La fille de Trubbach ne réapparut qu'au début de cette année, au tournoi de Sydney plus précisément, une semaine avant l'Open d'Australie. Après des victoires face à Lisa Raymond, Sandrine Testud et Kim Clijsters, Hingis remporta la finale au détriment de Meghan Shaughnessy, victorieuse heureuse d'une Serena Williams qui dut abandonner suite à une glissade malheureuse.
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La fille de Trubbach ne réapparut qu'au début de cette année, au tournoi de Sydney plus précisément, une semaine avant l'Open d'Australie. Après des victoires face à Lisa Raymond, Sandrine Testud et Kim Clijsters, Hingis remporta la finale au détriment de Meghan Shaughnessy, victorieuse heureuse d'une Serena Williams qui dut abandonner suite à une glissade malheureuse.Personne ne sait ce qu'il serait advenu d'une nouvelle confrontation avec la cadette des Williams. Ce que l'on sait, en revanche, c'est que le succès d'Hingis, le 39e de sa carrière, mit fin à 11 mois de disette. Onze longs mois durant lesquels la joueuse fut plus habitée par le doute que par les certitudes. A Melbourne, où elle perdit la finale voici 12 mois face à une Capriati qui renaquit de ses cendres, Hingis disait ne chercher la victoire que jour après jour, sans penser au succès final. Mais derrière cette façade, il y a une fille plus déterminée que jamais à retrouver son bien. Interview dans les premières heures de l'Open australien...Martina Hingis, dans quel état de forme êtes-vous arrivée à Melbourne?Martina Hingis: En pleine forme. Je débarquais de Sydney où j'avais remporté le tournoi. J'ai tout de suite commencé par une journée de repos, puis mon premier tour s'est disputé en nocturne. Les conditions furent parfaites. Finaliste des cinq dernières éditions, vous aimez l'Open australien. Avez-vous modifié votre préparation cette année?Pas vraiment. J'ai joué le tournoi de Sydney et puis... ah si, quelque chose fut différent. Mon opération il y a trois mois à ma cheville (elle rit). Il m'a fallu récupérer après ce contretemps. Ce fut pénible mais je m'en suis bien sortie. En cela, Sydney était quelque peu imprévu. Je ne pensais pas gagner si tôt dans la saison mais je ne vais pas cracher sur ma victoire. "Mon plus long break"Comment avez-vous vécu l'inactivité?Plutôt bien, même si ce fut mon plus long break depuis je ne sais plus quand. Un mois entier sans tenir une raquette! C'était vraiment bizarre, un peu comme si les aiguilles du temps s'étaient arrêtées de tourner. Mais en même temps, ce fut très bien parce que je n'avais pas à me soucier du lendemain.Comment va la cheville à présent?Parfaitement bien. Je le répète, je suis en pleine forme. Ma cheville se comporte bien sans quoi je ne pourrais pas développer le tennis que je joue ces jours-ci.Sentez-vous la pression sur vos épaules vu que cela fait trois ans que vous n'avez plus remporté le moindre tournoi du Grand Chelem?D'abord, il est toujours agréable de revenir à l'endroit où vous avez disputé cinq finales d'affilée. Mentalement, c'est un avantage de monter sur un court que vous connaissez à la perfection. Je suis juste heureuse de rejouer au tennis. Pour le titre, on verra plus tard. Si j'y arrive.Sydney a dû être une sorte de soulagement à ce sujet, non?Dans une certaine mesure. Ce fut une sorte de journée légendaire puisque je n'avais plus rien gagné depuis mon succès à Dubaï en février de l'année dernière. Je crois que ma victoire et la qualité du jeu développé ont surpris beaucoup de monde, moi en premier."Recommencer à gagner"Qu'est-ce qui était le plus important à vos yeux?Ce qui importe quand on revient d'une blessure, c'est de se remettre à gagner. Que ce soit en Grand Chelem ou dans un tournoi moins important, il faut retrouver le plus vite possible le goût de la victoire. Je l'ai fait mais je dois dire que j'ai beaucoup joué, tant en simple qu'en double. Contre Clijsters, j'ai failli payer très cher ces heures supplémentaires car j'ai été victime d'un coup de chaleur. J'ai dû déclarer forfait en double pour pouvoir disputer la finale.Qu'avez-vous pensé du forfait de Serena Williams à Melbourne?Vous savez, j'ai vu comme tout le monde qu'elle s'était retirée à cause d'une blessure, ou de quelque chose comme ça. Mais je ne suis pas médecin, donc je ne sais pas ce qu'elle a au juste. Mais je peux imaginer ce qu'elle endure en ce moment. J'ai eu le même genre de mésaventure suite à une mauvaise glissade. Ma cheville est restée bloquée. Disons que mon ligament a été davantage atteint que le sien. En tant qu'athlète de haut niveau, vous préférez ne prendre aucun risque pour la suite de votre carrière. Jouer aurait pu aggraver la situation.Déclarer forfait est-il difficile?Oui, parce que l'envie de jouer est très forte. Seul l'avenir vous dit si vous avez pris une bonne décision ou pas. Dans son cas, je crois qu'elle a agi intelligemment.La blessure de Serena Williams que vous auriez pu devoir rencontrer en quarts de finale constitue-t-elle un avantage pour vous?Je ne l'envisage pas comme cela. Pour moi, un tournoi quel qu'il soit se joue match après match. Après ma première rencontre, j'étais heureuse de m'être qualifiée pour le deuxième tour et ainsi de suite. Les quarts de finale, on n'y pense qu'une fois qu'on les a atteints."Mentalement, je suis très bien"Revenons un peu sur votre convalescence si vous le voulez bien. Melbourne a démontré que vous êtes très vite revenue à un bon niveau. Comment avez-vous fait?Disons que j'ai pu bénéficier d'un long break pendant les vacances de Noël. Au début, je ne pouvais pas faire grand chose. Mais ensuite, j'ai commencé à travailler tant physiquement que mentalement. Et tout s'est très bien enchaîné. J'ai eu la chance aussi rester longtemps avec ma famille, faire des choses que je n'ai pas le temps de faire normalement et ce, pendant plus qu'une semaine ou deux. Cela m'a aidée à me vider la tête.Que voulez-vous dire?J'ai pu m'isoler complètement du stress inhérent à la compétition. Je ne devais pas penser à mon prochain match et à tout ce genre de choses qui rendent la vie du circuit difficile et exigeante. Cela m'a fait le plus grand bien.Vous avez évidemment dû travailler votre puissance musculaire. Comment ce travail a-t-il été accompli? Avez-vous levé des haltères?Non, j'ai juste beaucoup joué au tennis. Je passais en moyenne quatre heures par jour sur le court. J'ai aussi beaucoup couru dans les montagnes et dans la neige par temps, parfois, très froid. Je suis arrivée en Australie très tôt pour bien m'acclimater à la chaleur. Vous savez, je suis une joueuse de tennis, pas une haltérophile. Je ne le serai d'ailleurs jamais. Je préfère travailler avec mes armes.Les pépins physiques se sont multipliés en ce début d'année, et pas uniquement chez les femmes. Les hommes, aussi, semblent traverser une période critique. A quoi est-ce dû à votre avis?Franchement, je ne sais pas trop quoi vous répondre. D'autant que je n'ai pas beaucoup suivi la situation du côté de l'ATP. Et puis, nous n'en sommes jamais qu'au premier mois de compétition."On joue souvent fatiguées"Le calendrier n'est-il pas trop chargé?Disons que les risques de dépasser ses limites est grand. Parfois, il nous faut monter sur le court alors qu'on est fatiguée. C'est le boulot qui veut ça. C'est la même chose pour vous autres les journalistes. Même si vous êtes fourbus, vous devez écrire vos articles chaque jour parce que vous avez des échéances et des horaires à respecter. Le tennis est comme les autres sports: il faut vivre avec les blessures. Elles en font partie.La vôtre est survenue lors de votre 75e match de la saison. C'est énorme! Pourquoi avoir joué autant?A cause des pressions extérieures, à cause de ma fierté, à cause de tout. Le problème quand on arrive à un si haut niveau, c'est qu'on ne veut jamais baisser les bras à moins d'y être forcée.Pensez-vous pouvoir redevenir un jour numéro un mondiale?Du fond du coeur, oui! Le tennis féminin a évolué, et pas dans un sens qui m'est favorable, je le concède volontiers. Tandis que je préfère jouer en finesse, de grosses frappeuses sont apparues et ont rendu le jeu plus puissant. Et j'éprouve des difficultés à faire parler mon tennis face à ce genre de filles, c'est vrai. Mais je reste persuadée que je peux y arriver. Je sais ce que je dois faire pour cela. A commencer par une règle simple: plutôt que de chercher à rivaliser avec elles en puissance, je vais me servir de leur puissance.En avez-vous envie?Mais oui, plus que jamais! C'est la raison pour laquelle je joue au tennis. C'est pourquoi je m'entraîne fort jour après jour. Tous ces sacrifices que je fais le sont dans cet unique but."Je veux revenir au même niveau"Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez été dépossédée de votre bien?Quand j'étais numéro un mondiale, j'ai toujours considéré que je méritais cette position. Mes victoires parlaient pour moi. En ce qui concerne l'année dernière, j'ai senti qu'une autre joueuse méritait la place davantage que moi. Et cette joueuse, c'était Jennifer Capriati.Pourquoi jouer tournoi après tournoi dans la position de numéro un est-il si dur?Parce que partout où vous vous rendez, on attend de vous une seule et même chose tout le temps: gagner! Ce n'est plus mon cas aujourd'hui. La pression est toujours là mais elle est plus légère. Et à la longue, cela finit par user.L'année 2002 s'annonce dégagée. Vous avez laissé pas mal de soucis judiciaires derrière vous.C'est exact. Le procès de l'homme qui n'arrêtait pas de me harceler s'est bien terminé. Je dois dire que ce fut une période pénible. Il me suivait partout. Un jour, je l'ai même retrouvé devant la grille de ma maison à Zurich. Il avait un bouquet de fleurs à la main! Je peux vous assurer que ce n'est pas le genre de situation auquel on aime être confrontée. Le procès l'a calmé, je crois. Du moins je l'espère.Le tennis féminin n'a jamais été aussi populaire que ces jours-ci. A quoi est-ce dû selon vous?Je dirais même qu'il ne pourrait pas être dans une position plus avantageuse. Les audiences télévisées n'ont jamais été aussi bonnes et il y a toujours plus de spectateurs aux tournois durant l'année. Ce que nous avons en ce moment, ce sont de grosses rivalités entre des joueuses à la forte personnalité. Il y a Venus, Serena, Jennifer, Lindsay et moi-même. Nous nous battons toutes pour être LA numéro un mondiale. C'est terriblement excitant pour tout le monde parce que cela crée un grand intérêt.Florient Etienne