S ilvio Proto n'était pas des plus guillerets après la récente victoire du Sporting face à Hambourg. En cause : les trois buts qu'il avait concédés, soit autant qu'à l'aller une semaine plus tôt. Six goals en l'espace de deux matches européens, c'est bien sûr beaucoup. Mais au total, Proto aura encaissé 19 buts européens (ajouter : trois autres pris à Sivasspor, cinq à Lyon, deux au total contre l'Ajax, et un devant le Dinamo Zagreb, Timisoara et Bilbao. Encore heureux que l'ancien Louviérois n'était pas de la revue contre l'OL au Parc Astrid (1-3 avec Davy Schollen entre les perches), sans quoi l'addition eût sans doute été plus lourde encore que 19...
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S ilvio Proto n'était pas des plus guillerets après la récente victoire du Sporting face à Hambourg. En cause : les trois buts qu'il avait concédés, soit autant qu'à l'aller une semaine plus tôt. Six goals en l'espace de deux matches européens, c'est bien sûr beaucoup. Mais au total, Proto aura encaissé 19 buts européens (ajouter : trois autres pris à Sivasspor, cinq à Lyon, deux au total contre l'Ajax, et un devant le Dinamo Zagreb, Timisoara et Bilbao. Encore heureux que l'ancien Louviérois n'était pas de la revue contre l'OL au Parc Astrid (1-3 avec Davy Schollen entre les perches), sans quoi l'addition eût sans doute été plus lourde encore que 19... Proto ne s'était incliné que 20 fois en 27 rencontres sur la scène nationale à ce moment-là. La défense anderlechtoise, son ultime rempart inclus, aurait-elle affiché ses limites d'une compétition à l'autre ? L'entraîneur des Mauves, Ariel Jacobs, se voulait indulgent vis-à-vis du gardien, arguant que s'il n'avait peut-être pas été irréprochable devant le HSV, il s'était montré intraitable quatre jours plus tôt devant le Genkois Thomas Buffel. Et que ce n'était donc pas une raison pour remettre soudain tout en question. Le n°24 du RSCA, lui, se défendait : " Tout s'est joué à peu de choses. Sur les premier et troisième buts, j'effleure légèrement le ballon, mais le mal est fait. Ma responsabilité est-elle engagée ? Quand il y a but, on cherche inévitablement un responsable et le keeper est souvent la victime toute désignée. Moi, j'aimerais simplement observer ceci : quand Mbark Boussoufa prend en défaut Stijn Stijnen d'un angle soi-disant impossible, on parle d'un chef-d'£uvre. Alors, pourquoi n'en dirait-on pas de même en ce qui concerne le goal d'ouverture de Jérôme Boateng ? A la différence que, contrairement à Bous, il n'avait pas l'intention de tirer. Le défenseur hambourgeois voulait centrer et je me suis déplacé en conséquence afin de couper la trajectoire du ballon. S'il en avait été ainsi, je me serais jeté dans la mêlée et je l'aurais repoussé au loin. Mais il a loupé sa frappe et m'a lobé de peu. C'est un petit détail qui a fait la différence. Idem sur la phase du troisième but. Au plus haut niveau, il faut s'en faire une raison, tout va un tantinet plus vite et les acteurs sont encore plus précis. Le contraste est grand par rapport aux habitudes belges. " Le longiligne Hennuyer s'insurge vis-à-vis de ceux qui émettent des réserves à son sujet : " Celui qui fait la moue par rapport à mes prestations cette saison est soit aveugle, soit de très mauvaise foi. Si Anderlecht a la meilleure défense du pays, je crois pouvoir avancer que j'y suis pour quelque chose aussi. Ces derniers mois, j'ai en tout cas le sentiment de m'être bonifié. J'ai grandi, à l'image de mes partenaires. Au départ, nous étions six à revendiquer la place dans le but : Davy, Daniel Zitka, Michaël Cordier, Sébastien Bruzzese et Nicaise Kudimbana. J'ai finalement obtenu la préférence et je pense m'en être montré digne. J'ai tenu le zéro au marquoir à une vingtaine de reprises, ce qui n'est quand même pas mal. Et je crois avoir progressé sur les sorties aériennes, notamment. Souvent, on a dit à mon propos que j'étais bon sur ma ligne mais peu à l'aise dans le trafic aérien. Ce n'est plus d'actualité d'après moi. Filip De Wilde, mon préparateur, est satisfait de mon évolution en la matière. Ainsi que de mon keeping en général. " Prêté la saison passée au Germinal Beerschot afin d'y obtenir le temps de jeu, Proto, sans jamais faillir au Kiel, n'était pas parvenu à faire l'unanimité autour de ses prestations. Au traditionnel banquet de l'Amicale des Anciens d'Anderlecht, au mois de février 2009, son cas avait même été abondamment commenté. " La direction m'avait demandé ce que je pensais de lui ", souligne Jean Trappeniers, ex-gardien des Mauves dans les années 60. " J'avais été franc en répondant qu'à mes yeux, c'était un bon keeper mais pas encore un grand. La différence entre les deux ? Le premier est fiable, sans plus. Le deuxième prend carrément des points pour son équipe. Sous cet angle-là, il me laissait sur ma faim. Il faisait toujours son boulot de manière correcte mais n'arrachait jamais les trois points. Je n'étais manifestement pas le seul à avoir cette opinion. D'autres ex-joueurs du club abondaient exactement dans le même sens. " Un constat qui allait d'ailleurs se vérifier au niveau du scouting car hormis un back droit, les émissaires anderlechtois devaient aussi se mettre en quête d'un gardien susceptible d'obtenir la préséance. En haut lieu, le nom de Boubacar Barry Copa fut même prononcé quelquefois. A juste titre, probablement, car le portier ivoirien de Lokeren enchaînait alors les exploits, au point d'être couronné Gardien de l'année quelques semaines plus tard. Dans l'intervalle, toutefois, Schollen prouva qu'on pouvait aussi compter sur lui. Et, sur la fin, Proto lui-même parvint à confondre les détracteurs car sa cote de popularité, liée elle aussi à son keeping sous le maillot des banlieusards anversois, ne fit qu'aller crescendo. Du coup, l'engagement d'un nouveau gardien ne faisait subitement plus figure de priorité. En attendant le retour de Zitka, le club allait jouer résolument la carte de la paire Proto-Schollen, vu que Cordier, Bruzzese et Kudimbana ne faisaient que compléter la hiérarchie. Il y eut bel et bien alternance entre Schollen et Proto lors de la période de préparation avant que Schollen ne se blesse, ce qui fit de son rival le titulaire dès ce moment. En l'espace d'une bonne quarantaine de matches, toutes compétitions confondues, le titulaire dans les buts du Sporting est finalement loin d'avoir démérité. Dans près de la moitié d'entre eux, il est parvenu à garder ses filets intacts. Ses cotes plaident en sa faveur aussi : s'il a commencé par un 5 lors du match d'ouverture à Courtrai et qu'il s'est vu attribuer un même chiffre pour sa prestation à domicile contre La Gantoise, il a fait ample moisson de 6, de 7 et même de 8. C'était le cas au Parc Astrid devant le Standard et Lokeren, un match où il priva à deux reprises Omer Golan d'un but tout fait. Dans d'autres prétendus petits matches, Proto prouva également son utilité. A Roulers, notamment, ou encore deux semaines plus tôt face à Malines. Le Sporting venait de jouer contre Bilbao et ses coéquipiers avaient éprouvé toutes les peines du monde à entrer dans le match. Heureusement pour eux, le Hennuyer s'était alors interposé avec brio sur des essais d' Aloys Nong, entre autres. En 14 rencontres sur la scène européenne, Proto sera parvenu à conserver le nul à quatre reprises. Mais, au total, il aura dû s'incliner aussi 19 fois, dont 5 contre le seul Lyon : " Ce soir-là, j'ai écarquillé les yeux. Quand j'ai vu Hugo Lloris à l'£uvre, j'ai mesuré tout le travail qui me reste à accomplir pour être performant au sommet du football. Le gardien de l'OL a 23 ans seulement mais a la chance de devoir se sublimer quasi chaque semaine contre une équipe de pointe en France. Chez nous, cette intensité-là fait défaut, même si la réforme du championnat est un pas dans la bonne direction, puisque les matches à enjeu vont se multiplier. J'ai déjà remarqué souvent que, par rapport à d'autres pays, les joueurs en Belgique s'épanouissent le plus souvent sur le tard. Ce n'est qu'à 23 ans, par exemple, que JonathanLegear est en train de donner sa pleine mesure, alors qu'un Eden Hazard fait déjà partie des meilleurs alors qu'il est encore très jeune. A 26 ans, j'ai peut-être un bon bout de carrière derrière moi, mais j'apprends toujours. Donnez-moi encore deux ans et je serai arrivé à maturité. A ce moment-là, on pourra vraiment me juger de manière définitive. D'ici là, je vais continuer à bosser. Mon souhait est d'être un jour un n°1 indiscutable. Je suis peut-être sur la bonne voie mais j'ai conscience qu'il me reste encore du travail pour convaincre tous les sceptiques. " par bruno govers - photos: reportersDonnez-moi encore deux ans avant de me juger de manière définitive.