Jeudi dernier, le club finlandais d'Allianssi et son coach Thierry Pister se sont vus infliger des amendes pour impréparation dans la défaite par 8-0 sur le terrain de Valkeoski, champion en titre l'an dernier. La Fédération finlandaise a condamné le club à 10.000 euros et Pister à 5.000 euros en arguant que l'impréparation avait sali l'image du championnat et des autres équipes.
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Jeudi dernier, le club finlandais d'Allianssi et son coach Thierry Pister se sont vus infliger des amendes pour impréparation dans la défaite par 8-0 sur le terrain de Valkeoski, champion en titre l'an dernier. La Fédération finlandaise a condamné le club à 10.000 euros et Pister à 5.000 euros en arguant que l'impréparation avait sali l'image du championnat et des autres équipes. Le plus grand bookmaker de Finlande û Veikkaus, qui est aussi le sponsor de la D1 locale û s'était ému du fait qu'on avait parié de façon énorme sur ce match, notamment sur les marchés asiatiques. Ces éléments concrets justifiaient les articles que nous avons publiés sur le rachat d'Allianssi par un homme d'affaires chinois bien connu en Belgique, qui plaça Olivier Suray à sa tête. Mais ce dernier repousse toute allusion malveillante : " Croyez-moi, je jure sur la tête de mes enfants que je n'ai rien fait de mal. Les paris, je ne sais même pas comment cela marche. J'ai misé une fois dans ma vie : 20 euros, avec mon ami Philippe Albert, sur des matches en Angleterre. Combien j'ai gagné ? J'ai... perdu 20 euros ! " Olivier Suray : Normal, non. C'est un score qui fait mal à l'équipe qui l'encaisse et qui interpelle les observateurs. Mais cela arrive en football. Il y a deux ans, en Ligue des Champions, le Deportivo La Corogne, réputé pour sa défense hermétique, avait pris l'eau à Monaco : 8-2. Etait-ce aussi un match arrangé ? J'ai déjà expliqué ma version à maintes reprises : pour ce match à Valkeakoski, on avait aligné nos joueurs transférés de Belgique, qui n'avaient pas entretenu leur condition physique pendant deux mois. L'équipe avait été complétée par des joueurs qui, en temps normal, jouaient peu. On devait jouer trois jours plus tard en Coupe de l'UEFA et on considérait que ce rendez-vous là était plus important. En outre, il a plu des cordes deux heures avant le match alors que tous nos joueurs avaient chaussé des multistuds, parce qu'il avait fait bon pendant dix jours. Cela ne m'a pas fait plaisir de perdre 8-0. De quoi avais-je l'air, moi qui avais répété à mes joueurs que le championnat finlandais était très faible et qu'ils allaient le survoler ? J'ai quitté le stade à 20 minutes de la fin. On était à 170 kilomètres d'Helsinki et j'ai appelé un taxi. Je ne pouvais plus voir cela, tellement j'étais dégoûté. Après, on est venu me parler de paris. Je ne suis pas à la place des gens qui misent de l'argent sur des matches. Ce qui s'est passé en dehors du stade, ce n'est pas de mon ressort. J'avoue avoir commis des erreurs : celle d'avoir mal préparé ce déplacement à Valkeakoski, notamment ; et celle d'avoir, sans doute, placé trop d'amis à moi dans l'effectif ; mais pas celle qu'on voudrait entendre de ma bouche. Personnellement, j'ai rencontré ce monsieur il y a trois mois. Il m'a demandé si je voulais prendre la tête d'un club qu'il avait acheté et j'ai accepté. Par la suite, je me suis renseigné sur lui. J'ai découvert qu'il a tendance à tout vouloir tout de suite. J'ai dû lui expliquer que l'Europe, ce n'était pas la Chine. Ici, on ne peut pas, le même jour, acheter un club, rédiger tous les papiers, devenir président sur-le-champ et refaire l'équipe le lendemain. Il a voulu procéder de la sorte à six ou sept reprises en Belgique, et cela n'a pas marché. Je veux bien le croire. Zhe a agi de la même manière lorsqu'on est allé négocier en Finlande. Ce qui n'arrange rien : il parle très mal le français et a parfois du mal à se faire comprendre. Il devrait sans doute se rendre plus visible, effectivement. J'essaie de le lui faire comprendre. Je lui ai expliqué qu'il devrait venir un jour à Helsinki. Que la Fédération et la Ligue aimeraient le voir, pour savoir ce qu'il fait et quels sont ses objectifs. Il a accepté : le lendemain, il s'est présenté en Finlande avec deux avocats, l'un qui parlait chinois et l'autre û Me Laurent Denis û qui parlait français. J'ai cru comprendre qu'il employait 5.000 personnes en Chine. Cela l'ennuyait de devoir se déplacer en Finlande pour se justifier sur une société qui n'emploie que 30 personnes. Mais puisqu'il fallait qu'il vienne pour régler les problèmes, il est venu. Et il a aussi l'intention de se présenter à la fédération belge. Après avoir achevé la saison comme entraîneur adjoint de Mons, j'avais commencé à me ré-entraîner avec l'intention de retrouver un club. J'en avais d'ailleurs averti un autre manager controversé : mon ami Pietro Allatta. Un dimanche, il m'a téléphoné pour me signaler que la personne qui avait voulu racheter Geel avait réalisé un audit dans les pays nordiques et s'était rendu compte que cela revenait moins cher de reprendre un club de D1 là-bas qu'un club de D2 en Belgique. Un club de D1 qui, de surcroît, disputait la Coupe de l'UEFA mais qui avait d'énormes dettes. Il m'a demandé si cela m'intéressait d'en assurer la gestion sportive. J'ai réclamé 24 heures de réflexion. Le mardi, on s'est envolé à quatre pour la Finlande û avec, aussi, le manager belge Gaston Peeters du Lierse û et on a conclu les négociations avec l'ancien président d'Allianssi. Une nouvelle société a été créée. M. Zhe m'a placé à la tête du club, et m'a chargé de le gérer étant donné que lui-même serait la plupart du temps absent, mais il a signé un papier me déchargeant de toute responsabilité. Je n'ai pas l'intention de faire des bêtises. Il me fait confiance, et de mon côté, je ne dépenserai pas un euro sans l'en avertir au préalable. D'abord, il faut savoir qu'Allianssi est le nom du club. Le nom de la ville, c'est Vantaa, tout près d'Helsinki. Je n'avais jamais entendu parler de ce club. Pour tout avouer, j'ignorais tout du football finlandais. J'ai trouvé un petit stade très coquet, baptisé FinForest, et construit entièrement en bois. On dispose aussi d'un terrain d'entraînement et d'un terrain synthétique couvert. J'ai assisté à quelques rencontres et j'en ai déduit que le niveau se rapprochait davantage de la D3 que de la D1 belge. J'ai été très étonné par l'élimination de Charleroi des £uvres de Tampere en Intertoto. J'avais vu cette équipe en Finlande, et j'avais glissé à Mogi Bayat que son Sporting s'imposerait 0-3 dans le Nord et 5-0 au Mambourg. Il faut me comprendre : il y a trois mois, j'étais encore un simple joueur de football. J'avais encore tout à apprendre du job de manager et je me suis donc tourné en premier lieu vers des footballeurs que je connaissais. En priorité, des joueurs qui n'avaient pas de club. Mais j'ai aussi veillé à ce qu'ils avaient tous un niveau supérieur à celui des joueurs finlandais. Oui. D'ailleurs, je pense qu'ils l'ont démontré ces dernières semaines. Après ce fameux 8-0, ils ont joué de mieux en mieux. Amener des joueurs de Belgique pour les faire travailler sous la direction d'un entraîneur finlandais, cela n'avait aucun sens. Il fallait un entraîneur capable de faire progresser le groupe, et d'enseigner un certain type de football à l'équipe. Je n'avais jamais travaillé avec Thierry Pister précédemment, mais j'ai constaté sur son C.V. qu'il avait toujours bien réussi avec des équipes qui ne possédaient pas de stars en leurs rangs. Ce qui est le cas d'Allianssi. J'ai aussi constaté que Pister était sorti premier de sa promotion à l'école des entraîneurs, ce qui est une référence. Les Finlandais n'ont pas reçu d'éducation footballistique appropriée. Il faut tout leur apprendre, sans aller trop vite, un peu comme à des jeunes. Pister est l'homme qui convient pour cela. Je lui ai proposé de devenir l'adjoint de Pister. Il a refusé et s'occupe désormais des jeunes. Je me suis heurté, en effet, à des réactions fort protectionnistes. Lorsqu'on a entamé les négociations pour reprendre le club, on a demandé combien de joueurs on pouvait transférer. On nous a répondu : six. Or, à ma connaissance, aucun règlement n'interdit à un club d'avoir plus de six joueurs étrangers. Mais il fallait à tout prix garder une certaine authenticité au club. J'ai observé des choses aberrantes. J'ai eu vent d'un journaliste qui aurait taggué des slogans hostiles à la colonie venue de Belgique. Il était dans la salle lors d'une conférence de presse et j'ai failli l'agripper, mais on m'a retenu, en me faisant comprendre que la presse était très puissante en Finlande et que tout mauvais geste pouvait se retourner contre moi. Dois-je me laisser faire ? J'ai été agressé deux fois en rue, on m'a crié : Gohome !Je n'ai sans doute pas été très diplomate dans mes déclarations, c'est vrai. Lorsqu'on m'a demandé, en conférence de presse, ce que je pensais du football finlandais, j'ai répondu avec ma franchise habituelle : pour moi, c'est le niveau d'une D3 belge. Pour le Finlandais qui entend cela, cela fait sans doute mal, oui. Mais bon, je suis comme cela : lorsque j'étais joueur, je disais aussi crûment ce que je pensais. Aujourd'hui, j'occupe une fonction où il faut faire preuve de diplomatie à tout instant. J'ai encore beaucoup à apprendre dans ce domaine. Je pouvais, c'est exact, craindre une certaine hostilité à l'égard des renforts étrangers. Un nouvel entraîneur, six nouveaux joueurs : il était clair qu'au premier faux pas, on n'allait pas nous rater, et c'est ce qui s'est passé. Mais les résultats se sont améliorés, et du coup, les relations s'améliorent également. Pour l'instant, je compte me limiter à ces six renforts. Pour la suite, on verra. Si on reste, on aimerait jouer le titre la saison prochaine. On essaiera de trouver des renforts en Finlande, mais si on ne trouve pas ce qu'il nous faut dans le pays, on sera bien obligé de se tourner, encore, vers l'étranger. On verra. Au départ, j'ai saisi une opportunité qui s'est présentée : celle de découvrir un nouveau job, un nouveau pays, pendant quatre ou cinq mois. Mais mon rêve n'est pas d'être manager. Plutôt de devenir entraîneur. Daniel Devos" Oui, J'AI COMMIS DES ERREURS. Mais pas celle qu'on voudrait que j'avoue "