Jeudi 5 septembre, stade Jan Breydel. Dès neuf heures du matin, une foule impressionnante fait le pied de grue devant le café Extra Time. Compte tenu de l'exiguïté du secrétariat, c'est dans ce gigantesque établissement que la direction brugeoise a décidé d'écouler ses droits d'entrée pour les matches de la Ligue des Champions. 15.000 mini-abonnements avaient déjà trouvé preneurs depuis l'ouverture des guichets, le samedi précédent et, vu l'engouement à l'occasion de notre propre visite, tout portait déjà à croire que l'enceinte des Bleu et Noir serait sold out lors des prochaines visites du Lokomotiv Moscou, de Galatasaray et, last but not least, de Barcelone.
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Jeudi 5 septembre, stade Jan Breydel. Dès neuf heures du matin, une foule impressionnante fait le pied de grue devant le café Extra Time. Compte tenu de l'exiguïté du secrétariat, c'est dans ce gigantesque établissement que la direction brugeoise a décidé d'écouler ses droits d'entrée pour les matches de la Ligue des Champions. 15.000 mini-abonnements avaient déjà trouvé preneurs depuis l'ouverture des guichets, le samedi précédent et, vu l'engouement à l'occasion de notre propre visite, tout portait déjà à croire que l'enceinte des Bleu et Noir serait sold out lors des prochaines visites du Lokomotiv Moscou, de Galatasaray et, last but not least, de Barcelone. "De mémoire de dirigeant, je n'avais encore jamais vécu pareille effervescence", confie le secrétaire du Club, Jacques De Nolf. "Face au Dynamo Bucarest, qui constituait quand même une rencontre à enjeu, dans la mesure où nous jouions ni plus ni moins notre survie en Coupe d'Europe, 11.000 personnes seulement avaient répondu présentes. Contre le Shaktar Donetsk, nous en avions dénombré 7.000 de plus. A présent, on s'oriente chaque fois vers une arène comble: 25.000 spectateurs. Au train où vont les choses, je n'ai d'ailleurs pas l'impression que nous délivrerons des tickets individuels pour ces joutes. Jusqu'à présent, il n'y a pas eu la moindre demande en ce sens en tout cas". Aux dires du bras droit du directeur général, Antoine Vanhove, il faut remonter une quinzaine d'années en arrière, déjà, pour retrouver trace d'une telle ferveur chez les sympathisants du club flandrien. C'était l'époque des soirées de gala à la faveur desquelles les Jan Ceulemans, Marc Degryse et autre Franky Van der Elst se révélaient tout bonnement irrésistibles dans leur fief, damant alors le pion à des opposants aussi réputés que l'Etoile Rouge de Belgrade, le Borussia Dortmund ou encore le Panathinaïkos d'Athènes. Bizarrement, le Club Brugeois n'avait toutefois jamais fait salle comble lors de sa seule expérience en Ligue des Champions, voici tout juste dix ans. Dès lors, comment expliquer cet attrait auprès du public aujourd'hui? 2.000 abonnés en plus"Plusieurs facteurs sont susceptibles de l'expliquer", avance Jacques De Nolf. "Sans tenir compte de l'ordre, je citerai les résultats forgés par nos joueurs à ce stade de la saison. Les matches de préparation, marqués notamment par quelques défaites, dont une de dimension - 5 à 1 - face aux Norvégiens de Bodo Glimt, n'avaient pas vraiment suscité l'enthousiasme auprès de nos fans, visiblement peu prompts, à ce moment-là, à nous renouveler leur confiance. Il a cependant suffi que nous remportions la Supercoupe de Belgique, au Racing Genk, avec une équipe pourtant privée d'une demi-douzaine de valeurs sûres, pour que les gens se rallient subitement à notre cause. Du coup, avant notre entrée en matière en championnat, nous avions pour la première fois franchi le cap des 16.000 fidèles"."Un deuxième élément porteur, c'est l'aura même de la Ligue des Champions", poursuit notre interlocuteur. "Lors de notre unique présence dans cette épreuve, en 1992-93, elle n'en était qu'à ses premiers balbutiements et ne faisait pas encore office de poule aux oeufs d'or, comme c'est le cas actuellement. Nous avions terminé troisièmes derrière l'Olympique de Marseille et les Glasgow Rangers, tout en précédant le CSKA Moscou. En ces temps reculés, il n'était pas encore question d'une récupération en Coupe de l'UEFA et nous étions déjà contents, ma foi, d'avoir disputé deux parties attrayantes contre les Français et les Ecossais à domicile. De nos jours, compte tenu de la dimension prise par cette compétition, nous serions déçus de ne pas faire mieux dans les mêmes circonstances. Cette longue attente et la nouvelle donne, tant au niveau sportif que financier, ont indéniablement contribué à ce que nos supporters mordent à l'hameçon. D'autant plus que les prix sont bradés: 100 euros pour trois matches en tribune d'honneur, c'est franchement donné à ce niveau.Le troisième point, nullement négligeable non plus, c'est évidemment l'effort fourni par la direction pour fortifier l'effectif. Et à cet égard, il va de soi que davantage que l'engagement de Bengt Saeternes, c'est surtout la venue d' Alin Stoica qui a dopé l'enthousiasme de nos supporters. Son incidence est palpable et même chiffrable aussi, dans une certaine mesure du moins. Lors de notre première rencontre à domicile, contre Beveren, nous avions évolué devant 18.000 personnes. A l'occasion de la deuxième, face à Malines, pour laquelle le joueur était qualifié, plus de 20.000 personnes étaient présentes sur les gradins, et non 18.500 comme le préposé au micro l'avait annoncé. Pourquoi cette erreur? Tout simplement parce que l'homme n'avait pas tenu compte des 2000 abonnements que nous étions encore parvenus à écouler entre les deux matches. Un chiffre qui est, sans nul doute, étroitement lié au passage du jeune médian dans nos rangs". 60% des ventes au fan shop!Au fan shop, la Stoicamania n'est pas un vain mot non plus. Depuis la signature du Belgo-Roumain, sa responsable, Lieve Degrande, ne sait plus où donner de la tête. "15 minutes après son engagement officiel, une première commande de cinq maillots à son nom m'était adressée par téléphone", dit-elle. "Depuis lors, j'ai été submergée: le fax crépite sans cesse et les demandes affluent aussi on line. Il ne m'appartient pas de divulguer des chiffres, je ne le fais jamais. Mais je puis avouer que 60% de la marchandise écoulée, en ce début de saison, était floquée au nom d'Alin Stoica. Il est, de loin, celui qui a le plus la cote auprès de nos inconditionnels. Timmy Simons le suit, mais à distance respectable puisqu'il concerne entre 15 et 20% des ventes. Plus loin, on trouve Andres Mendoza, puis tous les autres. Depuis mon entrée en fonction au Club, je n'avais jamais connu pareil culte autour d'un joueur. Et peut-être n'est-ce qu'un début. Car je remarque que la plupart des acheteurs sont des adolescents, voire des adultes, mais non des enfants. Ces catégories-là sont probablement plus enclines à apprécier les exploits du joueur que la toute jeune classe. Il suffirait que le nouveau transfuge fasse ses preuves sur le terrain pour séduire tout ce blé en herbe". A Anderlecht, le même phénomène fut perceptible aussi, par le passé. Il avait suffi que Pär Zetterberg et Enzo Scifo quittent le Parc Astrid pour que l'assistance l'élève au rang d'idole. Voici deux ans, lorsque les Mauves retrouvèrent pour la première fois depuis longtemps la Ligue des Champions et que le joueur se signala par quelques prestations 24 carats contre le Dynamo Kiev, la Lazio Rome, le Real Madrid et Leeds United notamment, il n'y en avait plus que pour lui et son maillot frappé du numéro 11 se vendait comme des petits pains à la boutique du club. Une année plus tard, cependant, sa cote avait chuté de manière aussi vertigineuse que son temps de jeu, et il abandonna à Gilles De Bilde la première place dans les coeurs. L'idole avait subitement fait place à la star capricieuse, à laquelle plus rien n'était pardonné. Qu'en sera-t-il à Bruges? "Davantage que sa réputation, c'était ses qualités qui nous intéressaient au plus haut point", observe toujours Jacques De Nolf. "Si, ces dernières années, le titre nous a régulièrement échappé en dépit d'entrées en matière prometteuses, c'était probablement dû, en grande partie, à l'absence d'un élément de sa trempe dans nos rangs. En 2000-2001, nous comptions le maximum des points et six unités d'avance avant de nous rendre à Anderlecht début décembre. Deux mois plus tard, nous en comptions cinq de retard. L'adversaire avait trouvé la parade à notre jeu et, en raison des terrains lourds, il nous manquait alors cette once de fraîcheur et de vivacité pour faire la différence. Avec le concours d'un footballeur comme Alin Stoica, je suis persuadé que nous aurions poursuivi sur la même voie royale. Car grâce à son ingéniosité, il aurait trouvé des solutions pour servir à bon escient notre division offensive"."L'été dernier déjà, nous étions conscients de ce qui nous manquait", continue le secrétaire du Club. "Dans cette optique, nous avions d'ailleurs transféré le fin technicien qu'est Nastja Ceh. Mais Alin Stoica, c'est évidemment un tout autre calibre. Si quelqu'un peut suppléer avantageusement Darko Anic, le dernier artiste que nous ayons eu dans nos rangs à l'étranger, c'est notre dernière recrue. Certains diront qu'au plan du caractère, nous n'avons pas gagné au change. Mais je n'en suis pas si sûr. Le médian yougoslave s'était révélé ingérable dès le départ alors qu'Alin Stoica se montre vraiment de bonne composition. Vu son comportement et son état d'esprit, je me demande même ce qui a pu coincer avec lui au Sporting. Si c'est la chaleur humaine, il sera gâté chez nous car nous voulons réellement le chérir afin qu'il donne le meilleur de lui-même sur le terrain. Je peux me tromper, mais je crois qu'il a apprécié au plus haut degré d'avoir pu loger chez l'ancien bourgmestre et homme fort du Club, Michel Van Maele, à son arrivée ici. Ailleurs, cette situation ne se serait vraisemblablement jamais vérifiée. Depuis ce moment, j'ai le sentiment qu'un déclic s'est produit chez lui et qu'il réalise pleinement qu'il fait partie de la grande famille brugeoise. A Westerlo, sans qu'on lui ait demandé quoi que ce soit, il s'était assis dans la tribune avec une écharpe bleu et noir autour du cou. C'est la preuve qu'il se sent déjà chez lui à Bruges. Et ce n'est qu'un début". Bruno Govers"Je ne comprends pas pourquoi Alin n'était plus accepté à Anderlecht"