On a beau être coutumier de ses innombrables volte-face, Georges le déserteur a surpris tout son monde en rejoignant le Club Bruges et ses dirigeants aux dents longues. Son ex-T2, Marc Wilmots fut le premier étonné de ce départ qui retourna tout le football belge. Dans l'urgence, il accepta cependant de reprendre les rênes : " Même si ma première intention était de décliner l'offre. Mais j'ai bien dû me rendre compte qu'on ne trouve pas un nouveau sélectionneur national en quelques heures. J'ai donc dit oui pour laisser le temps à la fédération de se retourner. "
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On a beau être coutumier de ses innombrables volte-face, Georges le déserteur a surpris tout son monde en rejoignant le Club Bruges et ses dirigeants aux dents longues. Son ex-T2, Marc Wilmots fut le premier étonné de ce départ qui retourna tout le football belge. Dans l'urgence, il accepta cependant de reprendre les rênes : " Même si ma première intention était de décliner l'offre. Mais j'ai bien dû me rendre compte qu'on ne trouve pas un nouveau sélectionneur national en quelques heures. J'ai donc dit oui pour laisser le temps à la fédération de se retourner. " Qu'on l'aime ou que l'on ne l'aime pas, on ne pourra jamais retirer à Wilmots son amour viscéral des Diables. Joueur, c'est 70 sélections (malgré un arrêt de trois ans entre 94 et 97) pour 28 buts et quatre Coupes du Monde. Magnéto... " En 1990, j'ai vu ce que c'était une Coupe du Monde de l'intérieur. J'étais le petit jeune du groupe avec Philippe Albert. En 1994, par contre, mon statut avait changé, j'avais marqué 6 buts sur 18 en éliminatoires. Et pourtant à la World Cup, on ne m'a quasiment pas fait jouer si ce n'est face à l'Arabie Saoudite par une température de 45° où je loupe deux occasions. J'avais dit à André Duchêne (ex-homme fort du Standard) avant de m'envoler pour les Etats-Unis, que je ne voulais pas y aller car j'allais me faire niquer, je le sentais, je le savais. J'avais refusé un transfert à Anderlecht et on m'avait prévenu que j'allais le payer en Coupe du Monde. Anderlecht avait alors transféré un joueur de 31 ans, Josip Weber. J'ai critiqué sa naturalisation, ce que j'assume encore aujourd'hui totalement. Je veux éviter des cas comme le sien ou celui de Branko Strupar qui, lorsqu'il affronte la Croatie, dit que s'il venait à marquer il ne pourra fêter son but car son père est en tribune. Cela n'a rien à voir avec les origines. Enzo Scifo est un vrai Belge ! En sélection, je veux des joueurs qui ont la culture belge, et non pas des gens qui profitent d'un système pour venir jouer chez nous. Je suis comme ça, je ne dis pas que tout le monde doit suivre mon point de vue mais c'est ma manière de concevoir une équipe nationale. Si on veut réussir quelque chose chez les Diables, il faut avoir cet esprit patriotique. Les 5 % qui te manquent dans un match, tu peux aller les chercher avec cet état d'esprit. C'est un peu mon rôle de transmettre ce côté patriote. Si les joueurs actuels en sont habités ? Ça, on le verra dans la difficulté. Mais j'ai remarqué une chose : que ce soit en Grèce ou en Russie, alors qu'on avait été mis dans des conditions dramatiques, ils ont affiché une superbe mentalité. Le fait que les joueurs évoluent pour la plupart à l'étranger, certains depuis très jeunes, est une bonne chose. Être déraciné, cela t'oblige à réfléchir à propos de tes origines, à qui tu es. Et l'équipe nationale te permet de retrouver le contact avec tes racines. Car on ne vient pas en sélection pour l'argent... Les Diables sont désormais heureux de se retrouver ensemble et c'est peut-être la meilleure chose qu'on est parvenue à faire depuis deux ans. Joueur, j'ai tout donné et tout connu avec les Diables. Mais quelques années après mon retrait en 2002, je ne regardais même plus l'équipe nationale. C'était devenu un groupe dépressif, et je ne me reconnaissais pas dedans. Je me disais -Qu'est-ce que ça doit être chiant de venir ! Même si j'ai connu quelques moments de ce type où, avant de rejoindre la sélection, tu te disais - Qu'est-ce que je vais encore prendre dans la tronche ?Aujourd'hui, on a retrouvé un public en lui offrant du jeu, et au public tu ne mens pas. Par contre, on a commis trop d'erreurs individuelles et collectives, ce qu'il faut arriver à gommer à l'avenir. Mais avec une moyenne d'âge de 22-23 ans, tu fais des erreurs, c'est inévitable. La première fois qu'on s'est adapté à l'adversaire, c'était en France où on s'est pris une volée de critiques. Tu joues contre KarimBenzema, FranckRibéry, etc, et on leur donne une seule occasion. Ce soir-là, on a été efficace. Non, on a pas montré beaucoup offensivement mais c'est normal puisque tu joues plus bas. Il faut savoir ce qu'on veut ! Quand j'ai commencé à porter l'équipe nationale, j'avais 27 ans, j'avais un bagage derrière moi. En 2002, j'étais devenu un coach sur le terrain. J'avais 33 ans et six années en Allemagne derrière moi. A 22-23 ans, j'étais loin d'être comme ça... " " Après la World Cup, j'ai décidé d'arrêter avec l'équipe nationale. Je continue à dire que ce fut la meilleure décision de ma carrière. Je dois remercier le public du Standard qui m'a soutenu de façon extraordinaire alors que j'étais sifflé dans tous les autres stades du pays. J'avais pris une décision en mon âme et conscience. Je crois qu'en Belgique, on n'aime pas quand quelqu'un sort du moule. Dans le milieu du foot, on tente de vous mettre des pressions, d'obliger les joueurs à faire ceci ou cela. Moi, je n'ai jamais connu ça. Ma liberté, c'est ma force. Chez les jeunes déjà, j'étais un cas à part. Je n'appartenais pas à un club mais à mon père. C'est mon frère qui a eu l'idée de me racheter pour environ 300.000 francs belges (7.500 euros) quand le club de Jodoigne était proche de la radiation. Ma mère traitait mon père de fou, d'autant qu'on ne roulait vraiment pas sur l'or. Et avancer un montant pareil quand tu es fermier, ce n'est pas évident. Mais grâce à cela, il m'a permis d'avoir la liberté de choisir. Quand je suis parti au Standard, ce n'est pas la direction malinoise qui a reçu le montant mais le joueur. C'était un arrêt Bosman avant un arrêt Bosman. C'est pour ça que j'emmerdais pas mal de caillots. En 2002, je ne voulais pas aller à la Coupe du Monde mais pour d'autres raisons. Le deal avec Robert Waseige, c'était de qualifier l'équipe, ma mission était alors accomplie. Je sortais de douze opérations, j'avais mes deux enfants ; vous ajoutez le décalage horaire, les années de Bundesliga où t'es jamais chez toi, c'était bon ! J'en avais fait assez pour mon pays... Finalement, j'ai continué pour Robert car j'ai un énorme respect pour lui. On voulait tous les deux la même chose. On n'avait d'ailleurs pas besoin de se parler. Sur les six semaines au Japon, je n'ai pas dû lui parler plus d'une demi-heure. 2002, c'est évidemment le souvenir de ce but annulé face au Brésil par l'arbitre jamaïcain, Peter Prendergast. Lors d'une Coupe du Monde, pour que la grosse machine de la FIFA soit contente, il faut que plusieurs grosses nations arrivent en quarts. Après, la FIFA s'en fout de qui gagne la coupe mais les gros doivent être présents. C'est donc lors des huitièmes que les petits pays sont dans la merde. On l'a vu face au Brésil en 2002 mais la Belgique n'est pas un cas isolé. En 2006 à Dresde, le match Argentine-Mexique était un véritable scandale. Les Argentins avaient été avantagés de façon grossière. Lors des huitièmes de finale de 2006, cinq équipes avaient été favorisées. Est-ce pour autant de la corruption ou l'envie des arbitres de simplement continuer dans le tournoi ? Il n'y a pas qu'au niveau international que j'ai connu des bizarreries. En Belgique aussi. Quand on m'annule un but sur un centre en retrait (lors du match décisif pour le titre à Anderlecht en 1995), je me pose des questions. L'arbitre (ndlr, Frans Van Den Wijngaert) a peut-être eu une thrombose au mauvais moment, je ne sais pas.... Mais si ce but est accordé, le Standard est champion. Le problème, c'est qu'il n'y a jamais de preuve, on dit que l'arbitre s'est trompé, c'est tout. Moi, ça me fait une belle jambe... Ma réputation de fort en gueule ? Ça veut dire quoi fort en gueule ? Je n'aime pas l'injustice, donc quand je juge que ce qui se passe n'est pas juste, je le dis. Au Standard, le président de l'époque m'avait appelé pour mettre Robert Waseige dehors. Le groupe avait été sondé et tout le monde avait donné son accord. Moi, je n'acceptais pas qu'on torpille quelqu'un de l'intérieur. Ma route au Standard s'arrêtait là, à cause de cet épisode. Quand tu joues pas réglo avec moi, c'est fini. Ce fut le cas à Malines aussi. Je suis un homme de parole, quand je la donne, je m'y tiens. On peut me proposer x fois plus, ça ne change rien. A Schalke, les dirigeants voulaient que je reste comme entraîneur, j'ai refusé car j'avais donné ma parole à Louis Michel, et pourtant je n'avais aucun papier signé avec le MR. Que je regrette ou pas mon passage en politique, c'est un autre problème : j'assume. Je ne regrette pas le projet sport, santé, famille qui est pour moi la base de tout. Mais à un moment donné, quand tu vois que tu parles à un mur, tu te dis que ce n'était peut-être pas le bon choix de carrière. Je pense que quand tu rentres en politique, tu dois avoir une ambition politique. Et ça, je ne l'avais pas. Je ne retournerai pas dans ce milieu ou alors pour y travailler au niveau communal voire régional, où on l'en a un réel contact avec les gens, la population. "" J'ai toujours accordé de l'importance à la valeur travail. Si j'ai été élu cinquième joueur du siècle à Schalke, c'est parce que je retroussais mes manches sur un terrain. Hormis Bordeaux, j'ai toujours choisi des clubs populaires. Quand tu passais à côté d'une usine avec le car de l'équipe, tu te disais que t'avais pas le droit d'être fatigué quand d'autres turbinent pour 1.500 euros par mois. Avec Huub Stevens, on descendait dans la mine pour que l'équipe se rende compte de ce que c'était d'être un travailleur. Si Vincent Kompany réalise ce qu'il réalise aujourd'hui, c'est parce qu'il effectue un travail avant l'entraînement et après l'entraînement, qu'il est physiquement prêt et qu'il boulotte comme un sot. Il n'y a pas de secret ! Kompany, Timmy Simons, Daniel Van Buyten et Thomas Vermaelen ont une mentalité exemplaire. Ce sont des joueurs qui se remettent sans arrêt en question, qui avalent des kilomètres avec l'envie de réussir. Ce sont quatre leaders mais qui jouent tous derrière. Moi, j'évoluais dans le c£ur du jeu, je sentais quand on devait reculer, resserrer les lignes, etc. Idéalement, il faut avoir ce type de joueurs dans chaque ligne de ton épine dorsale. Axel Witsel devrait être de ceux-là mais il est encore jeune. Et ce qui m'ennuie, c'est qu'il joue trop défensivement à Benfica. Un sélectionneur est dépendant de la position que ses joueurs occupent dans leur club car en trois jours, on peut difficilement changer leurs réflexes. Il y a des joueurs pour qui ça ne pose aucun problème : Vermaelen peut glisser au back gauche comme ça peut aussi être le cas à Arsenal. Tout le monde a son poste préféré mais un mec comme Thomas, par exemple, met l'équipe au-dessus de tout. Quand les joueurs ont cette mentalité, on peut aller loin. Qui joue, moi je m'en fous, ce qui m'importe c'est de mettre sur pied l'équipe la plus complémentaire.... Tous les médias affirment qu'on a une magnifique équipe, mais on est encore nulle part. J'ai une réponse à ce terme génération dorée : dans dix ans, on saura. C'est pas nouveau le fait que l'on aime s'emballer en Belgique : Michael Goossens était le nouveau Marco van Basten, Régis Genaux, c'était le nouveau EricGerets. Toutes ces conneries, il faut arrêter ! Je dis une chose : on aura une grande génération quand elle aura réalisé quelque chose. S'il y en a qui croient qu'on est déjà arrivé, on est mal... Aller en Serbie, en Croatie, au Pays de Galles, en Ecosse, ça va être chaud boulette. Je ne sais pas qui a été dire que c'était un groupe facile : celui-là, il n'y connait rien au foot. On me parle de Kompany, MousaDembélé, EdenHazard, Vermaelen, JanVertonghen qui jouent ou vont évoluer dans un grand club européen, qu'avec des joueurs pareils ne pas se qualifier serait un échec énorme, etc. S'est-on seulement posé la question de savoir où évoluaient les joueurs que l'on va affronter ? C'est aussi la crème de la crème... " " Je n'ai jamais eu de clash avec Hazard. Le cas Eden, c'est Georges qui l'a réglé. Moi, je ne suis jamais intervenu. Oui, je l'ai sermonné comme j'en ai sermonné d'autres. Si tout le monde ne fait pas ce qu'il faut, on n'y arrivera pas. Je ne suis pas là pour dire : - Bravo vous êtes les meilleurs. Le fait qu'Eden va sortir de son cocon familial en signant en Angleterre est je crois une très bonne chose. La saison dernière, la presse française l'a monté en épingle alors qu'il y avait encore beaucoup de moments où il était absent dans un match. C'est une évolution normale pour un jeune mais il fallait mettre le doigt dessus. Aujourd'hui, il a compris. En équipe nationale, tu ne peux pas avoir de moment où tu lâches car sinon tu es mort. En 2002, le milieu de terrain effectuait des devant-derrière sans arrêt. BartGoor le faisait à gauche, GertVerheyen à droite et moi au centre. Et si un des trois lâchait, c'était tout l'équilibre qui s'écroulait. Ça s'appelle le haut niveau. Benzema , il a perdu six kilos et cartonne au Real. Maintenant il est capable de multiplier les courses et de défendre. En début de saison, j'ai demandé une chose à Eden : qu'il marque plus de buts et qu'il soit plus décisif. C'est ce qu'il a fait car c'est de loin sa meilleure saison. Je n'ai aucun problème avec les fortes têtes. Arie Haan ne voulait, par exemple, pas que je joue centre-avant au Standard. Et pourtant, j'ai été me placer devant et j'en ai mis trois. Malgré cela, Haan ne m'a pas serré la main après le match. Un entraîneur n'aime pas être contrarié mais si Hazard dézone et met deux buts, je dis bravo : il montre qu'il a raison. Moi, tout ce que je veux c'est gagner, c'est tout. " PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Génération dorée ? On aime s'emballer en Belgique : toutes ces conneries, il faut arrêter !"" Un entraîneur n'aime pas être contrarié mais si Hazard dézone et met deux buts, je dis bravo : il montre qu'il a raison. "