A l'entrée du stade, le panneau des athlètes olympiques passés par l'université d'Etat de Floride porte déjà son nom. Gravé dans la pierre, à quelques lignes de Kevin et JonathanBorlée, le nom d'Anne Zagré complète la liste des athlètes engagés à Londres. " C'est cool de voir que mon nom va rester ici, je vais laisser mon empreinte dans ce stade même si mon passage sera assez court finalement. "
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A l'entrée du stade, le panneau des athlètes olympiques passés par l'université d'Etat de Floride porte déjà son nom. Gravé dans la pierre, à quelques lignes de Kevin et JonathanBorlée, le nom d'Anne Zagré complète la liste des athlètes engagés à Londres. " C'est cool de voir que mon nom va rester ici, je vais laisser mon empreinte dans ce stade même si mon passage sera assez court finalement. " Six mois qu'Anne Zagré s'entraîne sous le soleil de Floride. Après une première année où il a fallu prendre ses marques, la Bruxelloise a voulu revenir et continuer l'expérience avec son coach américain. Depuis janvier, elle a donc quitté provisoirement la Belgique pour un nouveau semestre à Tallahassee, dans le nord de la Floride. Sous une chaleur moite, la sprinteuse belge s'échauffe. A ses côtés, quelques athlètes américains, mais surtout des Européens ou des sportifs originaires des Caraïbes. " En Belgique, j'avais l'habitude de m'entraîner toute seule ou avec un autre athlète, mais là on est toujours assez nombreux sur la piste. A l'entraînement, c'est beaucoup plus motivant, plus boostant. Et puis, on est une team "résume-t-elle. Des avantages sportifs, Anne Zagré en trouve quelques-uns à son nouvel univers, un choix mûrement réfléchi. " J'avais reçu plein de propositions d'universités américaines. Kevin et Jonathan Borlée m'ont dit énormément de bonnes choses sur la Florida State University. Ensuite, le coach KenHarnden, qui les avait suivis ici, m'a contacté. Il y a eu une bonne communication entre nous deux et j'ai choisi de venir tenter l'expérience. Tout est centralisé, j'habite à quelques encablures de la piste. En Belgique, je devais faire des kilomètres pour avoir une infrastructure indoor et aller jusque Gand. Et puis il y a le soleil ", rigole-t-elle. " Le niveau est incroyable. C'est intéressant de voir d'autres techniques d'entraînement, voir la manière de faire d'autres coaches. Je sens la différence, et puis surtout, au niveau de l'enseignement, c'est plus facile de lier les études et le sport. Mes horaires d'entraînement sont calculés en fonction de mes cours." A 24 ans, Anne Zagré est une athlète mais aussi une étudiante qui espère bien décrocher son baccalauréat en gestion à son retour en Belgique au mois de juin pour les examens sur les bancs de l'ICHEC, à Bruxelles. En attendant, elle suit les cours en business administration dans les auditoires américains. Elle bénéficiera d'un transfert de cote et retrouvera donc sa copie en français dans les prochaines semaines. " Même si je n'ai pas été au cours en Belgique, je crois que ça vaut la peine de tenter ",assure-t-elle. Comme tous les étudiants étrangers inscrits ici, elle réside dans un bâtiment situé à cinq minutes de la piste où elle s'entraîne. Un immeuble de quatre étages construit autour d'une piscine en contrebas de son appartement. Un immeuble de kot, version américaine, vidé de la plupart de ses occupants car l'année scolaire est déjà finie. Tallahassee, qui compte habituellement 180.000 habitants et 40.000 d'étudiants, tourne un peu au ralenti. " Le campus c'est comme une petite ville et quand il n'y a plus personne, c'est vrai que ça fait vide. " Le calendrier scolaire (presque) fini, marque le retour de la compétition pour la sprinteuse belge avec le championnat universitaire américain ce 11 juin à Eugene, dans l'Oregon, en ligne de mire mais surtout, les championnats d'Europe qui se déroulent à Zurich à partir du 12 août prochain. C'est l'objectif de sa saison et grâce au chrono réalisé précédemment, elle est assurée d'y participer. Pour bien préparer ces échéances, Anne Zagré participe aujourd'hui au meeting de son université, le Seminoles Twilight, qui, comme le film de vampire à succès, s'ouvre à la tombée de la nuit, à l'heure où la température retombe légèrement. Pour l'occasion, son entraîneur belge et ex-hurdleur, Jonathan Nsenga, a fait le déplacement. Régulièrement, il vient évaluer sa progression. Le reste du temps, elle s'entraîne avec Brandon Hon, un ex-athlète de haies lui aussi. " Ce que j'apprécie, c'est qu'il y a une bonne collaboration entre mon coach américain et mon coach belge ",explique-t-elle. Brandon Hon estime d'ailleurs avoir eu la tâche facile avec celle qu'il qualifie volontiers de " grande bosseuse ". " Le plus grand progrès qu'elle a accompli, c'est sa manière de prendre le départ et de passer la première haie. Depuis janvier, on a essayé différentes choses comme passer de sept à huit pas pour franchir le premier obstacle. Là, on a vu ce qui posait problème et aujourd'hui, elle s'est tellement améliorée que c'est presque devenu une de ses forces. " Entre eux trois, l'ambiance est décontractée. Quelques minutes avant le départ, les deux coaches discutent tandis qu'Anne s'étire à quelques mètres de là. " C'est une dure. Elle a un visage sérieux quand elle est sur la ligne de départ ", glisse Brandon Hon au coach belge, avant de lancer un petit rugissement, poings et dents serrés. " J'adore ça !" ajoute-t-il. Anne se marre et replonge la tête entre ses spikes pour mieux cacher son sourire. Résultat sur le 100m haies ce soir, une première place et surtout un chrono qu'elle arrive à peine à croire. " 12 secondes 87 centièmes ", annonce le speaker. Son meilleur temps cette saison, son troisième en chrono absolu, à 8 centièmes du record de Belgique qu'elle détient depuis juillet 2012. Anne laisse échapper un " Oh my god ", preuve de sa bonne intégration américaine, tombe dans les bras de Brandon Hon avant de rejoindre Jonathan Nsenga de l'autre côté de la piste. " Je ne tilte pas encore. Il y a un décalage entre mes sensations avant la course et le résultat que je fais " débriefe-t-elle. " Il y avait du vent, mais bon c'est pas grave vu le chrono, même si ce n'est pas homologué, I'll take it ! ", assure l'athlète. A cause d'un vent avantageux de 2,7 mètres/secondes, le chrono ne sera pas homologué, mais qu'importe, la course a été bonne, la confiance est là et elle est prête à briller sous les projecteurs de Zurich, avec toujours dans un coin de la tête les prochains Jeux olympiques.?PAR GILLES CLARENNE EN FLORIDE - PHOTOS: GILLES CLARENNE