et 3-0 en Roumanie. Les Etoilés ne sont pourtant plus des foudres de guerre. La preuve : ils terminent par la suite à la dernière place du groupe B derrière l'Atletico Madrid, le Borussia Dortmund de même que les modestes Polonais du Widzew Lodz. Drivé par Eric Gerets, le Lierse profite de l'essoufflement des ténors traditionnels de notre football pour remporter en mai 1997 le 4e titre de son histoire. Après le RSCA et le Club Bruges, il est le troisième club belge à se hisser dans les poules de la Ligue des Champions, après avoir pris difficilement la mesure des Chypriotes d'Anorthosis Famagouste : défaite 2-0 en déplacement, puis victoire 3-0 à la chaussée du Lisp. La deuxième phase tourne cependant à la déconfiture pour les Jaune et Noir qui finissent derniers derrière l'AS Monaco, le Bayer Leverkusen et le Sporting Portugal. Les Lierrois ne prennent qu'un point : contre les Lisboètes (1-1) grâce à un but de Pieter Huistra. Les matches préliminaires ne réussissent décidément pas au Club Bruges. Après un faux-pas contre le Steaua Bucarest deux ans plus tôt, ce sont les Norvégiens de Rosenborg, qui jouent le rôle de tourmenteurs pour les Bleu et Noir : victoire 2 à 0 à Trondheim et défaite 4-2 en banlieue brugeoise. Les buts marqués à l'extérieur se révèlent décisifs pour les footballeurs scandinaves. Le Racing Genk, champion pour la première fois de son existence quelques mois plus tôt, aspire à son tour à une participation à la lucrative phase des poules mais se retrouve les mains vides. Car dès le deuxième tour préliminaire, les Limbourgeois sont battus par les Slovènes du NK Maribor : défaite 5-1 en déplacement et victoire 3-0 au stade du Phénix. Puisqu'il n'y a pas de repêchage en Coupe de l'UEFA à ce stade de la compétition, la coupe d'Europe se termine avant même que les hommes de Jos Heyligen ne soient entrés dans le vif du sujet. Petite consolation : au tour suivant, les Slovènes réussissent encore l'exploit de prendre le meilleur sur l'Olympique Lyonnais : 0-1 à Gerland et 2-0 chez eux. Une perf qui paraît bien hypothétique de nos jours compte tenu du chemin accompli depuis lors par les Rhodaniens. Le Sporting réussit ce qu'aucun autre club belge n'est parvenu à faire jusque-là : accéder à la deuxième phase des poules (étape supprimée depuis). Pour ce faire, les Anderlechtois ne manquent pas de mérite, eux qui terminent premiers de leur groupe devant Manchester United, le PSV Eindhoven et le Dynamo Kiev. Au stade suivant, les Mauves mettent le grappin sur la troisième place derrière le Real Madrid, Leeds United et devant la Lazio Rome. Au Parc Astrid, ils prennent à la fois la mesure des Merengue et des Laziali grâce au duo d'enfer Jan Koller et Tomasz Radzinski. Ensemble, le Tchèque et le Canadien inscrivent 58 buts, toutes compétitions confondues, cette saison-là. Des chiffres qui laissent rêveurs. Un an après avoir dû en découdre avec le Real Madrid, le cercle espagnol paraît à nouveau intouchable pour le RSCA dans un groupe qui comprend encore un autre ténor, l'AS Rome, et un adversaire plus modeste, le Lokomotiv Moscou. Chacun s'attend à ce que la troisième place, significative d'un parachutage en Coupe de l'UEFA, oppose les Sportingmen aux Moscovites. Mais ceux-ci s'imposent 1-5 au Parc Astrid et soufflent ce précieux strapontin aux Mauves. Il s'agit du plus cinglant échec du club bruxellois sur ses terres depuis son entrée en C1 en 1955-1956. Bouté hors de l'épreuve d'entrée de jeu en 1999-2000, Genk est le quatrième élu belge en poules de la Ligue des Champions après Anderlecht, le Club Bruges et le Lierse. Mais son aventure n'est que de courte durée car il échoue à la dernière place d'un groupe qui comporte le Real Madrid, l'AS Rome et l'AEK Athènes. Tous les joueurs n'ont pas perdu leur temps pour autant puisque certains ont ramené des photos souvenirs du stade Santiago Bernabeu. Phénoménal : pour la première fois, deux clubs belges se retrouvent de concert en poules : Anderlecht et le Club Bruges. Avec des fortunes diverses : le Sporting termine dernier derrière l'Olympique Lyonnais, le Bayern Munich et le Celtic Glasgow tandis que le Club achève sa campagne à la 3e place derrière l'AC Milan, le Celta Vigo mais devant l'Ajax Amsterdam. Tandis que le Club Bruges, champion de Belgique, est éliminé par le Shakhtar Donetsk (4-1, 2-2), Anderlecht s'impose dans le même temps face à Benfica (défaite 1-0 à Lisbonne et victoire 3-0 au Parc Astrid) et accède à nouveau aux poules mais y fait de la figuration en ne décrochant pas le moindre point. Les Mauves terminent derniers derrière l'Inter Milan (14 points), le Werder Brême (13) et Valence (7). Versé dans un groupe de la mort aux côtés du FC Liverpool, champion d'Europe en titre, du FC Chelsea, prétendant à la couronne, et du Betis Séville, le Sporting flirte avec le même résultat final que l'année précédente. Il évite toutefois in extremis le camouflet grâce à une victoire en Espagne : 0-1, but de Vincent Kompany. Sans doute le dernier fait d'armes de Vince qui devrait rallier un autre club l'an prochain. PIERRE BILIC ET BRUNO GOVERS