Dans un lointain passé, Carl Maes et moi avons suivi pendant un an l'entraînement de la Ligue flamande. Pas toujours avec la même passion. Il n'était pas vraiment fou de tennis. Une fois, nous avons affiché tellement clairement notre mauvaise volonté que l'entraîneur a quitté le terrain au profit du bar.
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Dans un lointain passé, Carl Maes et moi avons suivi pendant un an l'entraînement de la Ligue flamande. Pas toujours avec la même passion. Il n'était pas vraiment fou de tennis. Une fois, nous avons affiché tellement clairement notre mauvaise volonté que l'entraîneur a quitté le terrain au profit du bar.Carl Maes relativisait déjà le tennis et il n'a pas changé. Malgré la progression fulgurante de sa pupille, Kim Clijsters, il est resté les deux pieds sur terre. Il ne mâche pas ses mots. Sa mentalité si rare dans le milieu sous bulle du tennis mondial a attiré l'attention des dirigeants comme des joueuses et il essaie maintenant de devenir le lien entre ces deux groupes aux intérêts souvent divergents. Dans les prochaines années, il se consacrera notamment au poste de Business Advisor (conseiller commercial) de la WTA. Le reste demeure un point d'interrogation. Carl Maes : On peut qualifier ma collaboration avec Kim Clijsters de rêve qui s'est réalisé. Un entraîneur ne peut espérer mieux. Peu de collègues sont impliqués dès la jeunesse d'un joueur et en recueillent les fruits plus tard. Sur ce plan, tout ce que je peux dire, c'est que ce fut chouette. Vous n'avez pas eu d'expériences négatives. Vous n'avez pas vraiment connu la jungle des petits tournois.Elle les a disputés mais tout s'est passé très vite. Après quatre tournois, elle a atteint une catégorie supérieure. Durant ce bref laps de temps, j'ai moi-même compris quels étaient les critères pour émarger à un circuit bien déterminé. Je suis maintenant capable de faire un bon tri, à tous les niveaux et assez vite.Dès les premiers moments, vous saviez donc que vous entraîniez une future vedette de tennis?Kim a toujours survolé les compétitions belges, comme Justine Henin, d'ailleurs. Jamais on n'avait vu ça en catégories d'âge. Très vite, elle a balayé la concurrence lors des tournois internationaux pour les moins de 12 et de 14 ans. Enfin, pas en continu, mais elle était souvent parmi les meilleures. La seule question, c'était de savoir si elle allait poursuivre sur sa lancée.Pur-sangAbsolument. Un entraîneur ne peut que s'en féliciter. Je pense que Kim est un talent inné, en grande partie. Elle éprouve du mal à se concentrer sur d'autres choses mais quand c'est 5-5 au troisième set, elle parvient toujours à s'accrocher et elle réussit. Un entraîneur qui voit ça a intérêt à rester près d'une telle joueuse. (il rit)Votre collaboration a donc été parfaite. Auriez-vous aimé que ça se passe autrement quand même?Non. Quand je vois ce qu'est devenue Kim, je pense que mon travail est achevé. Travailler avec elle, c'est s'occuper d'un pur-sang. On ne le traite pas comme un animal de bât. Je ne veux pas dire que Kim ne travaillait pas mais votre apport et votre dépense d'énergie sont supérieurs avec quelqu'un pour qui tout ne va pas de soi. Peut-être est-ce là mon mérite: j'ai fait ce dont Kim avait besoin en n'insistant pas sur les aspects moins importants. Parfois, il faut s'empêcher d'intervenir.Quelles ont été vos relations avec Lei Clijsters?Lei a la réputation d'être un homme difficile. J'ai entendu beaucoup d'histoires incroyables sur lui mais personnellement, je n'ai jamais eu de problème avec lui. Peut-être parce que, pendant des années, ils ont été les demandeurs. Nous avons dû nous installer à table quelques fois pour rectifier certaines choses, c'est tout.Il s'agissait d'une relation purement professionnelle?Absolument. Evidemment, il a assisté à des tournois et je dois dire que Lei est un rêve, comparé à tous les parents de joueurs que j'ai connus durant ma carrière. Il a été plus que correct. C'est moi qui ai rompu notre contrat mais il a pris congé de moi d'une manière sympa. Nous continuons à nous téléphoner régulièrement et je suis toujours prêt à donner un conseil. Je ne voulais pas que mon départ embarrasse Kim. Je suis donc très heureux de la façon dont les choses se sont déroulées.Que vous ont appris six ans de circuit?A peu près autant qu'à Filip Dewulf, je suppose? On a peu de temps pour faire ce qu'on voudrait. On est en stand-by permanent. A la fin de la journée, on comprend qu'on n'a pas fait grand-chose, comme entraîneur, et on se sent parfois vide. C'est la plus grande de mes frustrations. C'est pour ça que je ne pouvais plus tenir. J'avais un boulot de rêve, vu d'une manière objective. J'étais bien payé, je ne devais pas beaucoup travailler avec Kim, surtout depuis sa blessure à l'épaule. Mes tâches ont été réduites au strict minimum. Mais quand vous ne pouvez quand même pas profiter de votre liberté et que vous passez toute la journée au club... Vous êtes freiné dans votre développement personnel. Les jobs que j'ai actuellement en tête me laisseront beaucoup moins de temps mais j'aurai le sentiment d'avoir mes propres occupations.PrétentieuxC'est vrai, et pas seulement de ce point de vue. J'ai eu un bon apprentissage à la VTV ( Vlaamse Tennis Vereniging), avec Steve Martens et Ivo Van Aken. C'est une façon de parler mais je conserve beaucoup d'idées d'il y a dix ans. Quand je faisais part de ma vision, on disait: -Qu'est-ce que ce prétentieux cherche encore? Maintenant que je m'exprime dans les médias, tout le monde s'intéresse à mon avis. Je relativise tout ça, peut-être même un peu trop. Selon vous, Kim va-t-elle poursuivre son évolution? Sa blessure semble grever d'une hypothèque la suite de son épanouissement.Il est difficile de jauger cette blessure. Elle en souffrira aussi longtemps qu'elle jouera car il n'y a pas vraiment de solution mais si elle est bien suivie, cette atteinte ne devrait pas l'empêcher de continuer à jouer à son niveau actuel. L'allègement de ses entraînements l'empêchera peut-être de viser le top mais elle devrait normalement conserver son statut actuel. Mais d'après vous, la blessure pourrait l'empêcher de rejoindre le top absolu?Peut-être. Elle a davantage de potentiel dans son service, notamment. Elle n'a plus été en mesure de travailler ce coup comme il l'aurait fallu depuis deux ans et demi alors qu'elle aurait pu en retirer davantage. Peut-être pas directement pour marquer des points mais il est dommage qu'elle ne puisse plus se mettre en position avantageuse grâce à son service, alors qu'elle reprend toujours agressivement la troisième balle, le retour de service. Mais je le répète, je pense qu'elle est tout à fait capable de conserver sa place actuelle. L'aspect mental est plus délicat. Elle est arrivée à un niveau qui constitue en quelque sorte son plafond. Tout le monde finit par atteindre ses limites dans sa carrière. Lorsque c'est le cas, vous portez un autre regard sur la saison de tennis.Kim a toujours eu l'habitude de regarder de l'avant, de recueillir davantage qu'elle ne l'espérait. Maintenant, elle fait face à quelques années durant lesquelles elle va devoir se contenter de résultats identiques à la saison précédente. Peut-être cela va-t-il tarir sa soif de tennis. C'est ici que la combinaison Lleyton-Kim prend toute son importance. Ces dernières années, ils se sont mutuellement encouragés. Il faut espérer qu'ils restent sur la même longueur d'ondes.Elu par les joueusesOui et non. Pas dans la fonction que j'exerce actuellement mais j'avais beaucoup de contacts car je trouvais que ça me permettait d'occuper intelligemment mon temps. Les échanges sont enrichissants et constructifs. En plus, je m'intéressais déjà à l'avenir du tennis féminin, au visage qu'il devait prendre. Le grand nombre de blessures me tracassait aussi. J'ai déjà soumis une série de solutions. En ce sens, j'étais déjà impliqué dans la WTA. Mais ce n'est devenu concret qu'après Roland Garros. Les joueuses vous ont élu directement à Wimbledon. éa signifie que vous êtes apprécié dans le milieu.Quatre joueuses du top 10 et trois du top 100 décident.On continue donc à favoriser les grandes joueuses.Oui, mais quelque part, c'est normal. En fin de compte, tout le circuit tourne grâce aux dix meilleures. Elles n'ont d'ailleurs pas le pouvoir absolu. Elle n'élisent que les conseillers. On attend de ceux-ci qu'ils suivent ce qui se passe en coulisses. J'ai fait de grands yeux lors de la première réunion à Londres. On ne parle que des droits des organisateurs de tournois, des droits TV, de procédures de contrôle antidopage... Il faut souvent frapper du poing sur la table pour rappeler qu'on s'occupe de joueuses de tennis.Vous êtes obligé de rester en contact permanent avec le circuit.Je pense que ça a été un de mes atouts lors de l'élection. Je venais à peine de quitter le monde du tennis et tant Kim que moi-même avons été très ouverts à l'égard des autres joueuses. Je les connais toutes par leur prénom. Je suis très abordable. Quels sont les principaux sujets de discussion des joueuses, actuellement? Avant, elles se plaignaient que les meilleures se partageaient l'argent entre elles et ne laissaient que des miettes aux autres.Je pense que ces dix dernières années, le prize money n'a jamais quitté l'agenda. (il rit). C'est une loi économique simple. Les vedettes veulent jouer le moins possible pour gagner le plus possible. Les organisateurs de tournois veulent beaucoup de bonnes joueuses tout en dépensant un minimum. Le sommet et la base de la pyramide ne sont pas en conflit. Il y a plutôt une certaine inquiétude quant à l'avenir financier du tennis. Le 11 septembre a évidemment eu de graves conséquences économiques et les organisateurs s'y réfèrent pour justifier leurs économies. Le marché de l'audiovisuel et de la publicité est également en recul. Il faut donc trouver d'autres moyens de réunir de l'argent, sous peine de devoir réduire les primes, ce qui est déjà le cas dans le tennis masculin, d'ailleurs. Une fortuneOui, j'ai quelques possibilités, sur le court et en dehors. En Angleterre, je peux travailler pour la fédération de tennis et diriger un des quatre centres nationaux. Un joli coup financier.Avec Wimbledon comme sponsor, que voulez-vous (il rit). Mais ça engendre un tas de complications. Sur le plan privé, c'est un fameux sacrifice. Je dois habiter là-bas, alors que ma femme est enseignante en Belgique. Ce n'est pas simple. Si je ne regarde que le boulot, c'est une opportunité unique. Je négocie aussi avec la VTV, en Belgique, de même qu'avec quelques privés qui ont des projets en chantier. Enfin, j'ai encore des contacts dans le secteur du management. Je pourrais être associé à l'organisation de tournois. Vous n'avez pas reçu d'offres de joueuses?Si mais pas de vraies élites. Donc, pas d'offres intéressantes. Pour le moment, je n'ai d'ailleurs aucune envie de me retrouver à plein temps sur un court. Attention, je souhaite demeurer actif sur le terrain, d'une manière ou d'une autre, mais j'aimerais déléguer et acquérir de l'expérience dans d'autres domaines. C'est possible dans ce poste de conseiller WTA, comme manager ou en fondant une cellule tennis. Où que j'atterrisse, à l'étranger ou ici, j'aimerais reprendre ma raquette de temps en temps. Vous regrettez donc un peu de n'avoir jamais tâté du tennis professionnel?Non (il rit). Ou plutôt, ça m'aurait peut-être tenté mais j'ai rapidement compris que ce serait un investissement à fonds perdu. Je ne me suis jamais fait d'illusions. Peut-être suis-je maintenant un rien trop autocritique mais je ne pense pas que j'étais suffisamment doué. J'ai été tellement pris par la VTV puis par Kim que j'ai moi-même disputé fort peu de tournois. J'aurais aimé jouer plus longtemps, pas au niveau international, mais sur le plan local, pour le plaisir. Reprendre le fil maintenant serait illusoire. Filip Dewulf"Je peux diriger un des quatre centres nationaux d'Angleterre""La combinaison Lleyton-Kim devient très importante"