"I will bring FIFA to shore. "Sepp Blatter, après sa cinquième élection à la présidence de la FIFA. Il va conduire le navire en eaux sûres. " Nous n'avons pas besoin d'une révolution mais d'une évolution. " Est-ce crédible ? Jugez-en par vous-même.
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"I will bring FIFA to shore. "Sepp Blatter, après sa cinquième élection à la présidence de la FIFA. Il va conduire le navire en eaux sûres. " Nous n'avons pas besoin d'une révolution mais d'une évolution. " Est-ce crédible ? Jugez-en par vous-même. Jeudi soir, la CONCACAF, la confédération d'Amérique du Nord et centrale, a divulgué son point de vue, en réaction à la justice américaine. Dans son réquisitoire de 164 pages, celle-ci s'en est pris au management du football sur le continent américain. A peu près toutes les personnalités, de l'Uruguay au Paraguay en passant par le Brésil, le Costa Rica, la Trinité et les USA, ont été accusées de corruption et de détournement de l'argent du football à leur profit. La CONCACAF a immédiatement suspendu deux membres : Jeffrey Webb, le vice-président de la FIFA, et Eduardo Li, qui se trouvait à Zurich dans l'espoir d'intégrer le comité exécutif de la FIFA. Elle a chargé trois personnes de mener une enquête. Parmi celles-ci, Sunil Gulati, le président de la Fédération américaine. Gulati, membre du comité exécutif de la FIFA, est en place depuis la démission de Chuck Blazer, l'homme qui a aidé le FBI à acculer la FIFA. Ayant remarqué qu'il ne payait presque pas d'impôts malgré son train de vie, le FBI a enquêté sur lui et l'a contraint à trahir la FIFA. Gulati est un ami de Blatter depuis les années 80. Blatter lui a donné un siège à la CONCACAF quand la MLS l'a renvoyé en 1999. Ils ont partagé un bureau pendant des années. Maintenant, il doit mener une enquête indépendante... L'acte d'accusation dévoile l'arrogance avec laquelle le Paraguayen Nicolas Leoz a dirigé la CONMEBOL, l'association des pays sud-américains. En janvier 1991, il a refusé de signer le contrat proposé par la société brésilienne de marketing Traffic pour les droits commerciaux sur les Copa America de la décennie. Suivi d'autres membres, il a quitté la réunion. Dans une autre pièce, il a déclaré au représentant de Traffic que " la société allait gagner beaucoup d'argent avec ce contrat et qu'il serait correct de lui en réserver une part. " Ce n'est pas accepter un pot-de-vin. Il l'a demandé. Traffic a versé une somme à six chiffres, en dollars, à Leoz. Qui n'a cessé de réclamer plus d'argent, jusqu'en 2011, pour en arriver à des montants à sept chiffres. Leoz a également exigé sa commission sur les différents contrats de sponsoring de la Copa Libertadores. Sa position a vacillé quand la presse a éventé ses pratiques. En novembre 2010 déjà, la BBC et le journaliste d'investigation Andrew Jennings l'ont accusé de trafiquer les droits TV. Pourtant, il a fallu attendre le printemps 2013 pour que Leoz quitte ses fonctions à la FIFA et à la CONMEBOL. Il y a pire : en avril 2013, l'Uruguayen Eugenio Figueredo a succédé à Leoz. L'homme avait alors 81 ans et travaillait avec Leoz depuis 40 ans. En 2006, il avait demandé, en vain, la nationalité américaine. Il avait signalé, fautivement, qu'il souffrait de démence. Il a poursuivi le programme de corruption de Leoz. Le FBI l'a inculpé la semaine dernière. Blatter était-il au courant ? Peut-être pas de tout mais de beaucoup quand même. En est-il responsable ? Partiellement et certainement sur le plan moral. Veut-il changer les choses ? A peine, si ce n'est après des années de pressions extérieures ? Mais ravaler l'affaire à un petit jeu américain comme il l'a fait dans son discours de victoire témoigne de peu de finesse (" L'Amérique a perdu l'organisation du Monde et est mauvaise perdante " ou encore " L'Amérique est le principal sponsor de la Jordanie, le pays de mon rival. ") Réduire la crédibilité de la FIFA à Blatter est tout aussi réducteur. L'enquête du FBI, menée avec l'aide de Chuck Blazer, qui a tenté d'en retirer le plus gros bénéfice pour lui et surtout pour sa progéniture car il est gravement malade, révèle que la corruption et le détournement de fonds sont profondément ancrés dans la culture de la FIFA. Depuis des décennies. Fidèle lieutenant de João Havelange, Blatter a été témoin de la corruption de l'ensemble par ISL, puis, peut-être de plus loin, par les entreprises qui lui ont succédé. Car c'est là que se trouve l'argent, comme le montrent les dossiers de Leoz, dont la fortune footballistique est estimée à 40 millions de dollars. C'est bien plus que l'attribution d'un Mondial, qui rapporte quelques centimes ou quelques cadeaux coûteux. D'ailleurs, à l'avenir, ça va devenir plus difficile car toutes les fédérations voteront et non plus seulement les membres du comité exécutif. Blatter cède un peu de terrain quand il est impossible de faire autrement, comme maintenant, après la Russie et le Qatar. Ce sont ces sociétés de marketing, ISL, Traffic, Somerton, Valente, Full Play Group et tutti quanti, qui versent des pots-de-vin pour obtenir les droits TV et commerciaux. Le FBI s'est concentré sur ceux qui utilisaient les services américains, banques et entreprises. La situation en Europe, en Afrique et en Asie n'est pas encore claire. La FIFA est pourrie. Quelle est la solution ? L'évolution prônée par Blatter ? Voire. L'immense popularité du football, y compris en Chine, est une providence. Sinon, les sponsors auraient quitté le navire depuis belle lurette. Et le système Blatter, tenu à flots par le lancement de x projets lourdement financés dans le monde entier, aurait coulé depuis longtemps. Seule une révolution serait utile. Mais qui va la lancer ? Certainement pas l'Amérique du Sud, avec des pays comme le Brésil et l'Argentine. Des Argentins sont impliqués dans l'enquête du FBI et Marin, l'ancien président brésilien, est dans la lignée d'Havelange et de Teixeira. L'Afrique est trop chaotique pour opposer une résistance organisée et l'Asie n'est pas sans tache. Reste l'UEFA, qui ne brille pas par son unité, puisque Blatter a pu compter sur les voix de la France et de l'Espagne. D'après le président français Noël Le Graet, qui s'est ainsi opposé au président de l'UEFA, son compatriote Michel Platini, " L'Europe de l'Ouest exagère dans ses critiques à l'encontre de Blatter. On n'a jamais prouvé que de l'argent disparaisse des caisses de la FIFA et Blatter constituait la meilleure solution lors de cette élection. " La France organise la Coupe du Monde féminine 2019. Elle en est " reconnaissante " à Blatter. La Russie, organisatrice du Mondial 2018, a félicité le Suisse pour sa réélection. Ça résume sans doute tout. Devinez si, cette semaine, dans les coulisses de la Ligue des Champions, l'UEFA mettra sa résistance au point... PAR PETER T'KINT