Qu'est-ce qu'un entraîneur finalement ? Un compositeur ? Un chef d'orchestre ? Les meilleurs sont les deux. Mais aucun, aussi génial soit-il, ne verra son oeuvre trouver sa quintessence, sa vérité, si les interprètes, qu'ils soient musiciens ou footballeurs, ne peuvent l'exprimer. Les footballeurs jouent avec et parfois comme des pieds. Qu'ils soient carrés ou trop ronds, les fausses notes donnent à l'envie du coach des airs de marche funèbre.
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Qu'est-ce qu'un entraîneur finalement ? Un compositeur ? Un chef d'orchestre ? Les meilleurs sont les deux. Mais aucun, aussi génial soit-il, ne verra son oeuvre trouver sa quintessence, sa vérité, si les interprètes, qu'ils soient musiciens ou footballeurs, ne peuvent l'exprimer. Les footballeurs jouent avec et parfois comme des pieds. Qu'ils soient carrés ou trop ronds, les fausses notes donnent à l'envie du coach des airs de marche funèbre. Elle est arrivée pour Peter Stöger mais elle a résonné comme " L'hymne à la joie ". La scène après le match de Cologne à Schalke 04 fut unique, magnifique. Le coach est viré, il le sait. Ses joueurs lui font une haie d'honneur pour l'emmener vers les supporters qui ont fait le déplacement. Il est acclamé. Certains joueurs pleurent. Cette saison, Cologne, c'est trois points, aucune victoire, six buts inscrits en 14 matchs. Et déjà 11 points de retard sur le maintien. Personne n'a jamais résisté à ça. Et pourtant, respect pour cet homme. Parce que personne, ni dirigeants, ni joueurs, ni supporters n'a oublié ce qu'il a apporté en 4 ans et demi de règne. Cette année, il manque seulement le soliste qui fait la différence. AnthonyModeste est parti en Chine. Ce sont 40 buts sur deux saisons qui se font prendre dans les filets de l'argent. Le même coach avec la même philosophie reste. Aller de l'avant. Toujours être fier de ce qu'on propose. Du coeur et des courses mais ...plus de buts. " Stöger for ever " mais aussi ce foot allemand et tous ses acteurs qui ont cette merveilleuse doctrine vissée au fond des tripes. " On est là pour servir le foot ". Celui dont la genèse, la quête originelle est de marquer un but de plus que l'adversaire. Mais, aussi et surtout, de garder son identité. Pas un hasard. Dans les statuts de la Bundesliga il y a la " clause 50+1 ". Pour pouvoir participer à la compétition, un club doit garder la majorité pour se protéger des investisseurs " étrangers ". Protéger est le mot car, ne soyons pas aveugle, le football a quand même cette triste tendance à devenir une grande lessiveuse d'argent qui a souvent bien besoin de retrouver une certaine virginité. La rigueur, le sérieux et le respect allemands sont des vertus qui permettent de se sentir bien. De servir la cause d'une passion universelle. Stöger est Autrichien mais peu importe d'où l'on vient. Ces vertus habitent certains êtres qui ont ce petit truc en plus qui fait que la cause n'est pas perdue. Pourtant, le parcours du mec aurait pu donner à sa cause des effets de supériorité. 20 ans de carrière de joueur au plus haut niveau autrichien, quatre fois champion, trois coupes nationales, une finale de coupe d'Europe avec le Rapid de Vienne et une participation à la Coupe du Monde 98. Dans le top 10 des joueurs les plus capés de son pays. Tout ça avec une déficience pulmonaire et 58 kilos sur la balance. " Ces handicaps m'ont obligé à tabler d'abord sur l'intelligence car dans les duels je n'existais pas. " C'est vrai que quand on joue dans le coeur du jeu en numéro 6, ça peut être gênant. Mais lui, rien ne le gêne. Même pas passer pour un con quand, en 2007, il quitte l'Austria Vienne et la D1 pour redescendre en D3. Charmé par le discours d'un président audacieux. Résultat, pendant trois ans il fait revivre le petit club de First Vienna comme entraîneur puis directeur sportif. Avec un titre à la clé. Il fera de même avec Cologne qu'il ramène en Bundesliga avant de le qualifier pour l'Europe la saison dernière. " Reculer c'est prendre de l'élan ", comme disait MC Solaar. Stöger est un vrai " Maître de cérémonie ". Son sens du flow fait rimer le mot " claaaasse " à tous les temps. Tout cela en partageant depuis 20 ans la vie d'une créatrice de mode, parfois actrice et danseuse de cabaret. Ce mec est too much, ce mec est trop. Il a perdu son boulot mais pas sa dignité.Qui a toujours guidé sa vision de la vie et du foot. Ses adieux font d'ores et déjà partie des images inoubliables de cette année 2017. En attendant la prochaine, que vos fêtes soient " Stögeriennes ". Je vous bénis.