"Il n'y aura pas de consigne particulière de ma part concernant l'usage de mini-caméras vidéo par les joueurs de l'équipe de France pendant l'Euro 2008 ", a récemment affirmé le sélectionneur des BleusRaymond Domenech en conférence de presse. " Sur ce thème, je pense que les joueurs sont assez intelligents pour savoir ce qu'ils doivent faire... ".
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"Il n'y aura pas de consigne particulière de ma part concernant l'usage de mini-caméras vidéo par les joueurs de l'équipe de France pendant l'Euro 2008 ", a récemment affirmé le sélectionneur des BleusRaymond Domenech en conférence de presse. " Sur ce thème, je pense que les joueurs sont assez intelligents pour savoir ce qu'ils doivent faire... ". Malgré sa colère contre le film réalisé par l'un de ses anciens joueurs pendant la Coupe du Monde 2006, le sélectionneur rejette toute idée d'une " jurisprudence Vikash Dhorasoo ", qui modifierait les règles de vie au sein du groupe France. " De toutes les façons, les règlements de la FIFA et de l'UEFA interdisent aux joueurs de prendre des images personnelles pendant l'événement. Théoriquement, même leurs sacs peuvent être fouillés avant les matches mais dans la pratique on n'arrive pas à ces extrêmes heureusement ", ajoute celui que Dhorasoo appelait sonpère. Mais le père a laissé Vikash sur le banc pendant le Mondial alors que Thierry Henry, Franck Ribéry et Zinédine Zidane éliminaient l'Espagne, le Brésil et le Portugal dans la liesse populaire, avant de chuter en finale face à l'Italie. " L'impression que j'ai est que je suis un peu son fils et que pendant deux ans, il m'a entraîné pour gravir une montagne, et que le jour où je dois la gravir, il va prendre le fils du voisin ", confie dans son film le petit milieu de terrain d'origine mauricienne, devenu spectateur d'une Coupe du Monde qu'il pensait pourtant pouvoir jouer. " Je me dis que j'étais dans les 23 et que j'ai qualifié la France quand même... ", raconte Dhorasoo, toujours seul dans sa chambre aux rideaux tirés, tandis que les images volontairement floues du super-8 révèlent le spleen d'un homme trahi. " Après on m'a dégagé mais bon, voilà, ma petite fierté à moi, ce sera peut-être ça d'avoir fait les matches en Irlande, en Suisse, en Israël, contre Chypre. On m'a juste privé de dessert... J'ai bien mangé, mais il me manque mon petit fondant au chocolat. Ce n'est pas grave, je le mangerai en rentrant et je crois que mon fondant au chocolat, c'est peut-être ce film ", ajoute le co-réalisateur de ce documentaire atypique qui partage sa déprime sous la forme d'un huis clos de 70 minutes. " Notre film, c'est le contraire des Yeux dans les Bleus, l'exact contraire ", explique Fred Poulet, l'autre co-réalisateur du film, qui est aussi chanteur et musicien. " C'est le malentendu qu'il nous a fallu désamorcer dès le début. Quand l'existence de ce film a été révélée publiquement, tous les services des sports nous ont appelé. Ça, c'est la magie du foot... Mais c'était à chaque fois pour de mauvaises raisons parce que Substitute est un film d'auteur avant tout, même si le caméraman est une célébrité du football ". Le malentendu commence à se dissiper en novembre 2006 quand le film remporte le Prix du Film français au prestigieux Festival de Belfort. Substitute a ensuite été sélectionné au Festival de Berlin dans le cadre du Forum. Enfin, en mai dernier, Fred Poulet s'est rendu à Lille, dans le cadre du Festival Entorse, qui rassemble des £uvres mêlant cinéma et sport. " Il y a eu une réaction positive du monde du cinéma. Ce qui nous a beaucoup flatté ! Moins de la part des footballeurs eux-mêmes, peut-être parce qu'ils ne vont pas au cinéma ". Une satisfaction partagée par Pierre Walfisz, à l'origine producteur de disques pour Label bleu, devenu producteur de films depuis Substitute. " Aujourd'hui, on ne nous prend pas forcément pour des illuminés si on veut faire un autre film ", se réjouit Walfisz, dont la première victoire est d'avoir produit un long-métrage qui a été bien accueilli par la plupart des cinéphiles et des professionnels du cinéma, sans que Vikash Dhorasoo, Fred Poulet, ou lui-même ne soient cinéastes eux-mêmes. Tout est parti d'une idée de Fred Poulet qui a choisi de confier une caméra Bauer super-8 à Dhorasoo juste avant la Coupe du Monde, avec une seule consigne : -Tu filmes ce qui te paraît intéressant. Née d'une supplique de Fred Poulet dans la revue trimestrielle culturelle Vacarme, il y a deux ans, implorant son idole de footballeur de bien vouloir le rencontrer, l'amitié entre le chanteur et le footballeur reste la base du film. " J'ai remis les clés à Vikash en acceptant de dépendre de lui ", souligne Fred Poulet. " Artistiquement, c'était très motivant. C'était un peu comme si on me donnait les clés des Studio Paramount ! " " On a lâché une part de contrôle ", ajoute Pierre Walfisz. " Aucun accord n'avait été signé avant la Coupe du Monde. On a encadré le projet que lorsqu'on a vu qu'on tenait quelque chose. D'habitude, cela se déroule dans l'ordre inverse, mais là, l'issue de cette aventure était tellement incertaine que, par définition, on a dû attendre de voir pour savoir " Au final, Substitute laisse beaucoup de place aux conversations téléphoniques des deux amis, durant lesquelles l'international français confie ses états d'âme, comme après la victoire de la France contre le Brésil quand l'auteur est au plus profond de sa déprime. " Je commence à en avoir marre d'être là en Allemagne, d'ailleurs je me demande ce que je suis venu faire ici à part tourner un film. Moi je ne suis pas supporter, je suis joueur de foot et je ne joue pas au foot... ", raconte Dhorasoo en se filmant devant le miroir de sa chambre d'hôtel ou en s'enregistrant sur le petit magnétophone que Fred lui a confié car la Bauer super-8 ne fait pas de son. " C'est finalement un film politiquement incorrect, qui montre comment un mec qui ne joue pas peut aussi devenir le plus malheureux des hommes sur terre ", confie Fred Poulet. " La réussite du film tient beaucoup à Vikash, parce qu'il n'a pas eu peur du projet. A 33 ans, il jouait sa dernière Coupe du Monde et il savait qu'il ne pourrait plus jamais faire ce genre de film. Le résultat est ce que je pouvais imaginer de mieux. Contre toute attente on a réussi à mettre du langage dans le football. On navigue entre le réel et la fiction avec un héros et une dramaturgie ", remarque le co-réalisateur. " Mais ce n'est pas une dramaturgie sportive ", souligne Pierre Walfisz. " C'est une comédie dramatique, avec un certain suspens aussi, même si tout le monde ne l'a pas vu comme ça ", se souvient le producteur lorsqu'il évoque le début de cette aventure. " On a reçu pas mal de critiques sur des blogs notamment, mais il s'agissait souvent de gens qui n'avaient pas vu le film. Ceux qui l'ont vu comprennent le propos. Ils sont émus, ils rient aussi, au pire ils s'ennuient, au mieux ils ont envie de faire des films car c'est un film qui donne envie de faire des films ". Si Substitute a été l'objet de toutes les curiosités et de toutes les interrogations, le film, tourné sans l'assentiment de la Fédération française de football, a aussi suscité de violentes réactions de la part des anciens co-équipiers de Dhorasoo, comme Patrick Vieira, et du sélectionneur. " Je pense qu'il faut que Dhorasoo change de métier, d'ailleurs c'est ce qu'il va faire... ", avait déclaré Domenech lors de la conférence de presse de Bosnie-France, un mois après la finale de la Coupe du Monde. Le père s'inquiète du contenu de ce film, alors que le reste de l'équipe de France redoute que l'intimité du groupe ne soit dévoilée, à commencer par les tensions entre le sélectionneur et certains joueurs. " Je vais diligenter une enquête ", précisait de son côté Jean-Pierre Escalettes, président de la FFF. Fred Poulet, le co-réalisateur, tout comme Pierre Walfisz, le producteur, savaient bien qu'ils auraient perdu toute liberté d'auteur en travaillant sous tutelle des instances du football français. C'est pourquoi, les deux hommes ont décidé de fabriquer ce film dans le secret. Mais la polémique couve... A la mi-août, les deux hommes rencontrent enfin Jacques Lambert, le directeur général de la FFF pour rassurer les instances fédérales du contenu de ce qui est annoncé comme un long-métrage anti-Domenech. La fièvre retombe quand Fred Poulet et Pierre Walfisz apportent la certitude que le film ne montre aucune image du groupe, puisque seul Dhorasoo en est le sujet. " La polémique avec la FFF a vite disparu quand on leur a expliqué qu'il s'agissait seulement d'un film d'auteur. Tout le monde a cru qu'on faisait ce film pour attaquer Domenech, mais cela n'a jamais été le cas. A ce moment-là, ils ont compris que notre but n'était pas de filmer Zidane sous sa douche... ! " Quelques mois plus tard, Substitute a vécu une histoire d'amour intimiste mais sincère avec le public français depuis sa sortie au cinéma le 14 février dernier, jour de la Saint-Valentin. Le film est même resté à l'affiche pendant plus de 3 mois dans une dizaine de salles en France, issues principalement du réseau d'art et d'essai. Aujourd'hui, Substitute totalise près de 15.000 entrées en salles en France. Un bilan qui dépasse toutes les espérances de Poulet et de Walfisz. " Quand on a fait ce film, on n'a jamais eu l'ambition de faire des millions d'entrées, mais on voulait simplement que beaucoup de monde puisse le voir. On a fait beaucoup de rencontres avec le public et on s'est aperçu que le film peut faire bouger les lignes, qu'il peut émouvoir et bouleverser certaines idées reçus ", espère Fred Poulet. Aujourd'hui, Substitute vit une nouvelle carrière à la télévision et pourrait aussi sortir en salles dans d'autres pays. " Vendre le film en salles à l'étranger n'est pas compliqué ", précise Pierre Walfisz. " Ce qui est compliqué, c'est de ne pas le vendre pour ce qu'il n'est pas. On n'est pas encore rentré dans nos sous car les entrées en salles ne suffisent pas encore à rentabiliser la production, mais si on le vend à plusieurs chaînes de télévisions, il pourrait devenir rentable ". Des perspectives qui continuent de surprendre Fred Poulet. " Ce film n'a jamais été fondé sur une démarche opportuniste et financière. On n'a pas cherché le succès, sinon on se serait planté ! Bien sûr, Substitute m'a apporté une petite notoriété, mais à part ça, rien n'a changé financièrement pour moi, vous pouvez téléphoner à ma banquière, elle vous le confirmera ! ". " De toute façon, on ne pourra jamais refaire Substitute parce qu'une histoire d'amitié, n'est pas déclinable ", ajoute Walfisz. " Sans cette amitié entre Fred et Vikash, ce film n'aurait pas existé. C'est un film miraculeux, comme lorsque Pete Townshend nous a donné son accord pour utiliser Substitute la chanson de Who, dans la bande son du film ". Un titre de film qui tombait sous le sens pour Fred Poulet à force de lire le nom de Dhorasoo dans la colonne des remplaçants sur les écrans géants du Mondial allemand. Avec le recul, Fred Poulet ne changerait rien à son film... " Sauf peut-être la coupe de cheveu de Vikash ! ". Son seul souhait concerne une personne qui, comme lui, a choisi de relever le défi d'une carrière au cinéma : " J'aimerais bien avoir l'avis d' Eric Cantona sur le film. J'aime beaucoup ce mec, je pense que ce film pourrait lui parler, car il existe une proximité entre Vikash et Canto ". sébastien binet-décamps - photos: belga