Anderlecht avait retenu la leçon, c'était certain. Trois années de suite, il avait entamé les play-offs en leader mais il n'avait ravi le titre qu'à deux reprises, avec beaucoup de larmes, de sang et de sueur. La nouvelle formule ne convenait manifestement pas au recordman des titres. Chaque fois, un concurrent était revenu, grâce à la division par deux des points. Le club bruxellois voulait renverser la vapeur. Il n'attendait donc pas de son nouvel entraîneur, John van den Brom, qu'il emmène le classement après trente journées, comme l'avaient spécifié en coeur le président Roger Vanden Stock et le manager Herman Van Holsbeeck lors de sa présentation, car cela n'apportait quand même rien du tout. Celui qui donne le meilleur de lui-même trop tôt cale pendant les play-offs. Il vaut mieux les entamer frais et dispos, quitte à accuser un petit retard.
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Anderlecht avait retenu la leçon, c'était certain. Trois années de suite, il avait entamé les play-offs en leader mais il n'avait ravi le titre qu'à deux reprises, avec beaucoup de larmes, de sang et de sueur. La nouvelle formule ne convenait manifestement pas au recordman des titres. Chaque fois, un concurrent était revenu, grâce à la division par deux des points. Le club bruxellois voulait renverser la vapeur. Il n'attendait donc pas de son nouvel entraîneur, John van den Brom, qu'il emmène le classement après trente journées, comme l'avaient spécifié en coeur le président Roger Vanden Stock et le manager Herman Van Holsbeeck lors de sa présentation, car cela n'apportait quand même rien du tout. Celui qui donne le meilleur de lui-même trop tôt cale pendant les play-offs. Il vaut mieux les entamer frais et dispos, quitte à accuser un petit retard. En appliquant sa nouvelle stratégie, Anderlecht a misé plus que jamais sur l'éclosion de ses jeunes talents. L'inauguration du complexe d'entraînement de Neerpede, rénové, semblait avoir initié une prise de conscience. Le club s'est également rendu compte que les jeunes avaient besoin de temps de jeu pour se développer et c'est cet aspect qui a été décisif lors de l'embauche de Van den Brom, qui estimait que c'était là une de ses qualités mais aussi le plus bel aspect de son métier : gérer les jeunes, les faire progresser et les amener en équipe-fanion. Anderlecht a confié à cet homme au passé ajacide le soin de trouver un équilibre entre un football attractif, l'éclosion des jeunes et l'obtention de résultats. Mais avant tout, il avait une mission tout sauf évidente : qualifier Anderlecht pour la phase par poules de la Ligue des Champions, pour la première fois depuis cinq ans. Il y est parvenu, non sans peine. À Chypre, Van den Brom a surpris en abandonnant son jeu dominateur au profit d'une approche plus prudente. Comme dans le passé contre BATE Borisov et le Partizan Belgrade, la qualification s'est jouée sur le fil mais cette fois, la chance était bruxelloise. A huit minutes du terme, Dieumerci Mbokani crucifiait le gardien de Limassol. Van den Brom a donc séduit ses nouveaux patrons d'emblée, ne serait-ce que parce qu'il paraissait honorer sa réputation de formateur de talents. Alors que Massimo Bruno venait d'être promu dans le noyau A, Van den Brom n'a pas hésité à le lancer dans la bagarre, à la surprise générale. Ce qui ressemblait à un pari désespéré s'est avéré un changement calculé. À l'entraînement, en effet, VDB avait remarqué les passes précises du jeune ailier droit. C'est exactement ce qu'il lui fallait pour forcer un résultat. C'est arrivé endéans les dix minutes. Le mérite d'avoir révélé Bruno revient à Van den Brom. Celui-ci a maintenu sa confiance au jeune homme, un illustre inconnu, même si l'indisponibilité d'onéreuses vedettes telles que Matias Suarez, Ronald Vargas et Gohi Bi Cyriac a facilité son choix. Dennis Praet, qui en était à sa deuxième saison dans le noyau A, a également profité de la présence du coach, jusqu'à ce qu'une bête blessure le prive du début du championnat et que Van den Brom découvre les avantages d'un 4-4-2 avec Tom De Sutter au poste de deuxième avant. Celui-ci a marqué, fait marquer et a retrouvé le plaisir de jouer perdu sous la direction d'Ariel Jacobs. D'autres joueurs ont semblé ressusciter, comme Sacha Iakovenko, qui a pleinement reçu sa chance, ou Olivier Deschacht, repêché de l'anonymat au détriment de Behrang Safari. Tous ont chanté les louanges du nouveau coach. L'euphorie n'a pas duré. De Sutter et Iakovenko sont tombés en disgrâce et ont retrouvé leurs frustrations. Ils ont tiré leurs conclusions et quitteront Anderlecht cet été. Deschacht et Safari n'ont pas été enchantés non plus de jouer les yoyos. D'autres n'ont jamais reçu leur chance. Van den Brom a immédiatement classé Fernando Canesin et Roland Juhasz, donnant ainsi raison à son prédécesseur sans le vouloir. Mais Jacobs, lui, n'a jamais obtenu d'autre arrière central gaucher et a donc été contraint de titulariser Juhasz tout en se heurtant constamment à l'incompréhension du club quand il remettait en cause le rendement de Canesin. Marcin Wasilewski ou Dennis Odoi à l'arrière droit ? Ça n'allait pas et Van den Brom s'est donc tourné vers Guillaume Gillet. L'entraîneur était nouveau mais les noms sur le terrain n'ont guère changé. L'éclosion des jeunes s'est avérée maigre. Van den Brom n'est pas parvenu à placer Jordan Lukaku, le futur arrière gauche, à l'avant-plan. Bien que les U21 aient remporté le célèbre tournoi de Viareggio tout en atteignant les huitièmes de finale en Next Gen Series, aucun espoir n'a plus pointé son nez auprès du noyau A. À une reprise, Michaël Heylen et Leander Dendoncker ont été jugés dignes du banc mais ils ne sont pas montés au jeu. Anderlecht a entamé le championnat par un demi-faux-pas sur le terrain de Courtrai. Il a battu Limassol lors du premier grand rendez-vous de la saison grâce à une mentalité exemplaire et aux changements réussis de l'entraîneur. Les trois matches nuls consécutifs concédés en championnat s'accordaient à la nouvelle philosophie. Hélas, ces résultats moindres n'ont guère été compensés : pas de football attractif, pas de révélation d'un jeune talent. Van den Brom a laissé la moitié de son équipe au repos contre Louvain et a réalisé quelques essais. C'est tout. Le mois d'octobre se conclut dans la tourmente. Van den Brom a essuyé ses premières critiques et il s'est tu pendant un certain temps. Face à un Zenit Saint-Pétersbourg méconnaissable, il a raté la chance de signer un résultat prestigieux en Ligue des Champions et a conclu la semaine par une défaite contre Charleroi. Conclusion intermédiaire : l'intention de développer un football dominant était bien réelle mais le jeu n'était pas meilleur que la saison précédente et les résultats même un rien moins bons. Le Club Bruges emmenait alors le classement avec une avance confortable. Deux semaines plus tard, changement radical. Contre le Zenit, Van den Brom parvient à réinsuffler de l'ambition à ses joueurs. Il fait confiance à la brigade légère Bruno-Praet et Anderlecht affiche énormément d'assurance. La Ligue des Champions hausse le niveau de l'équipe en championnat aussi. Les scores-fleuves s'accumulent : 5-0 (Gand), 1-4 (Malines), 6-1 (Club Bruges). Le stade Constant Vanden Stock est en délire mais des hésitations en défense et des occasions ratées en attaque se paient cash sur la scène européenne. Anderlecht rate l'opportunité de se qualifier pour les seizièmes de finale face à un Zenit et à un Milan nettement en dessous de leur niveau. L'équipe a progressé mais sans que cela ait un impact sur les résultats européens. Dernier, le Sporting est éliminé. C'est l'hiver, l'ambiance change. Janvier est le mois de tous les doutes. Le transfert de Suarez au CSKA Moscou est remis en question et va finalement capoter. D'Argentine, Lucas Biglia argue d'une migraine dans l'espoir de forcer son transfert. Milan Jovanovic prend une bête carte rouge contre le Standard et Mbokani revient en retard de la Coupe d'Afrique. Van den Brom aurait dû envoyer un signal fort mais il préfère pardonner à ses vedettes. Cela n'amène aucune amélioration. Le football et les résultats laissent de plus en plus souvent à désirer. En l'espace d'une semaine, le Sporting ne parvient pas à gagner contre trois rivaux. Il réalise un nul 2-2 contre le Club mais il est défait 0-1 par Zulte Waregem et éliminé de la Coupe par le RC Genk, aux tirs au but. Il conclut le championnat régulier avec une victoire en quatre parties. Cela n'empêche pas le Sporting d'entamer les PO1 en leader, ce qui n'était pas l'objectif initial. À nouveau, ses concurrents retirent un avantage moral de la division par deux des points. Comme lors des deux premières éditions, les Bruxellois stressent. L'entraîneur cède également à la pression. À Gand, lors de l'ultime journée de la phase classique, il demande au groupe comment il veut jouer. Une majorité se dégage en faveur d'un recul. Il ne reste plus rien du groupe empli d'assurance qui a fait douter des adversaires plus relevés en Coupe d'Europe. Il n'y a plus qu'une collection de joueurs en proie au doute et en train de râler. Au lieu de respirer le calme, Van den Brom gaspille son énergie en critiquant l'arbitrage. Après six journées en PO1, Anderlecht n'a encore remporté qu'une victoire. Il souffle le chaud et le froid et ne semble pas en grande forme. Le renvoi surprenant, en cours de route, du préparateur physique et du médecin indique que la source du mal est plus profonde. Anderlecht pensait avoir retenu la leçon. Non, manifestement. Le Sporting a été trop ambitieux en visant un football attrayant, la percée des jeunes et les résultats. Il a pourtant obtenu le principal résultat : le 32e titre de son histoire compense beaucoup de choses, surtout d'un point de vue financier. Sans ce sacre, il aurait pu y avoir une véritable révolution à Bruxelles.PAR JAN HAUSPIE Anderlecht a été trop ambitieux en visant un football attrayant, la percée des jeunes et les résultats.