J'avoue avoir chronométré au lieu de me recueillir, la minute de silence à Standard-Strasbourg a duré 23 secondes : c'était d'ailleurs bien vu psychologiquement de la part de l'arbitre, car un ou deux gueulards avaient déjà rompu le silence général. J'ai vu un match équilibré qui a bien tourné pour les Rouches, si l'on s'en tient au fait que Chilavert ne fut pas plus sollicité que Susnjara. Chilavert s'est seulement fait remarquer en s'effondrant tel un cow-boy de western, au moment ou un pétard pétait à 15 mètres de lui au moins: c'est nul sportivement mais ça peut valoir gros sur tapis vert, le cynisme contemporain est d'exploiter la moindre erreur du camp d'en face, et les supporters font activement partie du camp.
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J'avoue avoir chronométré au lieu de me recueillir, la minute de silence à Standard-Strasbourg a duré 23 secondes : c'était d'ailleurs bien vu psychologiquement de la part de l'arbitre, car un ou deux gueulards avaient déjà rompu le silence général. J'ai vu un match équilibré qui a bien tourné pour les Rouches, si l'on s'en tient au fait que Chilavert ne fut pas plus sollicité que Susnjara. Chilavert s'est seulement fait remarquer en s'effondrant tel un cow-boy de western, au moment ou un pétard pétait à 15 mètres de lui au moins: c'est nul sportivement mais ça peut valoir gros sur tapis vert, le cynisme contemporain est d'exploiter la moindre erreur du camp d'en face, et les supporters font activement partie du camp. J'attendais aussi la célèbre frappe de Bertin, je l'ai vue deux fois, c'est effectivement un plein coup de pied tendu et cadré, pur et très haut-de-gamme: il n'empêche que j'ai trouvé Teddy maillon faible alsacien, tant il est resté "à l'ancienne" en couverture de ses trois défenseurs. J'attendais enfin Martins, mais Corentin fut un fantôme coincé tout le match entre Enakharire et Ernst: lesquels eussent peut-être pu, offensivement, se montrer tour à tour moins timides quand le ballon était sclessinois. Mais j'ai vu Moreira l'illuminateur, et ce n'était pas la première fois qu'il illuminait: pareille vivacité de dribble en gardant vision périphérique et lucidité, je crois bien hélas que ça vaut plus que le top de notre pays petit. J'ai aussi le sentiment que ce gars éclabousserait plus encore s'il batifolait autour d'un seul pivot, mais bon: on ne peut pas demander à Preud'homme de construire son onze autour de tout un chacun, il l'a construit autour de Walem et ça fonctionne plutôt bien. Je reconnais avoir émis des doutes sur la complémentarité Walem- Meyssen, mais leur triangle avec Ernst bouge joliment. Et face à Vardar, j'avais remarqué que Didier s'y avérait le plus fûté pour appeler sans ballon dans la profondeur: Ernst fera mal quand il se montrera un rien moins empressé en phase terminale dans le rectangle adverse. Y'a encore de la vie à Sclessin! Preuve, à la sortie du match, je me suis fait engueuler par un mec sympa: convaincu mais pas agressif, inflexible mais avec du sourire, ce supporter de l'OM n'avait pas admis mon papier sur Marseille voici quelques semaines. J'y disais grosso modo que je devenais supporter des défaites de l'OM, vu que le club me semblait en ce moment réussir l'exploit négatif de collectionner les différentes tares tristes du foot-bizness. Mon interlocuteur m'a rétorqué que la pourriture était pareillement énorme dans tous les grands clubs de foot (et pas rien que dans le foot), et que c'était faire offense aux supporters de Marseille d'ainsi focaliser sur leur club à eux et de souhaiter qu'il perde. Et il a continué par une réflexion chouette: fallait pas croire que les supporters n'étaient pas conscients de toute cette pourriture, fallait comprendre qu'ils se sentaient totalement impuissants à y changer quelque chose, et surtout, fallait pas pour autant leur enlever ce besoin d'émotions qu'ils venaient chercher dans leur club et leur stade!Là-dessus, je me suis relu le lendemain chez moi, en tâchant de me mettre dans la peau d'un supporter, marseillais qui plus est. Ce fut chose ardue, j'ignore si j'y suis arrivé, mais j'admets quatre lignes où ma formulation a confondu carricature et agressivité. J'ai voulu affirmer que, dans un monde footeux où il faut obligatoirement devenir pourri pour devenir Goliath, c'était toujours réconfortant de voir les Goliath niqués par les plus David qu'eux. Mais c'est vrai que Marseille n'est qu'un exemple, même s'il est fort actuel. Et c'est vrai que ma formulation agressive m'a fait tomber à mon tour dans une spirale de violence répréhensible. Je mérite une carte jaune pour jeu dur, je l'accepte sans sourciller. Mais la rouge m'aurait fait râler: faut quand même pouvoir jouer le jeu de dire ce qu'on a sur la patate...Bernard Jeunejean