Dernier jour de mars 2018. Las Palmas - Real Madrid, trentième journée de Liga. Il s'échauffe devant le banc tenu par Zinédine Zidane puis joue quelques minutes face à Keylor Navas, Raphaël Varane, Karim Benzema, Gareth Bale et les autres.
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Dernier jour de mars 2018. Las Palmas - Real Madrid, trentième journée de Liga. Il s'échauffe devant le banc tenu par Zinédine Zidane puis joue quelques minutes face à Keylor Navas, Raphaël Varane, Karim Benzema, Gareth Bale et les autres. Mars 2019. Il termine péniblement la phase classique avec Courtrai. Bilan de la première partie de sa saison : un seul match complet, pas mal de courtes montées au jeu, un seul but. Il, c'est Imoh Ezekiel. Présenté comme un nouveau phénomène offensif quand il a éclaté avec le Standard de 2012 à 2014 (32 buts quand même). Entre-temps, il y a eu un peu de tout dans son quotidien. Du bon : son prêt au Standard par son club qatari seulement six mois après sa signature dans le désert ; sa médaille de bronze avec le Nigeria aux Jeux Olympiques de Rio en 2016. Du beaucoup moins bon aussi : son passage anonyme à Anderlecht ; son séjour catastrophique en Turquie ; son expérience fort mitigée en Espagne. Ça fait quelques années qu'il ne s'est plus exprimé dans le détail sur son parcours chaotique. Le temps est venu. Imoh Ezekiel n'a que 25 ans mais déjà plein de choses à rattraper. Et à raconter. Magnéto dans l'enfer des PO2. Comment tu vas, ici à Courtrai ? ... En fait, ça ne ressemble pas trop à plein de choses que tu as connues depuis ton arrivée en Europe ! IMOH EZEKIEL : Je vais très bien, t'inquiète... Je me suis adapté. J'ai joué dans des grands stades où il y avait parfois beaucoup de monde, j'ai vécu dans des grandes villes, aujourd'hui je suis dans un petit stade d'une petite ville mais je gère ça sans souci. Je me sens apprécié à Courtrai, et rien que ça, c'est déjà beaucoup. N'importe quel footballeur dans le monde a envie de jouer dans des grands stades, avec plein de passion. Mais il y a des moments où tu dois accepter que ce n'est pas possible. On n'a plus entendu parler de toi depuis ton départ d'Anderlecht. Le résumé, c'est quand même que ça n'a pas trop bien marché pour toi là-bas. Pourquoi ? EZEKIEL : Tout s'est bien passé jusqu'au mois de décembre, j'avais pas mal de temps de jeu, en championnat et aussi en Europa League. Mais à partir du moment où Besnik Hasi a décidé qu'il ne mettrait plus qu'un seul attaquant de pointe et que Stefano Okaka lui convenait, il n'y avait plus de place pour moi. Au final, je n'ai pas joué autant que je l'espérais, je ne vais pas te mentir. Mais je préfère retenir que je suis passé dans un grand club et que c'est toujours une expérience bonne à prendre. Pour n'importe quel joueur de foot, tout peut basculer du jour au lendemain, j'en ai été une bonne preuve là-bas... Dès que Hasi m'a expliqué qu'il ne pouvait pas m'associer à Okaka devant, je lui ai signalé que je pouvais aussi jouer sur un flanc. Mais il n'a pas voulu tenter l'expérience. Je suis philosophe, c'est la vie, tu ne peux pas percer partout où tu vas. Jouer à Anderlecht juste après avoir joué au Standard, c'est... ? EZEKIEL : Si je dois retenir une chose, c'est que le Standard a les meilleurs supporters de Belgique. Qu'on ne vienne pas me dire qu'ils sont à Bruges parce que c'est faux. C'est une légende, ça. Ils sont bons à Bruges. Mais à Liège, c'est encore un autre niveau. Après Anderlecht, tu es rentré pour une saison complète au Qatar. Un pays que tu avais quitté parce que tu ne t'y plaisais pas. Ça n'a pas été compliqué, ce retour ? EZEKIEL : J'étais toujours sous contrat, donc je n'étais pas seul à décider de mon avenir. Même si sur ce coup-là, j'ai décidé moi-même pas mal de choses... Quelques semaines après la fin de mon prêt à Anderlecht, il y avait les Jeux de Rio. Pendant toute la saison, ça avait été une carotte pour moi, je savais que j'avais une bonne chance d'être dans la sélection, même en jouant peu en championnat de Belgique, et je me suis accroché pour ça aussi. Le problème, c'est que les Jeux se passent au mois d'août. Plusieurs clubs étaient intéressés mais il y avait une condition : pas de JO. Ils voulaient que je fasse la préparation avec eux et que je sois là pour le début du championnat. Pour moi, c'était hors de question. Les Jeux Olympiques, tu peux y aller une seule fois dans ta vie. Je ne voulais pas rater ça. Je ne regrette pas d'avoir raisonné comme ça. Je ne le regretterai jamais. En plus, ce tournoi a été un vrai rayon de soleil après une année difficile, on a bien kiffé. Et je suis rentré avec une médaille de bronze en ayant joué dans tous les matches. Pour info, j'ai joué sur l'aile droite. La preuve que j'étais capable de le faire... (Il rigole). Après ça, donc, je suis rentré au Qatar. Je savais que c'était pour quelques mois au moins, jusqu'en janvier au minimum. Finalement, je suis resté toute la saison. Mais c'était toujours le pays où tu avais déprimé après ton départ du Standard... EZEKIEL : Non, ce n'était plus tout à fait la même chose. La première fois que j'avais débarqué au Qatar, oui, ça avait été difficile. Déjà, les paiements traînaient. Et puis, surtout, j'étais complètement seul. Il y avait presque exclusivement des joueurs arabes dans le noyau, des gars de là-bas qui vivaient avec leurs coutumes, entre eux. Je m'ennuyais beaucoup. Quand j'y suis retourné, il y avait d'autres nationalités. Un Sénégalais, un Ivoirien, un gars que j'avais connu au Nigeria. Pour moi, ça changeait tout. Et donc, la vie en dehors des entraînements et des matches ne m'a plus trop pesé. Quand tu quittes une deuxième fois le Qatar pour aller en Turquie, c'est un transfert définitif après les prêts au Standard et à Anderlecht. Enfin soulagé de ne plus avoir aucun lien avec ton club là-bas ? EZEKIEL : Oui, j'avoue que j'ai raisonné comme ça. Ce n'était plus le club qatari qui tenait les clés de ma carrière. Enfin. Mais quelle erreur de signer en Turquie ! Quelle erreur... Explique. EZEKIEL : Je me suis un peu laissé aveugler par la participation de Konyaspor à l'Europa League. Rejouer la Coupe d'Europe, j'en mourais d'envie. En plus, le groupe était sympa : Salzbourg, Guimaraes et Marseille. Mais j'ai vite compris dans quel genre de galère j'avais mis les pieds. Je suis arrivé quand l'équipe allait partir en stage de préparation en Autriche, et là, on m'a dit de me débrouiller pour aller chercher mon visa Schengen. Donc j'ai pris un bus, deux heures de route et, une fois à l'ambassade, j'ai vite compris que ça allait traîner. Finalement, j'ai reçu un visa valable pour une seule semaine. Et le stage était fini. Comment tu peux expliquer qu'on impose à un joueur de faire ces formalités-là ? It's not my business. Si, demain, je dois partir en Amérique avec Courtrai, le club s'occupera de mon visa. I lost my head, what the fuck ?Pendant que l'équipe se préparait en Autriche, j'ai dû m'entraîner avec l'équipe B, j'avais aussi un entraîneur personnel, mais je ne jouais pas de matches. Après ça, pour chaque déplacement en Europa League, je devais aller à l'ambassade pour avoir un visa valable seulement quelques jours. Je perdais une énergie folle dans tout ça. Bref, ça a été compliqué dès le premier jour ! EZEKIEL : Oui, et il n'y a pas eu que ce problème de visa. Il y a eu plein d'autres couacs. Mais encore ? EZEKIEL : Je devais toucher une prime à la signature, ils ne me la versaient pas. A la fin de mon premier mois là-bas, pas de salaire. Fin du deuxième mois, même chose. Trois mois, toujours rien. Je jouais comme bénévole, en fait. Jusqu'au jour où je leur ai dit que je ne voulais plus monter sur le terrain. J'avais aussi eu un problème de logement. Le club m'avait mis à l'hôtel en attendant de me trouver une maison. Quand ils ont trouvé cette maison, j'ai fait mon check-out et l'hôtelier a exigé que je paie moi-même la note. My friend ! Je me suis parfois demandé si je ne jouais pas dans un sketch en Turquie. Konyaspor m'a finalement remboursé la facture, après deux mois. J'étais condamné dès le premier jour. Dans ma tête, je comprenais que ça n'allait pas marcher. Les Turcs m'ont rendu complètement fou. Bon, je retiens que c'est quand même là-bas que j'ai gagné mon premier trophée en Europe. J'ai joué quelques minutes en Supercoupe contre Besiktas, on a gagné. Tu as pu partir facilement ? EZEKIEL : En décembre, je suis allé trouver le président. Je lui ai dit : On arrête tout ça, cassez mon contrat. J'avais un contrat de trois ans, c'était beaucoup d'argent. Je leur demandais seulement de me payer ce qu'ils me devaient pour les six mois que j'avais passés chez eux. On a dû discuter longtemps pour qu'ils acceptent parce qu'au début, ils acceptaient de me laisser partir seulement si je laissais tomber cet argent-là. Ils auraient aussi voulu me prêter, mais pour moi, c'était mort d'avance. Je ne voulais plus jamais retourner en Turquie, c'était une priorité. Finalement, tout s'est arrangé, ils m'ont donné mon argent pour une demi-saison. Et je suis rentré au Nigeria en attendant autre chose. Je n'étais pas spécialement pressé de trouver un nouveau club. La priorité, c'était de ne plus faire un mauvais choix. Pourquoi ça ne s'est pas arrangé à ce moment-là avec l'Antwerp ? EZEKIEL : Ils voulaient que je sois en Belgique le 4 janvier, pour passer les tests médicaux ce jour-là et partir avec eux en stage le lendemain. Mais dans la pratique, c'était impossible, je ne pouvais venir que le 5. Ils ont dit qu'ils laissaient tomber. Pour un jour. J'en ai conclu qu'ils n'étaient pas plus intéressés que ça. Tu te recases en Espagne mais ça ne dure pas longtemps... EZEKIEL : Las Palmas, c'était fantastique. Mais oui, ça a été trop court. J'avais signé pour deux ans et demi mais il était mis dans mon contrat que je redeviendrais libre si l'équipe ne se maintenait pas en Liga. Elle a basculé, donc c'était fini pour moi là-bas. Sans ça, je serais encore en Espagne. Qu'est-ce que tu retiens de ton petit passage en Liga ? EZEKIEL : J'ai affronté des gars que j'étais habitué à voir à la télé dans des matches de Ligue des Champions. J'ai gardé des photos où on me voit jouer contre des stars mondiales. Ça, ce sont des souvenirs pour la vie, quand même. Justement, comment on vit les play-offs 2 belges un an après avoir joué contre Bale et Benzema ? EZEKIEL(il éclate de rire) : La vie d'un joueur de foot, c'est une succession de challenges. Ta vie ne peut pas être tout le temps parfaite. J'essaie de prendre un maximum de temps de jeu ici et je continue à bosser pour retourner plus haut. Je veux retrouver mon niveau normal. Un seul but pendant toute la phase classique, c'est pas moi ça...