Près d'un an après les faits, Johan Vermeersch, le président du FC Brussels, n'a toujours pas digéré complètement le passage de Sanharib Sabah Malki dans les rangs du SV Roulers. Il avait fait de l'attaquant de l'Union Saint-Gilloise son absolue priorité, lors du mercato pour relayer Igor De Camargo, en partance pour le Standard, mais contre toute attente, le puncheur d'origine araméenne lui fila entre les doigts.
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Près d'un an après les faits, Johan Vermeersch, le président du FC Brussels, n'a toujours pas digéré complètement le passage de Sanharib Sabah Malki dans les rangs du SV Roulers. Il avait fait de l'attaquant de l'Union Saint-Gilloise son absolue priorité, lors du mercato pour relayer Igor De Camargo, en partance pour le Standard, mais contre toute attente, le puncheur d'origine araméenne lui fila entre les doigts. Un transfert d'autant plus regrettable, à ses yeux, que l'homme se disait prêt, en échange, à aider le club de la Butte en faisant converger vers lui des éléments qui ne constituaient pas une priorité au Brussels. Une démarche qu'il avait déjà entreprise, quelques mois plus tôt avec un autre sociétaire de la capitale, le White Star Woluwé, en lui fournissant trois éléments excédentaires. Le v£u le plus cher du numéro 1 des Coalisés est de parvenir un jour à un système de vases communicants entre les différentes entités de la capitale, tant à l'échelon des seniors que des jeunes. Et ce pour éviter de chercher ailleurs contre monnaie sonnante et trébuchante, des footballeurs susceptibles, chacun à leur niveau, de faire le bonheur d'un représentant du football bruxellois. C'est son point de vue, mais qu'en pensent donc ses partenaires naturels des divisions inférieures ? " L'Union n'a jamais eu pour habitude d'entraver la carrière d'un élément qui l'a servi loyalement. La preuve par Gaby Mudingayi, passé de la Butte à La Gantoise avant de poursuivre sa progression en Italie. Plus près de nous, je citerai l'exemple du gardien Thierry Coppens qui avait sollicité son transfert au FC Dender l'été passé. Comme quoi l'Union et ses dirigeants ne sont sûrement pas des empêcheurs de danser en rond. Je peux aisément comprendre que Johan Vermeersch râle de ne pas pouvoir disposer aujourd'hui des précieux services d'un Malki qui confirme en D1. Mais mon homologue du Brussels doit s'en prendre à lui-même. Il savait qu'il y avait une clause libératoire de 12.500 euros concernant le joueur et que si un club déposait cet argent sur la table des négociations, l'intéressé lui appartiendrait. Vermeersch n'a jamais cru à un tel aboutissement et a musardé en chemin. S'il exprime des doléances, je tiens quand même à faire remarquer qu'aucun accord ne stipule que le Brussels a un droit de regard, en priorité, sur les joueurs appelés à nous quitter. Et il se trompe aussi en pensant que son club est LE pôle d'attraction pour tout joueur bruxellois qui sait qu'Anderlecht est hors d'atteinte. Désolé, dans l'état actuel des choses, il n'y a pas vraiment de différence fondamentale entre l'Union, qui joue les premiers rôles en D2, et le Brussels, à la traîne depuis plusieurs semaines parmi l'élite. Par les temps qui courent, aucun footeux ne gagnerait au change en troquant le maillot de l'Union contre celui des Coalisés. Johan Vermeersch se blouse aussi en estimant que son club constitue automatiquement une fin en soi. C'est faire fi du désir du joueur qui, comme Malki, avait à c£ur d'accepter une offre beaucoup plus attrayante des Roulariens. A l'avenir, il n'est évidemment pas impossible qu'un de nos garçons aboutisse bel et bien chez le voisin. Le contraire est tout aussi vrai puisque Christophe Goumotsios a fourbi ses armes Rue Malis avant de passer chez nous. Mais il est hors de question de faire du Brussels LA destination finale d'un joueur qui se sent subitement à l'étroit au Parc Duden. L'Union n'est pas la roue de secours du Brussels. Au contraire, si Vermeersch se veut le numéro 2 du football dans la capitale, derrière Anderlecht, je nourris la même ambition. Et par rapport aux Coalisés, fruit de bon nombre de fusions, j'ai la chance d'être à la tête d'un club qui a conservé son identité à travers les âges. L'Union est et reste un nom. C'est un géant qui sommeille, plus pour longtemps je l'espère. Endéans les trois ans, mon souhait est de rejoindre l'élite. A cet échelon, à l'instar de Vermeersch, j'espère pouvoir faire appel à des joueurs du cru au lieu de devoir chercher mon bonheur ailleurs. Pour ce faire, le club projette la mise sur pied, dès l'année prochaine, d'un centre de formation censé former une élite. C'est dans ce vivier que nous puiserons, au cours des années futures, les éléments de la Première. Parallèlement à ce centre, nous avons l'idée de créer également une école de gardiens. J'ai cru comprendre que Vermeersch avait l'intention aussi d'accomplir cette démarche avec le concours de Patrick Nys. Je n'hésite pas à dire que sur ce plan-là, nous sommes plus avancés. Tout d'abord, l'entraîneur des gardiens, Freddy Cornelusse, a déjà été investi de cette mission. D'autre part, nous pouvons nous appuyer sur une véritable tradition : il y a toujours eu de bons portiers à l'Union. La preuve par Coppens, déjà cité, et par Nicaise Kudimbana, qui fait fureur actuellement. Nos ambitions sont en quelque sorte les mêmes que celles du Brussels. Pourquoi nous allierions-nous avec lui, dans ces conditions ? C'est exclu. En revanche, nous envisageons un partenariat avec d'autres sports, afin que nos sponsors aient une visibilité dans plusieurs secteurs. Sur ce point, nous n'en sommes qu'au début de nos investigations ". " Le White Star Woluwé n'a jamais eu qu'à se louer de sa collaboration avec le Brussels. On pourrait même parler d'une authentique coopération au développement car chaque année les Coalisés nous fournissent des joueurs susceptibles de nous apporter un plus. Dans un passé somme toute récent, c'était notamment le cas de Michaël Clepkens, Kevin Serville, passé entre-temps à Oud-Heverlee Louvain et Paulo Omonga, actuellement à Ternat en P1. Fin août, il fut question aussi du passage, au stade Fallon, de Jonathan Téhoué, l'ex-Virtonais tombé en disgrâce au Brussels. En définitive, il a juré fidélité aux Coalisés mais il n'est pas interdit de penser que lors du prochain mercato il arrive tout de même chez nous, au même titre que d'autres éléments dont le futur n'est peut-être pas assuré à Molenbeek. Le problème est de pouvoir convaincre un joueur qu'il faut parfois reculer pour mieux sauter. Beaucoup sont réfractaires à l'idée de se retrouver en D3 alors que cette division est nettement plus attrayante que la D2 où jouent surtout des chevronnés qui n'ont plus la pointure pour évoluer au sommet. En D3, par contre, il y a pas mal de jeunes loups aux dents longues... comme Izzet Akgül et François Sterchele. Il n'empêche que, pour un footeux de D1, l'antichambre offre, a priori, plus d'attrait que la D3, perçue souvent comme un véritable purgatoire. C'est pourquoi la volonté du club est d'aboutir dans un futur proche en D2. Dans ce cas, il nous sera plus facile de sensibiliser des joueurs à poursuivre leur route chez nous. Johan Vermeersch en est pleinement conscient aussi et c'est pourquoi nous pouvons compter sur son aide précieuse afin de mener à bien ce projet. Il a parlé un jour, à notre propos, de club satellite et je ne m'en offusque pas. Partout ailleurs, dans des compétitions huppées comme l'Espagne ou la France, les ténors disposent de filiales à des niveaux intéressants. Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas bénéficier d'une telle faveur pour le développement de mon club. Tout le monde y trouve son compte. La seule réserve a trait aux jeunes. Molenbeek et Woluwé sont situés géographiquement aux antipodes et le blé en herbe ne doit pas être transbahuté d'un club à l'autre avant 16 ans. D'autant que la formation est tout aussi bonne au sein des deux entités. Cette année, cependant, nous avons fait une exception pour deux Préminimes réellement au-dessus du lot. Cette perspective agréait tout le monde et c'était une manière de ristourner aux Coalisés ce qu'ils avaient fait en notre faveur ces dernières années. Et si d'aventure un joueur de Première du White Star Woluwé faisait un jour leur bonheur, je serais content.... " " Johan Vermeersch ne manque pas de mérite. Si on joue toujours au foot au stade Edmond Machtens, c'est à lui qu'on le doit. Indirectement, le Royal Léopold Uccle profite de ces retombées. En premier lieu, mon homologue du Brussels a eu le don de sensibiliser les politiques au rôle joué par le football à l'échelon des jeunes. Si cette année, pour la toute première fois, des subsides ont été alloués par la Région aux clubs de la capitale, c'est à Vermeersch qu'on le doit. Ma seule récrimination, à ce propos, concerne la clé de répartition des 3,5 millions d'euros injectés annuellement. Je ne conteste pas le 1,25 million accordé au RSCA, véritable porte-drapeau du football dans la capitale. Je veux bien admettre aussi le million accordé au Brussels, autre sociétaire de D1. Mais est-il normal que l'on passe ensuite à 600.000 euros pour l'Union, en D2, 100.000 au White Star, en D3, et enfin à des cacahouètes (3.000 euros maximum) pour nous ? Doté du matricule 5, mon club, fondé en 1893 est le plus ancien de la capitale et fait bel et bien partie d'une série nationale. Je pense qu'il aurait droit à davantage d'égards. Non seulement des grands argentiers mais aussi de la commune. Le Royal Léopold Uccle, c'est ni plus ni moins 20 équipes d'âge regroupant au total 350 jeunes. Pour les abriter, le club dispose de nos jours de deux terrains, un synthétique et un gazonné, hormis l'aire de jeu principale, qui reste l'apanage de la Première et de la Réserve. Les lundis, mercredis et vendredis, une vingtaine de formations se partagent ainsi deux terrains alors qu'on en dénombrait encore cinq au début de ce millénaire. En cause : la volonté de la commune et de son service des sports, dirigé par Patrick De Nutte, de favoriser les activités parascolaires et autres au détriment du football. Un beau jour, nous avons par exemple été privés de terrain à cause de l'organisation d'un tournoi de pétanque ! Loin de moi, toutefois, l'idée de prétendre que la commune ne fait rien pour nous. Au contraire, je tiens franchement à louer son initiative de remplacer l'ancienne tribune de notre terrain, chaussée de Neerstalle dans les semaines à venir. Même si, en raison de ces travaux, je ne sais toujours pas si la Première aura l'opportunité de continuer à jouer ses matches là-bas. Une chose est d'ores et déjà acquise : pour accueillir l'Eendracht Alost, qui déplace 1.500 personnes, je devrai chercher refuge à Kampenhout, où les portes me sont grandes ouvertes. C'est un geste louable mais, en soi, il n'est évidemment pas normal qu'une commune aussi étendue qu'Uccle n'ait pas de solution de rechange. Et ce constat vaut également pour les jeunes. Faute d'infrastructures, je n'ai pas les moyens de mener la politique que je voudrais. Dans ces circonstances, je n'ai guère la possibilité non plus d'effectuer un geste digne de ce nom envers ceux qui me soutiennent. Quand Vermeersch parle d'un système de vases communicants, il a partiellement raison. En ce sens que, pour le moment, l'aide se déroule à sens unique. Cette saison, j'ai obtenu par amitié le concours de deux jeunes du Brussels : Sevan Sekerci et Erik Peter. L'année passée, sur les mêmes bases, Michel Farin m'avait permis de disposer des services de Bernard Allou et Etienne Madawa. Malheureusement, de mon côté, je ne puis faire grand-chose. Comme il y a un décalage entre la D1 et la Promotion, il est difficile d'imaginer qu'un de mes titulaires soit capable de faire le bonheur du Brussels. Par contre, chez les jeunes, il y a immanquablement des éléments qui entrent en ligne de compte pour une cession temporaire ou définitive. Mais comment être fixé à ce sujet, puisque nous ne disposons pas des facilités pour travailler de manière correcte avec les jeunes ? De ce point de vue-là, j'envie mes collègues qui, à Molenbeek et Woluwé-Saint-Lambert disposent d'autorités locales qui mettent vraiment tout en £uvre pour encadrer efficacement la jeunesse. A Uccle, malheureusement, on est loin du compte ". " Il y a trois ans, Johan Vermeersch avait réuni pour la première fois les principaux dirigeants des clubs bruxellois pour leur exposer son plan. Il se faisait fort d'attirer un certain nombre de sponsors d'envergure, davantage soucieux d'investir leurs deniers dans un vaste projet qu'à un échelon purement local. Ce n'étaient pas des paroles en l'air car quelques semaines plus tard, il nous dévoilait l'identité de quatre gros parraineurs : SN Brussels Airlines, Total, Euromut et Baliston. En guise de feedback, nous devions veiller à la présence de ces firmes sur nos maillots ou boarding. Pour ce qui était de l'équipementier Baliston, le topo était différent. Chacun devait acheter du matériel selon un accord individuel. Pour nos 622 footballeurs, nous devions débourser 20.000 euros. Il nous en aurait coûté nettement plus pour habiller tous ces garçons de la tête au pied par nos propres moyens et c'est pourquoi, à l'image d'autres entités de la capitale, nous étions sensibles à cette offre. La suite des événements allait être, hélas, moins reluisante. Tout d'abord, les jeux de maillots étaient complètement dépareillés : tantôt ils étaient jaunes avec un col noir, tantôt bleus avec un col noir. Ils auraient peut-être convenus au Lierse ou au Club Bruges mais pas à nous, dont les couleurs sont le bleu et jaune. Mais nous n'étions pas encore au bout de nos peines : après trois mois, toutes les coutures avaient lâché. Malgré la réception d'un deuxième stock, tout aussi fantaisiste au niveau des couleurs, nous avons dû nous tourner dare-dare vers un autre fournisseur, Errea. Au total, il nous en aura coûté pas mal d'argent. Nous nous sommes plaints à qui de droit et, en guise de compensation, des coaches ont été mis à notre disposition pour encadrer le personnel existant. Le hic, c'est qu'il en allait là de personnes qui avaient déjà exercé chez nos jeunes dans le passé et avaient été renvoyées, faute de compétences. Dans ces conditions, on les imaginait mal diriger notre propre staff ! Après coup, nous n'avons plus rien entendu du projet initié par Johan Vermeersch. Nous ne savons pas, non plus, ce qu'il est advenu de l'argent injecté par les quatre sponsors. Dans la mesure où pas mal de clubs bruxellois étaient concernés, il devait quand même s'agir d'une somme intéressante. Où a-t-elle disparu ? Mystère et boule de gomme. Finalement, le seul qui y a sans doute trouvé son compte, c'est Vermeersch lui-même. Il était aux commandes, il doit savoir de quoi il retournait exactement. En plaçant des pions chez nous, il a su aussi ce que notre école des jeunes avait vraiment dans le ventre. Comme par hasard, dans la foulée, certains de nos meilleurs éléments ont pris le chemin du Brussels. Il ne faut pas faire un dessin, n'est-ce pas ? Pour moi, Johan Vermeersch a toujours prêché pour sa chapelle. Il a mis le grappin sur les plus doués et, à l'analyse, nous n'avons rien reçu en compensation. Nous avons été floués sur la marchandise. Et ce, dans toutes les acceptions du terme ". BRUNO GOVERS