Ils se ressemblent : la même fierté dans le regard ou la démarche. La même retenue dans l'allure. La même droiture dans le comportement. Le même parcours, via Nancy, les blessures, Charleroi et la pause espagnole. Le même retour à la réalité dans le championnat belge. Samedi, les deux Français, Bertrand Laquait et Sébastien Chabaud, 30 ans chacun, seront opposés. Car, tandis que Laquait, revenait de son prêt d'un an à Huelva pour retrouver l'ambiance carolo, Chabaud prolongeait un peu l'aventure à Tarragone, descendu entre temps en Seconda Liga, comme pour égaler son pote, parti six mois avant lui. Depuis décembre, le médian a repris pied dans la compétition belge au Germinal Beerschot. Tandis que Laquait, en fin de contrat, est en train de prévoir son avenir. C'est dans cette optique qu'il a écouté l'offre du Rapid Bucarest.
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Ils se ressemblent : la même fierté dans le regard ou la démarche. La même retenue dans l'allure. La même droiture dans le comportement. Le même parcours, via Nancy, les blessures, Charleroi et la pause espagnole. Le même retour à la réalité dans le championnat belge. Samedi, les deux Français, Bertrand Laquait et Sébastien Chabaud, 30 ans chacun, seront opposés. Car, tandis que Laquait, revenait de son prêt d'un an à Huelva pour retrouver l'ambiance carolo, Chabaud prolongeait un peu l'aventure à Tarragone, descendu entre temps en Seconda Liga, comme pour égaler son pote, parti six mois avant lui. Depuis décembre, le médian a repris pied dans la compétition belge au Germinal Beerschot. Tandis que Laquait, en fin de contrat, est en train de prévoir son avenir. C'est dans cette optique qu'il a écouté l'offre du Rapid Bucarest. Pour couper la poire en deux, le rendez-vous se fait au propre comme au figuré Au milieu de nulle part, restaurant de Genappe, dans cette verte campagne brabançonne que les deux joueurs ont appris à apprécier. Sébastien Chabaud : Non. Je rentre à la maison, quelque part. Même si ce n'est pas Charleroi. En Espagne, j'ai vécu six mois magnifiques. Des superbes matches mais pas des vacances car c'était le haut niveau. Et puis, six mois en deuxième division plus difficiles. Bertrand Laquait : Les deux. Chabaud : La compétition est bien ici aussi. Il ne faut pas croire que le championnat belge soit si faible. Pour moi, ce qui me manque le plus, c'est le soleil. Laquait : Les contextes diffèrent. D'un côté : jouer devant 80.000 personnes à Barcelone et de l'autre dans des stades avec 2.500 spectateurs. Le niveau de professionnalisme est différent. D'un côté, on te fait manger 200 grammes de pâtes. Pas 250 ni 180. De l'autre, c'est sandwich-coca avant un match. Laquait : Non. Aucun. Une fois que j'ai pris la décision de revenir, je savais à quoi j'allais être confronté. Les regrets, on les a quand on ne sait pas où on va. Et puis, j'ai connu le chômage et les blessures. Cela permet de tirer le positif de chaque expérience. Chabaud : On se rejoint aussi sur ce point. Regardez comment Nancy, le club où il était resté dix ans, l'a traité ! Laquait : On peut toujours avoir un meilleur contrat. Mais aussi un plus mauvais ou ne pas en avoir du tout. Laquait : Oui. Depuis des années, je regardais la Ligue des Champions les mercredis soirs et j'essayais d'imaginer comment c'était la Liga. Chabaud : Moi pareil. D'autant que je revenais d'une blessure de six mois. Pour moi, c'était une chance. 18 matches de Liga, c'était inespéré. Laquait : On se disait - Enfin, je suis footballeur. Chabaud : Et quand tu découvres Santiago Bernabeu, tu te dis - Mais qu'est ce que je fais là ?Laquait : Entre jouer en Ligue 2 française et en D1 belge, on a fait notre choix. Chabaud : Moi, il s'agissait d'un choix de revenir en Belgique mais en même temps, c'est aussi là que j'avais des contacts. Laquait : C'est logique. C'est ici que nous sommes connus. Donc, les propositions belges viennent plus facilement. Chabaud : Oui. Obligatoire. Quatre ans ici... C'est un peu comme la famille. Mais je ne sais pas si je vais jouer. Il y a beaucoup de gens dans l'entrejeu. Chabaud : Je ne savais pas trop à quoi m'attendre. J'ai compris qu'il y avait beaucoup de monde à mon poste mais j'avais besoin de temps de jeu. Même les matches de Réserves me font retrouver le rythme. Car en Espagne, de septembre à décembre, il n'y avait pas de Réserves. Donc, j'ai très peu joué. Ici, je suis arrivé dans une équipe où tout tourne. Chabaud : La langue ! Celle-là, elle est dure à apprendre. L'espagnol, ça allait mais le flamand, c'est autre chose. Laquait : Vous voulez dire que je joue parce que l'équipe n'est pas bonne ? (il rit) Laquait : Oui, mais quelle est la véritable valeur de Charleroi ? Je pense qu'elle se situe aux alentours de la septième place. Quand je dis véritable valeur, j'englobe un tout qui comprend la quantité, la qualité, la mentalité. Laquait : On a perdu beaucoup de maturité. Beaucoup de joueurs avec de l'expérience et un niveau de jeu assez élevé sont partis... Laquait : Pour l'instant non. Un jeune ne peut être bon que s'il est bien entouré. Laquait : Cette équipe est dans une continuité mais n'a pas franchi de palier. Chabaud : Mais il faut quand même parler de continuité. Car quand nous sommes arrivés, ce n'était pas génial. Laquait : On part de loin. Mais en trois ans, si on regarde l'équipe qui a terminé cinquième avec 64 points, on a perdu Loris Reina, Chabaud, Toni Brogno, Izzet Akgül, Nasredine Kraouche et Laurent Macquet. Chabaud : Ils ont réalisé un bon début de championnat et puis ont connu un trou. Si on enlève ce creux, ils sont là. Laquait : Et quand on se penche sur ce trou, on dit que c'est parce que Frank Defays n'est pas là. OK, Frank n'est pas là mais si on regarde le nombre d'éléments expérimentés que l'on a perdu au fil des années, qu'il n'en reste que deux ou trois et que tu en perds encore un sur blessure, les chances de bien se comporter s'amenuisent. Laquait : Non mais on a oublié l'expérience pour encadrer la jeunesse. Laquait : Oui mais il a fallu réinstaurer une dynamique après le départ de Jacky Mathijssen ( NDLR : prononcé Matissène). Et puis le fait d'annoncer qu'on pouvait être champion et de voir, à un moment donné, que cela ne pouvait plus être possible, cela a peut-être fait plus de mal que de bien. C'est possible. Laquait : Oui. Enchaîner neuf victoires d'affilée comme l'a fait le Germinal Beerschot, Charleroi en est capable. Depuis quelques temps, le jeu est bon. La mentalité revient mais on perd encore trop de points sur des fautes d'inattention énormes. Il suffit de voir le nombre de buts pris sur phases arrêtées ! Chabaud : Je n'ai pas fait le début de championnat avec eux. Je ne sais pas si le Germinal Beerschot a surpris. Quand je suis arrivé, j'ai remarqué une équipe sereine dans le jeu. Mais l'ambiance dans le vestiaire à Charleroi et celle à Anvers, ce sont deux choses différentes. A Charleroi, j'étais un peu comme à la maison. Chabaud : Parce que le club avait un super milieu de terrain et ne voulait pas perdre ce bénéfice sur une blessure ou la méforme de l'un ou l'autre élément. Et moi, je voulais partir d'Espagne pour ne pas perdre de temps. Maintenant, est-ce que le choix est bon ? On verra. Laquait : Ils marquent facilement. Ils étaient mal engagés et ils parlaient même de virer l'entraîneur. Je me souviens : c'était l'époque où on devait se rendre chez eux. Ils gagnent 1-0 dans les dernières minutes. Et à partir de ce moment-là, ils ont enchaîné les succès. Ils ont le vent en poupe comme Charleroi l'avait, il y a trois ans. Avec le même genre d'équipe. Expérience, jeunesse et ils marquent facilement avec un joueur comme Malki qui vient de division inférieure. Comme Akgül, il y a trois ans. Chabaud : Le Germinal Beerschot est dans une spirale positive. Tout leur réussit avec un milieu très créatif et une bonne assise défensive. Mais je ne pense pas que l'ambition, en début de saison, était plus élevée qu'à Charleroi... Laquait :... mais, on ne pouvait pas être tous les deux champions... Chabaud : Nos Argentins mettent une petite touche de folie, c'est sûr. Mais comme pourrait très bien le faire un joueur comme Fabien Camus ou Tim Smolders. D'ailleurs, Hernan Losada me fait un peu penser à Fabien. Chabaud : Ils sont plus réguliers. Laquait : La confiance joue un grand rôle. Elle engendre une dynamique. Regardez Fabien Camus : six mois difficiles et maintenant, il casse la baraque de nouveau. Chabaud : Il travaille beaucoup sur la confiance. Mais je n'ai pas trop de contact avec lui. A cause de la langue notamment. Chabaud : C'est difficile de comparer un entraîneur que j'ai côtoyé trois ans avec un que je connais depuis un mois. La seule chose que je peux dire, c'est qu'on travaille dur. Il y a beaucoup d'entraînements sur la semaine. On m'a dit que c'était la marque de fabrique du club. (Ils répondent en même temps) : Oui. Laquait : C'était prévisible qu'il réussisse à Bruges. Chabaud : Partout où il est passé, il a réussi en battant des records du club. Laquait : Il sera champion de Belgique. Si ce n'est pas cette année, ce sera la suivante. C'est quelqu'un qui s'investit énormément, qui arrive à donner confiance à ses joueurs, qui sait mettre des distances et les casser au moment où il faut. Et c'est tactiquement un maître. Chabaud : On l'a encore vu il y a deux semaines lors de Bruges-Germinal Beerschot. La première mi-temps, elle était pour nous. Puis, il y a eu changement tactique au repos. Ils sont passés du 4-3-3 au 4-4-2 et ce n'était plus le même Bruges. Chabaud : Moi, je vois... Laquait : Je parie que tu vas dire Cartier. Chabaud : Oui. J'aime bien l'homme et l'entraîneur. Mais je ne l'ai jamais eu. Laquait : Il dégage de la prestance qui donne confiance. Laquait : J'espère jouer encore quelques années dans le club qui me correspondra le mieux. Chabaud : Avec un dernier challenge à relever. Un endroit où on se sent bien. par stéphane vande velde - photos: reporters/ cuypers